Alors les français cesseront de chanter ce refrain terrible

Vous avez inévitablement entendu parler des déplorables événements qui ont eu lieu à Paris ce 13 novembre.

Je n’écrirais pas d’articles sur les attentats eux-mêmes, parce que je ne me suis pas renseigné suffisamment à leur sujet, et je ne ferais que répéter ce que vous pouvez déjà lire ailleurs. Juste une déclaration personnelle : « monde de merde ».

Sans surprise, ces attaques auront pour effet d’augmenter la « fierté d’être français » dans la globalité mondiale, y compris parmi des gens d’autres nationalités. Est-ce que c’est une bonne chose ? Est-ce que ça ne risque pas de dériver vers du super-nationalisme de chiotte ? Je n’en sais rien, je ne suis pas assez compétent pour discuter de ça.

En ce qui me concerne, j’aime bien mon pays. J’y ai vraiment réfléchi et j’en ais conclu que je l’aimais bien. Pour reprendre une expression de cette philosophe qu’est Diam’s : « ma France à moi » …

Ma France à moi c’est Raymond Devos, Florence Foresti, le jeu vidéo Another World, la Motion Twin, la bière, une nana avec des seins vraiment énormes que j’ai croisé dans la rue, les croissants géants de la boulangère, le théâtre classique/contemporain/absurde, les festivals de musique, les bibliothèques municipales, les écoles d’ingénieurs (en particulier l’UTBM), Gaston Lagaffe, vous en train de me lire, les vieux ordinateurs Thomson, le Petit Journal, le Gorafi, la blanquette (viande), la blanquette (alcool), Andreas Martens (même s’il est aussi allemand et belge), Velvet d’Amour, Gotlib, Kaamelot (la série et les BD), les piscines avec des toboggans, le ski, des villages paumés, des langues régionales dont je comprends que d’alle, René Descartes, le blog de Sam et Max, le professeur Boulet éminent blogologue, Nioutaik, l’ex-magazine 42, le Joueur du Grenier, Chantal Dubois (un personnage de Madagascar 3), Framasoft, et bien sûr : Lolo Ferrari.

Certes me direz-vous, mais la France n’est pas constituée de 100% de bonheur pur, puisqu’elle a également engendré Etienne Daho, Marc Lévy, le groupe Les Innocents (« Dans cet auuuuuutre fistinière !! »), Guillaume Gallienne, le gâteau aux marrons, Jean-Jacques Rousseau la tapette narcissique, la SNCF et leurs caténaires qui prennent feu, une langue dont l’orthographe comporte des exceptions d’exceptions, Cyril Hanouna, le jeu vidéo Les Visiteurs, la plupart des profs débiles que j’ai dû me farcir durant ma scolarité, Jean-Pierre Raffarin qui nous a volé un jour férié, sans oublier (bien qu’on préférerait justement les oublier) une bonne tripotée d’autres politiciens dont je n’ai même pas envie de citer le nom.

On s’en fiche. C’est plus constructif de porter son attention sur les aspects positifs, comme par exemple un type (pas nécessairement français) doté d’une moustache bleu-blanc-rouge.

beard-mustache-3

Or donc, qu’est-ce que je voulais dire ?

Cette fierté d’être français a diverses conséquences, dont celle de chanter la Marseillaise à la moindre occasion se présentant.

Pour ceux qui ne savent pas, la Marseillaise est une chanson écrite en 1792 par un mec appelé « Rouget de Lisle » (c’est un humain, pas un poisson). Elle a ensuite été adoptée comme hymne national de la France. La plupart des gens connaissent uniquement le premier couplet et le refrain. En réalité, il y en a plusieurs, ajoutés/supprimés/modifiés au gré du temps et des mises à jour plus ou moins officielles. La Marseillaise, comme tout un tas d’autres choses, est une œuvre vivante et changeante.

Or, j’ai un peu de mal avec le sens des paroles : « l’étendard sanglant », « les tigres qui déchirent le sein de leur mère », « qu’un sang impur abreuve nos sillons » (tête de con), etc. C’est quand même un peu brutal et boucheritesque. Je veux bien admettre qu’un hymne national doive comporter un minimum de nationalisme et de champ lexical guerrier, mais là y’en a trop. Tout cela est d’un goût moyennement courtois.

Il y en a qui réfléchissent à changer les paroles (http:// culturebox.francetvinfo.fr/tendances/evenements/apres-charlie-faut-il-reecrire-la-marseillaise-211879).

Malheureusement, j’ai bien peur que ce soit une entreprise vouée à l’échec. J’imagine qu’à la simple évocation d’une idée aussi iconoclaste, une bonne partie de mes concitoyens sortiraient instantanément de leurs maisons, brandissant torches, fourches et camemberts plantés au bout de piques, pour aller mugir en boucle dans nos campagnes l’intégralité de l’hymne, leur haleine chargée de vin AOC venant jusque dans nos narines incommoder nos fils et nos compagnes.

Toutefois, durant mes recherches documentaires d’historien, je suis tombé sur un un couplet beaucoup plus calme. Il n’est pas présent dans toutes les versions, mais il me semble tout à fait officiel. Le voici :

Enfants, que l’Honneur, la Patrie
Fassent l’objet de tous nos vœux !
Ayons toujours l’âme nourrie
Des feux qu’ils inspirent tous deux. (Bis)
Soyons unis ! Tout est possible ;
Nos vils ennemis tomberont,
Alors les Français cesseront
De chanter ce refrain terrible :

Aux armes, etc. (pour reprendre une expression de ce trublion qu’est Gainsbourg).

Et voici les sources.

  • Le Monde (http:// www. lemonde.fr/idees/article/2014/05/16/universelle-marseillaise_4420300_3232.html)
  • Wikisource (https:// fr.wikisource.org/wiki/La_Marseillaise)
  • Wikipédia (https:// fr.wikipedia.org/wiki/La_Marseillaise)

Il subsiste dans ce couplet un soupçon de nationalisme prétentieux, assertant qu’on est les meilleurs et que nos vils ennemis tomberont. Mais on n’y mentionne pas d’autre violence, et la fin est très drôle : dire qu’on ne chantera plus le refrain qu’on va chanter tout de suite après, ça atténue le sang qui y a été injecté, et c’est une phrase « so meta » qu’elle serait digne de figurer dans un recueil des meilleures blagues de Douglas Hofstadter.

Voilà, françaises français, je vous invite à chanter ce couplet la prochaine fois que la Marseillaise débarquera dans vos oreilles.

Pour la route

Prenez cette image de Clémentine Desseaux. Une mannequin française « plus size ».

Personnellement, je ne la trouve pas plus size. Elle a juste l’air normale. Mes critères d’esthétique doivent être un peu distordus par mes fantasmes.

Clementine_Desseaux

Bisous à tout le monde !

12 réponses à “Alors les français cesseront de chanter ce refrain terrible

  1. Comme d’hab, les sources des images.

    Moustache bleu-blanc-rouge
    http://cur.lv/schpl
    http ://www .smosh.com/smosh-pit/photos/2010-nyc-beard-and-moustache-competition

    Pour ceux qui ont suivi le lien de l’image, vous aurez remarqué que le monsieur a peu de chances d’être français, puisqu’il s’est présenté à un concours américain de barbe et de moustache. Et s’il a choisi les couleurs bleu-blanc-rouge, c’est parce que c’est également celles du drapeau américain. Y’a juste que c’est un peu compliqué d’avoir le motif complet du drapeau américain sur la moustache. D’ailleurs c’est marrant, il y a plein de drapeaux qui utilisent le bleu-blanc-rouge : France, Angleterre, Amérique, Luxembourg, Pays-bas, … Oh quoi que non, par rapport au nombre de pays, y’en n’a pas tant que ça. Ouais bon, on s’en fout. Bref : moustache.

    Clémentine Desseaux en maillot de bain violet
    http://cur.lv/schpk
    http ://randomramblingsthoughtsandfiction.blogspot.fr/2013/03/my-darling-clementine.html

    Donc, fort jolie, mais pas spécialement ronde. Je cautionne quand même. Par contre, je pense à un truc. On dit « un mannequin », « une mannequin » ou « une mannequine » ? À l’heure des sensibilités particulières concernant « Madame LA ministre », on n’a pas encore résolu la question du mannequin ? Je suis un peu étonné. Mais rassurez-vous, cela ne me dérange pas. Je ne suis pas UNE grosse brute.

  2. je trouve que le 4 eme couplet est particulièrement hardcore:
    « Tremblez, tyrans et vous perfides / L’opprobre de tous les partis / Tremblez ! vos projets parricides / Vont enfin recevoir leurs prix ! / Tout est soldat pour vous combattre / S’ils tombent, nos jeunes héros / La terre en produit de nouveaux / Contre vous tout prêts à se battre ! »
    Mais bon, c’est pas vraiment un pb majeur du monde. Sinon, pareil, ahlàlà, Rousseau quel con, le pb, c’est que je me reconnais vachement dans sa vie.

  3. Il est vrai que ce n’est pas un problème majeur du monde. Mais c’est devenu un problème un tout petit peu plus important qu’avant, dans la mesure où des tas de gens sautent maintenant sur la moindre occasion de chanter la Marseillaise. (Et que donc se serait mieux de chanter le couplet que je propose).

    Ne culpabilise pas de te reconnaître dans la vie de ce pleurnichard de Rousseau. Rousseau c’est un peu comme une encyclopédie des maladies. Tu ouvres une page au hasard, tu lis les symptômes, et tu as instanténement l’impression de les avoir et d’être atteint de la maladie dont il est question. Rousseau pareil : il te raconte sa vie de merde et tu as instantanément l’impression qu’elle ressemble à la tienne. Mais en fait pas du tout.

  4. Avez-vous déjà lu Rousseau très cher recher ? Parce que vous me paraissez assez injustement dur avec lui… Vu son génie et la grandeur de sa pensée, il devrait figurer parmi les choses qui nous rendent heureux d’être français, puisqu’il fait parti de notre patrimoine (bien que Suisse) et qu’on a la chance de le lire dans notre langue maternelle.

    [TrollPourLaRouteOn]
    C’est sûr que comparé au petit journal et la puissance intellectuelle du message diffusé, on en oublie assez facilement les génies qui ont fondés notre patrimoine culturelle :)
    [TrollOff]

  5. C’est le couplet des enfants (un ajout récent), non? Je pourrais vérifier, mais j’ai la flemme.

  6. Y’en avait déjà un de couplet pour les enfants : « Nous entrerons dans la carrière quand nos aînés n’y seront plus, etc ».

    Et celui que je met dans l’article, c’est soit le deuxième couplet des enfants, soit un couplet de pas les enfants qu’a été ajouté après.

    Et sinon, pour répondre à Poto, j’ai lu (été forcé de lire) les Confessions de Rousseau. Eh bien c’est de la merde. Il fait que raconter sa vie et geindre. Il a peut-être écrit d’autres trucs plus intéressants, mais les Confessions, c’est de la merde, et ça m’a bien refroidi pour le reste de son hypothétique œuvre.

  7. Bonjour,
    Il convient, comme pour toutes les productions de l’histoire, de replacer la Marseillaise dans le contexte qui a été celui de sa composition.
    Vous l’avez noté, son écriture date d’avril 1792. Alors, qu’en est-il ?
    C’est un chant de guerre. Il s’adresse aux soldats de l’armée du Rhin, d’où son titre original, Chant de guerre pour l’Armée du Rhin.

    La France a en effet déclaré la guerre à l’Autriche en avril 1792. Le conflit a été précipité par la fuite du roi l’année précédente, organisée par le général Bouillé (dont il est fait référence dans le texte), qui est ressentie par le peuple français comme la grave trahison qu’elle est. Louis XVI est donc suspect de vouloir faire une contre-révolution, et ce, avec l’aide de la maison d’Autriche dont est issue Marie-Antoinette.
    Cette déclaration de guerre est donc à l’initiative du roi qui souhaite rassurer l’opinion française de sa loyauté, mais espère qu’une défaite française face aux armées autrichiennes lui permettrait de rétablir son pouvoir absolu.
    Si l’Assemblée nationale accepte de déclarer la guerre à la demande du roi, c’est parce que l’Autriche constitue une grande menace pour la Révolution. C’est en outre pour elle un moyen de diffuser la liberté et l’égalité en Europe.

    On comprend mieux le contenu des paroles belliqueuses de la Marseillaise. C’est pour la Révolution une question de vie ou de mort. Il convient de motiver les troupes.

    Passons maintenant au texte. Il est frappant de constater qu’on ne comprend plus le sens de certains vers :
    « Contre nous de la tyrannie
    L’étendard sanglant est levé »

    On ne mettrait aujourd’hui plus les mots dans le même ordre :
    « L’étendard sanglant de la tyrannie
    Contre nous est levé »

    C’est bien les « Impériaux » (autrichiens) et non pas les Français qui sont assoiffés de sang et en sont couverts.

    Ensuite, il faut revenir sur un point polémique de la Marseillaise, celui du « sang impur ». L’erreur qui est souvent faite est de lire cette expression sous le prisme du racisme, avec à l’esprit les horreurs qui ont été celles de la Seconde Guerre mondiale. Mais une telle lecture est absurde : le racisme dans son acception contemporaine date de la fin du XIXème siècle. Lorsqu’on parle de sang impur au XVIIIème, on se réfère à la question de l’honneur. Par exemple dans la pièce de Corneille « Le Cid », Rodrigue dit : « Je rendrai mon sang pur comme je l’ai reçu. »
    L’idée est que l’honneur lui a été transmis par ses ancêtres, qu’il est attaché à son nom et que le trahir reviendrait à souiller son sang. Si cette façon de concevoir l’honneur parait aujourd’hui exotique, on peut admettre qu’elle n’a rien a voir avec l’idée de pureté raciale. D’autant que s’il le sang a été sali par le déshonneur, il peut tout à fait être purifié par la valeur inverse, l’honneur, la liberté ; c’est d’ailleurs la volonté des révolutionnaires.

    Il est d’autant plus marquant de constater que le but de cette guerre n’est pas de « tuer aveuglément des étrangers » comme certaines personnes avec une bonne dose de mauvaise foi peuvent l’affirmer.
    « Français, en guerriers magnanimes, (doués de grandeur d’âme)
    Portez ou retenez vos coups !
    Épargnez ces tristes victimes,
    À regret s’armant contre nous. »
    (Couplet 5)
    Les révolutionnaires ne veulent pas s’en prendre les dominés (paysans, autres membres du Tiers-Etat pauvres, …), qui d’ailleurs (selon le texte) combattent à regret, mais aux tyrans (suite du couplet 5) :
    « Mais ces despotes sanguinaires,
    Mais ces complices de Bouillé,
    Tous ces tigres qui, sans pitié,
    Déchirent le sein de leur mère ! (Histoire de montrer comme ces tyrans sont mauvais) »

    Il y aurait d’autres choses à dire, mais pour conclure, je voudrais insister sur le fait que, comme je l’ai montré :
    – La Marseillaise est un chant de guerre, il est normal qu’elle comporte des paroles guerrière
    – Elle n’est cependant pas un chant haineux
    – Elle n’est pas nationaliste au sens qu’on attache à ce mot depuis la Seconde Guerre mondiale (voir depuis le début du XXème siècle), c’est à dire xénophobe, raciste, colonialiste, parce que ces choses n’existaient simplement pas encore comme on les comprend aujourd’hui
    – C’est un chant révolutionnaire qui a pour ennemi les oppresseurs des peuples et pour ami les peuples. (Bon, la Révolution va finir par mal tourner, mais on n’en est pas là)
    – C’est donc un chant qui place la liberté et l’égalité en valeurs suprêmes.
    Dans le sixième couplet, le parallélisme fait entre « l’amour sacré de la Patrie » (patriotisme) et la « Liberté chérie », a des consonances très rousseauistes. Ne jugez pas Rousseau comme vous jettez l’opprobre sur Jean-Jacques.

    Les lectures et appropriation par la droite la plus dure sont d’autant plus effarantes qu’on devrait placer la Marseillaise à l’extrême gauche…

    Cordialement,

    J. D.-G.

  8. Merci beaucoup pour ces précisions. C’était effectivement nécessaire. Je n’avais pas fait ces recherches par moi-même car j’ai plutôt tendance à écrire n’importe quoi très vite. La plupart du temps c’est moins gênant, car j’écris sur des sujets pas vraiment sérieux.

    Donc effectivement, la Marseillaise n’est pas haineuse comme je le pensais. C’est le changement d’époque qui fait qu’on peut l’interpréter comme haineuse.

    L’ennui, c’est que la Marseillaise est destinée à être apprise et connue de tous les français. Or, on se contente de leur apprendre en ne la restituant pas suffisamment dans son contexte historique.

    Il y a donc deux solutions :

    – Insister sur le contexte au moment d’apprendre la Marseillaise aux gens. C’est la meilleure solution, mais la plus compliquée à mettre en place.

    – Faire apprendre en priorité les couplets les plus softs, au lieu de faire apprendre le premier couplet. C’est la solution de secours que je propose. (Ceux qui sont prêts à faire l’effort d’apprendre la Marseillaise en entier devraient parvenir à faire l’effort de découvrir également son contexte, et c’est très bien).

    Dans les deux cas, on ne touche pas à la Marseillaise, ni au fait que ce soit l’hymne national. Mais on apprend/découvre pas les mêmes choses à son sujet.

    Quant à Rousseau, désolé mais « Fuck Rousseau ». Et là pour le coup, j’ai pas du tout envie d’apprendre son contexte, sa vie, etc.

  9. La Marseillaise semble appartenir à une époque révolue.
    Le lyrisme du chant guerrier, la violence qu’il exprime ont tendance à choquer. La violence physique en politique est devenue taboue dans la société française. Les nombreuses personnes indignées par la loi du travail, descendent dans la rue pour manifester dans un cadre imposé par les forces de police. On ne construit plus de barricade en France depuis longtemps. Ceux qu’on nomme les « casseurs » sont dénoncés aussi bien par les media, les hommes politiques, les partisans de la loi que par ceux qui défilent contre. L’insurrection n’est-elle pas pourtant le seul moyen de changer le système politique qu’ils condamnent ? Ce n’est pas une question rhétorique, je l’ignore…
    Il est certain que la Marseillaise surprenait moins dans une société où on venait à peine de supprimer la torture comme moyen employé pour obtenir les aveux des accusés (la fameuse Question).
    Il n’existait alors pas de générations qui n’avaient pas connu la guerre. J’avoue ne jamais avoir étudié la question, mais ce chant ne devait sur le point de la violence pas tellement se distinguer des autres chants de guerre écrits à la même époque.
    On peut ne pas être d’accord sur la méthode proposée, mais il me semble que le but que fixe la Marseillaise (Liberté, égalité, fraternité (?)) et ce qu’elle symbolise a quelque chose d’universel et d’intemporel. L’histoire l’a déjà montré.

    Pour revenir au sujet des attentats de novembre, je reste dans un certaine mesure étonné que la Marseillaise ait été ressortie à l’occasion. Elle n’est absolument pas, il me semble, en adéquation avec l’esprit qui régnait alors : le sentiment des Français d’être victimes (ce qui est indubitablement vrai), mais qui ne s’accompagne absolument pas d’un mouvement populaire de réaction : le peuple est resté passif. On l’a d’autant plus observé avec le consentement à l’état d’urgence et à l’occupation policière généralisée dans le pays, qui s’ils pouvaient être justifiés les premier jours, ont depuis prouvés leur inefficacité, leur iniquité et leur caractère répressif (cf Jacques Toubon (!)). Comment lire le prolongement de l’état d’urgence autrement que comme une mesure de communication politique dans le meilleur des cas, puisque les Français sont aujourd’hui favorables à la restriction de leurs libertés individuelles, ou comme une prévision du mouvement social qui ne pouvait manquer de démarrer quelques semaines plus tard avec les réformes économiques…

    Les Français sont restés passifs ; on ne peut en mon sens pas vraiment leur en vouloir (j’en suis d’ailleurs), c’est ce qu’ils sont devenus.
    Comment expliquer alors le retour en grâce (temporaire) de la Marseillaise, chant qui met au centre l’action violente et guerrière (active) du peuple qui doit « former ses bataillons » et « marcher » ? Ce n’est pas le retour à la ferveur révolutionnaire. Ce n’est pas un retour inattendu de l’Histoire dans la conscience collective. Alors, est-ce une sorte de réaction d’imitation des hommages chantés venus de l’étranger (le reste du monde ne semble pas avoir oublié la Marseillaise) qui auraient en quelque sorte rendu pour quelques heures valide le recours à une forme de patriotisme (ce n’est alors plus le chant révolutionnaire mais l’hymne national) ? Est-ce une sorte de passion nationaliste (peut-être inconsciemment teintée de racisme) qui se serait emparée du pays pour un moment ?
    Est-ce une sorte de résidu culturel de reste de conscience civique chez nos concitoyens ?

    Je l’ignore, mais que ces hypothèses soient toutes vraies ou toutes fausses, avec tout l’éventail des nuances possibles, il reste que les Français ont été soumis à ce moment à un très fort affect, qui a naturellement amené leur comportement et leurs pensées à ne pas refléter ce qu’ils peuvent être dans un contexte « normal ».

    Quoi qu’il en soit, je ne crois pas que ce fut l’occasion d’une vraie redécouverte du chant. Je ne peux qu’être d’accord avec vous sur la nécessité de l’éducation à l’histoire, sans laquelle on ne peut comprendre le monde dans lequel on vit. Je ne suis cependant pas tellement attaché au statut d’hymne de la Marseillaise, qui a selon moi beaucoup participé à l’entacher. On la chantait tout en colonisant l’Afrique… Il me semble que si le patriotisme n’est plus considéré comme une vertu et que chanter l’hymne fait passer la plupart du temps les gens pour des fascistes n’a pas rien à voir avec l’association de ces deux objets au désastre humain, politique et moral que furent les guerres de décolonisation, et notamment celle d’Algérie…

    J’avoue ne pas beaucoup aimer l’idée d’une réécriture contemporaine qui ne peut à mon sens n’aboutir qu’à un machin sans grand sens. Je crois que la Marseillaise ne vaut qu’en tant que Chant de guerre pour l’Armée du Rhin. La modifier reviendrait à supprimer complètement toute charge symbolique et à en faire un coquille vide.
    Sinon il y a quand même la « Marseillaise de la Commune », de 1871, qui est beaucoup moins violente mais a de petits accents anarchistes…
    La Marseillaise continue à être un terrain polémique, un peu à la manière du défilé du 14 Juillet dont est régulièrement débattu une éventuelle réforme voire une suppression.
    Ce sont de vieux symboles. Ce qui m’inquiète personnellement c’est que la France ne semble plus capable d’en produire de nouveaux.

    Voilà, un gros développement, j’espère ne pas être trop ennuyeux…

    Cordialement,

    J. D.-G.

  10. Merci pour cette analyse pertinente, mon cher JiDéGé. J’ai tout lu en entier.

    Ça fait plaisir d’avoir des commentaires intelligents sur mon blog. C’est extrêmement rare !

    Sinon, pour ta dernière interrogation, concernant la production de symbole français. J’ai cherché, je n’ai effectivement rien trouvé de pertinent :

    – La lutte sociale. Mais y’a pleins de gens qui trouvent que ça fait chier, faudrait leur expliquer à quoi ça sert.

    – La bonne bouffe. Mais c’est pas un symbole nouveau.

    – La french touch du jeu vidéo. Mais ça n’intéresse pas tout le monde.

    – La coupe du monde de foot 1998. Mais après on a arrêté de gagner au foot.

    – La devise « liberté, égalité, fraternité » reprise tel quelle par certains libristes (notamment Stallman, qui s’en sert pour expliquer le principe des logiciels libres).

    Peut-être que dans quelques décennies, on s’apercevra qu’on a produit des symboles, mais on ne s’en est pas rendu compte tout de suite, car on a le nez dans notre propre époque.

    Sur ce, faut que je bosse sur mon prochain article.

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