Not-powerpoint de présentation de git

À ConcreteWorld.🌏, la chouette entreprise où je travaille, on a coutume d’organiser des afterworks d’humagogie. Le concept est simple :

  • des collègues de travail, dans un cadre de pas-Travail,
  • quelqu’un réalisant une présentation sur un sujet quelconque,
  • de la bière.

Le premier sujet était « Le concept de la réalité à travers les âges », présenté par Collègue Kouing-Amann. Comme c’est du pas-Travail, l’ambiance est détendue, il a donc pu se permettre des images funs, des memes internet, des gifs animés avec des chats, etc. On a tous trouvés ça super.

Galvanisé à la vue de cette performance, je me suis proposé pour réaliser le prochain afterwork, avec une présentation de l’outil de gestion de version ‘git’.

Après le code spaghetti, les branches git spaghetties.

Mon idée de départ, c’est que git pourrait être utile à tout le monde, et pas seulement aux développeurs. A partir du moment où vous manipulez des fichiers, vous pourriez être intéressé par git.

J’ai donc ai préparé un one-man-show assez bien ficelé, avec :

  • Des slides créés sur le site slides.com, comportant des images giga-délire.
  • Une démo en live, avec très peu de ligne de commandes mais des outils graphiques (SourceTree, TortoiseGit, …) afin de ne pas effrayer les non-informaticiens.
  • L’outil ZoomIt (https:// technet.microsoft.com/en-us/sysinternals/zoomit.aspx) pour afficher en grand ce que je fais sur l’écran semi-géant.
  • Un intermède petit-guignolesque avec deux marionnettes-chaussettes, chacune d’elle représentant une branche git. Elles contiennent des modifications différentes sur une même zone d’un même fichier, et donc elles sont en conflit. Ha ha ha.
  • La possibilité de faire des « hola », que même si ça échoue ça serait drôle quand même. (Je ferais ma hola tout seul, moment de solitude lol comme quand un humoriste fait une blague super pas drôle mais c’est assumé que c’est pas drôle et c’est ça qui est drôle).

Nous avions donc là une alliance de pédagogie, de live et de fun en mesure de subjuguer mon auditoire et de lui faire écrouler les faux plafonds de la salle lors du tonnerre final d’applaudissements.

sttngclap_original Les gens de Star Trek qui applaudissent

Malgré tout, j’avais un petit peu peur : « Et si on me trouve ridicule ? Si les gens se moquent de moi et de mes marionnettes ? Ou de mes commentaires de commits ? Ou de mes repositories nommés avec des prénoms pour faire un mini-story-telling distinguant qui a committé quoi ? Ne risque-je pas de fondre en larme devant tout le monde ? De devenir fou ? De fabriquer un lance-flammes en une fraction de seconde et de brûler tous ces gens ? ».

Rien de tout cela n’est arrivé et personne ne m’a trouvé ridicule. Par contre, personne ne m’a trouvé intéressant.

Voici les diverses choses qui se sont passées. Je vous mets ça à nouveau sous forme de liste, car j’aime bien les listes.

  • Colléguette Louloute dit tout fort et à plusieurs reprises que je suis en train de perdre les gens et que je devrais écourter.
  • Des bavardages. Bon, ça arrive. Mais là des gens s’étaient carrément levés et avaient formé un salon de discussion parallèle dans la mini-cuisine à côté. Mini-cuisine n’ayant pas spécialement de cloison d’isolation phonique avec la salle où je performais piètrement.
  • Collègue Pez sort du groupe parallèle et s’adresse tout fort à une personne restée dans ce qui restait de mon auditoire : « Eh, garde bien les yeux ouverts et oublie pas de passer ma facture ! » (je ne sais pas de quoi il parlait). La personne en question était l’une des rares à se forcer à continuer d’écouter ce que je racontais. J’ai revu dans cette situation l’archétype du mauvais élève pourrissant la gueule du bon élève juste comme ça gratuitement.
  • Collègue Inuit passe derrière moi pour regarder mon écran. Je lui demande « t’as besoin de quelque chose ? Parce que sinon l’écran que j’ai là c’est exactement le même que celui que tu vois projeté en grand ». Il me répond : « non, je voulais juste savoir quand ce serait fini ».
  • En plein milieu d’une phrase, je dois sortir mon téléphone pour l’éteindre car il faisait « bip-bip sms ». D’habitude, quand on fait ça, il y a une réaction : des rires étouffés, des discussions, un flottement. Là c’était déjà tellement le bordel qu’il n’y a eu aucune différence.
  • Au moment d’écrire le commentaire de commit « Ajout d’une image de chat », je fais un lapsus claviétal et j’écris « chate ». Je me suis dit que les gens allaient se mettre à rigoler et se déconcentrer, alors j’ai immédiatement désamorcé le danger en disant « ha ha, quel lapsus rigolo ! ». Et là, pareil : aucune réaction, aucune différence notable dans le bordel ambiant.

C’était donc un fiasco total. Pendant les marionnettes, l’attention des gens est revenue et ils ont ri, et quelques secondes après, c’était re-perdu.

Je me suis demandé si j’allais pas m’énerver, engueuler les gens, ou tout simplement partir et les laisser en plan, là. J’aurais aussi pu essayer de les rappeler à l’ordre gentiment. Mais je n’en ai eu ni l’envie, ni le courage. C’est pas une salle de classe et je ne suis pas un prof. Comme déjà dit dans un autre article, j’ai toujours eu du mal avec les profs (la justification de leur utilité, leur autorité, le fait que ce soit des humains, …), je ne me voyais donc pas agir comme l’un d’eux.

May I have your attention, please ?

May I have your attention, please ?

Je ne saurais pas expliquer en détail pourquoi ça s’est terminé comme ça. L’analyse la plus poussée que je puisse faire étant : « j’ai globalement chié comme si j’avais eu le transit intestinal d’un avion de chasse gluté avec du coco à base de pruneaux ». Je me croyais plus fort que ça, plus à même de captiver un auditoire. Eh bien en fait non.

Ils vont donc continuer à s’échanger leurs fichiers à l’arrache, par mail ou sur des répertoires partagés ; à faire du renommage en « _v1 », « _v2 » et du CPOLD (https:// github.com/malko/cpold) ; à se demander qui a chabraqué leurs petites valeurs de leurs petites cellules Excel. Bon courage à vous, les clodos !

Ensuite, Stagiaire АБВГДЕЁЖ (un mec bien mais vraiment bizarre), a fait une seconde présentation sur les différentes manières de mesurer la distance entre deux mondes parallèles. C’était le moment de la bouffe, très peu de gens écoutaient, mais il a eu bien plus de sang-froid que moi, il a continué de blablater sans se prendre la tête ni pulsions de pétages de plomb. Ça s’est très bien passé pour lui et les quelques personnes qui écoutaient d’une oreille mangeatoirement distraite.

Je vais arrêter de parler d’informatique aux gens. Je fais manifestement chier tout le monde, c’est pas la première fois que ça arrive. Je réserve mes partages à ce blog. L’avantage c’est qu’ici, ceux qui ne sont pas intéressés par ce que je bave ne se mettent pas à me pourrir, ils se contentent d’arrêter de lire et de passer à autre chose.

Je vous fais cadeau de ma présentation de git : http://slides.com/darkrecher/deck-1#/.

Faites-en ce que vous voulez, mais attention, il semblerait qu’elle soit dotée du super-pouvoir d’endormir et/ou de rendre fous ceux qui la regardent.

Gros bisous !

A quelle distance sommes_nous de ce monde parallèle ?

À quelle distance sommes-nous de ce monde parallèle ?

J’ai changé de crémerie (3/3)

Suite et fin de la catharsis de mon incarnation professionnelle à Zarma.pro.

Collègue Je-Sais-Tout

Vous vous rappelez, quand vous étiez gamin, on vous parlait souvent d’un Monsieur ou d’une Madame Je-Sais-Tout ? Eh bien le Monsieur c’est lui. Je l’ai rencontré en vrai.

Inutile de décrire sa particularité comportementale, je vais vous narrer sans plus tarder ses anecdotes rigolotes.

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Je lui dit que je vais mettre mes écouteurs, car j’ai besoin de me focuser sur du code. Du coup, il me demande ce que j’aime comme musique.

Cette question m’a toujours embêté. D’un côté il y a les mélomanes intégristes, qui connaissent exactement tous les sous-genres de ce qu’ils apprécient et qui sont capables de vous sortir des phrases comme « Hannnn, mais n’importe quoi ! C’est pas du trash-metal que t’écoutes, c’est du grindcore, ça n’a riiiiieeeeen à voir ! ». De l’autre côté il y a moi.

Lorsque j’écoute une musique, je sais dire si je l’aime ou pas. Je sais dire quelle type générique de son ou de mélodie j’aime entendre, même si, lorsque je l’écris, ça donne pas grand-chose :

J’aime la musique qui fait ‘rotototototom’ avec des ‘wobwobwob’. Et si en fond il y a un petit ‘pala-lala-pam’, je kiffe taquet grave.

Mais j’ai toujours été incapable de donner le genre précis de la musique qui me plaît. Je crois que j’aime la dub. Il est possible que je me fourvoie sur ce qu’est réellement ‘la dub’ et qu’en réalité ce que j’aime soit du dubstep, du trip-hop ou juste de l’électro. J’en sais rien. D’ailleurs faudrait que je planche sur le sujet, car ça me pose problème lorsque je cherche des nouvelles choses à écouter sur internet.

J’explique à Collègue Je-Sais-Tout mon ignorance des genres musicaux. Il me demande s’il peut écouter. Je lui prête les oreillettes. 10 secondes plus tard, il me sort tout fier : « c’est de la world techno ».

Ah ouais d’accord. Je me disais aussi. Heureusement qu’il est là pour m’apprendre des trucs.

Je n’ai aucune idée de ce qu’est la ‘world techno’, il est tout à fait possible que ce soit réellement ça que j’écoute. Mais ce dont je suis sûr, c’est qu’il ne connait rien à ce domaine de la musique. Lui il écoute du rock. C’est très bien le rock, il s’y connait sûrement à fond. Mais mon embryon de connaissance mélomanique me permet quand même de savoir que le rock n’a pas grand chose à voir avec le/la dub/trip-hop/electro/world-techno. Il serait donc gentil de la boucler.

En plus, ce boulet écoutait de la radio main-stream gavée de pub, genre RTL2. Il pourrissait sonoriquement notre burlingue avec. Du main-stream en streaming, ha ha ha.

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World ? Techno ?

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Il me dit de trier régulièrement mes mails et de les classer comme il faut dans des répertoires. Je lui explique que ça prend vachement de temps, que pour retrouver un mail c’est plus simple et plus rapide de faire une recherche. Ce à quoi il a répondu : « Trier, c’est important. Ça permet de mieux s’y retrouver. Force-toi à le faire ».

Un rangement sous forme d’arborescence de répertoires, que ce soit pour des mails ou autre chose, ça finit très souvent par des incohérences ou des impossibilités. On se dit qu’on y arrivera car on est beau et pailleté, qu’on tombera pas dans les pièges stupides où d’autres sont tombés. On crée vaillamment un répertoire par client, dans lequel on met un répertoire par projet, ou vice-versa. Tout est beau et propre. Et puis un beau jour, un projet est vendu à plusieurs clients, ou un client envoie un mail récapitulant les points en cours sur plusieurs projets, et tout foire.

L’idéal c’est un système de tags, ça permet des relations de type n-n. Sauf que ça prend tout autant de temps, sinon plus, que de ranger par répertoire, et ça reste moins pratique que de faire des simples recherches de mots.

Du coup je m’étais fait un répertoire ‘à ranger’. Quand Je-Sais-Tout constatait un trop-plein de mails dans ma boîte de réception et qu’il me demandait de les trier, je mettais tout en vrac dedans. Il y avait une jolie arborescence bidon juste à côté, pour faire genre. Hop, ni vu ni connu je t’embrouille.

papers

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Dans mon dernier article, j’ai raconté l’épisode le plus merdique vécu à Zarma.pro. Voici maintenant l’un des plus stressants. Ça s’est passé lors d’une grosse démo, d’un logiciel que nous appellerons ‘Chabraque’. Aaaaah, les démos ! Tout le monde aime les démos.

La veille, on prépare tout bien comme il faut. (‘La veille’ ≠ ‘Complètement à l’arrache’. Je nous serais considéré à l’arrache uniquement si on avait préparé le jour même). Collègue Je-Sais-Tout installe Chabraque sur un mini-ordinateur. C’était pas une tablette ni un ultra-portable, mais un machin bizarre avec une poignée, un peu comme un jerrycan. (À Zarma.pro, on se retrouvait très souvent avec une palanquée de matos bizarre, j’ai jamais su pourquoi).

Collègue SuperCommercial vient vérifier que tout est prêt. Il demande si ce machin à poignée pourra afficher la démo sur le grand écran prévu à cet effet. Je-Sais-Tout répond : « Oui, pas de souci. Regarde, ça c’est une prise écran. Je brancherai ce câble dessus, et tac-tac-boum ! C’est exactement comme ton ordinateur qui a deux écrans. Tout pareil, mec. Tout pareil ! »

Collègue SuperCommercial redemande si c’est vraiment sûr que ça marchera. Je-Sais-Tout confirme.

Le lendemain, on arrive sur place, on tente de brancher. Epic fail ! La prise du machin à poignée n’était pas du VGA (pour les écrans) mais du série (pour un peu n’importe quoi, surtout des vieux appareils, mais certainement pas des écrans).

Panique totale. Il nous restait deux heures pour préparer, sauf qu’on ne pouvait pas retourner à la boîte et qu’on n’avait pas d’autre matos adapté. On a poireauté-stressé en attendant que Collègue SuperCommercial arrive avec son PC portable normal et sans poignée, on a tout installé dessus à l’arrache, ça a merdé à cause du middleware tantrique de merde (la foirure déjà mentionnée dans mes articles précédents) et finalement on a installé Modeli-Morvax 1.0 encore plus à l’arrache. Pour la démo, on ne s’en est pas trop mal tiré : on en a déroulé un bout sur le Chabraque du machin à poignée qu’on faisait passer parmi les gens et l’autre bout sur Modeli-Morvax.

On s’est bien évidemment fait engueuler par tous les chefs, comme quoi qu’on testait jamais rien jusqu’au bout et qu’on balarguait toujours tout en direct-live comme les dangereux gougnaffiers du chaos qu’on était.

Soyons clair, on méritait de se faire engueuler, on avait effectivement fait une connerie.

Soyons clair, je jette pas la pierre à Je-Sais-Tout pour cette bourde. Les prises séries et VGA, ça a tendance à se ressembler.

 

port série

port série (pour vieux trucs)

port VGA (vidéo)

port VGA (pour écrans)

Soyons clair, je suis aussi fautif que lui. La veille, j’avais tout le temps de vérifier le branchement ou d’insister auprès de Je-Sais-Tout pour qu’il vérifie jusqu’au bout. Je n’ai rien fait de ces actions. On aurait pu se rendre compte plus tôt que les prises faisaient pas papa-maman, ce qui nous aurait permis de régler le problème au calme.

Le problème n’est pas là. Le problème, c’est ce qu’a ensuite raconté Je-Sais-Tout à d’autres collègues. Il s’est plaint qu’on s’était fait engueuler, dans les termes suivants : « C’était pas la bonne prise. Pas de bol. Par contre, on s’est fait pouuuuuurriiiiiiiiiiiir ! ».

Non. Pas : ‘pas de bol’. C’est pas de la malchance, andouille. C’était de NOTRE FAUTE. Tu seras bien gentil de pas la ramener et d’occulter cet épisode de ta vie, afin qu’il soit progressivement oublié par le reste du monde. Parce qu’en rappelant une connerie qu’on a faite et en insistant lourdement dessus, tu jettes quelques tonnes de discrédit sur toi-même et accessoirement sur moi aussi. Donc ta gueule, Je-Sais-Tout. Tu fermes simplement ta gueule.

universal_converter_box

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Pour notre fameux produit Modeli-Morvax, il a fait un premier document de spec globales listant les fonctions à implémenter ainsi qu’un planning prévisionnel, à l’aide d’un logiciel de gestion de projet (je ne sais plus lequel).

Puis on a oublié qu’il avait fait tout ça. Il a refait la liste des fonctions et le planning, avec un autre logiciel de gestion de projet.

Et je me demande même si ça ne s’est pas répété une troisième fois.

Ça m’a toujours fait beaucoup rire les logiciels de gestion de projets. J’ai jamais vraiment compris ce qu’ils étaient censés faire, de plus ils sont tous payants.

Tout ce que je sais, c’est qu’à la fin, ça te chie un diagramme de Gantt, que Je-Sais-Tout était super content d’avoir. Chaque tâche était conditionnée à la réalisation de la tâche précédente, du coup le diagramme était une simple ligne descendante. Ça valait pas le coup de perdre du temps ni de la vie pour ça, on aurait pu tout lister vite fait dans un fichier texte.

Je pense qu’il aurait dû ajouter la tâche « remplir le diagramme de Gantt » dans son diagramme de Gantt.

220px-Henry_L._Gantt

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Un jour, Je-Sais-Tout s’est mis en tête de recenser les menus et fenêtres de ce toujours aussi fameux Modeli-Morvax. Il voulait les mettre dans un espèce de diagramme de pas-Gantt, en représentant les liens entre eux. C’est fort louable, surtout qu’on commençait à avoir pas mal d’éléments, et ça aurait pu faire un joli schéma à intégrer dans le manuel utilisateur.

Ce taré a fait trouzemille screenshots, les a imprimés et les a placés sur un grand poster. Je lui ai suggéré : « Euh… ce serait pas mieux de le faire en employant, tu sais, l’informatique ? À l’aide d’un, wouhou, logiciel, genre Visio, Powerpoint, ou même Paint, il est possible de créer des objets virtuels multimédias directement dans le cyberespace. C’est formid’ ! ».

Il m’a répondu par cet argument imparable : « on voit mieux quand c’est en grand sur du papier ». Bien sûr, suis-je bête.

Son atelier ‘découpage & collage’ a duré tout un après-midi. On avait décidé que la majorité de l’interface de Modeli-Morvax serait sur fond noir geeko-classe. Sur un écran, ça rend bien, mais dans le monde réel, c’est relativement crapouillou. Ses feuilles étaient devenues de véritables éponges gorgées de plusieurs gigalitres d’encre, ce qui l’a obligé a utiliser du papier plus épais et de qualité supérieure. La cartouche de noir était aussi vidée qu’un pitbull pédophile dans un jardin d’enfants. Bref, un concentré de gaspillage de temps et d’argent assez impressionnant.

Pour parachever l’absurdité de son œuvre, il avait tout assemblé à l’arrache avec des bouts de scotch claqués à la hussarde porcasse. Comme quoi : « en grand et sur du papier », on voit mieux que ça a été fait dégueulassement.

Quelques mois plus tard, on est passé à la version 2 de Modeli-Morvax. L’interface n’avait plus rien à voir. Son monstre de papier collant et dégoulinant a été mis à la benne. Une bien triste fin.

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Oh, et il y a eu la fois où Collèguette MesCouilles présentait son nouveau projet à toute la Te-boî. Elle a dit une phrase genre « concrètement, ça nous offre le challenge de devoir littéralement faire des cascades avec des requins », quelqu’un de quelconque a renchéri d’une blague du style : « attention, te fais pas mal, lol ! ». MesCouilles a alors répondu : « certes, mais on aura une bonne mutuelle ».

(Expliqué de cette manière, ça a l’air débile. Mais dans le contexte, ça se tenait).

Je-Sais-Tout, qui était assis à côté de moi, m’a discrètement soufflé à l’oreille : « c’est très habile, comme réponse ».

Il faut reconnaître que c’était effectivement semi-habile. Ces derniers mois, on était en pleine discussion sur le choix de la mutuelle qui allait devenir obligatoire et que les patrons allaient devoir payer à leurs ouvriers (ha ha ha ! pwnz ! ). Il est étrange que les entreprises doivent s’occuper de considérations relatives à la santé, mais c’est un sujet totalement autre, que nous n’aborderons pas ici. MesCouilles suggérait donc subtilement aux patrons qu’ils avaient intérêt à faire péter une mutuelle digne de ce nom.

Je-Sais-Tout avait donc raison en m’annonçant que c’était ‘très habile’. Et c’est cool. Sauf que c’est un peu du Captain Obvious. Et donc moi, en tant que personne un minimum au courant du monde physique à ma proximité, j’aurais dû approuver Je-Sais-Tout, afin de montrer que j’avais moi aussi repéré la très-habileté du propos.

Malheureusement, j’étais occupé à mesurer l’amplitude des mouvements de seins de Collèguette MesCouilles lorsqu’elle se déplaçait du côté droit de l’écran géant à PowerPoint vers le côté gauche de l’écran géant à PowerPoint. Du coup, j’avais pas repéré le Captain Obvious. Tout ce que j’ai trouvé à répondre à Je-Sais-Tout, c’est : « Ah bon ? ». Il m’a alors regardé d’un air malicieux.

Il a cru que je n’étais pas assez subtil dans ma tête pour repérer l’habileté de Colléguette MesCouilles. Je me suis alors dit : « Merde, il pense que j’ai vraiment besoin de lui pour comprendre les réalités de la vie, il va se déchaîner en continu à me sortir des brouettées de Captain Obvious ».

L’avenir montra qu’il n’a pas sorti plus de Captain Obvious que ce qu’il aurait pu sortir s’il m’avait pris pour un mec intelligent et pas accro aux nichons. Donc finalement tout va bien. C’est l’intérêt des gens qui sont dans leur petit monde de Je-Sais-Tout-itude. Tu peux faire n’importe quoi à côté d’eux, ils se comporteront toujours de la même manière.

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Pour les loisirs et les discussions hors travail, Je-Sais-Tout se la pétait également.

Il a découvert Battle for Wesnoth, un jeu de stratégie tour par tour bien sympa. Tout fier, il m’explique qu’il emploie une ‘stratégie par annihilation complète’. La façon dont il m’a énoncé cette vérité montrait bien qu’il pensait avoir inventé un concept totalement inédit. J’ai bien senti qu’il se gargarisait d’avance de me l’expliquer afin d’étaler sa science et me tartiner son génie jusque dans les parois internes de ma boîte crânienne.

Sa ‘stratégie par annihilation complète’ consiste à conserver provisoirement le dernier bâtiment d’une base ennemie. La partie n’est pas immédiatement gagnée, ce qui permet d’explorer toute la map et d’éliminer les unités hostiles restantes. La plupart des joueurs font ça. Et ceux qui ne le font pas ont au moins eu l’idée de le faire.

Ensuite, il m’a expliqué que juste avant l’attaque d’un de ces personnages, il sauvegardait et rechargeait sa partie tant que 100% des coups n’avaient pas touchés. Là encore, il était tout fou-fou de m’apprendre ça.

Je profite de l’occasion pour vous apprendre un mot de vocabulaire, tout en ayant l’humilité d’envisager la possibilité que vous le connaissiez déjà. Cette technique de sauvegarde-rechargement se nomme ‘save scumming’. Et donc, si ça porte un nom, c’est forcément que d’autres personnes y ont pensé avant ce cher Je-Sais-Tout.

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Il m’a également fait une ‘Star What’, ce qui est assez peu étonnant venant de lui. Il s’agit d’un acte assez fréquent, même les quotidiens les plus sérieux s’y amusent (http:// www. legorafi.fr/2015/12/15/le-gorafi-a-vu-pour-vous-star-wars-le-reveil-de-la-force/).

Vous ne savez pas ce qu’est une Star What ? Attendez, je vous la fais :

« Star Wars n’est pas un film réaliste, car en vrai il n’y a pas de sons dans l’espace. »

Les gens qui commettent des Star Whats, j’ai envie de les cogner. Bande d’abrutis ! Des rayons lasers qui s’arrêtent au bout de 40 centimètres, c’est réaliste ? Et un robot à roulettes qui se déplace dans du sable sans se vautrer lamentablement ? Et la créature aux gros doigts poilus qui ne se trompe jamais lorsqu’elle appuie sur les tout petits boutons du tableau de bord d’un vaisseau spatial ? (Vaisseau spatial que le propriétaire doit certainement traiter toutes les deux semaines contre les poux et les parasites vu la touffasse de poils du sus-mentionné machin).

Je vous laisse vous renseigner sur la notion de ‘suspension consentie de l’incrédulité’.

Le seul truc ‘incohérent’ (et non pas ‘irréaliste’) que je vois dans Star Wars, c’est Jar Jar Binks ayant réussi à atteindre l’âge adulte sans que personne ne l’ait préalablement massacré d’agacement. Il ne semble pas y avoir plus de sons dans l’espace que de darwinisme chez les Jar-jar-binkiens (j’emmerde le type dans le fond qui vient de piailler que ce sont des Gungans).

jar-jar-binks-is-dead

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Comme vous le savez (ou pas, mais osef), j’utilise la disposition de clavier Dvorak-bépo (https:// bepo. fr/wiki/Accueil). J’en ai chié des briques au début, puis je me suis senti suffisamment en confiance pour l’installer sur le PC du boulot.

J’en ai fait part à différents collègues, principalement pour me la péter mais aussi pour tenter de les convertir. (L’un d’eux s’y est essayé, ça m’a fait plaisir).

Je-Sais-Tout, pour qui toute idée ne venant pas de lui-même est systématiquement de la merde en branche, m’a très sérieusement expliqué que j’allais me retrouver dans la même situation que les gauchers. Ces pauvres gens ingâtés par la nature doivent continuellement switcher leur cerveau, selon qu’ils utilisent des objets génériques à préférence droitière ou des objets spécifiques à préférence gauchère. Je subis le même désagrément lorsque je passe momentanément sur un clavier azerty ‘normal’.

Ce switching est la raison pour laquelle les gauchers ont une espérance de vie un peu plus courte (leur cerveau et leurs muscles s’usent plus vite). Comme eux, je risque de mourir plus tôt.

Woaouw.

C’est bien connu : les bilingues, les gens utilisant plusieurs véhicules, les bisexuels et les bi-biphoques meurent tous prématurément.

J’ai lu quelque part que l’espérance de vie des gauchers semble statistiquement plus courte car les ‘gauchers seniors’ ne sont pas enregistrés comme tel. Il y a quelques dizaines d’années, on forçait tout le monde à utiliser sa main droite, et des gens qui auraient du être gaucher ont fini droitier ou gaucher contrarié. Il faut donc attendre encore une génération ou deux pour avoir des données fiables sur cette caractéristique.

Et même si les prédictions divinatoires de Je-Sais-Tout se révélaient exactes, je préfère mourir un peu plus tôt que vivre rongé par le regret permanent de ne pas avoir eu le courage de passer au clavier Dvorak-bépo. J’ai gagné la petite satisfaction personnelle d’avoir réussi à changer une habitude qui m’a été imposée par la masse populaire. Utiliser le Dvorak-bépo vous rend hype.

Lorsque je fais découvrir cette disposition de clavier à d’autres personnes, la plupart ne sont pas intéressées, trouvent ça bizarre ou estiment que c’est une perte de temps. C’est là ou Je-Sais-Tout est plus fort que les autres : il considère tellement que c’est une idée de merde qu’il tente de m’en sauver en me disant qu’elle va me faire vieillir prématurément. C’est une sorte d’égocentrique altruiste. Je ne savais même pas que c’était possible.

Attention, c'est une arme de vieillissement prématuré massif !

Attention, c’est une arme de vieillissement prématuré massif !

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Un jour, je lui ai dit comme ça : « C’est bizarre, à chaque fois que je prends une douche, j’ai soif juste après. »

Il m’a répondu : « Oui. L’eau, ça assèche. »

Du coup, je reste beaucoup moins de temps sous la douche, de peur de finir déshydraté.

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Lorsqu’il a appris la manière dont j’ai trouvé mon nouvel emploi (une candidature spontanée qui a mariné pendant un an avant de réapparaître), il a proféré d’une voix collégiale : « tu as pris un risque énoooooorme ».

Il voulait dire que cette candidature aurait pu ne pas aboutir, tout en parvenant malgré tout aux oreilles de Zarma.pro. Ça ne m’aurait pas mis en situation avantageuse : les divers chefs et collègues auraient été en droit de me le reprocher.

Je ne vois pas où est le problème. J’en avais vraiment marre de Zarma.pro (pour avoir le détail, lire mes articles précédents). J’essayais de faire ressentir cette marritude à mes chefs tout en leur empêchant d’y opposer du bullshit de type : « tu n’es qu’un gamin pleurnichard. Fais des efforts et on trouvera le moyen de te récompenser. Blabla implication blabla engagement blabla proactif. ».

Qu’ils apprennent d’une manière détournée que j’en ai ma claque au point de vouloir me barrer, ça me semblait être un signal d’alerte acceptable. Je m’en suis également servi pour m’aider à préserver ma santé mentale : je m’accrochais à ces petites lueurs d’espoir, ces candidatures spontanées que je lançais de ci de là, telles des bouteilles à la mer. ♫ ♪ ♬ Pris dans leur vaisseau de verre, les messages luttent, na na la la la la-la la, nia nia nia nia sur les rocheeeeeeeeeers ♪ ♫

De toutes façons, les chefs auraient fait quoi en ‘représailles’ ? Bloquer mes augmentations de salaire ? Me donner des tâches que j’aime pas tel que des maintenances client, au lieu de me laisser m’auto-kiffer sur du développement ? Me stresser à tel point que je me sente obligé de faire des heures sup’ d’esclaves sans même qu’ils aient besoin de me le demander explicitement ? Me dire en continu pendant plusieurs années que c’est pas le bon moment pour prendre des vacances ? Me retirer les projets que j’aime pour les jeter en pâture à Drache-Code qui les a gloubiboulgatisés ?

Ah non, c’est bon. Ils ont déjà fait tout ça. Du coup il n’y avait plus de représailles possibles.

Je soupçonne Je-Sais-Tout d’être un peu jaloux. Lui aussi aurait peut-être aimé partir de Zarma.pro. Là, il s’aperçoit qu’il avait une chance de le faire, mais elle lui est passée sous le nez. Alors il essaye de s’auto-rassurer en se disant qu’il n’aurait pas pu la saisir, car ça aurait impliqué qu’il prenne ‘un risque énoooooorme’. Peut-être qu’il est triste dans son coin et que pour minimiser cette tristesse, il se dit qu’il n’y pouvait rien, car il a choisi la sécurité pour sa vie professionnelle et familiale.

Honnêtement, je ne crois même pas que je puisse me vanter d’avoir pris un risque. Je ne pense pas être quelqu’un de vraiment courageux, en particulier pour tout ce qui concerne le Travail. Faire des candidatures spontanées, ce n’est pas un truc de ouf. Faut arrêter la parano.

Paranoia

D’autres gens

J’avais vraiment besoin de me lâcher sur mes chefs et quelques collègues en particulier. Ceci étant fait, il reste des personnes sur qui j’ai une quantité honorable de bêtises à dire. Je vous met tout en vrac.

Colléguette Dièse-effe-huit-effe

L’une des secrétaires. Elle s’appelle ainsi rapport à sa couleur préférée.

J’étais son délégué suppléant. Oui, figurez-vous que suite à un concours de circonstances un peu long à raconter et totalement inintéressant, j’ai été élu délégué du personnel et faisais partie du comité d’entreprise. Je l’ai techniquement souhaité, et je me suis dit que ce serait l’occasion de faire des trucs cools.

L’ensemble des délégués a accompli une foule de choses : organiser des repas de Noël, négocier cette fameuse mutuelle d’entreprise, reprendre les calculs d’indemnisation des déplacements, etc. Mais je n’ai personnellement servi à rien dans toutes ces réalisations.

J’assistais aux réunions et notais les phrases rigolotes de chacun pour me donner une contenance. C’est tout. Concernant les actions concrètes, je ne savais jamais par où commencer, et n’osais pas demander de peur de passer pour encore plus débile que je ne l’étais. Mon absolue inutilité a certainement fini par se voir, mais personne n’a eu la cavaliéritude de me le dire.

J’espère que Dièse-effe-huit-effe n’a pas été trop embêtée d’avoir eu un suppléant aussi plante-vertesque. Elle ne méritait pas ça, c’était une nana cool.

Cette expérience m’a apporté deux choses :

  • Si on me demande de refaire délégué du personnel, je pourrais répondre, sans éprouver la moindre culpabilité : « non merci, j’ai déjà fait, je ne me suis pas trouvé très compétent ».
  • J’ai décidé que je ne dénigrerai jamais le travail effectué par d’autres délégués du personnel. Je leur demanderai des choses en cas de besoin, mais je ne dirai jamais qu’ils font de la merde ou qu’ils branlent rien.
Le repas de Noël. Mais y'avait pas Jésus.

Le repas de Noël. Mais y’avait pas Jésus.

Colléguette Maryse-Gâteau

Une autre secrétaire.

Je n’ai pas bien compris pourquoi tout le monde la portait aux nues. Elle travaillait beaucoup, sérieusement et bien, mais beaucoup d’autres gens dans la boîte faisaient montre de la même abnégation sans qu’on chante leurs louanges (oui, je m’inclus dedans). Est-ce que c’est parce qu’elle avait ‘un certain âge’ ? Je ne sais pas.

Le fait que tout le monde la portait aux nues lui donnait le droit implicite d’être exigeante envers les autres, ce qui m’a valu un moment merdique de plus.

Je suis dans le bureau-open-space en compagnie d’un stagiaire. Collègue Eurod’ était présent le matin mais était ensuite parti en déplacement. Je suis donc le seul à pouvoir répondre au téléphone. Celui-ci sonne. Un client avec un problème urgent. Il me blablate ses symptômes, je prends le contrôle de son PC par TeamViewer et commence à dépatouiller son bronx.

Le téléphone re-sonne. Un autre client avec un autre problème. Il me précise que c’est ‘urgent urgent urgent’, soit deux ‘urgents’ de plus que le client précédent. Je décide donc de m’en occuper tout de suite. (Je m’étais établi mon propre système de hiérarchisation des tâches, suite aux non-définitions de priorités par Chef Random). Blablatage symptôme, TeamViewer, débronxage en cours.

Le téléphone de Collègue Eurod’ sonne. Un client jean-foutre qui veut qu’on lui renvoie son contrat de maintenance, parce qu’il ne parvient plus à le retrouver dans son bordel. C’est une tâche administrative, j’estime donc que ce n’est pas à moi de la faire, d’autant plus que je ne sais même pas où trouver ce papier à la con. Je lui dit de voir ça avec notre secrétaire et lui donne le numéro à appeler. Normalement on ne doit pas faire comme ça, on doit transférer l’appel. Mais je ne suis jamais sûr d’y parvenir avec ces téléphones auxquels je ne comprends rien et je voulais me débarrasser très vite de ce clampin car j’étais toujours au téléphone avec le client urgent urgent urgent.

Le téléphone de Collègue Eurod’ re-sonne. C’est Maryse-Gâteau pour me dire qu’elle vient d’avoir un client à la con requérant son contrat de maintenance à la con. Je lui dit que je suis au courant et que c’est moi qui l’ai refilé à Dièse-Effe-Huit-Effe. Mais cette dernière n’était pas à son bureau, c’est donc Maryse-Gâteau qui a pris l’appel. Cette dernière-dernière voulait avoir Collègue Eurod’ pour qu’il lui donne ce putain de contrat. Mais ce dernier n’était plus là. Mais elle ne s’en est pas rendu compte puisqu’elle l’avait vu le matin. Elle me dit : « Tu peux pas lui donner toi-même, ce contrat de maintenance ? ». Je dit que non, parce que je sais pas où il est. Elle rétorque « Ah bah voilà, si personne n’y met pas un peu du sien », puis elle raccroche.

5 minutes plus tard, Maryse-Gâteau débarque dans mon burlingue-open-space, ouvre un placard, en sort un classeur à paperasse, le referme en faisant « blong » bien fort et repart en clac-claquant des talons.

Je dis à mon client en cours que j’ai un petit truc urgent urgent urgent urgent à faire et que je le reprendrai dans quelques minutes. Je vais voir Maryse-Gâteau. Elle s’était construit un superbe regard lourdement armé de reproches. Je me confonds en excuses. Elle m’engueule comme quoi on est passé pour des imbéciles auprès du client qui a dû appeler plusieurs numéros à la suite, que j’aurais dû transférer l’appel ce qui m’aurait permis d’expliquer préalablement la situation.

Elle avait raison, mais j’estime que je ne méritais pas de me faire engueuler à ce point là. Je ne lui ai même pas dit que j’avais deux maintenances simultanées en cours. D’une part j’ai pas osé parce que ça risquait de la foutre encore plus en colère que je me permette de lui parler de MES problèmes de Travail, d’autre part elle m’a pas laissé en placer une et d’autre-autre part j’entrais dans la période où je commençais à en avoir plus rien à foutre de cette boîte.

Quelques semaines plus tard, je fais mon entretien quadri-annuel d’évaluation avec Chef Random. Il mentionne cette désastreuse histoire et fournit son avis personnel, à savoir que j’avais vraiment merdé. Ce gros nul avait tout suivi depuis son bureau juste à côté, il s’en servait pour me pourrir non-subtilement. Quand je vous disais que ce mec était un tocard social.

Lorsqu’elle devait s’absenter, Maryse-Gâteau me demandait parfois si elle pouvait rediriger son téléphone vers le mien. J’avais alors la charge de secrétaire. J’étais un tout petit peu fier qu’elle me confie cette tâche. Étrangement, elle ne me l’a plus jamais demandé ensuite. À vrai dire ça m’arrangeait. Je suis nul en secrétaire, j’ai une voix de benêt au téléphone et je fais des « euuuuh » d’adolescent de 13 ans.

Avant que tout cela n’arrive, il m’était arrivé une fois de rêver d’elle. Un rêve bizarre, mais tout public. Elle s’était monté un stand en plein milieu d’un immeuble en construction, avec une porte posée sur des tréteaux, et elle vendait des gâteaux. Les ouvriers passaient à côté d’elle sans vraiment y faire attention, mais elle gardait le sourire et l’espoir.

C’était mignon comme rêve et ça collait super bien à sa personnalité et ses hobbies. Je me suis dit que j’aurais pu lui raconter, à l’occasion, durant une pause café. Ça l’aurait fait rire. Je ne l’ai pas fait parce que raconter ses rêves relève d’une ouverture à l’autre assez intime. Elle aurait peut-être été gênée que je lui dévoile quelque chose d’aussi personnel. Finalement, j’ai bien fait d’avoir gardé ça pour moi.

Oui, c'est un gâteau. En forme de téléphone.

Oui, c’est un gâteau. En forme de téléphone.

Un jour, Collègue Tourbator avait lancé un concours de pâtisserie. Tous les mardis, quelqu’un apportait un gâteau fait maison. On le mangeait pendant la pause, on donnait des notes et le gagnant recevait je-sais-plus-quoi. J’avais participé avec un gâteau-minecraft qui me valut de ne pas terminer dernier, j’étais assez content de moi.

Maryse-Gâteau a remporté la palme avec des ultimo-tartelettes vraiment délicieuses. Est-ce qu’elle méritait vraiment de gagner ou est-ce que des gens lui ont hypocritement donné une très bonne note parce qu’ils la portent aux nues ? Je ne sais pas.

Une autre fois, elle a envoyé un mail pour signaler qu’un outil mis en place par Collègue SuperFlamby ne lui convenait pas. Elle avait raison, le bidule l’obligeait à faire une double saisie. Hou que c’est vilain les doubles saisies ! Personne n’aime ça.

Sauf qu’elle a envoyé ce mail à tout le monde au lieu de le limiter à SuperFlamby. On ne crie pas intempestivement à la face du monde ses râleries professio-personnelles, c’est donc une faute qui aurait pu lui être reprochée. J’ose espérer que MegaChef Storitel s’en est chargé, c’est quand même le rôle d’un chef d’effectuer ce genre de recadrage. Mais parmi les collègues de même rang professionnel : bernique. Je n’ai eu vent d’aucune remarque qui lui aurait été faite. Alors que par ailleurs, divers déblaterrages sur diverses personnes s’échouaient dans mes récepteurs auditifs et visuels.

Une autre-autre fois, elle a traversé notre burlingue-open-space en se faisant la plus discrète possible tout en nous montrant qu’elle voulait être discrète. Je lui demande : « Tout va bien, Maryse-Gâteau ? ». Elle nous explique qu’elle venait de déblaterrer sur une technicienne-Cliente, la traitant de conne et autres noms d’oiseaux, et qu’ensuite elle s’était aperçue que cette personne attendait dans le couloir juste à côté. C’est pourquoi elle avait préféré s’éclipser discrètement par un chemin détourné.

C’est vrai que pourrir un Client alors qu’il y a un risque qu’il entende tout, c’est vachement moins grave que de le balader d’un numéro de téléphone à un autre. Mais là encore, personne n’est allé lui reprocher son erreur, alors que je n’étais pas seul dans le burlingue lorsqu’elle est passée.

Tout ça pour dire que je n’étais vraiment pas à l’aise avec Colléguette Maryse-Gâteau. J’avais l’impression d’être le seul sur Terre à m’apercevoir qu’elle faisait parfois des bêtises (comme tout humain normalement constitué) tandis que le reste du monde la portait aux nues et la trouvait constituée à 100% d’awesomeness professionel.

Maryse-Gâteau en stealth mode.

Maryse-Gâteau passant dans le burlingue en stealth mode.

Collègue SuperFlamby

C’était pas tout à fait un ‘collègue’, il était également chef d’un ensemble de bazar technique. Mais osef.

À chaque fois qu’il devait trancher, il choisissait la solution intermédiaire, d’où sa flambitude. Il utilisait des mots et des expressions pas très viril : « banette », « en regard de », « douchette », « lever un flag d’alerte » (en faisant le geste d’un petit drapeau qui se lève), …

Les scientifiques fous, dont j’ai parlé précédemment, avaient commandé un audit pour la conception de leur fameux logiciel d’analyse d’acariens. SuperFlamby avait rédigé un rapport assez bien ficelé, qui faisait office de document de spécification.

Ce rapport contenait plusieurs ‘stories’, des petites descriptions courtes racontant une utilisation particulière d’une fonctionnalité du logiciel. Il avait donc défini plusieurs profils d’utilisateurs, en attribuant un prénom à chacun, comme si c’était des gens du monde réel.

Je ne savais pas qu’on pouvait rédiger un document de spécification de cette manière. Ça aboutit à quelque chose de peu viril dans sa formulation, mais assez clair et bien présenté.

Par contre, là où il a complètement merdé, c’est au moment de baptiser les profils. Il y avait une « Renata ». WTF ? Même en Afrique post-colonialiste personne ne s’appelle comme ça !

C’était peut-être un clin d’œil scientifique à cette personne, ou celle-là (https:// en.wikipedia.org/wiki/Renata_Kallosh, https:// fr.wikipedia.org/wiki/Renata_Briano).

Hell Yeah ! Science !

Hell Yeah ! Science !

Actionnaire Roux

Étant donné mon niveau hiérarchique, je n’ai évidemment jamais eu la possibilité de l’approcher ni de m’imprégner de son aura divine.

Mais j’ai tout de même eu la chance de le voir apparaître à une méga-réunion annuelle corporate. Il nous a dit qu’en tant qu’Actionnaire, il était « confiant » et « rafraîchi » par des réunions comme ça.

Ensuite, on est allé bâffrer gratoche au traditionnel apéro empiffratoire du midi.

Collègue Nounours

J’en ai déjà parlé ici et là.

C’était un rayon de soleil pour mes espoirs de glandage professionnels. Je le voyais soit buller, soit faire des trucs qui ne servaient à rien. Il était ma preuve secrète de la possibilité d’atteindre un jour mon nirvana personnel, à savoir : donner l’impression à tout le monde que je travaille tout en glandant comme un porc et en passant mes journées à coder des jeux vidéos et écrire des articles de blogs.

Il allait parfois démarcher des gens pour présenter nos super-logiciels. À son retour, Cheffette Gothique lui demandait comment ça s’était passé. Il se contentait de répondre « tu sais, avec ce type de clients, c’est sur du loooooooong terme. » C’est tout. Ça consistait l’intégralité de son compte-rendu de démarchage. Un rayon de soleil, vous dis-je.

Une autre fois, il s’est mis en colère parce qu’il ne retrouvait plus des papiers qu’on lui avait déplacés lors d’un de nos déménagements à moment merdique. Il nous a dit : « merde, merde, merde ET MERDE ! ». Quelques jours plus tard, il les a retrouvés. C’était très drôle.

Du looooooooong terme.

Du looooooooong terme.

Collègue KoupChou

Le responsable ‘infrastructure du monde physique’.

C’est auprès de lui que je venais pleurer ou m’excuser quand je foutais le bordel avec l’alarme du bâtiment. (Le dernier à partir devait allumer l’alarme, mais y’avait toujours une capilotade qui empêchait de le faire. Je ne peux pas vous raconter ces épisodes foireux car j’y comprenais jamais rien).

Un jour, on a été envahis par des cochonneries de petits insectes. Je ne sais pas du tout ce que c’était, on les nommera donc : ‘ploncres’.

Je vais voir Collègue KoupChou pour lui en parler. Et là, est-ce que tu sais ce qu’il me répond, lecteur ?

« Oui, c’est rigolo. Quand on shoote dans l’un d’eux, il se recroqueville sur lui même et roule comme une petite bille ! »

Je veux bien entendre qu’être responsable monde-physique soit une charge compliquée et que la quantité de tâches qui en décombe ait pour conséquence qu’on ne puisse correctement prévoir ni repousser une invasion de ploncres. Mais quand ça arrive, ce serait bien d’avoir la décence de pas faire son malin.

Je m’attendais à ce que KoupChou ait une réponse éventuellement impuissante, mais au moins humble : « on a été attaqué par surprise, j’ai pas le temps de m’en occuper maintenant ». Eh bien non. De son joyeux aplomb auto-validant, il n’éprouve aucune culpabilité à brâmer : « Bibilles ! Lol ! « .

Je vous passe les considérations d’hygiène qu’on pourrait hypothétiquement avoir quant à la prolifération de ploncres.

Ploncre rush !

Ploncre rush !

Collègue SuperCommercial

Un type un peu inquiétant. Il disait tellement que ce qu’on faisait était génial, que ça ne semblait pas naturel. Surtout que des fois on faisait quand même bien de la merde.

J’ai eu un road trip à faire avec lui. Ça a été très compliqué, mais pas pour la conversation. C’est un super-commercial, il a donc ce super-pouvoir de générer automatiquement un sujet dès qu’il y a un blanc. Le problème a été la conduite. Je suis une incommensurable quiche dès que j’ai un volant à la main. Au début ça allait, c’était de l’autoroute. Puis on est arrivé dans une ville, il a fallu regarder le GPS en même temps que conduire. Multi-drames :

  • Je me suis planté 3 fois de route (le GPS indiquait le bon chemin, mais je n’arrivais pas à analyser précisément ce qu’il me disait),
  • je me suis arrêté en plein milieu d’un embranchement sans savoir où aller,
  • mon cerveau me faisait paniquer en continu à tel point que je ne voyais plus les feux passer au vert,
  • pour se garer, SuperCommercial m’a pris le volant des mains car je ne comprenais même plus dans quel sens ça tournait quand on reculait (au reste, j’ai jamais vraiment compris le fonctionnement de ce concept extrêmement bizarre de ‘marche arrière’).

Il était totalement désespéré. Je pense qu’il avait dépassé le stade de la pitié pour atteindre une sorte d’état supérieur s’apparentant à celui d’un observateur externe étudiant un singe dans un zoo.

Je déteste conduire, c’est de la merde. Mais si je me lance dans ce sujet j’en ai encore pour 12 articles.

Un autre truc marrant avec ce monsieur, c’était son utilisation outrancière des anglicismes. Ça ne me dérange pas, ça fait partie de ses super-pouvoirs, d’ailleurs je dois certainement en utiliser moi-même sans m’en rendre compte. Là où ça devient rigolo, c’est avec le mot ‘bid’.

‘Bid’ signifie ‘offre’ ou ‘proposition’ (de vente ou d’autre chose). Dans une phrase en français, ça produit un effet assez ridicule : « on va faire un bid ! », « c’est vraiment un très gros bid », …

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Collègue NinjaBlingBling

Un mec cool. Je l’aimais bien, il avait pas peur d’ouvrir sa gueule et lâchait rien, il s’accordait donc à merveille avec des gens comme moi ayant une personnalité flambie.

Il a découvert une souris morte au milieu du couloir (c’est impressionnant la quantité de bestioles débiles qui squattait cette boîte). Il l’a jeté et a envoyé un mail de pourrissage général pour signaler qu’évidemment personne d’autres que lui n’avais fait l’effort de le faire et que donc on était tous très vilains. Sauf que son action héroïque, il l’a accomplie vers 8 heures du matin, en étant parmi les premiers arrivés. Alors oui forcément, personne n’a pu le faire avant lui.

Je me permet d’ajouter que quand j’ai décollé un cadavre de lapin mort sur le parking, je n’ai pas pourri la totalité de l’univers connu à coups de mails héroïques, ni signalé que « chacun doit nettoyer son propre caca ».

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Collègue GenerationY

J’en ai déjà parlé. Un mec bizarre.

Petite anecdote merdico-rigolote : lorsqu’il jouait à la belote à la pause de midi, il râlait et s’énervait tout seul parce qu’il n’avait jamais un bon jeu et que son partenaire du moment jouait comme un pied. J’ai fait une seule partie avec lui, ça a été un rouspéto-roumégage continu.

Maintenant que j’y pense, mon cerveau est vraiment un abruti de m’avoir mis mal à l’aise durant ces moments pouilleux où Collègue GenerationY me faisait bien sentir que j’étais un boulet. Le fait que c’était un petit enfant mauvais joueur aurais dû me donner la force de caractère pour m’immuniser contre ses influences boulettisantes.

Bref, encore un beau tocard de bonne facture.

De toutes façons j’ai jamais rien pigé à la belote. Je préfère le Perudo.

MégaChef De L’Industrie

Il est arrivé un peu de nul part. Mais sa légitimité a été automatiquement et unanimement approuvée lorsqu’on nous l’a présenté durant une grande messe corporate et qu’on nous a dit qu’il venait « de l’industrie ».

C’est sérieux l’industrie. Couillu, viril et tout. Pas comme ces petites taffiotades de logiciels qui sont des produits immatériels et qu’on ne peut donc pas physiquement bifler même en étant doté d’un énorme pénis d’industriel.

L’une des équipes de la boîte fonctionnait mal (pas Test-0-Steron, une autre). MégaChef De L’Industrie était chargé de la ‘redresser’. Il a étudié le tout, a écouté chaque personne et a donné une consigne générale :

« Messieurs les commerciaux, vendez. Vendez tout et n’importe quoi. Même des choses qui n’existent pas encore. Nous derrière, on saura vous fournir les moyens qu’il faut pour les faire exister. »

Vous la sentez venir, la cagafouillade géante ?

Les commerciaux, stressés par cette consigne, casseront les prix. Ils retourneront voir De L’Industrie, l’œil hagard et le costume débraillé, en clamant : « j’ai réussi à vendre un logiciel féérique et inexistant pour 100 euros. C’est un peu bas comme prix, mais je n’ai pas pu obtenir mieux, pourtant je me suis démené comme un beau diable ».

Ensuite, De L’Industrie dira aux ouvriers-codeurs de créer la féérie très très vite. Il ajoutera (ou pas) les « moyens qu’il faut ». Ça monopolisera trouze-mille jour-hommes et à la prochaine grande messe corporate, toute l’équipe sera pointée du doigt comme étant vilainement pas rentable.

Parce que « vendre tout ce qu’on peut » et « vendre tout ce qu’on peut en étant rentable », c’est pas la même chose. Mais si je dis ça, c’est sûrement parce que j’y connais rien en gestion d’entreprise, je viens tellement pas de l’industrie.

Ça c'est de l'industrie !

Ça c’est de l’industrie !

Collègue Moche

C’était juste un mec super moche. Ça arrive.

J’ai été choqué par le champ gravitationnel d’hypocrisie généré dans son entourage.

Aucun des autres collègues, mais absolument AUCUN, n’a mentionné son hypermocheté au détour d’une conversation quelconque. Même lorsqu’il n’était pas présent.

Ça m’a un peu inquiété. J’avais l’impression d’être le seul au monde à avoir remarqué sa pas-gueule, j’étais limite à me demander si ça faisait pas de moi un mec encore plus bizarre que je ne le pensais, ayant des critères de beauté totalement différents des autres.

Mais un jour, j’ai croisé ce collègue alors que j’étais dans un bar en compagnie de gens du pas-travail. Ils m’ont tous dit que j’avais du cran pour passer plusieurs heures par jour à moins d’un kilomètre de lui sans vomir. J’ai été rassuré.

On ne se rend pas assez compte à quel point c’est important pour sa santé mentale de côtoyer des gens qui n’hésitent pas à balancer du bon gros troll de merde.

(Ici, ne pas mettre de photo de Collègue Moche, sinon vous allez exploser).

Collègue Remplaçant

C’est donc le monsieur qui m’a remplacé lorsque je suis parti. Il était destiné à un autre morceau de la boîte, mais du coup il a été catapulté dans l’équipe Test-0-Steron.

Première rencontre avec lui, avant son embauche officielle. Cheffette Gothique lui demande : « Tu t’y connais en C# ? En karmagraphie tantrique ? En OpenGL ? ». (C’était les technos sur lesquelles je bossais).

Il répond que non, et que c’est pas ce qui l’intéresse ni ce qu’il voudrait apprendre. Cheffette est tombée des nues. La suite de la conversation a été assurée par d’autres collègues et ça a dérivé en pseudo-réunion de choix techniques sur Modeli-Morvax. Remplaçant était au milieu de tout ça, plus personne ne s’intéressait à lui (à moi non plus, mais c’était normal vu mon statut de lâcheur officiel en période de préavis de démission).

Le lendemain, Cheffette Gothique annonce à toute l’équipe que Chef «  » l’a appelée pour nous pourrir intégralement tous. Collègue Remplaçant était allé se plaindre qu’on l’avait mal accueilli et qu’il aurait du mal à s’intégrer, car on lui avait dit qu’il devait maîtriser des technologies ne faisant pas partie de ses intérêts.

Je ne peux pas savoir si Collègue Remplaçant a réellement pleuré dans les jupes de Chef «  », ou s’il a juste émis quelques remarques que Chef «  » a pris pour du pleurage de jupe. Personnellement je pencherais pour la deuxième option. Dans tous les cas, le premier contact entre Collègue Remplaçant et l’équipe Test-0-Steron a vraiment été supragénial et annonciateur d’auspices les plus suprameilleurs.

Les auspices girls ?

Les auspices girls ?

Des conneries que j’ai faites

Ayant bien déblaterré sur les déblaterrages de mes collègues et chefs, je me dois de rétablir un minimum d’équilibre dans l’univers global. Voici donc la liste de mes conneries. Je ne vais pas trop détailler car je ne suis vraiment pas fier de ces actes. Si vous ne comprenez pas de quoi je parle, ce n’est pas grave, passez à la suite. (Ce conseil s’applique également à l’ensemble de mon blog, voire à l’univers global).

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Je devais installer sur le poste d’un client le middleware tantrique de merde dont j’ai déjà parlé maintes et maintes fois. Comme toujours, cette action n’était pas censée prendre plus d’un quart d’heure. Comme toujours, y’a eu une merde. L’installation ne marchait pas, sans que je sois capable de déterminer pourquoi. J’en ai eu marre et j’ai dit au client qu’il y avait qu’à copier les fichiers du middleware. Ce que j’ai fait, en prenant ceux que j’avais sur mon poste. Ça a fonctionné, je suis passé à autre chose. Ensuite, le client à recopié ces mêmes fichiers sur une dizaine d’autres de ses postes, ce qui n’était pas déconnant puisque je lui avais dit que ça passait crème.

3 mois plus tard, tout a pété chez eux. La copie des fichiers avait embarqué notre clé de licence. Or il s’agissait, non pas d’une clé client, mais d’une clé partenaire, qui doit être renouvelée tous les ans.

C’est Collègue Drache-Code qui a dû réparer un par un tous les postes. Force est de reconnaître que cette fois-ci il a fait quelque chose de bien. Mais il était pas jouasse. Il a dit à la cantonnade de l’équipe : « j’en ai marre de nettoyer les merdes de tout le monde ». Je me suis confondu en excuses.

Oups... Boulette.

Oups… Boulette.

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Y’a aussi l’histoire de Machin, un mec d’une société partenaire qui a dit à Chef Random qu’il passerait peut-être nous voir (on savait pas trop dans quel but). Après moultes tergiversations, il a envoyé un mail pour demander : « finalement, je me radine ou bien ? ». Je me suis dit que des gens plus importants que moi s’occuperaient de cette relation publique, je n’ai donc pas répondu, et je n’ai pas non plus transmis.

Chef Random vient me voir et me dit : « Yo. Il est mort pendant eul’ trajet, Partenaire Machin, ou bien ? ». Et là, un doute m’habita. Je reconsulte le mail et m’aperçois que les seuls destinataires sont moi et Collègue Eurod’ (qui était en congés). J’ai signalé ma boulette à Chef Random, mais c’était trop tard. L’heure du rendez-vous éventuel était pas-dépassée-mais-presque. Chef Random a été obligé de s’excuser auprès de Partenaire Machin. Ensuite il m’a engueulé.

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Je suis en partie responsable de L’IHM pourrie de Modeli-Morvax v1.0. Elle était tellement pourrie qu’on ne comprenait pas toujours les effets d’un clic ou d’un glisser-déplacer, ce qui a contribué à faire dire à Chef «  » que « Modeli-Morvax, il fait n’importe quoi ».

Mais sur cette connerie, j’étais pas tout seul. Drache-Code en était l’instigateur principal.

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Ça faisait plusieurs mois que je travaillais sur GLORP, un outil de mise à jour des glorps. À chaque livraison, le client nous balançait une liste de bugs. (Au passage, certains d’entre eux étaient la conséquence de spécifications initiales pas claires, mais ça c’est comme d’habitude).

Lors de l’une des livraisons, le client nous re-signale un bug déjà signalé la fois précédente. Je vérifie. Effectivement : j’avais oublié de coder la correction !

Je savais ce que je devais faire pour cette livraison, je m’étais concocté une petite liste. Eh bien j’ai oublié un truc dans cette liste.

Ça fait vraiment bizarre. On peut se planter de plein de manières quand on fait du dev, mais ‘oublier’ quelque chose, c’est rare, il faut vraiment être à la masse. (Je l’étais, ça faisait plusieurs mois que je codais régulièrement les soirs et les week-ends pour cette merde).

Après ça, on a décidé de créer des tests de validation pour GLORP. Excellente idée ! D’ailleurs, ne serait-ce pas ce qu’il aurait fallu faire dès le début ?

Sorry, my bad.

forgetfulness

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Il y a également les autres conneries que j’ai déjà racontées : la confusion prise série / prise VGA, la clusterisation de persona-pixels et le non-transfert du téléphone avec Maryse-Gâteau.

D’autres trucs en vrac

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Lorsqu’on part d’une boîte, on a droit à des vacances de fait : durant toute la période de préavis, vous pouvez glander, vous n’en avez plus rien à foutre. Légalement, cette période dure 3 mois. Mais les entreprises savent très bien que leurs ouvriers en profitent pour buller à foison tels des cachets d’aspirine dans l’eau, donc elles « acceptent gracieusement » de réduire ce temps à 2 mois.

Cette putain de boîte ne m’a même pas accordé la totalité de cette période magique. Lors de mon embauche 4 ans plus tôt, j’avais accepté d’avoir le statut de technicien et non pas d’ingénieur. Nonobstant la paye de merde, mon préavis était d’un mois seulement.

Sans que je comprenne pourquoi, j’éprouvais une espèce de stupide conscience professionnelle, certainement due au fait qu’ils m’avaient conditionné pour faire de moi un bon petit soldat corporate. Ce sentiment m’a forcé à travailler à nouveau les soirs et les week-ends, pour documenter tous les projets sur lesquels j’avais travaillé. Mon abruti de cerveau m’a forcé à ne pas partir en laissant mes collègues dans la merde.

Même ce tout petit mois de glandage autorisé, je n’en aurais pas profité pleinement. D’autre part, il est fort possible qu’ils ne lisent pas ma documentation. Clampins.

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Sur une période de plusieurs mois, j’ai gaspillé le temps libre que la société civile actuelle daigne m’accorder pour coder un super algorithme d’appariement de caractochromes karmagraphiques. Ça m’intéressait vraiment et c’était un chouette challenge de code.

L’algo fonctionnait plutôt bien. On s’en est servi pour fournir des prestations one-shot à des Clients. Chef Random et Collègue SuperFlamby ont eu vent de ma réalisation, l’ont trouvé sympa et m’ont dit que ça pourrait être sujet à du CIR (Crédit d’Impôt Recherche). Ça rapporterait peut-être pas beaucoup, surtout que d’autres projets bien plus sérieux avait été soumis, mais du pognon gratuit c’est jamais négligeable. Chef Random a laissé sous-entendre que ça pourrait même mériter une augmentation ou une prime.

J’étais super fier de moi. Beau gosse, bon petit soldat, viril et tout.

Ensuite, SuperFlamby m’a demandé de rédiger des documents pour argumenter la demande de CIR. Il les fallait évidemment pour avant-hier. J’ai à nouveau dépensé du temps libre, à un moment où je voulais le garder pour moi et me faire plaisir. Je n’ai jamais vu la couleur de mon augmentation ou de ma prime. Je ne me souviens même plus si le CIR en question a été validé.

Cette déliquescence est assez représentative de la déliquescence progressive générale de ma motivation dans cette boîte.

Je m’en veux d’avoir brûlé tout ce temps libre. On ne m’y reprendra plus jamais. Si un jour j’ai une super-idée d’un super-projet super-génial pour la super-boîte dans laquelle je super-bosse actuellement, j’en parlerais peut-être à des collègues, mais je ne claquerai pas une microseconde de Temps Libre pour ça.

"M'appelez pas CIR. Je ne suis plus roi."

« M’appelez pas CIR. Je ne suis plus roi. »

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Je me suis petitement remboursé de mes heures sup’ d’esclave et de mon salaire de misère non-augmenté, en volant régulièrement des serviettes essuie-mains que j’utilisais ensuite comme mouchoir. De plus, comme expliqué dans un ancien article, mon corps s’est inconsciemment entraîné à faire caca uniquement durant le travail.

Pendant plusieurs années, j’ai donc très peu acheté de mouchoir en papier et de PQ. Il n’y a pas de petites victoires.

Je tiens à remercier mon corps pour son dévouement et sa ténacité durant ces opérations d’optimisation de budget.

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Comme déjà écrit, on devait tracer le temps qu’on passait sur nos différentes tâches. Ça se faisait avec une interface poucrave et pas pratique, bien évidemment développée en interne. C’est marrant, la situation était la même à Merluchon Corp (ma précédente-précédente boîte). Il y aurait peut-être du fric à gagner à vendre ce genre d’outil.

Je m’étais développé un petit script dans mon coin, (en python, of course). Il récupérait les décomptes de temps que j’avais écrit à l’arrache dans un fichier texte, ajoutait automatiquement le pipeautage nécessaire pour compléter ce que je n’avais pas (ou ne voulais pas) noter et générait un bout de Javascript. Je n’avais plus qu’à le copier-coller dans la console du navigateur et ça envoyait les requêtes Ajax comme si c’était moi qui saisissait tout bien comme il faut.

Cheffette Gothique a fini par me choper avec ce script. Elle a été gentille et l’a bien pris. Tant que les stupides décomptes étaient déclarés, elle ne trouvait rien à redire.

De toutes façons, les valeurs étaient totalement fausses et hypocrites. C’est le cas dans la plupart des boîtes, mais dans celle-ci c’était particulièrement flagrant. Attendez, je vous explique.

Le but annoncé de ces traçages de temps est de « pouvoir estimer les charges de travail des projets futurs, afin d’évaluer ceux qui seront les plus rentables ». Partons du principe que ce n’est pas une vaste blague.

Au début, l’unité utilisée était l’heure. Quand on faisait des heures supplémentaires, on arrivait à un total journalier supérieur à 8.

Le problème pour les chefs, c’est qu’un tel système traçait les heures sup’, qu’on aurait pu ensuite s’amuser à compter et à revendiquer. Il a donc été décidé d’utiliser l’unité de « fractions de journée ». La somme quotidienne des comptages de temps devait toujours être égale à 1, les heures sup’ n’était plus visibles.

Du coup, ces comptages étaient inévitablement faux, on ne pouvait en déduire la charge de travail réelle d’un projet, ni estimer celle des projets futurs. Le but annoncé au départ n’était donc bien qu’une vaste blague.

Autre chose amusante à ce sujet. Nos fringants financiers avaient estimé le coût journalier d’un ouvrier-codeur, afin de pouvoir directement évaluer si un projet est rentable ou pas. Ce coût journalier était bien plus haut qu’un salaire journalier d’ouvrier-codeur, ce qui est normal : il faut compter les charges, jours de congés, loyers, frais fixes ainsi que les salaires des « improductifs » : chefs, gens de l’infrastructure du monde physique, secrétaires, financiers, …

Ça vaudrait le coup de se poser la question d’un tel système, qui ne permet de mesurer que la productivité des gens productifs, mais je ne vais pas m’étendre là-dessus. Rappelons que je n’ai aucune idée de la manière dont est censé être géré une boîte et que je m’en fous complètement.

Un beau jour, ce fameux coût journalier a été recalculé par les financiers, qui l’ont instantanément fait grimper de 150 euros ! Je veux bien croire que tout augmente, mais aussi rapidement c’est un peu suspect. Soit c’est du flan pour nous faire culpabiliser qu’on coûte cher et nous message-subliminaler qu’on doit travailler plus. Soit ils étaient complètement à l’arrache et n’avaient pas réajusté le coût depuis des années. Dans les deux cas, ça rend leurs savants calculs pas crédibles.

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Je suis parti

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J’étais venu dans cette boîte parce que la paye de merde était contrebalancée par le fait que la totalité des 35 heures étaient sous forme de RTT. Ça m’aurait fait plein de temps libre, ce qui est plus important que l’argent pour moi.

Je n’ai jamais pu prendre toutes ces belles RTT, pas plus que mes jours de congés. J’ai été obligé d’en cumuler une quantité stratosphérique. Ils m’ont tout remboursé quand je suis parti, sauf que c’était sur la base de mon salaire de merde. J’aurais vraiment préféré avoir ça sous forme de temps libre.

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Avant de partir, j’ai fini toutes les bouteilles entamées qui traînaient dans les frigos. Ça m’a donné un sentiment de nettoyage très soulageant. J’ai été heureux d’avoir pu saisir cette occasion de rendre service.

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À chaque fois qu’on change de boîte, on lance les dés. Si vous faites un triple 6 avec deux dés, vous arrivez dans un endroit magique dans lequel vous pouvez raisonnablement glander et faire des choses pour vous pendant les heures de travail. Mais vous ne pouvez jamais savoir à l’avance le résultat des dés.

Vous pouvez demander une foule de choses durant l’entretien d’embauche : Est-ce bien payé ? Y’a-t-il des formations ? Quelles sont les technologies utilisées ? Quels sont les projets en cours ? Comment sont les collègues ? Le café est-il bon ?

On ne vous dira peut-être pas la vérité. Mais vous pouvez au moins poser la question.

En revanche, vous ne pouvez pas demander s’il y a possibilité de glander. Ce n’est pas une question acceptable. À la limite, vous pouvez demander si le rythme est stressant ou pas, mais c’est délicat, et vous êtes à peu près sûr qu’on vous mentira.

D’où l’analogie avec le jet de dés.

Et là j’avais vraiment envie de les jeter à nouveau.

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Et dans la nouvelle boîte ?

Lorsque c’est la merde dans une boîte : délais non-euclidiens, projets pourris, collègues psychédéliques, etc. ça ne l’est jamais dès le départ. Mes débuts à Zarma.pro étaient fabuleux.

Je Travaille maintenant chez « ConcreteWorld.🌏 ». (Le dernier caractère se prononce « 1F30D »). Pour l’instant tout est fabuleux, mais je ne veux pas crier victoire trop vite. Ça fait 7 mois que j’y suis, je considère encore que c’est les débuts.

J’essayerai de vous raconter ce qu’il s’y passe au fur et à mesure. Ça m’évitera de balancer un roman en 3 articles géants au moment où j’en partirais. En attendant, voici quelques remarques rapides :

  • Le cœur de métier de cette entreprise est la conservation de la réalité. Peu de gens savent qu’un travail de fourmi est effectué dans l’univers entier, par une multitude d’entreprises et d’organismes, pour conserver la réalité telle que vous la connaissez. Les incohérences et autres paradoxes sont détectés et circonscrits au plus vite. Sans nous, des principes de base comme la causalité, l’entropie, la tridimensionnalité ou la constance de la constante cosmologique ne seraient pas intégralement garantis.
  • Un point négatif : la radio est diffusée en continu dans les toilettes. Ça me lourde vraiment d’entendre les connards de Peugeot ou de Lidl dégueuler leurs abruticités pendant que je me masturbe. C’est encore cette putain de RTL2 gavée de pub. Elle me suite partout cette radio de merde à la con.
  • Comme à chacun de mes changements de boîte, je fais vœu de non-flatulence. Celui-ci a tenu 3 jours.
  • Je suis beaucoup moins dérangé par des clients idiots ou des collègues impertinents. C’est quand même beaucoup mieux pour se concentrer. Lorsque je mets mon casque sur mes oreilles je peux avoir l’espoir d’écouter au moins 4 morceaux de musique en entier. À ce propos, je suis en train de me monter une bonne playlist dub dans soundcloud. Si ça vous intéresse c’est par ici : https://soundcloud.com/recher

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J’ai changé de crémerie (2/3)

Voici la suite du patch-work bizarristique de ma précédente incarnation professionnelle. Se référer à l’article précédent pour le début.

Je vais maintenant vous décrire …

Mes chefs

Cheffette Gothique

Il s’agissait de ma cheffette directe, dans notre fameuse équipe de personnes (A, B, C, D) au graphe complet de déblaterration-les-uns-sur-les-autres. (cf. vocabulaire de la théorie des graphes (https: //fr.wikipedia.org/wiki/Graphe_complet)).

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Je l’aimais bien. Par respect pour elle, j’ai vraiment essayé de modérer mon cerveau et de l’empêcher de me faire fantasmer sur ses nichons. Je ne peux pas prétendre y être totalement parvenu. On va dire que le fait d’avoir essayé suffit à constituer une marque de respect.

Là où j’ai moins aimé, c’est quand elle a commencé à attraper une ‘schizophrénie cheffale’. Vous connaissez ? Y’a le chef qui vous dit : « tu n’es pas obligé de faire toutes ces heures supplémentaires ni de travailler les soirs et les week-ends », et juste après il vous dit : « L’important c’est l’Engagement. Quand tu nous donnes une estimation de temps tu dois t’y tenir. Le MégaChef m’a prévenu qu’il donnerait des avertissements si on ne tient pas nos Engagements ».

C’est cette dernière petite phrase terrible qui a contribué à ce que je m’auto-force à pourrir mon temps de vie personnel par du temps de travail en rabiot, jusqu’à ce que mon ras-le-bol déborde et provoque mon départ. Mais je n’ai pas eu de méchants avertissements. Je suis un gentil petit soldat.

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Cheffette Gothique

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J’ai eu à inspecter une partie de son code. Pas très beau à voir. J’ai bien conscience qu’on a toujours tendance à trouver que le code des autres est pourri. J’essaye de tenir compte de ce sentiment pour modérer mes envies de quolibets et de destructions par la foudre. Mais là, quand même, elle avait réussi à me foirer un calcul de distance dans un espace de dimensions infinie. En karmagraphie, c’est un peu la base de tout, quand même.

J’aimerais bien rencontrer en vrai une femme qui code bien et que ça passionne. Je sais qu’il en existe. Parmi les vilains sentiments qui surgissent dans mon cerveau et dont j’ai infâmeusement honte, celui de « c’est une femme donc elle code mal » tient une place significative. Cheffette Gothique n’est pas une personne qui m’a aidé dans la lutte contre ce sentiment. Tant pis, peut-être une autre fois.

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Chef Random

L’ex-chef de ma cheffette. C’était un tocard social de taille assez conséquente.

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Réunion concernant le projet fou avec les relevés automatiques et massifs d’acariens. On en était au début, j’avais commencé à digérer les specs et voyais à peu près comment architecturer le bazar. Random me demande : « la réalisation, ça prendrait combien de temps ? ».

C’est toujours sympa de devoir faire une estimation alors qu’on n’a pas été prévenu qu’il fallait en faire une. J’y réfléchis à fond pendant deux secondes. Comme d’habitude, une partie de mon cerveau me hurle d’annoncer trois fois plus long car c’est de toutes façons le temps que ça prendra réellement même si personne ne veut encore le reconnaître. Je rabat le caquet à cette partie de cerveau. Je me tourne vers Collègue Nounours avec un regard de pitié et donne un délai qui ne me semble pas trop pourri. Nounours n’affiche aucune réaction, montrant bien que je suis seul à m’Engager sur ce sujet (en même temps, je le comprends).

Entendant mon estimation, Chef Random pousse instantanément un râle de mécontentement : « Rrrraaah putaaaaaiiiiiin !!! ». Il n’a rien ajouté de plus. La demi-dizaine de personnes présentes à la réunion n’a absolument pas su comment réagir face à un comportement aussi bizarre. Il y eut un blanc de conversation tout comme j’aime, puis on est passé à autre chose.

Le bramement de Random était tellement immédiat qu’on a tous plus ou moins réalisé qu’il avait prévu de le pousser quelle que soit mon estimation. Il a dû penser que cela ferait ainsi naître en moi un sentiment de culpabilité et me forcerait à mettre les bouchées doubles d’heures sup’ pour terminer le plus vite possible. C’est un crétin peu respectueux.

Inévitablement, la réalisation a été quatre fois plus longue que mon estimation initiale. Je tiens à (re)préciser que je n’ai que très peu truandé de temps libre, chez Zarma.pro en général et pour ce projet en particulier. Par contre, bosser avec des scientifiques fous, ça aide pas à terminer dans les délais. Mais vous saviez certainement déjà cela.

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Voyager dans le temps, non. Voyager dans les délais, oui.

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Chef Random ne priorisait jamais les actions. J’avais souvent plusieurs choses à faire sur des sujets relativement différents, à moi de choisir l’ordre que je préférais. Ça fonctionnait pas trop mal. Disons que lorsque je me faisais engueuler, ce n’est pas parce que j’avais incorrectement ordonné mes tâches, c’est juste qu’il trouvait que globalement tout allait trop lentement et son humeur du moment l’invitait à m’engueuler.

D’ailleurs il ne m’engueulait jamais explicitement. Il suggérait juste de manière non-subtil que c’était pas le moment de prendre des congés ni des RTT. Ça aussi, ça a fortement contribué à mon ras-le-bol global.

À un certain moment de son incarnation professionnelle, Chef Random a été progressivement démis de ses fonctions de chef. J’ai pas suivi tous les détails car je m’en branlais. Vu de mon balcon, je dirais simplement que les autres MégaChefs se sont aperçus que Chef Random était un tocard.

Il y eut donc une période de transition durant laquelle nous avions deux chefs : Random et «  ». (Je parlerai de Chef «  » juste après).

Je me suis dit : « nouveau chef, nouvelle façon de travailler ». Un jour que mes tâches en cours était quelques peu hétérogènes, je me fendis d’un mail aux deux chefs, (le plus court possible, 6 ou 7 lignes à peine), dans lequel je résumais ces tâches et demandais un ordonnancement éventuel. J’obtins une réponse immédiate de Chef Random contenant des priorités claires et explicites. J’étais plutôt content.

Un peu plus tard, réunion avec des collègues et Chef Random. Ce dernier explique que Chef «  » va assurer le suivi d’un petit peu tout (voilà un périmètre d’action très clair et très défini). J’en profite pour dire que du coup j’ai bien fait d’écrire ce petit mail pour demander les priorités. Chef Random répond alors « Non, Réchèr. Pas bonne idée. Chef «  » m’a contacté ensuite et a rouspété comme quoi ‘ce sont des vrais gamins’. C’est pour ça que j’ai répondu très vite en fixant les priorités. C’était pour vous sauver la vie. S’il avait eu à répondre par lui-même, il vous aurait dévissé vos gueules et chié dans vos cous ».

Ah d’accord. Bon eh bien je vais continuer de m’auto-fixer mes priorités. Mais ça m’a permis d’apprendre que Chef «  » me considère comme un gamin. Vraiment super.

Je veux bien admettre que les chefs, lorsqu’ils sont entre eux, parlent de leurs ouvriers-codeurs en termes insultants. On fait pareils lorsqu’on parle entre nous de nos chefs. Mais la moindre des choses c’est de ne pas répéter tel quel les propos proférés durant ces dialogues privés. Chef Random a donc bien tocardisé sur ce coup là.

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Il a vilainement encaissé le démettage de responsabilités qui lui a été imposé, il était tout triste de ne plus se sentir important dans la boîte. Il s’en est épanché auprès de différents collègues. Pas moi, mais j’ai fini par l’apprendre indirectement.

Il a été très bien inspiré de ne pas effectuer ses épanchements sur mon épaule, sinon je lui aurais rentré dans le lard direct. Sérieusement quoi ! Il gardait son salaire pharaonique de MégaChef, tout en obtenant une charge de travail très inférieure. Moi j’avais un salaire très bas au départ, qui l’est resté puisque je n’ai jamais été augmenté en 4 ans de boîte, par contre ma charge de travail et de pression culpabilisatoire, elle, a bien augmentée.

En fait ça m’a fait chier d’apprendre qu’il s’était plaint, sans qu’il soit venu se plaindre directement auprès de moi. C’est presque comme si j’avais eu à subir ses jérémiades sans avoir eu l’occasion de lui rentrer dans le lard. C’est la faute des gens qui ont véhiculé ses plaintes. D’autant plus que les gens en question ont eu l’indécence de compatir à ses problèmes. Ouais, j’avais quelques collègues un peu lèche-bottes.

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Finalement, la plus haute charge qui est restée incombée à Chef Random était ‘responsable du site’. (On ne sait pas en quoi ça consiste). C’est ce qui lui a permis de provoquer le moment le plus merdique que j’ai vécu à Zarma.pro.

Pour une raison quelconque, on venait de déménager dans une autre pièce, que moi et mes collègues étions en train de réarranger. C’était pas forcément très optimisé ni très feng shui. On avait fait un simple gros carré de bureaux en plein milieu, avec une zone spéciale pour notre bordel d’appareils karmagraphiques (les extrapoleurs de champs et autres quincailleries). C’était viable, et vu la quantité de bastringue matériel requis à portée de main, il était difficile de maximiser le feng shui.

Chef Random nous tournait autour en inspectant nos actions et nos décisions, sans véritablement nous aider. Je suppose qu’en tant que « responsable du site déchu de toutes ses autres fonctions », il s’est senti investi d’une mission divine de décorateur d’intérieur. Il a passé toute la matinée à nous houspiller et à dénigrer notre agencement : « C’est moche », « C’est pas raccord », « Ça fait pas rangé », … On a senti en lui la volonté de vouloir faire évoluer ces dénigrements en attaques personnelles. Il arguait que même dans son atelier chez lui, c’était mieux organisé, et que si c’est comme ça dans ce bureau, il serait curieux de savoir comment c’est chez nous. Blabla blabla.

Moi je m’en fichais. Mais ça a justement ajouté au problème, car il s’en est aperçu et m’a regardé bien dans les yeux en m’interpellant : « Vous vous en fichez, à vrai dire ? ». J’ai pas su quoi répondre. Il avait tellement raison.

Ce sketch qu’il nous a fait, je l’ai toujours en travers de la gueule. Cheffette Gothique a essayé de réduire l’hémorragie en nous conseillant de ne pas nous formaliser sur ses écarts de comportements. Eh bien si justement, je préfère me formaliser. Il nous a jeté inutilement des morceaux d’excréments, tout ça parce qu’il voulait se donner l’illusion qu’il possédait encore un petit pouvoir.

Sur ce coup là, Il a magistralement tocardisé.

Le feng shui, ça prend de la place sur une table.

Le feng shui, ça prend de la place sur une table.

Quelques semaines plus tard, alors qu’il passait dans notre tout nouveau bureau, il me demande « Eh bien Réchèr, vous me faites la tête ? Ça fait un petit moment que vous ne venez plus me dire bonjour ».

Je ne crois pas avoir eu la volonté de le snober. En tant que chef, il avait son beau bureau à lui tout seul (magnifiquement bien agencé par lui-même, of course). Je n’allais pas le saluer lorsque sa porte était fermée, car il pouvait avoir envie de ne pas être dérangé, pour cause de conversation importante de chef. C’est ce que je lui ai répondu et c’en est resté là.

J’ai scanné mes souvenirs des jours précédents, j’y ai effectivement trouvé que sa porte était souvent fermée, provoquant une suite de non-bonjours pouvant être assimilée à un faisage de tête. Ceci dit, il est fort possible que j’ai inconsciemment décidé de le snober réellement, et que mon cerveau m’ait caché cette décision interne car mon cerveau est une putain de petite fiotte.

Que mes actes aient été inconscients ou pas, Chef Random a cru que je lui faisais la tête, ce qui tend à prouver qu’il avait quelque chose à se reprocher. Tocard.

Encore quelques semaines plus tard, on voulait faire déménager Collègue NinjaBlingBling dans notre toujours-aussi-nouveau bureau (on lui avait fait une place au milieu de notre bastringue). On avertit Chef Random, qui ne nous donne pas d’avis particulier. On l’annonce ensuite à Collègue NinjaBlingBling, qui rétorque « Je ne peux pas travailler à proximité de vous. Vous êtes tout le temps au téléphone avec des clients, moi je bosse sur des nouvelles technologies, j’ai besoin de me concentrer ». Ça nous embêtait un peu.

On a signalé ce refus à Chef Random, qui a continué de ne pas donner son avis. En tant que fameux ‘responsable du site’, il aurait dû, soit être d’accord et obliger Collègue NinjaBlingBling à déménager, soit ne pas être d’accord et nous dire dès le départ qu’il n’était pas question de le déménager. Il n’a fait aucune des deux actions, car « il s’en fichait, à vrai dire ».

C’est donc bien un tocard social, doublé d’une petite fiotte.

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Un jour que j’étais seul dans la pièce, Chef Random débarque et regarde le bureau de Collègue Drache-Code. D’un ton blasé, il lâche : « C’est le désordre. Il y a un énorme tas de stylos, des feuilles de partout, une fourchette en plastique cassée et des gobelets vides ». J’avais envie de troller quelque chose comme : « Au fait, les capotes usagées que j’ai mis dans ma corbeille, ça se recycle ? ». Mais j’ai juste dit « Oh lala, c’est pas classe. Vous voulez que je lui en parle pour qu’il range un peu ? ». Il m’a répondu que ce n’était pas la peine et a ajouté, sur son ton toujours aussi blasé, que « chacun vit comme il veut ».

En fait il n’osait pas en parler directement à Collègue Drache-Code, et n’osait pas non plus le dire aux autres collègues. Il s’est adressé à moi seul car il savait que de manière générale, j’ouvre pas trop ma gueule. Son intention devait être que je transmette sa remarque à Drache-Code. Comme ça, il se mouille pas, mais il a quand même le sentiment d’avoir accompli son travail de ‘responsable du site’.

C’est donc bien un tocard social, doublé d’une petite fiotte. (J’aime bien copier-coller des phrases).

Je n’ai bien évidemment absolument rien transmis à Collègue Drache-Code.

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Pour finir avec Chef Random, je mentionnerai rapidement les trois heures de déplacement professionnel que j’ai dû faire avec lui, coincé dans la même voiture.

C’est des choses qui arrivent et je ne peux en vouloir à personne. Mais quand même, c’était horriblement décrépissant. On essayait de trouver des sujets de conversation pour meubler, tout en restant dans la banalité car on ne se connaissait pas assez pour savoir si on avait des intérêts en commun.

J’ai du me retenir de péter pendant trois heures. Mes gaz, ne pouvant s’échapper, ont finis par se répartir dans mes tuyaux internes. Lorsque je suis arrivé à ma maison, ils n’ont donc pas pu tous sortir d’un coup et j’ai passé la soirée à pourrir progressivement mon chez-moi. Dur dur.

Moi et Chef Random souriant, durant notre road trip qui a créé une amitié éternelle entre nous deux.

Moi et Chef Random, souriants, durant notre road trip qui a créé une amitié éternelle entre nous deux.

Chef «  »

Le Chef de Cheffette Gothique et de plein d’autres gens. Il s’appelle «  » car je n’ai eu que très peu d’occasions de lui parler directement, et en général c’était plus lui qui parlait tout seul pour nous engueuler. Ce sentiment d’absence de contact s’est propagé dans son propre nom, qui est lui aussi devenu absent.

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En fait je suis un peu mauvaise langue : j’ai eu l’occasion de lui parler directement. Lorsqu’il voulait joindre Cheffette Gothique et qu’elle n’était pas disponible, c’est moi qui décrochait le téléphone. Il me demandait : « Ça va ? ». J’avais 2 secondes pour trouver un sujet cool pouvant potentiellement aboutir à une conversation cool de 30 secondes. Évidemment, comme j’étais concentré dans d’autres trucs qui étaient rarement cools, je ne trouvais rien à lui dire et répondais juste : « ça va ». Je ne suis peut-être pas assez doué pour l’improvisation.

Mais lui était tellement fan d’improvisation qu’il aimait provoquer des réunions là-tout-de-suite-maintenant. On avait des maintenance prévues avec des clients, on était en déplacement ou en congés. Osef. Si tu peux pas être à la réunion, c’est tant pis pour ta gueule. (Ou tant mieux, puisque dans ces réunions on se faisait principalement engueuler).

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Chef «  » tenait à ce que nous soyons soudés comme ‘une équipe’. C’est fort louable. Mais je ne sais pas si ça a bien fonctionné (cf le fameux graphe de déblaterration complet).

Soudés ou pas, il ne voulait pas entendre parler de nos éventuels problèmes internes. Pour lui, l’interlocuteuse principale était Cheffette Gothique et personne d’autre. Il nous a bien répété plusieurs fois qu’on n’avait pas à le contacter ‘en direct’. J’ai rien contre les structures pyramidales (je me contrefous de savoir comment une entreprise doit être organisée), mais ce serait tout de même gentil de ne pas trop insister sur le caractère immuable de ladite pyramide, surtout auprès des gens qui en sont au rez-de-chaussée, voire à la cave, voire à la chambre funéraire.

Phrase rigolote : « La structure pyramidale est gravée dans le marbre ». Amis géologues, bonjour.

Un jour, Collègue Eurod’ a fait une connerie assez volumineuse. Suffisamment pour que Cheffette Gothique estime qu’il méritât d’être pourri au point d’inclure Chef «  » ‘dans la boucle’. Mais elle ne pouvait pas le faire, puisque Chef «  » ne voulait pas qu’on l’embarrasse avec des problèmes individuels.

Elle a donc fait un mail de pourrissage général de l’équipe, citant la connerie faite par Eurod’, sans mentionner que c’était lui. Chef «  » a bien évidemment renchéri d’un mail hurlant que toute notre super-équipe devait respecter à la lettre les recommandations re-serinées par Cheffette Gothique. On top of the market, Collègue DRH était ‘en copie des mails’, histoire de bien enfoncer la vis jusqu’à la garde à coup de marteau-piqueur.

Cheffette Gothique m’a ensuite précisé que je pouvais répondre à son mail pour donner mon avis personnel. Le fait qu’il s’agissait d’un pourrissage général me donnait ce droit. Je m’en fichais un peu, mais finalement j’ai décidé de le faire, afin de passer pour un bon élève obéissant auprès d’elle, par contraste avec Collègue Eurod’ le vilain mauvais élève du moment.

Je me fends donc d’un ‘répondre à tous’ et tente de nuancer le pourrissage de la manière la plus courtoise et la plus objective possible. Cheffette Gothique lit ma prose et ne la trouve pas trop déconnante. Je suis plutôt heureux.

Et là, Chef «  » nous répond-à-tous, en caractère gras : « veuillez immédiatement arrêter cette joute verbale, on fera une réunion pour mettre tout ça au clair ». Génial.

Évidemment, Cheffette Gothique n’est jamais allée dire à Chef «  » que c’est elle qui m’avait incité à joute-verbaler. Ça c’est de la bonne soudure d’équipe.

Évidemment², on n’a jamais fait de réunion pour mettre tout ça au clair. Et même si on en avait faite une, la date aurait été choisie à l’arrache par Chef «  », on aurait pas tous été disponibles et il se serait réuni tout seul pour nous engueuler virtuellement, au cours d’une mono-joute verbale des plus magistrale.

(Tiens, j’ai dit ‘mono’, je viens de faire une Euroderie).

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Verbal joust ?

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Réunion téléphonique à laquelle j’étais semi-disponible (je codais des trucs qui n’étaient en retard que de deux mois, et je n’avais pas de maintenance client en cours). Celle-ci s’éternise et Chef «  » commence à en avoir assez. Il nous annonce alors que « il passe trop de temps avec nous par rapport à ce que nous rapportons » et laisse à Collègue SuperCommercial le soin de terminer la réunion.

Il avait sûrement raison et il était en droit de nous dire ça. Mais du coup, je suis parti sans la moindre once de regret.

Une fois, Collègue Nounours l’a appelé directement. Ils ont discuté, se sont pris le bec, et Chef «  » a dû se dire que Nounours rapportait tellement pas assez que ça ne valait même pas la peine de consacrer quelques secondes pour lui dire qu’il ne rapportait pas assez. Il lui a directement raccroché au nez.

C’est terriblement prétentieux et méprisant envers les autres de présenter les choses de cette manière. Je ne vous apprends rien en vous disant que la vie d’une personne n’est rien de plus qu’une quantité finie de temps. Chef «  » a une si haute opinion de son propre temps, donc de sa propre vie, qu’on ressent bien qu’il pense que la pauvre vie de nous autres ouvriers-codeurs n’est pas aussi précieuse.

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On résultait de la liquéfaction de deux mini-équipes, ayant chacune leur nom. Chef «  », au début de sa prise de pouvoir, nous suggéra d’en trouver un nouveau par nous-même, qui nous plairait et ferait naître en nous un puissant sentiment d’appartenance corporatif.

Personne n’a moufté que d’alle. J’ai proposé à mes petits camarades : ‘équipe Chou-fleur’, parce que les légumes c’est bien, et que le chou-fleur c’est une très jolie fractale naturelle. Ça n’a pas eu l’écho que je voulais.

Quinze jour plus tard, on reçoit un mail de Chef «  » :

Là tout de suite ce matin, réunion pour Test-0-Steron.

On s’est tous demandé ce que c’était que ce nouveau projet ‘Test-0-Steron’ dont on n’avait jamais entendu parler. Collègue Eurod’ a commencé à râler : « Non mais c’est n’importe quoi, on est déjà charrette-brouette sur tous nos projets, et on nous en colle un de plus. Ça va partir en cacahuète-soufflette ! »

(Ce n’était pas exactement ce qu’il a dit, mais sa façon unique d’utiliser la langue française fait qu’il est difficile de retenir et retranscrire ses propos avec fidélité).

Intérieurement, cette nouvelle m’apportait une petite bouffée de bonheur. Un nouveau projet, ça voulait dire une chance de travailler autrement, moins de temps consacré à faire des maintenances sur les projets existants (dont je ne maîtrisais pas la moitié), d’autres clients, et peut-être même, comble de la félicité, pas de clients du tout durant les premiers temps du projet. Ça signifiait également une raison légitime d’avoir du retard sur un petit peu tout, puisqu’on nous augmentait d’un coup notre charge de travail.

Mes espoirs se volatilisèrent lorsque j’appris, (complètement à l’arrache évidemment) que c’était le nouveau nom de notre équipe. Il sortait de nul part. J’ai jamais vraiment su pourquoi on s’appelait comme ça.

En même temps, on s’en est pas trop mal sorti. Une autre équipe gérée par Chef «  » avait pour nom ‘Cleveland Steamer’. Aucun rapport avec ça (http:// www. urbandictionary.com/define.php?term=Cleveland%20Steamer), mais personne n’a pu s’empêcher de faire le rapprochement.

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Chou-fleur fractal

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Je suis obligé de reconnaître qu’une fois, une seule fois, Chef «  » nous a félicité. On avait commencé la nouvelle version de Modeli-Morvax, un logiciel assez innovant qui pouvait texturer des volumes karmagraphiques constitués par l’ensemble des sous-points de gens ayant des personnalités similaires. On stockait dans des bases SQLite des images d’une infinité de pixels répartis dans une infinité de dimensions. Sans déconner, c’était pas trop mal branlé comme truc.

Je dois avouer que quand je l’ai entendu nous féliciter, ça m’a fait plus peur qu’autre chose. Déjà, j’avais pas énormément participé à cette nouvelle version, mais surtout, ça voulait dire qu’il était capable de féliciter des gens. Ça aurait été bien plus rassurant qu’il nous engueule en continu, on aurait fini par faire abstraction et il aurait totalement disparu de nos esprits. Déjà que son nom avait disparu.

Dans ma paranoïa personnelle, je m’imagine qu’il ne souhaitait pas réellement nous féliciter. En fait on était à quelques heures d’une grosse présentation de ce logiciel devant tout le monde de la boîte. Il voulait juste nous mettre en confiance pour éviter qu’on finisse dans un magistral fail publique et que nos conneries éclaboussent sa réputation personnelle.

Ou alors il nous a félicité une seule fois pour légitimer toutes les engueulades qu’il nous éructait. « Je sais reconnaître un travail bien fait, mais je sais aussi reconnaître de la mayrde, et là, vous faites de la mayrde en continu !! »

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Voici quelques phrases d’engueulade qui ont provoqué des moments bizarres dans mon corps et mon esprit.

« Modeli-Morvax, il fait n’importe quoi ! »

Il n’avait pas tout à fait tort. C’était la version 1.1, et elle était méga-buggée, car réalisée par Collègue Drache-Code (je parlerai de cette personne un peu plus loin).

« Je ne veux plus entendre parler de problème de discipline au sein de l’équipe. »

Là non plus il n’avait pas tort. Une fois de plus, c’était pas de ma faute, mais il tenait à s’adresser à l’équipe dans son ensemble. Donc on s’est tous ‘pris ce tir’ dans la gueule. Ça fait vraiment bizarre de (ré)entendre le mot ‘discipline’.

*me regarder bizarrement après que j’ai dit ‘bataille navale’.

Ouais bon, je suppose que c’était de ma faute. Collègue Drache-Code discourait sur la notation Shiva-Lingamienne des coordonnées karmagraphiques, c’est là que je me suis immiscé dans la conversation pour énoncer une remarque rigolote : « ça ressemble à la bataille navale ».

Chef «  » m’a regardé d’un air « qu’est-ce qu’il me veut ce connard ? ». Je ne savais plus comment réagir et ais préféré me tourner vers mon écran sans rien dire. Quelques secondes plus tard, j’ai voulu voir si le moment bizarre avait été acquitté. Nos regards se sont alors re-croisés, mais cette fois-ci le sien avait un air « qu’est-ce qu’il me veut ce connard, à pas avoir compris ce que j’ai voulu lui signifier la première fois que je l’ai regardé d’un air ‘qu’est-ce qu’il me veut ce connard ?’ ? ».

C’est bête. Je la trouvais super drôle, la blague de la notation Shiva-Lingamienne qui ressemble à la bataille navale.

Bataille navale !

Bataille navale !

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Lorsqu’on quitte une entreprise, la convention veut qu’on ait droit à un petit dialogue privé avec la hiérarchie. On remonte ainsi la chaîne alimentaire, on découvre ce que chacun des chefs pensait du travail qu’on faisait, et on peut dire ce qu’on pense d’eux. Ça reste hypocrite et langue de bois, car on ne veut pas se griller au cas où on aurait besoin de reprendre contact avec l’entreprise, mais on a une petite marge de lâchage.

Amélie Nothomb a déjà décrit ce remontage de chaîne alimentaire dans ‘Stupeurs et Tremblements’.

C’est une sorte d’entretien annuel final. (Ça rattrape le fait que je n’ai eu qu’un entretien annuel en 4 ans, et que j’en aurais eu zéro si je n’avais pas trépigné et envoyé des mails, mais c’est une autre histoire, osef).

J’ai eu l’occasion d’avoir ce petit dialogue final avec Cheffette Gothique et MégaChef Storitel (j’en parle tout de suite après). Mais Chef «  », nullement. Comme quoi, il s’appelait vraiment «  », et je ne saurais jamais ce qu’il pensait de moi. Donc : osef.

I have no mouth and anyway I have nothing to tell you

I have no mouth and anyway I have nothing to tell you

MégaChef Storitel

Le Chef de Tout. On dit aussi ‘Président du directoire’ ou ‘Directeur du présidoire’. Il s’appelle comme ça car c’est un grand fan de story-telling :

  • Lorsqu’on fait une démo à des clients, il faut leur raconter une histoire.
  • Le travail qu’on produisait pour l’entreprise constituait aussi une histoire qu’on racontait, et pas juste des actions aléatoires dans le but d’avoir un salaire.
  • Par extension, pour nous signifier qu’on avait qu’à partir si on n’était pas d’accord, il disait : « dans ce cas on ne raconte plus la même histoire ».

Du coup, on a l’impression qu’il s’appelle MégaChef Sofitel, et on ne peut s’empêcher de faire des rapprochements scabreux. Mais en fait non, rien à voir.

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Lui et ses amis chefs n’ont eu de cesse de nous dire que lorsqu’on estime un temps de réalisation, il faut s’y tenir (le fameux ‘Engagement’). La raison officielle étant que ça complique la gestion des plannings et que ça ne permet pas de décider correctement du lancement ou du non-lancement d’un projet car sa rentabilité ne peut être fiablement calculée. « Sinon on navigue à vue, et vous comprenez bien que c’est pas possible ».

La vraie raison c’est qu’il sait très bien que c’est humain de sous-estimer le temps que prendra une tâche. Il nous laisse nous planter tout seul pour ensuite nous forcer à tenir nos promesses humainement irréalistes en faisant des heures sup’ d’esclaves.

Bataille navale dans laquelle on navigue à vue !

Bataille navale dans laquelle on navigue à vue !

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MégaChef Storitel demande à Collègue NinjaBlingBling de faire une estimation. Celui-ci fournit quelque chose qui semble tenir la route.

Réponse de MégaChef : « Je trouve que ce chiffrage est un peu protectif ».

Oui, le mot ‘protectif’. Il existe et pis c’est tout.

C’est génial. Dans tous les cas, on se fait verre-pilo-sodomisé et ça finit avec des heures sup’ d’esclaves. Soit on chiffre bas, on se plante et on fait des heures sup’ parce qu’on est censé ‘tenir nos Engagements’. Soit on chiffre haut, on s’entend dire que c’est protectif, on rechiffre plus bas, go to étape précédente.

Chef «  » nous assénait les mêmes coups. Il m’avait répondu (par le biais de Cheffette Gothique puisqu’il ne me parlait pas directement), que telle estimation « était inadmissible ».

C’était devenu très très drôle. Finalement, plus personne n’osait estimer quoi que ce soit. Aucun d’entre nous ne se mouillait, on s’était métamorphosés en gens flippés de nos mères. Pour le coup, l’esprit d’équipe était présent : on était tous dans la même merde. Et donc on était dans la merde. Merde alors.

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Le jour de mon pot de départ, j’installe la bouffe et la piache comme il faut sur les tables, puis je bat le rappel pour prévenir tout le monde que ça y est, c’est l’heure de s’en coller une gratuitement. Je termine par le bureau de MégaChef Storitel. Il me dit « tu as 5 minutes qu’on parle un petit peu ? », je dit que oui, et c’est là qu’a eu lieu mon petit dialogue de départ avec lui. J’étais arrivé au bout de la chaîne alimentaire de la hiérarchie.

Sauf que j’ai pas trouvé ça très sympa de sa part, parce que tout le monde m’attendait et ils n’avaient pas osé mettre les bouteilles en perce sans moi. J’ais dit à plusieurs reprises à MégaChef que les estomacs des collègues devaient gargouiller famine et que leurs yeux injectés de sang allaient sortir de leurs orbites pour se plonger d’eux-mêmes dans l’alcool libérateur et expiatoire. Il m’a répondu que se faire attendre et désirer, c’était une bonne technique pour augmenter le bonheur des gens lorsque on apparaît enfin.

J’ai apprécié cette conversation avec lui. Mais ça m’a fait chier qu’il la prenne sur le temps de mon pot de départ. Le pot de départ, c’est un peu le quart d’heure de gloire final d’une incarnation professionnelle. On discute avec les gens, ils demandent ce qu’on va faire après, on peut se lâcher un peu (tout en respectant le minimum d’hypocrisie de sécurité, comme d’habitude). À la fin, on part dans une superbe gerbe d’étincelles pyrotechnique, laissant à ceux qui restent un bon gros sentiment de jalousie bien dégoulinant de cafardisme.

Il m’a volé une partie de ça et je le regrette un peu. (J’ai dit quelques paragraphes plus haut que j’étais parti sans la moindre once de regret, mais j’ai jamais dit que les propos de cet article seraient entièrement cohérents).

Mes collègues mourant de faim

Mes collègues mourant de faim juste avant le signal de départ de mon pot de départ

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Quelques petites phrases amusantes durant ce fameux dialogue d’entretien annuel final.

« Tu travaillais bien. Mais tu aurais pu être plus proactif. »

Ça, en dialogue corporatiste de Chef, ça veut dire : « On n’a jamais pris le temps de s’occuper de toi et de la façon dont tu aurais pu évoluer dans l’entreprise. Alors tu aurais dû faire tout ça par toi-même. »

Je trouve au contraire que j’ai été très proactif. Quand j’ai senti que ça puait dans cette boîte et que je continuais de ne pas être augmenté, j’ai cherché les entreprises alentours qui émettaient des signes d’embauche et j’ai fait une grande quantité de candidatures spontanées. La plupart on échouées, sauf une qui est magiquement réapparue après avoir marinée pendant un an, je l’ai alors proactivement saisie au vol.

Prévoir les choses à l’avance, agir par soi-même, puis attendre patiemment et sans s’énerver que le monde extérieur daigne fournir un retour sur les actions effectuées, tout en continuant de prévoir et d’agir : c’est du proactivisme.

« Tu aurais pu nous le dire avant que tu voulais partir, on t’aurais aidé. »

Ha ha ha ha ha ! Ha ha ha ! Pauvre naïf ! Quel idiot annoncerait qu’il veut partir alors qu’il n’est pas encore sûr de partir ?

Durant les grosses réunions corporate rassemblant toute l’entreprise, Storitel nous faisait des petits discours et des petites présentations. C’est durant ces moments intenses qu’il nous a appris que « on n’était pas dans le monde des bisounours ». Merci du tuyau.

Un ouvrier-codeur qui prévient qu’il va se barrer parce qu’il en a marre du bordel, du salaire de merde et des heures sup’, sans pour autant avoir de piste tangible pour se barrer, c’est pas un peu du bisounoursisme de patron ?

Ah ah, quel tanche géante ! J’en ris encore dans mon cerveau.

« Tu veux partir parce que tu en as assez de faire des heures supplémentaires ? Mais ce sera pareil dans la nouvelle boîte. Durant ta période d’essai tu vas devoir travailler un peu plus que la normale si tu veux qu’ils te gardent, et ensuite si tu baisses le rythme, ils vont pas comprendre pourquoi. »

Là j’ai répondu : « on verra bien ». Je voulais ajouter « ta gueule » et « de toutes façons ça pourra pas être pire », mais j’ai fait comme ce que je fais la plupart du temps dans ma vie : je l’ai bouclé et je me suis barré. Je ne suis qu’une ombre qui passe et je vous emmerde.

Sur ce, passons à autre chose.

MégaChef Storitel le raconteur d'histoires

MégaChef Storitel le raconteur d’histoires

Collègue Drache-code

Le pourrisseur officiel de toute librairie, toute classe, toute ligne de code ; passée, présente et à venir.

Je l’ai vu faire, il pisse le code dont il a besoin à l’endroit où est son curseur. Entre ses mains diaboliques, des fichiers sont devenus d’horribles monstres de Frankenstein de plusieurs milliers de lignes et traînant des lambeaux de code mort encore accrochés à leurs commentaires, des fonctions courtoises et prévisibles sont devenues folles à lier et se sont mises à courir frénétiquement sur les murs et au plafond. Une fois, on a appelé un collègue exorciste pour essayer de sauver l’un des projets qu’il avait massacré, le pauvre en a chié dans son froc en continu pendant plusieurs heures.

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Frankencode ?

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Quand je codais, je mettais parfois des commentaires de TODO. Je trouvais ça plutôt correct. Ça permettait d’avancer assez vite et de ne pas trop exploser nos estimations de temps, tout en gardant une trace des trucs faits à l’arrache qu’il faudrait corriger après. (Comprendre : qu’on n’avait jamais le temps de corriger et pour lesquels on priait que ça nous pète pas à la gueule).

Un peu plus tard, j’ai fait découvrir à Collègue Drache-Code la notion de ‘dette technique’ : quelque chose qu’on décide de faire plus tard, ou jamais.

Du coup, il a voulu se la péter en réutilisant le mot que je venais de lui apprendre et m’a dit : « ne met plus de TODO dans le code, ça fait de la dette technique. Tu dois tout terminer bien comme il faut, du premier coup ».

Entendre ça de sa part, c’était très drôle.

Je précise aussi que certains TODO étaient là parce qu’il me manquait des éléments pour finaliser le bout de code (specs, config, données réelles, …), ça ne dépendait pas que de moi.

Bref, j’ai continué de coder en laissant des trucs à l’arrache, et j’écrivais mes TODO, non plus dans le code, mais dans un fichier à part que je gardais planqué dans un coin. Il ne s’est jamais aperçu de rien.

Et curieusement, sa remarque a été utile, car je me suis rendu compte que c’était plus intelligent de centraliser les TODO dans un même endroit. On les retrouve plus facilement, on peut les tagger, les classer, les prioriser. En fait c’est comme un bug tracker. Sauf que je ne pouvais pas mettre mes TODO dans notre bug tracker officiel, puisque Drache-Code les aurait vu et m’aurait dit : « Nia nia nia dette technique ».

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Comme vous l’avez constaté, j’aime citer des phrases amusantes de mes collègues et de mes chefs. Concernant Drache-Code, quoi de mieux que de citer ses morceaux de code ?

foreach (machin in aMachins)
{
    try 
    {
        // ici, Drache-Code utilise le machin.
    }
    catch
    {
        // Ça arrive parfois. On passe au suivant.
    }
}

Il a vraiment écrit un bloc catch contenant uniquement le commentaire « Ça arrive parfois. On passe au suivant ». C’était génial, on était sûr que l’application plantait jamais. Par contre, comme le disait si bien Chef «  » : « ça fait n’importe quoi ». Ah, on ne peut pas tout avoir.

Et au passage, ça plantait quand même, mais pas à cause de ce bout de code en particulier. On va pas chipoter pour ce genre de détail.

6-Mark-36-Nuclear-Explosion

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Collègue Drache-Code a programmé des threads qui faisait tout péter à cause d’accès concurrents sur une même ressource. Erreur classique, ça m’est arrivé aussi. Sauf que moi je m’en suis aperçu au bout de quelques heures. Lui, ce sont les autres qui s’en sont aperçus pour lui au bout d’une semaine, parce qu’il testait jamais rien.

J’étais donc chargé de dépatouiller son bordel de threads. Il me dit, la bouche en cœur : « j’ai un DataSet qui est accédé par un peu tout le monde. Ça vient peut-être de là. Met-le en ‘volatile’ pour voir ».

Un DataSet en volatile ! Mais bien sûr ! Ça va certainement régler d’un seul coup tous nos problèmes d’accès concurrents !

Pour ceux qui connaissent pas, c’est du C#. Je vous explique rapidement.

Un ‘DataSet’, c’est comme une mini-base de données en mémoire RAM. On peut y mettre des tables assez volumineuses, faire des sélections, des tris, des filtres, des jointures entre tables, etc. Ça marche super bien, mais toutes les opérations effectuées dessus ne sont pas atomiques, puisque c’est un objet assez complexe.

Le mot-clé ‘volatile’ peut s’ajouter à la plupart des variables. Il permet de signaler au compilateur que celle-ci sera lue et modifiée par plusieurs threads, et qu’il ne faut donc pas optimiser le code machine qui la manipule sinon ça fait planter.

Le caractère volatile a une influence sur les actions effectuées sur la variable elle-même, mais ne change rien concernant les actions sur le bazar lié à la variable. Lorsque la variable est un type simple (entier, booléen, …), ça ne fait aucune différence. Un DataSet est une référence (un pointeur, pour les gens de la vieille école) vers un gros tas de trucs.

Les actions sur le pointeur en lui-même, on s’en branle. Il doit y avoir tout au plus une affectation initiale. Ce qu’il faut protéger des accès concurrents, c’est tout ce qu’on fait sur le DataSet après l’affectation du pointeur. Pour ça, je ne connais pas d’autres solutions que des locks de partout. Et va donc mettre des locks dans plusieurs milliers de lignes de code pissées aléatoirement ! Ça peut se faire, tout est possible, mais mes chefs me trouvaient des choses à faire qui étaient un peu plus tangibles et dont ils étaient un peu plus sûrs du résultat.

Un oiseau volatile

Un oiseau volatile

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Un truc dont je ne suis pas très fier car c’est quand même un peu de ma faute.

Dans Modeli-Morvax, on voulait ajouter une fonction de clusterisation de persona-pixels multi-dimensionnels. Bon, c’est quelque chose d’assez simple, on en trouve des algos plus ou moins tout fait sur stackoverflow.

Je chope un truc pas trop dégueux, je l’intègre à Modeli-Morvax et le teste sur des petits clusters. Ça marche. Je suis tout fier de moi et montre à Collègue Drache-Code comment ça fait trop joli à l’écran. Sur un ton vilipendieux, il m’interjecte : « tu plaisantes ? Je pensais que tu afficherais des clusters de personnalité entière ! »

Sur le coup, j’ai pas réalisé qu’il était vraiment colère. Mon cerveau a dû faire abstraction de son ton et de ses paroles. Je lui ais calmement répondu que c’était juste des données de tests, et que ça marcherait très bien avec plus de persona-pixels. Il s’est calmé.

Quelques semaines plus tard, les affectations de projet ayant changées (sinon c’est pas drôle), c’était à lui qu’incombait de continuer Modeli-Morvax. Il prend des gros clusters et les balance dans ma fonction. Ça marche pas. J’essaye de comprendre avec lui. Je re-teste la clusterisation de 3 pauvres persona-pixels sur sa version du code. Ça marche pas non plus, ça n’affiche rien. Il me dit que c’est pas grave et qu’il va recoder ça lui-même à partir d’autres morceaux glanés sur stackoverflow. Il y parvient sans problème.

Encore quelques semaines plus tard, les affectations de projet ayant encore changées, je devais afficher des clusters dans un écran tridimensionnel gélatineux. Je reprends son code, l’adapte à la gélatine, et voilà que ‘paf !’ ça se plante en une boucle infinie (on a failli solidifier la gélatine). J’ai repris mon code originel que j’ai vaguement réussi à faire fonctionner. Je parvenais à afficher un cluster sur deux.

Je crois que ça venait de la façon dont on stockait les coordonnées des persona-pixels. Lui les avait ordonné par couleur, moi par densité. Mais je n’ai jamais réussi à comprendre où était réellement le problème. Je ne pouvais pas afficher ses clusters avec ma fonction, il ne pouvait pas afficher les miens avec la sienne.

Mais je n’ai pas non plus complètement réussi à afficher des gros clusters avec ma propre fonction, et c’est pour ça que je ne suis pas très fier de moi.

Malgré tout, je me dis que ma façon de coder et de tester est, dans l’ensemble, plus sécurisée que la sienne. Lorsque ma fonction plantait, elle ne renvoyait rien. Lorsque sa fonction plantait, elle faisait une boucle infinie.

Un nuage de pixel

Un nuage de pixel

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Collègue Drache-Code crée une classe A contenant parmi ses variables membres une classe B, puis il ajoute dans la classe B des appels à des fonctions statiques définies dans la classe A. Ça fonctionne, ce n’est pas une dépendance circulaire (et encore moins une redondance cyclique, hahaha). Mais c’est un peu bizarre.

Ces fonctions statiques étaient assez génériques et méritaient d’être dans une classe statique C, qu’on aurait utilisé un peu partout. La façon dont il l’a fait montrait vraiment qu’il pissait son code là où y’avait son curseur.

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On avait un gentil stagiaire. Un mec plutôt dégourdi, qui avait par ailleurs marqué « musique electro » sur son CV (osef). Il a commencé par récupérer toute notre base de code. Son PC moulinait sa mère à la compiler, quand soudain, boum ! Vautrage comme une otarie bourrée à la bière !

Je ne suis pas plus choqué que ça. Une recompilation complète à partir de zéro, ça marche jamais du premier coup. Même en essayant plusieurs fois de suite, dans le but d’avoir plusieurs ‘premiers coups’.

Le stagiaire m’appelle à l’aide, j’investigue (comme on dit en parler moche), et m’aperçois que les projets qui ont foirés sont ceux sur lequel Drache-Code travaille. Celui-ci m’informe alors de sa joyeuse voix auto-validatrice : « ah oui, j’ai committé des trucs qui compilent pas ».

Je lui rétorque gentiment : « n’est-ce pas le mal absolu par rapport à ce qu’on avait décidé de nos processus de production ? ». Il me répond alors, toujours aussi auto-validatoirement : « je dois sauvegarder vraiment fréquemment car vu la vétusté de mon PC, j’ai peur que mon disque dur crame d’un moment à l’autre ».

Génial ! Du coup tu mets quoi dans tes commentaires de commit ? « Morceau de code qui ne se suffit pas à lui même et dont je ne peux faire un commentaire cohérent » ? Ah non suis-je bête, tu mets rien dans tes commentaires de commit.

La prochaine fois, chers ex-collègues de Zarma.pro, vous utiliserez git ou mercurial et vous ferez des branches, bandes de paltoquets. Vous aimez faire les bûcherons, vous devriez aimer les branches, non ?

git merge *

git merge *

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Et on va finir par des expressions rigolotes, pas en code, mais en langage naturel.

« L’application a besoin d’être stabilisée. »

Moui… Pour moi, une application est soit finie, soit pas finie, soit buggée. Mais ‘instable’, c’est vraiment bizarre. Ça sonne encore pire que ‘buggée’. On sent l’aléatoire, on sent le « ça fait n’importe quoi ».

On peut faire des conneries quand on code, j’en fais plein. Mais on ne fabrique jamais quelque chose ‘d’instable’. La seule fois où ça m’est arrivé, c’est parce que je dépendais d’éléments tierces et c’est eux qui étaient instables (notre fameux middleware tantrique de merde dont j’ai parlé dans l’article précédent).

« Ça pète de partout !  »

« Ah ouais, il se merde. » (En parlant d’un truc qu’il a codé et qui plantait).

De jolis cris de détresse. À nouveau, on sent la notion de hasard complet, le fait que tout ce qui arrive semble être complètement fortuit. C’est pas vraiment de sa faute, ce sont des éléments qu’il ne maîtrise pas et qui semblent être doté d’une volonté propre. Drache-Code créait des programmes qui finissaient par être vivant.

« Je ne fais pas de démo, parce que ça marche jamais au moment de la démo ».

Ça, je peux comprendre. Le fameux ‘effet démo’, je me le suis pris dans la gueule plusieurs fois, dont des fois où c’était entièrement de ma faute. Mais ce genre de phrase, il ne faut pas l’annoncer directement à un Client ! Qui plus est un Client potentiel qui veut savoir ce qu’on crée, et à qui justement on n’a encore jamais fait de démo.

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To be continued

J’ai encore un package de chose à dire, et je mentionnerais un peu comment ça se passe dans la nouvelle boîte (toujours aussi bien pour l’instant, mais je reste prudent). À bientôt !

J’ai changé de crémerie (1/3)

Where to ?

Where to ?

J’ai changé de boulot. Le nouveau est beaucoup mieux. J’espère que l’avenir continuera d’être aussi bien que le présent.

Je Travaillais chez Zarma.pro, société éditrice de logiciel de karmagraphie. J’ai pas eu l’occasion de faire des articles corporates-bullshit à son sujet et je vous prie de m’en excuser. C’était une entreprise ‘familiale’ (ça ne veut rien dire mais c’est pas grave), elle produisait donc moins d’événements grandioses et alcoolisateurs que Merluchon Inc.

Pour me rattraper, voici un patchwork-vrac des choses marquantes ayant jalonnées cette incarnation professionnelle. Plein de petits moments magiques dans le désordre, un peu comme les films cucul-la-praline genre Amélie Poulain même si dans Amélie Poulain c’est pas dans le désordre, mais vous voyez ce que je veux dire.

Bugs de comportements et autres moments bizarres.

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Pot de départ de Collègue GenerationY. Il paye ses croissants/pains-aux-chocolats/pains-aux-raisins. Je demande : « quelqu’un prendra le dernier pain au raisin ? ». Il répond : « oui, je me l’étais gardé pour moi ». Là, je sais pas ce que fout mon cerveau mais il transforme espièglement les propos entendus en « vas-y, fais-toi plaisir, t’es un mec génial ». Je prends le pain au raisin en toute confiance et mords dedans. Collègue GenerationY s’exclame : « eh, mais je le voulais ! ». Je me confonds en excuses. Lui était là, dégoûté genre : « nan mais voilà quoi. Ouais bah c’est bon. Aaaaiin ». J’ai répété mes excuses. Il a refait son « pfffff… eeêêêêêaaaiiiinnn ».

De toutes façons il était bizarre ce mec. Il parvenait avec brio à bien me faire comprendre qu’il me considérait comme un gros boulet. Face à ce genre de personne, ça ne pardonne pas, mon cerveau panique et me fait me comporter comme un gros boulet encore plus que d’habitude.

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Collèguette Cuisse passe un petit coup d’éponge sur la table de la salle de pause (y’avait eu des croissants, une fois de plus). Je réalise que moi je ne la nettoie pratiquement jamais. Je me dis que c’est pas grave, je me rattraperai la prochaine fois.

À nouveau, je ne sais pas ce que mon cerveau a chié, il s’est mis à stresser en me faisant croire qu’il était possible que les gens se soient aperçus que je ne nettoyais jamais la table, qu’ils commençaient tous à médire sur moi, et que le fait que je regarde Collèguette Cuisse sans rien faire allait ajouter aux médisances.

Après de longues minutes d’un épique combat intérieur (durant lequel Cuisse quasi-termina de nettoyer la table), je décide qu’il est impératif de lutter contre tous risques de médisances, même minimes. Je prends alors une éponge, commence à frotter et demande : « t’as besoin d’un coup de main pour la table ? ». Elle m’a regardé durant un blanc absolu de plusieurs secondes. Elle ne savait pas du tout comment réagir tellement je venais de me comporter de manière buggée. J’ai remballé mon éponge et j’ai fui. Il est fort probable qu’après cela, elle ait généré une certaine quantité de médisances à mon sujet quant à ma boulettitude et mes bugs, soit tout ce que je voulais éviter.

J’ai mis plusieurs mois à me remettre complètement de cette histoire et à réussir à me comporter normalement avec elle, lui parler, etc.

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On devait tracer ce qu’on faisait chaque jour, jusqu’à une précision maximale d’un quart d’heure. Rien que de très normal, ça se fait dans plein de boîtes. Je déteste ça, mais c’est ainsi.

Un matin, j’ai trouvé un cadavre de lapin sur le parking, en décomposition relativement avancée. Je suis allé le jeter avec des gants et un sac en plastique. J’ai noté dans mon relevé journalier : « catégorie:improductif. description:enlever un lapin mort sur le parking. durée:0.25h ». C’était très drôle.

Doom-2-Daisy-Rabbit-Inferno-End-Screen-Feature

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Restons dans le thème de l’hygiène. L’une des activités préférées de Collègue Eurodance (dont j’ai déjà parlé dans d’autres articles) consistait à râler lorsqu’il découvrait des toilettes sales. Et vas-y que je proteste que c’est inadmissible, comme quoi les gens ne font pas ça chez eux alors ils n’ont pas à le faire ici, et blablabla-blabla.

Soyons clair, je suis d’accord avec lui. Mais c’est un combat perdu d’avance. Dans toutes les entreprises, il se trouve systématiquement des connards (ainsi que des connasses mais je ne peux pas le vérifier) qui pourrissent les toilettes. Ensuite, se trouve de pauvres naïfs comme lui qui se mettent à envoyer un mail à l’ensemble du personnel expliquant que CHACUN doit nettoyer son PROPRE CACA.

Ce genre de remarque me stresse, car j’ai toujours peur d’être le fautif, même si je vérifie toujours bien que je n’ai pas laissé de caca. Ça date d’un traumatisme de mon stage de fin d’étude. J’avais fait caca et j’avais nettoyé. Un peu plus tard, le chef y va à son tour. Il ressort instantanément avec un air dégoûté et déboule dans l’open space des ouvriers-stagiaires pour demander qui a fait caca le dernier. Tous les ouvriers me montrent du doigt. Je vais voir, persuadé que y’aurait rien et que c’est le chef qui fabule. Et voilà que je découvre des filaments liquides de caca particulaire ! Impossible de décrire précisément à quoi ça ressemblait. En tout cas, c’était clairement pas sorti de mon trou du cul sous cette (non-)forme. La seule explication possible que j’ai pu trouver à ce maléfice, c’est que mon caca se soit anthropomorphisé, qu’il ait remonté le tuyau à l’aide de ses bras en caca, pour finalement s’échouer, se dé-formifier et s’auto-liquéfier à la surface.

J’ai un rapport compliqué avec le concept du caca. Y’en a qu’ont un rapport compliqué avec la nourriture : ils sont anorexiques, boulimiques, etc. Moi c’est avec le caca. Évidemment tout le monde s’en fout et ce n’est pas un problème reconnu par la médecine.

L’expression ‘propre caca’ employée plus haut est vraiment très drôle, mais elle n’est pas de moi. Rendons à César ce qui appartiens à Je t’encule Thérèse. (http:// www. jetenculetherese.net/trucs-et-astuces/peut-on-ken-sa-collegue-de-bureau/)

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Restons dans le même thème. Un matin, je vais aux toilettes, et pour le coup, c’est moi qui ai râlé. Il y avait pire que des filaments particulaires auto-liquéfiés, pire que des traces pas raclées au fond, pire qu’un petit morceau flottant n’ayant pas voulu partir avec ses amis. C’était carrément la livraison entière de caca qui trônait au milieu du trou du trône. La chiasse avait pas été tirée.

Je prends même pas le temps d’entrer dans le lieu et commence à protester à voix semi-haute. Collègue NinjaScout qui passait par là me demande quelle est le problème. Je lui montre l’objet de mon courroux. Je m’attends à ce qu’il se contente de dire « rhoo, c’est scabreux, les gens sont sales », puis à ce qu’il reparte, me laissant littéralement dans l’excrément. Mais, surprise ! Il pénètre dans le petit coin, tire la chiasse et me répond : « eh bien tu vois, tu prends la petite bro-brosse et tu brosses ». Je réplique : « C’est pas le problème. J’allais le faire. Mais j’ai tenu à protester parce que c’est pas mon caca ». Et là, il prend lui-même la bro-brosse, brosse et repart comme un prince.

J’étais arrivé assez tôt le matin, la boîte était encore assez peu peuplée. Il y a donc de fortes chances pour que ce soit SON trou de balle qui soit à l’origine de cette livraison incongrue. Ça expliquerait pourquoi il a nettoyé alors que je ne lui avais pas explicitement demandé et que je ne cherchais auprès de lui rien de plus qu’une oreille attentive pour catharsiser mes névroses scatologiques.

Ça ne l’a pas plus déstabilisé que ça. Il a nettoyé sans avouer, sans s’excuser. Il a eu la force de ne pas s’effondrer en larme alors que j’avais mis ces méfaits au grand jour. Il me parlait de la bro-brosse comme si c’était un objet aussi banal qu’une souris d’ordinateur. J’ai été fasciné par son attitude. J’aurais tant voulu être comme lui, avoir sa force de caractère, être capable de laisser un bloc de crotte complet à la vue du monde entier, ne pas s’en sentir coupable, ne pas en avoir de souvenirs horribles qui remonteraient dans ma mémoire, tel des golems de caca auto-liquéfiés, s’accrochant aux synapses de mon cerveau, pour finalement se vautrer dans ma conscience avec une putréfiante auto-satisfaction. Je ne suis qu’un faible.

The Golem Entry 4

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Changeons de thème.

Les livraisons effectuées aux Clients impliquaient de fournir le CD du machin livré. (Parfaitement ! Des CD ! C’était pour le petit côté charmant et désuet). Collègue V-Brun devait les envoyer par la poste (désuettitude, quand tu nous tiens), mais a laissé traîner cette tâche pendant plusieurs mois. Cheffette Gothique s’est énervée et a étalé tous les CD sur son bureau.

Il n’a pas compris pourquoi. Ou il a fait semblant de ne pas comprendre.

Sinon, j’aime à mettre une majuscule en gras au mot ‘Client’, afin de souligner l’absurdité du monde du Travail. Cependant, je propose de ne pas faire ça tout le long de l’article, ça deviendrait vite chiant.

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Réunion avec MégaChef Storitel. Par inadvertance, il se gratte un bouton de la gueule et se fait légèrement saigner. Il tamponne discrètement l’hémorragie avec un mouchoir. On fait tous semblant de ne rien voir, comme exigé par les conventions sociales. Ça passe crème. Sauf que 10 minutes plus tard, c’est moi qui m’atomise un bouton tronchial et tamponne avec un mouchoir ! Tout le monde fait à nouveau semblant de ne rien voir, mais l’atmosphère devient extrêmement bizarrifiée. Je me met à m’imaginer que les gens vont s’imaginer que j’ais répété une action de MégaChef par pure mimétisme flagorneur, pour l’amener à penser que je l’admire tellement que je veux être exactement comme lui, jusqu’à la moindre petite cellule de pustule purulente éclatée.

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Tandis que j’envoyais des commandes à un serveur Linux via le petit outil PuTTY, je me suis dit que ce serait classe et distingué de tracer mes actions, par le truchement d’un copié-collé de la console. Je sélectionne le texte, puis fait un clic-droit dans le but d’ouvrir le menu contextuel et d’accéder à l’option ‘copier’. Et là : badaboum nucléaire ! des hecto-brouettées de commandes random s’exécutent à la vitesse de la lumière. Incompréhension, panique, peur. D’autant plus que j’étais root.

La blague avec PuTTY, c’est que dans sa configuration par défaut, la sélection d’un texte déclenche automatiquement l’action ‘copier’, et le clic droit déclenche l’action ‘coller’. Je venais de renvoyer dans la console tout ce que je venais d’exécuter (input et output compris).

Ça m’a un peu énervé. J’ai envoyé un mail au département ‘Synapseries Internes’ pour leur dire que cet outil est bien, mais dangereux. Y’avait l’expression ‘putain de copier-coller’ dans mon mail. J’avais vraiment besoin d’écrire ça.

Réponse du guru des synapseries internes : « Merci Réchèr pour ce récit des plus édifiants. Sinon tu pouvais aussi lire le manuel de PuTTY ».

Eh bien non, désolé. Avec un outil compliqué de prime abord, mais qui devient ensuite pratique et puissant (git, The Gimp, QGis, …), je suis d’accord qu’il faut ‘lire le manuel’, ou à la rigueur, lire des tutos sur internet. Mais avec un outil qui semble simple de prime abord, excusez-moi de ne pas m’imaginer que je doive obligatoirement lire le manuel afin d’être au courant des éventuels pièges qu’il comporte. J’ai pas lu le manuel de Paint ni celui de mon slip kangourou, pour autant ces deux outils ne m’ont pas arbitrairement explosé à la gueule.

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Toutes les discussions sans fin sur l’ergonomie des outils, le placement des boutons, les icônes, etc. Ainsi que toutes les discussions sans fin sur les plaquettes de présentation des produits, les phrases-choc, la couleur du fond, la taille du texte, …

C’est incroyable le nombre de gens qui tiennent absolument à faire part de leur opinion sur ces sujets, tout en précisant bien qu’ils ne sont ni graphistes ni ergonomes. Je fais partie des gens qui n’y connaissent rien, mais j’ai la décence de ne pas péter les gonades de tout le monde avec mes avis pourris. Je ferme ma gueule et exécute docilement les élucubrations graphistico-ergonomiques passant par le trou du cul de tous ces tocards incultes et pompeux.

En tant que développeur, je me plains parfois des échanges avec les clients, comme quoi ils n’y comprennent rien, demandent n’importe quoi, ne savent pas ce qu’ils veulent, etc. Mais sur ce point, je reconnais que les graphistes doivent en chier beaucoup plus. La fameuse phrase « c’est moche », les graphistes doivent avoir envie de tronçonner des artères dès qu’ils l’entendent.

Et ces plaquettes ! Bon sang, ces plaquettes ! Que de papier et d’encre gaspillés ! Que de temps de vie foulé au pieds ! Tandis qu’à côté croupissait notre site internet boîtal officiel. Il avait 10 ans de retard, il a fallu attendre 5 ans pour se décider à les rattraper. (Faites le calcul, il n’a maintenant plus que 5 ans de retard, mais c’est pas les mêmes années qu’avant).

Fuck ergonomy !!

Fuck ergonomy !!

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Collèguette Cuisse n’avait pas toujours son téléphone mobile avec elle. Lorsqu’il sonnait, moi et d’autres collègues étions dérangés par Kendji Chirac (le fils de Jacques Chirac) et ses histoires de belle Andalouse. C’était un peu la lose.

Je suis allé sur Youtube et j’ai fait jouer la même chanson. Collèguette Cuisse a débarqué croyant que son téléphone sonnait. C’était très drôle.

(Bien entendu, j’ai fait ça plus d’une année après la désastreuse histoire de la table).

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Le projet où je me suis le plus éclaté, c’était un logiciel d’automatisation de relevés karmagraphiques de populations d’acariens. Un truc génial :

  • Des scientifiques fous pour clients, qui m’ont fait miroiter leur joli petit monde tout rose que j’aimerais tant atteindre.
  • Un contexte métier complètement différent des autres projets.
  • Une liberté totale pour l’architecture et le développement du bastringue (Collègue Drache-Code, dont je parlerai plus tard, intervenait uniquement en tant que lointain conseiller CTO).
  • Un potentiel de truandage non négligeable, du fait de l’affectation de Collègue Nounours à la fonction de Planificateur. Je lui disais que telle fonctionnalité prendrait 3 jours à coder, il sourcillait pas d’un poil. Mais comme il était vraiment sympa, je ne lui ai pas grappillé tant de temps de glande que ça.

Vint la démonstration d’une version intermédiaire du logiciel. Ça ne se passait pas très bien, il y avait des plantages aléatoires à cause du middleware mantrique de merde qu’on avait coutume d’utiliser.

C’est dans cette atmosphère tendue qu’est évoqué le sujet du code source, qui faisait partie des Livrables. Les scientifiques fous n’arrivaient pas à le compiler (à cause de leur Visual Studio installé à l’arrache, of course). Collègue Nounours leur dit : « le code source, on vous le donne, il est là ». Le client répond : « mais si ça se trouve, vous nous avez envoyé des vidéos… », il n’a pas osé finir sa phrase. Nounours a alors énoncé, sur un ton exagérément mielleux : « Vous n’êtes pas obligé de nous insulter. Pour qui nous prenez-vous exactement ? ». On sentait qu’il bouillait de l’intérieur. J’étais au milieu de tout ça et j’en menais vraiment pas large.

Quelques heures plus tard, j’ai consulté les logs, trouvé le problème et adapté le code au middleware mantrique pourri, qui avait, of course, été installé à l’arrache par les scientifiques fous.

Mad_scientist

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Pause de midi. Collègue Générique nous parle d’un service de location de vaisselle. Collègue Autre-générique demande : « on la rend propre ou sale ? ». Collèguette Hîhîhî, qui n’avait pas décroché un mot depuis le début du repas, répond du tac-au-tac : « sale !! ». Ça a créé un blanc de conversation pachydermique ! J’ai tenté de débizarrifier la situation en sortant une remarque neutre et inutile, sauf que je n’ai pas été assez rapide, Chef Chouchou m’a coupé la parole et a dit « Je sais ! » sur le ton de je-fais-comme-si-j-etais-Collèguette-Hîhîhî.

C’est un peu compliqué à expliquer (comme quoi, c’était vraiment un moment bizarre). Chef Chouchou a fait la blague de faire croire que Collèguette Hîhîhî répondait comme si c’était une question d’examen ou de jeu télévisé ou autre. C’était techniquement possible de jouer à faire croire ça parce qu’elle a répondu très vite, n’avait rien dit auparavant et n’a rien dit non plus auparaprès.

Chef Chouchou a dû se considérer très spirituel, mais moi je trouve ça pas drôle et carrément impoli. Sa fausse blague jouait sur les blancs de conversation et le mutisme temporaire, deux problèmes qui m’ont toujours épouvanté. Quand il y a des conversations autour de moi et que je n’ai rien à dire, je flippe ma race car je suis toujours en train de me dire que les autres sont en train de se dire que si je n’ai rien à dire c’est parce que je ne suis qu’un gamin qui connaît rien à la vie.

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Un jour que la météo avait annoncé du beau pour le vendredi suivant, on avait décidé de se lancer tous ensemble dans le projet d’une plancha hyper conviviale. Collèguette Hîhîhî (encore elle) nous avait élaboré l’inévitable fichier Excel pour déterminer les personnes apportant, qui une entrée, qui de la viande, qui des bouteilles de piache, etc.

Disgression : « qui, sa part de bouchée à la reine » (extrait de ‘Les damnés de la Terre Associé’, Tronchet) (http:// www. bedetheque.com/serie-3592-BD-Damnes-de-la-terre-associes.html).

Or donc, ce tableau Excel était assez mal branlé. Il comportait 5 fois trop de cases qu’on était censés remplir en diagonale. Durant la pause, plusieurs collègues en discutèrent en sa présence, se moquant gentiment d’elle. Moi j’étais déjà reparti pour faire du Travail. On m’a raconté par la suite qu’elle s’était énervée et était partie en balançant « vous me faites chier avec ce tableau, zut et fuck ! ».

C’était un moment bizarre dans lequel je n’étais nullement impliqué et qui n’était pas du tout de ma faute. C’est extrêmement rare. Je regrette un peu de ne pas y avoir assisté.

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J’ai travaillé dans une équipe avec 4 autres personnes, que nous appellerons sobrement A, B, C et D. La phrase suivante est vraie pour tout couple (X, Y) appartenant à (A, B, C, D)² avec X différent de Y :

« J’ai entendu X déblatérer sur Y. »

J’ai personnellement dit du mal de certains collègues A, B, C ou D, auprès d’autres collègues A, B, C ou D, mais je n’ai pas effectué toutes les combinaisons possibles.

Soit je suis quelqu’un de socialement très doué, qui est parvenu à devenir le confident secret de toute l’équipe, soit tout le monde déblatairait intégralement sur tout le monde. La deuxième option me semble la plus probable. J’en conclus aisément que X a déblatéré sur moi auprès de Y, pour tout (X, Y) appartenant à (A, B, C, D)².

Alice dit à Bob que Carol est une grosse nulle et Dave écoute cela avec délectation.

Alice dit à Bob que Carol est une grosse nulle, Dave écoute avec délectation.

Collègue Eurod’

Je vais vous présenter l’étrange capacité de ce monsieur à tordre et mélanger la langue française de façon à la rendre imprécise.

Le parler Eurod’

Vous avez peut-être eu vent du « parler moche » (https:// web. archive.org/web/20150329122000/http: //www. dicomoche.net/intro1.htm).

Eh bien ce n’est pas ce que fait Eurod’.

Les ‘parleurs moche’ me semblent agir de manière plus ou moins consciente. Leur utilisation de mots inhabituels, voire carrément inventés, à la place de mots habituels est voulue. Le but étant de provoquer l’illusion qu’ils maîtrisent profondément la langue française, à tel point qu’ils connaissent la subtile différence de sens entre tel mot inhabituel et tel mot habituel. Ils seraient ainsi capable, hypothétiquement, de justifier leur emploi de chacun de ces mots inhabituels.

Eurod’ est beaucoup plus idiosyncratique dans son parler personnel (même si ça veut rien dire). Eurod’ agit de manière plus ou moins INCONSCIENTE. Il est intimement persuadé de l’existence des mots et expressions qu’il a lui-même inventés sans s’en apercevoir. Il ne réalise pas qu’il est le seul homme au monde à s’en servir. Comment en est-il arrivé à ce méta-état de spiritualité sémantique auto-alimentante ? Je l’ignore.

Il remplace certains mots par d’autre. C’est un fait. Mais la méthode choisie pour ces remplacements est des plus obscures. Parfois c’est juste des sonorités voisines, parfois c’est le sens qui a un très vague rapport. Ce vocabulaire unique provoque un effet d’une sincérité poétique des plus déroutantes.

Les propos d’Eurod’ sont comme les paroles des chanteurs spécialisés dans l’étrangeté assumée (Noir Désir, Thiéfaine, Luke, …), ces paroles qui donnent l’impression d’osciller en permanence entre du n’importe quoi aléatoire et un profond sens caché impossible à atteindre.

Les propos d’Eurod sont comme les adorables petites perles des enfants découvrant le langage : ‘pique-mémé’ au lieu de ‘pique-niquer’, ‘jour fermier’ au lieu de ‘jour férié’, ‘le jus du pain’, ‘des épluchures de yaourt’, …

Les perles de nos enfants ?

Les perles de nos enfants ?

Eurod’ est une sorte d’anti-Raymond Devos. Ce dernier distillait le langage d’une façon experte pour en extraire toute la poésie. Ce premier essore le langage d’une façon terriblement non maîtrisée, avec un tel aplomb que l’anti-poésie qui en découle pénètre dans les plus bas-fonds de la notion même d’en type au hésies pour devenir de l'((anti)ᵃⁿᵗ ⁱ )-poésie, ce qui finit par sublimer la poésie. Raymond Devos devient le vide.

Ce sont là les meilleures explications théoriques du parler Eurod’ que je puisse vous donner. Je vous propose maintenant de les illustrer par :

Quelques exemples

 

« Ce bloc de code est rustre-syntaxique »

Mélange de ‘sucre syntaxique’ et de la tournure grammaticale où on accole un nom avec un adjectif pour faire un autre adjectif (exemple : Turing-équivalent, W3C-compliant, …). Signification eurodienne : ce bloc de code n’est pas très explicite ni très clair, les actions qu’il réalise sont difficiles à appréhender.

 

« Redondance cyclique »

Signification eurodienne : situation dans laquelle un module A dépend d’un module B alors que le module B dépend déjà de A (c’est mal, faut pas le faire, mais c’est pas le sujet). Le terme correct est ‘dépendance circulaire’. La redondance cyclique est une notion appartenant au domaine de la cryptographie. Le peu que j’en sais me vient de Wikipédia, mais me permet au moins de vous assurer que ça n’a rien à voir avec des histoires de dépendances.

 

« Ce programme est un polycode »

Mélange de ‘unicode’ et de ‘code informatique’. Signification eurodienne : le programme est capable de gérer des fichiers texte ayant n’importe quel encodage de caractère.

De manière générale, Eurod’ aimait bien ajouter ‘mono’ et ‘poly’ un peu partout : « On a mono-standardisé les éléments de l’IHM », « c’est un poly-module », « le framework Mono est très poli », …

 

« Des expériences utilisateurs »

Vague rapport avec le terme ‘expérience utilisateur’, signifiant la façon dont un utilisateur appréhende une IHM. (Pour le coup, ce terme fait partie du parler moche). Signification eurodienne : les retours et les avis des clients à qui une démonstration d’un logiciel a été faite.

 

« C’est un be-have-your »

Prononciation commune avec le mot anglais ‘behavior’, bien que le sens n’ait rien à voir. Signification eurodienne : c’est un must-have, il faut l’implémenter obligatoirement car les clients le veulent à fond.

 

« C’est pas revenant »

Mélange de l’adjectif anglais ‘relevant’ et du ‘prix de revient’. Signification eurodienne : cela ne coûte pas trop cher.

Je me souviens d’une fois où il a sorti cette phrase au moins 10 fois en 5 minutes. Il venait d’inventer l’expression dans sa tête, il la trouvait géniale et tenait absolument à nous la marteler pour faire comme si c’était quelque chose qui existait pour de vrai depuis des millions d’années dans la langue française de la bouche.

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Autres subtilités en vrac

Eurod’ était friand des expressions effectuant une analogie entre concepts virtuels et objets réels, tel que ‘surfer sur internet’, mais en pire. Exemples :

  • « Il y aura un effet Doppler dans les mises à jour le temps de changer de serveur ».
  • « Chaque module de code est placé dans une cage de Faraday isolée des autres ».
  • « L’historisation en base de données permet de respecter la loi de conservation de l’information ».

Le but est de donner l’impression que chacune de ces analogies a été mûrement réfléchie et que s’il l’emploie, c’est qu’il en a bien pesé tous les aspects. Si nous on n’a pas tout saisi, c’est parce qu’on ne connait pas assez l’informatique, ou qu’on est pas assez intelligent.

Il y a des gens qui utilisent l’expression ‘entre guillemets’ pour marquer le fait qu’ils mettent quelque chose ‘ »‘entre guillemets' »‘. D’autres qui disent ‘point final’ pour insister sur un point final.. Eurod’ doit être la seule personne au monde à dire ‘deux points’ pour insister sur des deux points. Par exemple : « Eurod’ aime prononcer certains signes de ponctuation. Par exemple, deux points, les deux points ».

Eurod’ était également assez bon en vocabulaire d’enfumage de client :

  • « On a changé de paradigme ».
  • « L’application a été certifiée » (elle a juste été testée en interne, il n’y a aucune certification, ni pour cette appli ni pour d’autres).
  • « On est en train de traduire en anglais toute notre gamme de produits ».

Je vous passe les grands classiques déjà usités et validés par maintes autres personnes : ‘en termes de’, ‘sublissime’, ‘littéralement’, ‘volumétrie’ au lieu de ‘volume’, ‘méthodologie’ au lieu de ‘méthode’, ‘problématique’ au lieu de ‘problème’, etc.

Il codait pas trop mal, mais ses noms de variables étaient bien évidemment d’un ridicule achevé. ‘Treat’ pour dire ‘traiter’ (même en français, ce verbe est moche), ‘Perfectize’, ‘DechetOfFiltering’, … Le clou, ç’a été la variable indiquant si oui ou non un objet comportait la gestion du temps : ‘hasTimeGesture’. Ouais, ‘Gesture’ ça veut dire ‘Gestion’. Ouais.

Tu peux nous rappeler la définition de kawax, Liliane ?

Tu peux nous rappeler la définition de kawax, Liliane ?

Et quand il lisait un texte un peu long, il faisait ces petits bruits de ronronnement : « naiin-aiinhaaaiinn-haiin-haiin » (faudrait que je le refasse à la voix, là comme ça on se rend pas compte). Ça donnait l’impression qu’il avait vraiment besoin de toutes les particules de son cerveau concentrées à fond pour parvenir à lire tous ces mots si tellement plein de lettres.

À ce sujet, j’ai toutefois connu pire. Germaine-Germaine, mon ex-cheffe, lisait à voix haute en prononçant des phrases n’ayant pas exactement le même sens que ce qui était écrit, et parfois même, le sens totalement opposé. C’était assez flippant. On ne savait pas si elle avait compris la phrase du texte, mais qu’elle en disait une autre car sa prononciation à voix haute était défectueuse, ou si elle avait compris la phrase prononcée, et que c’était le module de cerveau servant à la comprenance qui était défectueux.

Oh, j’allais oublier. Une fois, Eurod’ a essayé de conjuguer le verbe ‘avoir’ au passé surcomposé. Ça lui a fait peur et il s’est arrêté en plein milieu de sa phrase pour finalement décider de le conjuguer au passé composé. Ben oui, ‘avoir’ au passé surcomposé, ça fait ‘j’ai eu eu’. Pour son système vocabulatoire, ça devait certainement créer une faille temporelle incompréhensible capable de l’engloutir tout entier. En tout cas, moi, ça m’avait trop fait goleri de le voir apeuré de la sorte.

L'anti-Ramyond Devos.

L’anti-Raymond Devos.

To be continued

J’ai encore plein de choses à dire, des chefs et des collègues à décrire, des cris à écrire. Je vous donne rendez-vous au prochain article.

Week-end corporate à Barcelone

Ça faisait longtemps que j’avais pas fait de gros résumé corporate. L’embêtant, c’est que la boîboîte où je Travaille actuellement produit peu d’événements propulsé par cette doctrine. On fait parfois des bouffes ensemble le midi, et des « journées entreprises », mais la quantité de jus corporate que je peux en extraire est actuellement insuffisante pour en faire un résumé suffisamment conséquent.

Heureusement, en raclant du fond de tiroir, j’ai retrouvé un récit amusant datant de ma « vie » d’avant Merluchon. (J’aime bien dire « vie » pour « période durant laquelle j’ai travaillé dans une entreprise donnée », là pour le coup c’est hyper corporate).

Je vous livre donc ce récit ici. Il date fortement (2007). Le contexte global était un week-end super sympa à Barcelone, « payé par la boîte ».

Journal de bord du capitaine Réchèr

Histoire d’un lent naufrage social

Vendredi

77:77 : Je rencontre Dieu, il me parle.
« Je te donne le pouvoir de nommer les choses et les gens que tu rencontres, comme je l’ai donné à Adam et Eve juste avant de les virer du paradis.
− OK. Toutes les choses se nomment « baratte ».
− Baratte ça, et je baratte ta baratte à baratte de baratte.
− Si on peut plus rigoler… Je vais juste renommer les gens, alors. Ça évitera des problèmes légaux si des collègues tombent sur mes textes.
− Barre-toi maintenant.
− Au fait, je pourrais avoir le code source du monde réel ? En tant qu’utilisateur, il me semblerait juste d’avoir un droit de regard et de modification sur le système dans lequel on m’a placé.
− Y’a pas de code source. Tout est régi par une seule équation très simple.
− Et merde.
− Oui, il y a ça aussi. »

14:39 : Monsieur Ion arrive avec sa super voiture et m’emmène au siège de la Boîte, pour pas que je rate l’avion à cause des grèves et/ou de mon cerveau. Ion, c’est mon chef. Une fois il m’a parlé de l’explosion d’un satellite provoquée par un ion qui a tapé sur une puce électronique et changé la valeur d’un bit. En dehors de ça il est assez générique.

15:26 : Shmi, l’organisatrice du voyage, me donne mon billet d’avion. J’ai décidé de l’appeler Shmi en l’honneur de Shmi Skywalker : la mère de Dark Vador donc la grand-mère de Luke bien que Dark Vador soit pas la mère de Luke. On sait pas pourquoi mais on s’en fout.

15:27 : Je récupère ma super chemise bleue clair avec marqué le nom de la Boîte dessus : « Gloubiboulga ». J’essaie de la plier pour la ranger dans mon sac (un baluchon jaune de terroriste dont je suis assez fier), mais ça fait n’importe quoi, même pas un avion ou une cocotte. Tant pis.

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15:32 : je squatte un PC dans le bureau de monsieur Ion. Je fais semblant de faire des trucs sérieux genre de la veille technologique sur internet mais en fait je m’occupe de mon naufragé dans le jeu 650km. J’aurais mieux fait de ne rien faire, parce qu’un serpent géant m’a bouffé. Ce qui est chiant dans ce jeu, c’est que quand ton arme pète en plein combat, tu te retrouves à combattre en slip. Faudrait pouvoir choisir une arme de rechange, qui remplacerait immédiatement l’arme en main en cas de pétage.

16:12 : monsieur Ion, Shmi, Mochette, et plein d’autres gens essayent de trouver une solution pour rapatrier une certaine Orgasmine, bloquée par les grèves à Vaudeville, au nord de Paris. Y’a pas de taxis, pas de RER, et son mec est parti avec les deux clés de sa voiture. Bref, elle pleure, et au passage je découvre l’existence du concept de taxi-moto, même si personne n’arrive à téléphoner à ce concept pour sauver Orgasmine.

18:12 : je m’aperçois que des gens se vouvoient dans la Boîte, même en dehors de Poulet, le PDG. En tant que prestataire-ouvrier-codeur en mission perpétuelle, je ne connais personne, je décide donc que je connais tout le monde et que je peux tous les tutoyer. Sauf Poulet, à qui je ne parlerais pas de toutes façons.

18:13 : Poulet s’appelle Poulet en l’honneur du livre noir du consulting. Un texte déprimant trouvé sur Internet (http ://intoxconsulting.free.fr/).

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19:20 : on a fait enregistrer nos bagages et on attend l’avion. J’ai toujours été étonné par le temps qu’on peut passer dans les aéroports, à attendre ceci ou cela. Partir en train c’est quand même vachement plus simple.

19:25: Je n’ai rien de spécial à faire. Je profite donc de ce moment de flottememt pour essayer d’avoir l’air conventionnellement normal. Je m’approche d’un groupe de collègues moches, et tente de sociabiliser avec eux en faisant des blagues vaseuses. Je m’en tire pas trop mal. C’est toujours plus facile de sociabiliser avec des moches, car ils ont de l’humour. Un moche qu’a pas d’humour est soit mort, soit un gothique (donc en instance de suicide).

19:30 : le hasard fait vaguement bien les choses, je suis assis presque au fond de l’avion, à côté d’un gros espagnol, lui-même à côté de madame EncoreUnPeuVerte. Poulet est à la rangée juste devant, seul. Tous les autres sont devant devant. Je n’aurais pas à me torturer l’esprit à chercher des choses intéressantes à dire pour faire genre j’ai de la conversation. J’en avais marre de sociabiliser.

19:35 : Les hôtesses de l’air font la traditionnelle chorégraphie de la macarena au milieu de l’allée. J’ai toujours adoré ce moment. On pourrait en faire un clip d’enfer. Ah, mais ça a déjà été fait (https ://www .youtube.com/watch?v=5u49QgFwVEQ).

19:40 : Je salue le courage et la gentillesse de madame EncoreUnPeuVerte, qui change de place pour aller parler avec Poulet. Les jours qui suivent révéleront que, socialement parlant, Poulet est un Africain lépreux du Tiers-monde atteint de la maladie de Kwashiorkor. Il parle pas, il regarde par terre quand il marche, il semble lutter sans jamais vraiment réussir pour dissimuler le fait qu’il se fait chier à ce séjour, et il a des tics bizarres. C’est rigolo. Est-ce le poste de PDG qui fait ça ou juste le personnage ? Je sais pas.

19:41 : Moi si j’étais Poulet, y’a longtemps que j’aurais revendu mon entreprise à des japonais et que je serais parti à la retraite dans une vieille maison en pierre dotée d’une connexion Internet. Éventuellement, j’aurais tué un ou deux employés, pour revendre leurs organes et m’acheter un aquarium géant avec 50 poissons rouges, ou mieux : des jeux vidéos.

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20:30 : Shmi nous donne le programme du week-end. C’est amusant, tous les plans imprimés sur la feufeuille viennent de Google Maps. L’informatique change notre vie et moi je veux une glace.

20:47 : On descend de l’avion. On a déjà perdu quelqu’un. Il n’est pas avec nous et personne ne se souvient l’avoir vu durant le vol. Cette personne s’appellera donc « Boulet ». Je suis super content que ce soit pas moi. Voir des gens autre que moi faire des conneries et se rendre ridicule m’a toujours rendu vraiment vraiment heureux et libre. Mon cœur se réchauffe.

20:53 : on récupère les bagages, ainsi que Boulet. On sait pas d’où il est sorti, peut être de la soute. Zut. du coup Boulet n’est pas suffisamment un Boulet pour que ça puisse me réchauffer vraiment le cœur.

20:56 : bide numéro 1. Je tente de sociabiliser avec Shmi, je dit que je suis déjà allé à Barcelone et que je connais les coins où y’a des prostituées. Ça la fait pas rire, parce qu’elle est pas moche. On m’avait dit que ce type d’information culturelle ferait de moi l’homme le plus important du voyage, eh bien non en fait.

20:58 : Je repère les gueules des mecs de haute taille, ce qui me permettra de retrouver plus facilement le groupe si je me paume.

21:42 : On arrive à l’hôtel. Surprise ! C’est pas du tout le Barcelono Santo comme annoncé. Étrangement, la description ne correspond pas à celle donnée dans un précédent mail de Shmi : pas de « 35 boutiques accessibles depuis un ascenseur », pas de « multiples appareils cardiovasculaires » et le « cybercafé » est juste un ordinateur payant doté d’une connexion à l’arrache (rappelons qu’on était en 2007). Je me venge en leur prenant plein de bonbons.

21:43 : J’apprends qu’on est deux par chambre. Je flippe ma race à l’idée qu’il va falloir trouver un copiaule, là, tout de suite, soit devoir à nouveau effectuer un exercice de sociabilisation et de contact. Heureusement il n’en est rien, la répartition est déjà faite. Plus ou moins par hasard, mais ça me va très bien. C’est vraiment bon de sentir qu’on n’a rien à contrôler, que tout est déjà pré-mâché et qu’il n’y a pas de décisions ni d’initiatives à prendre. Se laisser porter par le flot des gens et de l’organisation. C’est ce que je sais faire de mieux.

21:46 : Je fais connaissance avec mon copiaule. Je décide de l’appeler Hermann Toothrot, en l’honneur du naufragé de Monkey Island. Il a l’air d’être un mec bien. Zut, j’aurais rien de rigolo à raconter sur sa gueule, tant pis.

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??:?? : Là y’a un truc que j’ai dû oublier. Dans mes notes de voyage j’ai noté « seins », mais je sais plus à quoi ça correspond.

22:01 : La bouffe du soir se passe à l’hôtel. Y’a deux salles de boufferie, côte à côte. Mini-flippage au moment du placement. Je ne vous apprends rien en vous disant que le moment où un groupe de personne doit s’asseoir pour manger est extrêmement stressant. Qui veut aller à côté de qui ? Risque-je de me retrouver à côté de gens chiants ? Ou pire, à côté de gens qui renversent leur vin rouge ? Si je me place en premier je vais passer pour un impoli car j’invaliderai un nombre important de combinaisons de plaçage, dont certaines auraient peut-être convenues à certains ? Que faire ? Argh.

22:02 : Je parviens à aller dans pas la même salle que Poulet et monsieur Ion. J’arrive même à pas trop culpabiliser sur le fait que comme je sociabilise pas avec ces gens asociaux, je ne les aide pas, eux, à se sociabiliser globalement. On rapproche les tables de notre salle de boufferie, pour que ce soit plus sympa. Il y a un moche en face de moi et un autre à côté. En-face-à-côté se trouve un mec qui a forcément énormément d’humour, car c’est un ex-gothique qui ne s’est pas suicidé. Il a la panoplie afférente (bagues, boucles d’oreilles, bracelets).

22:03 : Le pain est tellement dur qu’on pourrait s’en servir pour tuer des gens. Mais comme on est des gentils, on ne les utilise que comme instrument de percussion, en les tapant sur nos assiettes. Les moches et moi improvisons un concert presque-gothique.

22:06 : Salades avec des oignons crus. Ex-gothique fait une blague à Échelle, son copiaule. Il lui dit de pas manger trop d’oignons sinon après ça va dauber dans leur piaule.

22:14 : Saucisse bizarre avec fayots tiédasses. Échelle fait une blague à Ex-gothique, son copiaule. Il lui dit de pas manger trop de fayots tiédasses sinon après ça va dauber dans leur piaule.

22:16 : Conversation d’un mec à propos de la façon dont certains marchés sont négociés. Il dit que des fois, faut filer un backchich aux appels-d’offreurs. Le mot « backchich » me fait rigoler. J’imagine une sorte de convention tacite : le backchich serait proportionnel au nombre de slides dans le power-point de présentation. Les entreprises proposant une somme conséquente seraient alors obligées de créer des documents super longs, voire de finir par des slides complètement stupides : blagues, photos de cul, photos de chat, etc…

22:19 : blague idiote, mettable dans une pièce de théâtre ou autre chose :
« Tu fais quoi dans la vie ?
− Je suis assistante de direction.
− Ah ça tombe bien, j’ai un problème avec ma direction assistée. Tu veux pas jeter un coup d’oeil à ma bagnole ? »

22:19.5 : Rassurez-vous, je me la suis racontée que dans ma tête.

22:20 : Gâteau avec une crême bizarre et de la pâte sablée super dure en dessous. Les serveurs ne nous ont laissé que les cuillères. La situation est critique. Il faut bourriner sur la pâte sablée pour couper un morceau, celui-ci risquant à tout moment de sauter sur les vêtements d’un voisin, le maculant de crême bizarre. Je m’en tire pas trop mal, en utilisant discrètement mes doigts dans les moments les plus incertains.

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22:21 : Moment de malaise très embarrassant. Un bout de gâteau s’échappe et je le rattrappe de justesse avec mon index. Paniqué, je jette un regard circulaire pour vérifier que personne ne m’a capté. C’est alors que je croise les yeux d’Ex-gothique. Pendant un quart de seconde qui semble durer plusieurs secondes, personne ne bouge ni ne dit rien.

22:22 : Ex-gothique sauve chevaleresquement la situation en me disant qu’il n’aime pas ce gâteau et qu’il veut bien me refiler sa part. Je l’accepte bien volontiers, heureux de voir enfin se terminer ce si terrible quart de seconde. En même temps, j’ai l’impression que ça l’arrange aussi. Conventionnellement parlant, les gothiques ne sont pas censés manger du gâteau. C’est pas du tout dark, et ils auraient trop peur de se taper la honte auprès de leurs amis gothiques.

22:11 : Le temps recule, mais c’est pour décrire un événement concomitant à celui narré ci-dessus.

22:11 donc : Dans l’autre salle de boufferie, un mini-incident diplomatique se trame. On murmure de vagues protestations quant à la qualité de la bouffetifaille.

22:23 : À notre table, une serveuse débarque et embarque une bouteille de vin qui n’était pas finie. Boulet proteste en criant « Hooo lààà!! », la serveuse répond en souriant « Holà! » et part avec la bouteille. Sacrés espagnols, ils ont une langue rigolote.

22:35 : Réunion de crise afin de tenter une sortie piachage et mangeage de vrais trucs. Monsieur Ion est fin motivé pour une pizza. On lui dit qu’on est en Espagne pas en Italie. Il dit que la pizza c’est international.

23:02 : Nous partons à une trentaine. Le chemin risque d’être long. Barcelone est traversée par une très longue rue appelée la Diagonal. Notre hôtel-surprise et les Ramblas (quartier des bars, des pakis qui vendent de la bière et running-gaguement parlant : des putes) sont chacun à une extrémité. Première séparation du groupe en deux, avec des qui prennent des taxis et des qui y vont à pied. Nous ne sommes déjà plus qu’une vingtaine.

23:40 : Notre périple est parsemé de bars. Certains suggèrent de s’y arrêter, d’autres veulent continuer. Au moment de manquer de s’arrêter dans un bar-resto, monsieur Ion et madame EncoreUnPeuVerte fomentent une révolte. Ils rassemblent un groupe de rebelles dissidents et décident de rentrer à l’hôtel tout de suite. Nous ne sommes plus que neuf.

24:12 : Tout cela commence à ressembler aux sorties à l’arrache de mon époque adolescente. Nous passons devant plein de bars, plusieurs personnes du groupe émettent timidement l’idée que nous pourrions nous y arrêter, mais une sorte de convention implicite fait que nous sommes dirigés par l’homme le plus grand et ayant la plus grande gueule (le sus-mentionné Échelle). Or, ce fieffé connard veut vraiment aller jusqu’au Ramblas. Personne ne sait pourquoi, mais personne n’ose lui poser la question vu qu’il est quand même vachement grand.

24:26 : Hermann Toothrot et son ami Moustachu se trouvent en difficulté et en plein doute existentiel. Ils commencent à marcher plus lentement et à ralentir le groupe. Échelle les remotive à grand coups de « ouais on tourne là et après on est super bientôt arrivés ».

24:54 : les Ramblas, enfin !!! Le lieu a vraiment changé depuis ma dernière visite. Les putes y sont plus sporadiques, probablement à cause de la saison. Les indigènes pakis vendent des Estrellas et non plus des San Miguel. Ils sont plus blancs qu’avant, re-probablement à cause de la saison.

24:57 : ex-Gothique téléphone à une personne du sous-groupe qui était parti en taxi, afin de tenter de les rallier. Cette personne nous indique qu’ils se sont tous posés dans un bar, au numéro 22. Nous sommes au numéro 109.

25:21 : le numéro 22 est une compagnie d’assurance, ou un magasin de tapis de souris, (je n’ai pas bien regardé la vitrine). Ex-Gothique rumine une vengeance pour le lendemain.

25:32 : Nous arrivons place Saint-Machin, d’insouciants souvenirs ressurgissent dans mon esprit. En effet, il s’agissait du point d’abreuvoirie que moi et des amis personnels avions convenu lors d’un précédent séjour pas-Boîtal. Échelle veut faire le tour de la place pour tenter de localiser l’autre sous-groupe. Hermann Toothrot, Moustachu et moi faisons une mini-scission et nous posons dans un bar au hasard.

25:33 : Échelle et ses fidèles reviennent brecouilles et se posent avec nous. Nous commandons des bières.

25:37 : Moustachu me raconte les aventures de son service militaire. Sa voix fait wouwouwouuuwouuu dans ma tête. Je l’imagine en train de tourner sur lui-même et de clignoter. Je bois ma bière.

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Là, il tourne pas et il a pas de moustache, mais faut imaginer.

25:41 : Toutes les bières sont bues, le bar ferme. Il faut y aller. Moustachu paye la tournée pour nous trois.

25:53 : on plante définitivement Échelle et ses potes, en rentrant en taxi. Hermann Toothrot paye le taxi pour nous trois.

26:17 : Arrivée à l’hôtel, retour dans la chambre. Je dis à Hermann Toothrot que je vais squatter la baignoire. J’ai pas souvent l’occasion de prendre un vrai bain car il n’y a qu’une petite douche chez moi.

26:39 : j’éjacule dans la baignoire, je nettoie et je vais me coucher.

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Samedi

08:10 : Le bruit d’Hermann Toothrot enfilant son pantalon me réveille. C’est parfait, il faut qu’on se retrouve à 8h30 pour le petit déjeuner.

08:29 : Retour à la salle de boufferie qui m’est maintenant familière. Placement sans trop de difficultés car pas encore beaucoup de gens. La bouffe du petit dej’ est copieuse et bonne. J’évite toutefois les brioches fourrées à la saucisse.

08:53 : On poireaute un peu en attendant notre guidette. Je vais chercher ma belle chemise bleue. On s’échange les quelques nouvelles d’hier. J’apprend que Mochette s’est faite piquer son sac à main et qu’elle est plus très motivée pour faire la journée avec nous. Chouette !! Encore une action boulettisante dans laquelle je ne suis pour rien. Mentalement, je danse le fox-trot tout en jonglant avec des pastèques et en chantant des chansons cruelles.

08:57 : notre guidette s’appelle Myriam. On monte dans le car pour commencer la visite des trucs. J’ai un vrai problème psychologique avec les cars. On y retrouve le même stress social de placement que pour les salles de boufferie, mais là c’est pire, car on est côte à côte et tous dans le même sens. Si ton voisin est pourri, tu peux difficilement te rabattre sur les autres personnes autour. Et si t’es assis tout seul tu passes vraiment pour l’ermite perdu du groupe. J’ai eu des tas de problèmes avec les cars, durant des séjours linguistiques débiles en Angleterre, qui n’étaient rien d’autre que des tortures dévastatrices et carapaçatisantes.

09:02 : Le car part, Boulet est pas dedans. Il a pas réussi à se lever. Y’en a qu’ont essayé (de le lever), ils ont pas réussi. Un double-boulet, ça c’est chouette. Fox-trot, pastèque, tout ça.

09:05 : Myriam commence à débiter son blabla. Elle dit que la Diagonal est la rue la plus longue de Barcelone. Merci on s’en était aperçu la veille. Elle dit aussi que l’église Machin est la plus grande église de style gothique civil (pas compris). Elle dit aussi que le pont Bidule est l’un des ponts les plus vivants (pas compris non plus). Je pense à des gros nichons.

10:32 : On entre dans une église avec pleins de gens amputés faisant la manche à l’entrée. On m’a raconté qu’en arrivant dans le pays, ils avaient leurs membres, puis des gens moyennement gentils les chopent, les tchoppent à la machette et les posent devant les églises. Le soir ils passent et ramassent l’argent. C’est tout.

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10:32 : Je décide de me laisser envahir par le Mal, de ne pas avoir pitié d’eux et de leurs amputations, de ne pas culpabiliser de ne pas avoir pitié d’eux, et de ne pas culpabiliser de ne pas culpabiliser de ne pas avoir pitié d’eux.

10:47 : Blabla de Myriam dans l’église. Elle se fait engueuler par une dame de l’église parce qu’il ne faut pas blablater dans l’église. Myriam s’en fout, ça fait 10 ans que la dame l’engueule chaque fois qu’elle vient.

10:48 : On erre un peu. Je découvre la nouvelle génération de cierges : des petits cylindres de plastiques avec une diode au milieu. Tu mets une pièce, la diode s’allume automatiquement. Je mets pas de pièce.

11:11 : Bide numéro 2 : Myriam parle d’un truc qui s’est passé en 1711. Je chantonne doucement : « 118 711 ». Ça ne fait rire personne. Peut-être parce que c’était pas tout à fait le vrai numéro.

11:12 : On se balade dans les Ramblas : moins de pakis que la veille et zéro putes. Myriam blablate que « rambla » signifie « eau intermittente », parce qu’à l’époque ça s’inondait tout seul. Maintenant l’intermittence n’est plus faite par l’eau, mais par le spectacle. On retrouve les habituels nécessiteux, grimés et déguisés en diverses choses, mendigotant une maigre obole auprès des honnêtes passants. Quand un touriste essaie d’en prendre un en photo sans avoir préalablement payé, le nécessiteux s’énerve et va se placer en dehors du champ. Je me souvenais pas qu’ils faisaient ça la dernière fois. De toutes façons j’ai pas d’appareil photo. Je donne quand même une piécette à une jolie dame en métal.

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12:24 : on s’arrête à un resto pour bâffrer de la paella magique. Non-bide numéro 3, qui aurait peut-être mieux fait d’en être un : un moche me dit que dans son armoire de DVD, il a toute une rangée de films « prout-prout » (Amélie Poulain, Quand Harry rencontre Sally, etc.). Je réponds que moi aussi j’aime le genre « prout-prout », en particulier quand c’est une asiatique ronde qui se prend la sodomie.

14:04 : Sortie du restaurant, photo de groupe. Un clochard assis à côté de nous se retrouve malencontrueusement dans le champ. J’hésite à lui demander de l’argent pour ça (rapport aux nécessiteux grimés sus-mentionnés). Au fait, en Espagne quand on est pris en photo on dit pas « ouistiti » ni « cheese », mais « patatas ». Cherchez pas, j’ai pas compris.

??:?? : Là j’ai marqué « bidacitr » sur mes feuilles de voyage. Je ne sais plus à quoi ça correspond. Tant pis.

14:15 : On doit se regrouper pour partir. Quelqu’un fait la blague spirituelle habituelle de circonstance et braille « Groupir! Groupir! ». C’est une référence à un vieux film qui a eu son petit succès dans les années 50. Les gens font tellement souvent cette blague qu’elle devrait être inscrite au patrimoine culturelle de l’humanité. Monde de merde.

14:35 : Bide numéro 4 : On croise une église avec un mariage dedans. Le marié a l’air super vieux par rapport à la mariée. Je m’approche d’un groupe quelconque et essaie de m’incruster dans la conversation en disant que « non, en fait c’est pas le marié, c’est le père, hahaha ». Ils se foutent tous de ma gueule. Je pige pas pourquoi. Apparemment, ils venaient de faire exactement la même blague y’a 5 minutes. Or, donc. Eh bien ça les fait rire.

15:00 : On va au musée de Picasso. J’ai un vrai problème psychologique avec les musées. On va pas s’étendre là-dessus, vous devriez facilement arriver à visualiser le traumatisme.

15:01 : Picasso période normale. Il peint des lits en perspective que quand tu te mets d’un côté il a l’air tout petit, et de l’autre il a l’air tout grand.

15:37 : Picasso période bleue. On est tous dans le ton avec nos belles chemises Gloubiboulguiennes. Vive les schtroumpfs. La période est bleue car c’était la couleur de peinture la moins chère, et Picasso était un sale pauvre. Depuis la pauvreté l’a quitté, et il est même devenu une voiture.

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16:01 : Picasso période rose. Je ferais bien l’amour avec ma chérie, là, tout de suite, sur une banquette du musée.

16:29 : Picasso période cubique. J’aime pas les cubes et je préfère mater les courbes des filles autour de moi. Je savais bien qu’il y avait des œuvres d’art dans les musées.

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17:51 : On sort de cet endroit. Arrive alors le moment le plus redouté de tout le séjour : le quartier libre ! Je dois montrer que je suis indépendant. Je dois trouver des choses à faire pour prouver aux autres que je suis un super-touriste doté de super-pouvoirs. Je dois être capable de dénicher des endroits inconnus regorgeant d’anecdotes socialement valorisantes à raconter. Je dois être capable d’engranger de classieuses images, sensations et rencontres. Je dois être capable de m’intéresser au patrimoine culturalo-immatérialo-intellectualo de l’humanité de l’humanité de l’humanité de l’humanité.

17:52 : Je ne me souviens pas avoir vu de cybercafé dans le coin pour faire mes parties quotidienne d’Alphabounce. Je m’incruste dans un groupe au hasard. Y’a Poulet dedans.

18:31 : Étrangement, on re-échoue sur la place saint-Machin et on se pose à un bar. On commande des bières. Je dis que j’en veux une grande, une pinte quoi. Je suis pas sûr que le serveur comprenne. Il tend son doigt vers un mec derrière nous qu’a une pinte. Poulet dit « Ah, il montre quelque chose!! » (merci Poulet). Le serveur se barre. Je stresse car je suis pas sûr qu’il ait compris que tout le monde veut un demi, sauf moi qui veut une pinte. Si ça se trouve il va revenir avec que des demis et ça va pas me plaire.

18:33 : Le serveur revient avec des pintes pour tout le monde. Je suis tout heureux.

18:36 : Poulet a bu un dixième de sa bière et va aux toilettes.

18:39 : Poulet a bu un autre dixième de sa bière et va aux toilettes.

18:51 : J’ai fini ma bière et je vais aux toilettes. Poulet me dit qu’elles sont dégueulasses. Ce n’est pas une description très détaillée. Il serait plus précis de dire que l’eau a simplement été coupée.

18:52 : Je reviens des toilettes, tout le monde se prépare à partir. Je me dit qu’il faut quand même que je paye mon alcool, mais j’apprends que Poulet (le seul qu’a pas fini son verre) a zaké sa rince dans un élan de tentative d’humanisation de la fonction de PDG.

18:55 : Séparation du groupe. Poulet et un mec vont directement au resto-rendez-vous du soir. Nous autres décidont de repasser par l’hôtel, pour des raisons plus ou moins bidons.

18:59 : Dans le métro barcelonais, les fentes à mettre les tickets sont à gauche du portillon et non à droite. Si on fait pas gaffe, on débloque pas le bon côté et on se fait carotter le passage par un autochtone averti. La seule solution consiste alors à frauder par un saut plus ou moins assumé, ce que fit l’un des membres du groupe. Si ça m’était arrivé à moi, je l’aurais fait avec plus de souplesse et une petite figure acrobatique. Puis j’aurais tapé avec rage dans le bastringue à ticket.

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19:32 : Débarquement à l’hôtel. Pas le temps de se branler, on a resto-rendez-vous à 19h30 à l’autre bout de la ville pour un spectacle de flamenco.

19:35 : On reprend le métro. Cette fois-ci c’est moi qui n’arrive pas à entrer. J’ai mis le ticket au bon endroit mais rien à faire. Une vieille se pointe pour m’aider. La porte automatique s’ouvre soudain sans crier gare. Tel un mêléteur de rugby, je me précipite dans la brèche, manquant de dézinguer la vieille qui se retire à la dernière seconde.

19:55 : Arrivée dans le petit village magique lové à l’intérieur de Barcelone, dans lequel est implanté notre resto-trouloulou. La gardienne (rousse) du village hésite à nous laisser entrer. On lui dit qu’on est de la société Gloubiboulga. Elle comprend pas le mot et le cherche dans sa liste. On lui épelle. Elle comprend toujours pas. Fort heureusement, j’ai eu la présence d’esprit de garder ma belle chemise. Je bombe le torse, montrant fièrement le mot « Gloubiboulga » écrit dessus. La gardienne nous laisse entrer.

20:05 : On s’est perdu dans le village magique et on arrive encore plus à la bourre que prévu. Les entrées (à bouffer, pas à entrer) et le spectacle ont commencés.

20:07 : Le moche en face de moi essaye de sociabiliser via des blagues rigolotes sur les danseuses : « Attention le parquet va brûler! », « Hé c’est cool, la dame nettoie par terre avec sa grande robe! ». Pas drôle.

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20:08 : Nan ce qui est drôle, c’est que le flamenco, c’est assez osé, voire sexuel. On peut donc appeler ça du « flamencul », donc du « flamenküche », donc toute la culture du monde a été inventée par les alsaciens. Vous voyez, ça c’est un jeu de mot qu’est drôle.

20:42 : En plus des danseuses, il y a deux danseurs avec les tétons qui pointent. L’un d’eux se prépare à exécuter une top-figure. Le regard fougueux-viril, il mouille le bout de ses deux doigts et se les passe dans les cheveux. MmmmhhhaaaahhaaaâââÂÂÂSSShhhllllllssrrrpppllssspp.

20:42 : Les mouvements du danseur sont désordonnés exactement de la même manière que moi bourré qui entend de la musique qui me plaît. C’est facile le flamenco : il faut bouger les bras, les jambes et la tête en changeant fréquemment de plan de bougeage.

20:45 : Je dis à mon moche en face que c’est des danses pour gens bourrés ou sous acide. C’était même pas une tentative de sociabilisation par la blague, je le pensais vraiment. Il se contente de rigoler. Bon, semi-bide.

20:46 : À noter que les chanteuses de flamenco ont la voix niquée.

21:42 : on rentre en taxi et Je-sais-plus-qui paye le taxi.

22:22 : On termine dans les sièges de la réception de l’hôtel, car pas trop envie de traîner dehors. Mec_generique et moi allons prendre une bière au bar. Il me la paye.

22:45 : Je vais aux toilettes.

22:46 : Je suis enfermé dans les toilettes. Un bout de la poignée m’est restée dans les mains, l’autre tourne à vide. L’angoisse envahit mon esprit. La honte de l’enfermement dans les toilettes. Un thème très populaire dans notre société contemporaine. Je me souviens d’un pote en classe d’anglais qui l’avait évoqué. La prof avait alors dit que les blagues pipi-caca-popo ne l’intéressaient pas. Mais j’aime pas les profs. Et j’estime qu’il faut parler de ce thème, car ça peut arriver à tout le monde et devenir très grave, très destructeur psychologiquement. Je m’imagine tambouriner à la porte toute la soirée. Qui n’a jamais été enfermé dans des toilettes ? Chez des amis, à l’école, ou chez sa grand-mère ?

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22:48 : Bon, en fait il suffisait de tourner un petit machin, puis de tourner le bout de la poignée en faisant abstraction de l’autre-autre bout de poignée qui m’était resté dans les mains.

23:20 : Tout le monde commence à aller se coucher. C’est parfait. Je reste un peu, sous prétexte que j’ai ma bière à finir et que je dois squatter le fameux cybercafé de l’hôtel pour envoyer un mail à ma chérie.

23:25 : Ça y est, je peux enfin faire la limace baveuse devant un ordinateur ! L’internet coûte trouzemille brouzoufs la minute (because année 2007), mais ça vaut le coup. J’en profite pour pas écrire à ma chérie et faire mes trois parties quotidiennes de casse-briques.

23:30 : J’ai mis 5 minutes à terminer ma première partie. Le temps de connexion coûte plus cher que des parties supplémentaires. J’arrête donc là et décide que je m’en achèterai une fois revenu en France, ce sera bien plus rentable.

23:32 : J’écris quand même à ma chérie. Quitte à payer pour faire la limace baveuse, autant que ça serve à quelque chose de constructif. Et puis c’est un investissement pour ouvrir droit à du sexe gratuit.

23:45 : Retour à la piaule. Je dis à Hermann Toothrot que je vais faire comme hier et profiter de la baignoire. Je suis quand même un peu crevé par cette folle journée, à marcher et boire partout.

24:02 : Je commence à me pougneter dans la baignoire.

24:69 : Mince, je me suis endormi. Bon, ben ce sera pas pour ce soir la pougnette. Trop fatigué. Je sors de la baignoire et vais me coucher.

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Dimanche

09:26 : Re-mince. Hermann Toothrot a enfilé son pantalon trop silencieusement et ne m’a pas réveillé. Il est trop tard pour une pougnette pré-petit déjeuner. Tant pis, je m’habille à l’arrache et descends bâffrer.

09:34 : Le breuvage rouge décantant dans une cruchasses n’est pas de la grenadine, mais du jus de tomates. Comment peut-on boire un truc pareil, à plus forte raison au petit déjeuner, à plus forte-forte raison sans s’être pré-pougneté ?

09:45 : On ne part pas tout de suite, car il faut remballer ses bagages et les ramener à la réception de l’hôtel qui les réceptionnera. L’ascenseur m’envole vers ma piaule. Chouette, j’aurais au moins droit à la pougnette post-petit déjeuner.

09:52 : zblorg!

10:00 : On retrouve notre guidette. C’est pas là même qu’hier. Celle-là a la voix niquée d’une chanteuse de flamenküche, ce qui ne l’empêche pas d’avoir un micro avec une boîte vocale portative. Ça me fait penser à Ned, dans South Park, « qui est amplifié depuis son cancer de la gorge ». Même que dans un épisode il perd sa boîte et il est obligé de parler en rotant. Over-lol.

10:02 : On devrait attendre le bus mais il est en retard, alors la guidette dit que c’est pas grave, on peut commencer à y aller à pied. J’ai des doutes (sur le cimetière des éléphants) mais j’ai pas envie de réfléchir plus que ça.

10:05 : Nous partons, bien évidemment sans attendre que tout le monde soit là. Au bout de 300 mètres, des scissions commencent déjà à poindre, entre ceux qui veulent continuer et ceux qui préféreraient attendre les autres. La situation se règle très vite par un coup de téléphone d’une personne oubliée à l’hôtel, nous signalant que des bagages ont « disparus ». Certains commencent à flipper, mais aucun ébranlement général ne semble se déclencher. Nous restons simplement plantés là. Sarkozette panique et fait demi-tour direct. Je suis tout heureux, car une fois de plus un événement boulet occure, dont je ne suis pas responsable. Silencieusement, mon esprit éclate d’un rire sadique et sardonique. De toutes façons y’a peu de risques que mon sac ait été piqué, vu que c’est un baluchon jaune moche de terroriste. Et au pire, j’avais que des fringues moches dedans et du chatterton pour les cas où je rencontre un hamster consentant en boîte de nuit. Y’a même pas ma boîte de poulpe fétiche, que j’utilise habituellement pour décapsuler les bières.

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10:05 : Sarkozette s’appelle ainsi car à la dernière réunion-bilan-banquet-beuverie annuelle, elle m’a dit qu’elle voterait pour ce personnage. Elle est super sympa et a tenté à plusieurs reprises de me sociabiliser. Par contre elle est vraiment maigre, c’est pas beau à voir.

10:07 : Les oubliés de l’hôtel rejoignent notre groupe. Le vol de bagages n’était qu’une blague de leur part. Zut, pas d’événement boulet. Tant pis.

10:15 : On part donc à pied. On rencontre un dragon en métal fait par Gaudi. Il a des testicules à pointes sur sa queue (le dragon, pas Gaudi). En parlant de ça, la guidette a une espèce d’écharpe à laquelle sont accrochés des pompons. C’est bizarre. Un moche dit que c’est le déguisement de Couillu le Caribou. Et là, des gens rigolent ! Lui, il ne provoque pas de bide. C’est trop injuste.

10:21 : On rencontre une statue représentant Gaudi, en métal aussi. Je dis « Mouais, les mecs en métal y’en avaient plein les Ramblas, et eux ils bougeaient ». Bide numéro 5. Je le redis une deuxième fois pour être bien sûr que ça fait rire personne et qu’ils font tous semblant de pas avoir entendu. Double-bide.

10:30 : On retrouve le bus. Shmi essaie de vérifier que cette fois on oublie personne. Elle commence vaguement à faire l’appel, mais c’est le bronx. Sarkozette demande gentiment si « Réchèr » est là et je réponds oui. Ça me fait plaisir qu’elle ait pensé à moi, parce que si j’étais pas là, peu de gens s’en apercevraient. Enfin bon, elle reste quand même vachement maigre.

10:32 : La personne du jour manquante dans le bus n’est pas Boulet. Il s’agit d’un certain Lunette. Il s’est rogné la gueule la veille et n’a pas réussi à se lever. Je suis heureux. J’ai bien fait de passer toutes ces années à travailler ma résistance à l’alcool.

11:42 : On visite le parc Gouèle. Moustachu me dit que la salamandre peut faire repousser un membre coupé. Lui aussi en fait, mais seulement sa moustache. La guidette nous dit que Gaudi architectait que des courbes, car il aime les courbes de sa femme, et que « les lignes droites n’existent pas dans la nature ». Alors je mate les gonzesses.

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10:53 : On visite un truc qui doit être le musée de Gaudi ou quelque chose comme ça. La guidette nous explique la façon amusante dont Gaudi architectait en s’inspirant de la nature. C’est toutefois quelque peu du foutage de gueule officiel. Gaudi a repris la spirale des escargots pour ses escaliers en colimaçon. Ouais. Et donc les escaliers en colimaçon n’existaient pas avant Gaudi ? À ce compte là, c’est moi qu’ai inventé la masturbation, mais par bonté d’âme, je l’ai mise sous Licence Art Libre afin que le monde ait le droit de s’auto-faire plaisir sans avoir à me verser de « royalties ». (J’ai toujours trouvé ce mot débile, et je sais même pas comment il est censé se prononcer).

11:26 : On visite la Sagrada Familia, intérieur compris. C’est chouette et rigolo. Le Jésus à l’entrée est à poil, ce qui à l’époque avait dérangé des cathos bien pensants. Jésus s’en fout, il n’est même pas catholique.

12:34 : On repart. Je jette un dernier regard à l’église, une statue assise sur un pont reliant deux tours me regarde en rigolant.

13:04 : Retour à l’hôtel. Toutes nos valises ont disparues mais ça fait peur à personne. Retour dans les salles de boufferie, avec le même pain musical tueur du premier jour. Je réussis à gérer mon placement comme un Dieu, et me retrouve non seulement loin de Poulet, mais en plus proche de Lunette, qui entre temps s’est réveillé. Il n’est plus capable de boire du vin alors je bois sa part.

13:25 : Sur le programme de Shmi était marqué : « gâteau d’anniversaire de Gloubiboulga », parce que ce week-end existe aussi pour célébrer les 20 ans de notre belle entreprise. Le gâteau arrive prédécoupé dans nos assiettes. Pas de soufflage de bougie ni autre cérémonie corporate. C’est pas fun. Alors on débarque tous dans la salle de boufferie où est posé Poulet et on chante « Joyeux anniversaire, Joyeux anniversaire Gloubiboulgaaaaaa !! » le plus faux possible.

13:27 : Poulet est content de notre performance. On hurle « UN DISCOURS !!! ». Il compose un truc vite fait, énonçant collégialement que Gloubiboulga c’est le bien, que merci à nous tous, que la Boîte a été créée par quatre personnes qui sont toutes toujours là et que ça c’est un signe de coolitude.

13:28 : On hurle donc aux trois autres géniteurs de prononcer un discours aussi. Monsieur VisagePâle fait sa taffiole et dit que ça ne s’improvise pas comme ça, puis il replonge la tête dans son gatal. Bordel, ce mec m’avait foutu la trouille à mon entretien d’embauche, parce que j’essayais de lui décrire des bizarreries du .Net et que j’arrivais pas à être clair. En fait c’est pas moi qu’était infoutu d’expliquer, c’est juste lui qui comprend jamais rien.

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13:32 : On retourne dans notre salle de boufferie. Un mec a fait des photos et il a involontairement pris le haut du crâne de Mochette. Il rigole en disant qu’il fera un peu de retouche pour corriger la calvitie. (Mochette c’est une fille). (Ou pas).

13:35 : On ouvre les bouteilles de champagne. Pleins de gens n’en veulent pas car en fait ce n’est qu’une sorte de simili-champagne. Finalement, tout le monde décide de sortir prendre l’air. Je fais des allers-retours entre les salles de boufferie et la salle de prenage d’air de dehors, pour piacher les verres qui restent. Des gens me trouvent bizarre. Heureusement Sarkozette boit avec moi et c’est chouette. Échelle me demande où je bosse. Je réponds que je suis en assistance technique (c’est le terme savant Gloubiboulguien pour dire « en régie »). J’ajoute que je travaille avec un client-collègue qui parfois met du calva dans mon café du matin. Je repars chercher des verres. Y’en a plus mais il en reste dans les bouteilles. Je re-remplis mon verre.

14:20 : Départ définitif en car. On repourrit VisagePâle en lui redemandant un discours.

14:25 : Shmi tente de lancer un babord-tribord. Elle me demande discrètement si je serais prêt à participer. Je lui dit que oui, mais que je suis bourré donc incontrôlable. Ça ne lui fait pas peur et elle déclenche les hostilités. Je me plante entre les mots « babord » et « tribord ». Poulet me corrige. La partie chanteuse-de-paillardes de mon cerveau ressent de la honte nucléaire ultime.

14:26 : Fin des hostilités pour cause de manque de motivation général. Le nombre de participant s’est élevé à 2,5 de mon côté et 11,7 de l’autre. C’est quand même mon côté qui a gagné. Ce sont tous des lopettes.

15:35 : On est à l’aréoport. Moment classique de vide durant l’enregistrement des bagages. J’ai l’idée géniale d’une publicité pour une société de transport haute qualité garantissant une intégrité totale de la marchandise.

15:36 : (Jingle. Intermède publicitaire).

15:37 : Un mec joue aux dés (par exemple au gros poulet). Il fait un double 6, hurle de joie, place les dés sous une cloche de verre et envoie le tout à la compagnie de transport haute qualité. Un autre mec réceptionne le paquet et l’ouvre. Le double 6 n’a pas bougé et le mec doit boire 6 fois.

15:38 : Je me permet de préciser que dans ma variante du gros poulet, celui qui fait un double fait boire, au lieu de boire lui-même. Les variantes sont multiples (http ://www .buveurs.com/le-gros-poulet).

15:39 : (Re-jingle. Fin de l’intermède publicitaire).

16:02 : J’erre dans les magasins duty free, en quête de trucs cools à acheter. Il n’y a malheureusement que des objets superficiels pour capitalistes violacés et gluants. Pas de mini-pute arménienne de voyage. Tant pis.

16:04 : Je trouve un magasin Ferrari. Ils vendent des fringues, des figurines, des portes-clés et des mako-moulage de la bite à Schumakère, le tout inévitablement en rouge pétant. Je vais voir la vendeuse en rigolant et lui dit que je savais pas que ce genre de magasin pouvait exister. Ça n’a pas l’air de lui plaire. Je me barre dans un bar perdu au milieu des dutyfriteries. J’y prends une bière en matant la jolie fille assise à côté de moi nichons. C’est la première et la seule bière que je payerais de tout le séjour. Un peu plus loin se déroule un match de je-sais-pas-quoi dans une télé, avec des gens devant qui applaudissent. Pas compris.

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16:24 : Re-moment de vide pendant l’attente du prochain avion qui doit arriver sur le quai. Les gloubiboulguiens arrivent petit à petit, avec leurs achats tout frais de marchandises capitalistes violacées et gluantes. Je fais signe au chauffeur de l’avion pour qu’il s’arrête. On monte tous dedans.

16:30 : Un moche assis à côté de moi dit qu’on devrait demander un RTT pour lundi tellement ce week-end a été fatiguant et chargé en émotions. Ce moche est une fiotte.

16:30 – 18:30 : Trou spatio-temporel de 2 heures dans mon résumé, certainement dû à des erreurs d’arrondis accumulées. En fait c’est à 18:30 qu’on a pris l’avion, et pas à 16:30. C’est pas grave.

18:35 : Avion. Chorégraphie des hôtesses. Le mec assis à côté de moi fait des super-sudokus dans lequel il faut additionner les chiffres en plus de les répartir comme il faut. Il est fier de m’expliquer le fonctionnement et insiste sur le fait que c’est un truc de ouf malade. Je voudrais avoir un ordinateur là tout de suite, pour m’amuser à coder des choses qui me plaisent.

20:02 : Atterrissage, récupération des bagages, au-revoirisation d’un tas de gens. Je me dirige vers l’Orlyval, content, finalement, que tout cela soit fini.

20:04 : Et merde, deux autres Gloubiboulguiens prennent aussi l’Orlyval. Je suis obligé de maintenir une cohérence sociale minimale pendant encore plusieurs minutes.

20:28 : Ah y est, on est arrivé. On prend tous des chemins différents. Mon RER fait tût-tûûût-je-vais-bientôt-partir, ce qui me donne le droit de planter là mes deux collègues sans autre forme de cérémonie, et de partir en courant. Je monte dedans in extremis et n’ai plus qu’à m’affaler sur un siège, les yeux vitreux et les lèvres dégoulinantes de bave. J’en profite pour penser en toute impunité à des levrettes.

21:37 : Je joue au casse-briques chez moi, et je téléphone à ma chérie.

Aujourd’hui, 2015-08-06 01:05 : Ça m’a foutu le cafard de reprendre ce texte pour en faire un article de blog. Il me renvoie à une époque insouciante où mon boulot était beaucoup moins stressant et chronophage. J’essaye de ne pas trop m’accrocher à ce passé, car, comme vous le dirait n’importe quelle coach de vie, ça empêche d’avancer. Mais là j’ai bien été forcé d’y replonger, et des lambeaux de ce foutu passé restent accrochés à mon esprit. « Des cordes encore t’enlacent ».

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Mais remettons-nous de nos émotions. Les prochains articles seront autres.

Introduction à une introduction à la karmagraphie

Aujourd’hui (ou plutôt la semaine dernière) (ou plutôt il y a 15 jours, le temps que je finisse cet article), Eurod’ et moi, on s’est fait engueuler par Random. Selon ce dernier, il semblerait que nos journées de Travail ne soient « pas optimisées », parce que « on discute trop ».

Eurod’, c’est mon collègue. Il s’appelle comme ça parce qu’il est fan d’Eurodance. Il met la radio pendant qu’il bosse. Moi ça me dérange pas, rappelons que je suis un inconditionnel d’Ace of Base. Mais du coup, on se fait régurgiter les mêmes chansons plusieurs fois par jour dans nos pauvres oreilles, jusque à ce que les circonvolutions en soient tellement sales qu’elles se collent entre elles. C’est assez peu ragoûtant. Toutes les radios font ça, qu’elles soient web ou à ondes, j’ai jamais compris pourquoi. Le patrimoine musical Eurodance est suffisamment bigarré, éclectique et foisonnant pour qu’on y trouve facilement 24 heures de chansons excellentes sans doublons, non ? Enfin ce n’est pas le sujet.

Ace of Base

« L’amour est mon moteur, et tu dois être du carburant ».

Random, c’est notre chef. Il s’appelle comme ça parce que son état « bien ou mal luné » est totalement soumis au hasard. Attention, il s’appelle bien « Random », et non pas « Random() ». Ce n’est pas un simple appel à la fonction, mais la fonction elle-même. Enfin, ce n’est pas le  sujet.

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« Mal luné » : une expression à la con.

Et donc quand Random a sorti cette remarque, j’ai voulu répondre que nos discussions avaient pour sujet notre Travail. Le vrai Travail : le sérieux, le couillu, le viril, celui pour lequel on me donne un salaire pharaonique, celui pour lequel « je me lève le matin ».

C’est faux, je me lève le matin pour un salaire de serf, et rien n’est couillu nul part, mais ce n’est pas le sujet.

Random ne m’a pas laissé le temps de finir ma phrase, il m’a balancé que c’était « des discussions inutiles », et que « mes états d’âme sur le C++, on pouvait s’en passer ».

C’est assez étrange. Il aurait pu riposter de manière bien plus simple, en arguant que nos discussions ne concernent pas à 100% le Travail. Et ce serait la vérité.

Je tiens toutefois à préciser que c’est pas de ma faute si on parle pas à 100% de Travail. C’est 100% la faute à Eurod’. Moi, de manière générale j’aime pas trop discuter, parce que j’aime pas trop les humains. Mais ce n’est pas le sujet.

Bref, voilà. Random a décidé de m’attaquer sur mes états d’âmes C++iens, je l’ai mal pris, et je considère cela comme une insulte et un affront. (Qui ne saurait se laver autrement que dans le sang, mais on ne va pas le faire).

Voyez-vous, je suis chercheur du CNRS en geekologie, moi. Je connais plus de 15 langages de programmation différents, moi (dont le glapumBasic, qui ne possède qu’une seule instruction, et c’est une grossièreté). J’étudie la sémanticologie, la syntaxologie, la grammaticologie, moi. J’ai écrit un article scientifique sur l’expression du vide, moi. J’ai dressé une taxonomie des méthodes d’échanges de A et B, moi. J’ai créé un langage permettant de coder en alsacien, moi (basé sur le C++, au passage). J’ai découvert que « Vulture repellent doesn’t work », moi. Et bien d’autres choses encore, moi.

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Alors mes états d’âme sur le C++, ça constitue une analyse ontologique fine, détaillée et pertinente, que beaucoup d’autres chercheurs du CNRS seraient prêts à tuer père et mère le prix fort pour l’avoir. Capito ?

Comme vous êtes gentils et que vous êtes sur mon blog, je vous résume rapidement cette analyse. Ainsi, vous aurez seulement à tuer votre chien le prix moyen pour l’obtenir. Ça vous va ? Oui ? Merci, vous êtes des gens géniaux et gentils, et j’aime bien être avec vous dans ma tête.

Mon analyse du C++

Il s’agit d’un vieux langage. C’est pourquoi il ne possède pas tous les raccourcis syntaxiques dont on a l’habitude maintenant. Je rappelle qu’il faut écrire deux fois la même chose, respectivement dans le .c et le .h, que les chaînes de caractère sont implémentées de plusieurs manières différentes, et qu’on peut préciser qu’un caractère est signé ou non signé, ce qui n’a aucun sens.

Métaphoriquement parlant, le codeur C++ est donc une sorte de moine tibétain solitaire perdu au milieu des paysages aride de la taïga russe. Le fait qu’il puisse y avoir d’autres moines solitaires autour de lui ne le rend pas moins solitaire.

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Pour autant, ce langage conserve son utilité. Notamment dans les cas suivants :

  • lorsqu’on veut « rester proche de la machine » (ce n’est pas sale)
  • dans le cadre de la réalisation de micro-contrôleurs de tondeuses à gazon
  • à des fins pédagogiques, pour expliquer « ce qui se passe sous le capot ».

En revanche, programmer à un haut niveau d’abstraction, manipuler une interface graphique riche, ou bidouiller de la communication complexe de web service, tout cela en C++, c’est complètement crétin. Et le fait que ce soit du Microsoft Visual C++ millésime 2048 n’arrange rien à l’affaire, voyez-vous.

Random m’a reproché d’exprimer cette vérité, alors que j’en avais besoin pour m’exutoirer cathartiqement. J’ai mal pris ce reproche et c’est ce que j’ai voulu raconter ici, afin d’exutoirer cathartiquement le fait que je n’ai pas le droit de m’exutoirer cathartiquement sous prétexte que c’est « pas optimisé de dedans le Travail ».

C’est tout ce que je voulais dire et je ne me sens pas très bien.

Ce n’est pas tout ce que je voulais dire et je ne me sens pas très bien.

Car je dois malgré tout reconnaître que, dans ce nouveau boulot qui est actuellement le mien, je jouit d’un gros mieux, à savoir :

Le Métier

metier à tisser patrimoine

Métier complètement con, ou quoi ?

Que veux-je dire par là ? Quel est ce nouvel venu dans notre vocabulaire ?

Les informaticiens n’ont pas de Métier. Leurs compétences et leurs savoir-faire ne méritent pas d’être inscrit dans l’encyclopédie de Diderot et D’Alembert. Ce ne sont que des geekeries absconses de gamins attardés qui n’ont pas grandi.

Les informaticiens sont au service d’autres gens, qui eux, ont un vrai Métier. Quelque chose dont ils sont fiers, quelque chose de couillu, de viril, le truc pour lequel ils « se lèvent le matin ».

Bull Humps Donkey Bull Humps Statue

Une allégorie de la virilité du Travail.

Parfois, le vrai Métier des vrais gens auquel l’informaticien se met au service est chiant. C’était le cas de mon ancien boulot, avec les tondeuses à gazon, machines à laver, accélèromètres, et autres trucs que je savais même pas ce que c’était, je ne reviens pas dessus.

Et parfois, le Métier est fun, rigolo et intéressant. C’est le cas de mon boulot actuel. Je fais des applications informatiques orientée karmagraphie. Ça ne m’empêche pas de trouver le boulot chiant et privateur de liberté, mais ce ressenti personnel s’applique à tous les boulots, et à la notion de Travail en général.

Bref donc, la karmagraphie est un métier rigolo. Et maintenant que je l’ai découvert, je peux me fendre d’une petite

intro-

duction

à la

karma-

graphie

Sauf que je vais pas la faire tout de suite car j’ai pas le temps. Ce sera le prochain article !

The Temptations To Be Continued 86

To be continued, comme disent les Jackson Five.

Et vu que je viens de mettre des gens avec des belettes en guise de coiffure, et que mon nouveau l’ami de l’internet voulait une alternance belette/nichons, voici l’autre moitié de l’alternance. Moitié qui est constitué d’une double dose de nichons, donc 4.

tumblr_m1uyvijxiN1qcru98o1_400 Nadine Jansen Milena Velba

Mmmrrrrppppffflllmmmm !!!

À bientôt !