Vieille soirée du nouvel an chez Gloubiboulga

Les fonds de tiroir de mes anciens écrits continuent d’être raclé à en faire des copeaux, avec cet article provenant d’un résumé de soirée datant de plus de 10 ans. Pas de raison précise pour laquelle j’irais sortir ça maintenant plutôt que pas-maintenant.

Ça s’est passé dans la société Gloubiboulga, dont j’ai déjà pondu un article relatant un week-end à Barcelone.

Dans le but de rester cohérent avec mes récents récits corporate, quitte à être pas-cohérent avec le sus-mentionné récit corporate gloubiboulguien, les personnages seront précédés de leur titre de noblesse : « Collègue X », « Chef Y », etc. Alors qu’avant j’utilisais les titres neutres « Monsieur », « Madame ».

On n’est plus à ça près. Go !

Je téléphone à Chef Ion car je ne parviens pas à trouver le restaurant de rendez-vous. Celui-ci est dans la rue du Bourg L’Abbé. J’étais dans le passage du Bourg L’Abbé. J’ai jamais pu supporter ces connards qui donnent le même nom à plusieurs trucs d’une même ville.

Bourre l’abbé.

Pour rappel : à Gloubiloulga, j’officie en tant qu’ouvrier-codeur-prestataire missionné ad vitam eternam « en régie ». Par conséquent, je ne connais pratiquement pas mes collègues de boîte. Disons que le peu qu’ils connaissent de moi provient du fameux week-end sus-mentionné.

Tout le monde attend devant l’entrée du restau comme des gentils petits macarons. MégaChef Poulet est là. Un collègue quelconque que je ne connais pas m’aborde et me demande si je suis bien un gloubiboulguien. Je réponds par l’affirmative. Il s’excuse et m’explique que s’il a posé la question, c’est parce que juste avant, un autre collègue a fait une blague et lui a fait croire qu’une nana random qui passait par là faisait partie de la boîte. Ha ha ha. Ambiance complètement fofolle, dites donc.

Nous entrons et investissons la salle spécialement privatisée pour nous (j’adore ce novlanguisme).

Collègue Scofield, membre du CE et principal organisateur de la soirée, nous propose de nous asseoir.

« Asseyez-vous et buvaillons », nous suggère notre collègue.

Certes, il a le pouvoir (voire le devoir) de nous ordonner cela, dans le but de faire progresser la soirée le long de sa timeline. Mais quand même je trouve qu’il aurait pu y mettre un peu plus de tact, préparer le terrain psychologiquement, etc.

Vous l’avez deviné : gros stress général, plus personne n’ose bouger. Qui va s’asseoir où ? Comment être sûr de se retrouver à côté de personnes socialement compatibles et hiérarchiquement équivalentes ? Par quoi commencer ? La banquette ou les chaises ? La table rectangulaire ou la ronde ? En plus, il reste encore des gens dans le vestiaire, ce qui provoque un surcroît d’incertitude dans les variables du système.

Et là, est-ce que tu sais ce qu’il fait, lecteurtrice ? Nan mais est-ce que tu sais ce qu’il fait ? Il amorce le mouvement, et va se poser pil poil au milieu de la banquette ! L’air de rien, comme s’il avait fait ça toute sa vie !

L’heure n’est plus à la réflexion : mouvements désordonnés et anarchiques de tous les Gloubiboulguiens. Je me cacafouille complet et échoue sur une chaise, avec Chef Ion à ma droite et MégaChef Poulet à ma gauche. NOM TE TIEU TE PUTAIN TE PORTEL TE MERTE !!!

Gloubiboulguiens rush

Les entrées arrivent. Tartare de saumon. Après un temps supposé raisonnable, le serveur reprend lesdites entrées. Je manque de me faire piquer ma part que j’avais pas finie, mais je réagis au quart de tour et obtiens le droit de consommer ma dernière bouchée. Un jour, j’organiserai des concours de mangeage lentement.

Soirée sans thème spécifique, ou en tout cas, pas un qui aurait nécessité des danseuses de flamenco. Y’a juste le serveur qui se donne l’air d’être homosexuel jusqu’à l’œsophage, mais en vrai il fait semblant pour attirer les nanas. L’ambiance est chaude et cosy, avec des lumières tamisées et des petites bougies flammotant sur les tables. Colléguette Souricette râle parce qu’elle y voit que d’alle pour dépiauter ses gambas avec son p’tit couteau et sa p’tite fourchette.

Faut vraiment être un kamikaze social pour prendre des gambas dans un restau. Le truc impossible à bouffer. Même si par miracle tu y arrives, tu as les doigts qui puent. Et c’est pas un rince-doigts de 10 centimètres carré qui va régler le problème.

Ces gambas me semblent plus intéressantes.

J’ai deux règles personnelles dans les restau, et je suis admiratif (voir totalement effrayé) par les gens qui parviennent à passer outre.

Règle 1 : simplicité d’ingestion. Pas de machins à dépiauter, décortiquer, découper, éplucher, égoutter, râcler, déconstruire, désencoquiller, entortiller, désentortiller, casser, flamber, tremper, mâchonner indéfiniment, extraire, trier, analyser, dégraisser, rétro-ingéniériser. Quand je tombe sur ce genre de problème, je me tâche systématiquement partout. Je vis cela comme une agression provenant de l’humain ayant fait cette putain de bouffe : il a bâclé son boulot et se marre en s’imaginant comment je vais galérer. Ça fait plusieurs années que je milite pour soit mis en place un système de notation avec des petites icônes sur les menus, indiquant pour chaque plat si c’est simple ou compliqué à manger, et le type de complexité.

Règle 2 : simplicité de prononciation. Parce qu’il faut spécifier oralement ce qu’on souhaite manger, et que je ne veux pas me rendre ridicule en prononçant mal un truc. Les restaurants de bouffe étrangère doivent donc être rigoureusement pré-étudiés. Au fait, saviez-vous qu’une grande partie des noms de pizzas inscrits sur les cartes des restaurants italiens ne sont là que pour contribuer au thème et à la décoration du lieu ? Ils ne correspondent en réalité à aucune recette : Capricciosa, Quattro fromaggi, Prosciutto, Sfincione, … Oui oui, vous avez bien lu, un « S » suivi d’un « F ».

Je choisis une escalope avec du riz.

Colléguette Sarkozette n’est pas parmi nous ce soir, mais j’ai quand même droit à quelques conversations de droite :

« La France c’est un pays où plus personne veut bosser. Tiens, par exemple, quand j’étais en congé maternité, j’essayais de faire les courses à des horaires inhabituels, 10h ou 3h de l’après-midi. Eh bien y’a autant de monde que les soirs et les week-ends. On se demande ce qu’ils foutent tous ces gens. »

« Quand je suis en déplacement, quelle que soit l’heure à laquelle je prends ma voiture, y’a toujours plein de monde sur les routes. Mais ils font quoi, tous ? Ou alors c’est que des commerciaux, comme moi. »

Nous étions en 2008, et la loi interdisant de fumer dans les bars et restaurants sortait à peine de son œuf. Bien que non-fumeur, j’ai eu du mal à m’y faire. Laissez-moi vous narrer cela.

Tel une moule sur une coque de bateau, je m’accroche à une discussion, afin de m’en faire une bouée de sauvetage de contenance sociale. Je regarde intensément les gens, avec mon air « ça m’intéresse trop ce que vous vous racontez, c’est pour ça que je vous écoute sans rien dire ». Ils se trouve que les gens en question sont des fumeurs. Et qu’est-ce qu’ils font ces enculés de leur race, au lieu de s’en griller une tout en continuant de parler ? Ils se carapatent dehors !

Ça aurait fait super bizarre que je les suive, car j’étais pas vraiment intégré dans leur conversation. Tel une moule errante, j’essaye alors de m’incruster ailleurs. Mais toutes leurs variables conversationnelles des discussions voisines sont déjà allouées et initialisées. Les interlocuteurs n’utilisent plus que les références : « il », « elle », « eux », « nous », etc. À ce stade, quand tu fais semblant d’écouter et de tout comprendre, c’est pas crédible.

Je me vois donc finalement affublé du statut de « SDF social ».

Quelques minutes auparavant, Chef Ion s’était amusé à cramer des piques-olives en bois dans la petite bougie tablaire. Je me suis dit que je pourrais effectuer une action du même type. Sans faire exactement pareil, bien sûr, sinon ça se voit trop que tu tentes de combler un leak de contenance sociale par un simple copier-coller d’action.

Parmi les déchets de mon assiette se trouvent des petites feufeuilles séchées de tomate-cerise (pourquoi y’avait-il ça avec mon dessert ? Mystère). C’est certainement brûlable. Je teste, effectivement, ça l’est. Mais trop, en fait. Surpris par une énorme flamme, je fais tout tomber dans la bougie. Rigolo, on se croit dans une mini-banlieue, avec une mini-poubelle illuminant la nuit. Mais maintenant ça sent le cramé, la bougie s’est éteinte, et des cendres de feuilles séchées et de feu ma contenance sociale s’éparpillent un peu partout.

À l’aide d’un dernier bout de pique-olive, Chef Ion transmet la flamme d’une autre bougie vers la mienne, la rallume, et m’achève ainsi d’un grand coup de condescendance.

Putain de loi anti-tabac de merde.

Collègue Poulet-Fils fait des aller-retours aux toilettes, car en plat principal, il a pris un début de gastro.

Voici ma blague de la soirée, qui a fait un bide alors que franchement j’en attendais un peu plus :

« Une gastro c’est un peu comme un buffer overflow. »

Mangeage du dessert. Puis les gens commencent à partir. On se retrouve à une demi-dizaine dans la salle de dancing du sous-sol, sans personne qui y dancing. Chef VisagePâle se prend une bière. Je m’apprête à faire de même, mais réalise qu’elle est à 9 euros. Voilà un dancing accompagné d’un fort sodomising.

On se regarde dans le blanc des vieux, sans se parler puisque la musique hurle du Mylène Farmer. Colléguette EncoreUnPeuVerte_2, fan de cette étrange chanteuse, va dancinguer toute seule.

On sort. Après quelques phrases de convenance, je dit au revoir et pars, dans une direction au hasard, car je ne voulais pas prendre le risque de montrer qu’il m’était nécessaire de réfléchir pour déterminer le chemin me permettant de rentrer chez moi.

Une rue plus tard, je m’aperçois que ce n’est pas la bonne direction. Je ne fais, bien entendu, pas demi-tour, pour ne pas me taper la honte nucléaire ultime en repassant devant les autres. Du coup je me tape une station de métro en plus. Pas grave.

C’était globalement une chouette soirée gloubiboulguienne.

À l’époque, j’avais envoyé ce résumé à des potes. Je me permet de retranscrire la réaction de l’un d’entre eux :

« C’est clair que tu as des raisons de quitter ta boite ! Une soirée d’entreprise où tu payes tes coups, ca existe ?? merte ! »

Le prochain article de blog sera à propos d’un mini-projet de code (ou pas). En espérant que vous apprécierez. Mais sinon osef.

Événement corporate : le semencinaire annuel

Nous avons récemment eu la chance de consommer un événement corporate, que je vais vous narrer.

Le but était triple :

  • Le midi, bâffrer gratos.
  • L’après-midi, réfléchir ensemble et ensemencer des idées pour la boîte.
  • Le soir, re-bâffrer gratos (best rendement de bâffring gratuit ever !).

Vous l’aurez compris, cet événement était placé sous le signe de la semence.

Et c’est pas vraiment un jeu de mot car les mots ‘semence’ et ‘séminaire’ ont la même racine latine.

Le midi

Rien à voir, mais une coupure de courant était prévue dans les locaux. Ça arrive de temps en temps. J’aime bien, car c’est une excuse pour demander une demi-journée de télé-travail ou pour aller glander en salle de pause.

Par un miracle dont seul le département boîtal « Orgies Internes » a le secret, la coupure de courant n’a pas empêché de dispenser des mini-carrés de pizzas, correctement réchauffés avec tout le respect qui leur était dû. Youpi !

Je passe rapidement sur cette première partie : mangeaillerie et discutailleries de-ci de-là afin de laisser transparaître un minimum de contenance sociale. Vient ensuite le moment de se transférer au lieu événematoire principal.

L’entreprise ConcreteWorld.🌏 fait toujours le choix de placer ces lieux dans des zones un peu isolées, de sorte qu’on n’ait pas d’autres choix que d’y aller en voiture, donc de limiter notre éthylisation. Mais d’autre part, nous sommes encouragés à covoiturer. J’ai donc jeté mon dévolu sur Collèguette Platona, qui a accepté avec plaisir de nous transporter, Collègue Pagne et moi. Ainsi pourrais-je me pochtronner la gueule comme il se doit.

Collègue Pagne s’appelle ainsi car il vient parfois au travail affublé d’un vêtement éponyme, pour manifester son soutien aux Carabanais, les habitants d’une île-village du Sénégal rencontrant de nombreuses difficultés.

Collèguette Platona s’appelle ainsi car elle est l’un de mes fantasmes platoniques.

Je vous explique. Son corps ressemble à ça :

(Elle a juste pas le même costume « imitation pellicule de cheveux »).

Inutile de préciser que cette dame ne m’attire pas physiquement. Mais par ailleurs on s’entend super bien et elle rigole à mes blagues débiles. Dans mes fantasmes, j’imagine donc qu’elle est complètement amoureuse de moi et qu’elle me trouve génial, en revanche on ne fait pas crac-crac. Il ne s’agit là rien de plus que l’un de mes nombreux mécanismes émotionnels d’auto-flattage d’ego.

Rien à dire sur le trajet en voiture. Nous devisons platoniquement de choses et d’autres. Nous arrivons au lieu prévu. Il s’agit d’un classique centre à événements corporates, celui-ci ayant la particularité de proposer des terrains olympiques de pétanques. On n’y jouera pas, mais le détail a son importance.

Je pose mon cadeau dans une hotte. La consigne était de fournir un présent pas cher ou fait soi-même. Ils seraient ensuite tous redistribués randomement. Je vous révélerai plus tard ce que j’ai apporté.

Café et petits gâteaux nous sont jetés en pâture. Je croise Collèguette Punkette. Nous déblaterrons sur le prestataire missionné pour ce semencinaire, que nous croisions de temps en temps dans les couloirs. Punkette pense qu’il n’aime pas les femmes, car il ne les salue pas. Je la rassure : ce monsieur n’est pas du tout mysogine, il ne salue pas les hommes non plus. Ça en a énervé plus d’un.

Personnellement, je m’en tape. Ce qui m’a toujours fait chier avec cette convention sociale du bonjour, c’est qu’absolument rien n’est prévu si tu croises deux fois une même personne dans la même journée. Il n’y a rien à lui dire. Ça me gêne énormément. À chacun de ces moments, je cherche ardemment un moyen de me donner une contenance sociale. Ça se finit en général par un sourire stupide, un onomatopée embarrassant ou une phrase inepte. Bon, c’est pas le sujet, on s’en fout.

L’après-midi

On s’installe à des tables rondes. Contrairement à un événement corporate précédent, je n’aurais pas de faux espoirs concernant l’éventualité de piacher durant les discussions. L’alcool est absent dès le départ.

On commence par des récits corporates de notre MégaChef et des vidéos de futurologues divers.

J’ai pas encore de nom pour MégaChef, promis ça viendra dès que possible.

Ce que je retiens de ces parénèses diverses :

  • Une vingtaine d’année plus avant, deux courbes représentant je-ne-sais-plus-quoi se sont croisées. C’était le signe d’un changement de paradigme.
  • Futurologue Quelconque : « il faudra se trouver des emplois complémentaires à l’Intelligence Artificielle, sinon tout le monde sera au chômage ». Alors moi je veux bien, mais si le fameux changement de paradigme sus-mentionné apparaît, est-ce que les notions d’emploi et de travail garderont leur signification actuelle ?
  • Futurologue Quelconque : « avec le Revenu de Base, dans 50 ans on aura Technopolis et dans un siècle on aura Matrix ». Et alleeeez !! Bien sûr, puisque l’IA va changer tous les humains, ça sert à rien de mettre en place un mécanisme d’investissement générique dans les êtres humains, sous forme de Revenu de Base ! Gros tocard.
  • Une fois de plus, nous nous voyons présentés un power-point comportant une image d’engrenages. Une fois de plus-plus, elle est buggée. Après les roues qui se chevauchent en tournant et le grand classique des trois roues toutes connectées ensemble, on a eu droit aux flèches de sens de rotation qui sont toutes dans le même sens. S’il vous plaît, chers marketeux et autres power-pointeurs, ne faites pas de slides avec des noms de dieu de bordel de merde de vieille pute borgne d’engrenages. Vous ne savez pas le faire. Vous trouvez inévitablement le moyen d’y claquer une couillardise qui aboutira à un système foireux. Arrêtez de vous faire mal et de nous faire mal. Merci. Merde.

Les gérants du centre à événements corporate ont pris soin de placer sur les tables des dépliants explicatifs et auto-promotionnels, sans oublier l’accessoire principal de tout pétanquistes olympiens : le petit crayon pour noter les points.

J’avais prévu le coup et avais apporté mon propre criterium. Mais c’est bien plus promoteur et respectueux d’utiliser le matériel qu’on nous met à disposition. C’est donc avec ce petit crayon que je réalise mon traditionnel dessin de réunion de le Travail. Vous l’avez déjà vu par ici. Pour pas me faire choper, j’active ma super-compétence de « retourner la feuille lorsque quelqu’un de sérieux passe à côté », acquise durant mes années collèges.

Petite pause bouffe et piache, puis vient l’étape d’ensemençage.

La personne sus-mentionnée missionnée pour cette étape se présente. Il s’agit de Prestataire Impoli, qui exerce le métier « d’Expectorateur Semencial ». Comme je suis un rebelle, je propose qu’on le désigne par « le Corporate Bullshiste ».

Ce monsieur nous explique le concept. Il s’agit de blablater dans notre table-ronde sur un sujet spécifique, pendant qu’un maître de table-ronde prend des notes sur un tableau. Ensuite, les équipes sont tradéridéra-isées, à l’exception du maître, qui reste le gardien de son sujet. Et ainsi de suite jusqu’à ce que toutes les équipes aient fait leur parcours complet. Chacune d’elle a un stylo de couleur différente, ce qui permettra par la suite de différencier quelle équipe a écrit quoi sur quel sujet. Cette technique d’ensemençage est nommée : « jeu de la multi-biscotte ».

Photo publicitaire pour le rugby. ramassage de savonnette dans la douche

Cette analogie entre la création d’idées et l’éjaculation est-elle sexiste ? Ça sous-entendrait que les femmes ne peuvent rien inventer. Pour équilibrer, est-ce que je ne devrais pas ajouter une analogie entre la création d’idées et l’ovulation ?

On peut utiliser le terme générique « gonades » pour désigner à la fois des testicules et des ovaires. Est-ce que l’écriture inclusive a défini un mot pour désigner à la fois l’éjaculation et l’ovulation ? Qu’est-ce qui est le plus sale entre le jeu de la biscotte avec du sperme et le jeu de la biscotte avec des menstruations ?

(On va pas mettre d’image ici).

Mais revenons-en plutôt à notre Corporate Bullshiste, qui ajoute que le « livrable » que nous devons fournir est constitué des notes prises durant nos réflexions successives. Je suis pas sûr qu’utiliser du vocabulaire corporate (le mot « livrable ») soit la meilleure manière pour créer une atmosphère ensemançante-ovulatorielle effervescente d’idées. Mais qui suis-je pour juger ?

Je ne me souviens plus précisément des sujets de table-ronde. Il y en avait un sur la diversité. On en a profité pour sortir des blagues de merde sur les inuits et les gauchers (deux minorités représentées à ConcreteWorld.🌏). À plusieurs reprises, des personnes me regardent d’un air interrogato-condescendant en faisant la remarque qu’il nous faudrait un vrai Système d’Information. Merci, je suis au courant, et je ne suis pas en train d’agir pour, car je travaille avec joie et abnégation sur l’outil Pochtronarr.

Notre Corporate Bullshiste passe entre les tables et tente de nous galvaniser, nous encourageant à noter tout ce qu’on trouve qui ne va pas. Moi ce que je trouve qui ne va pas c’est qu’il passe entre les tables et ça nous inhibe. Tout le monde sait que les éléments observés changent de comportement en présence d’un observateur. Il n’y a pas que les livrables dans la vie, il y a aussi les observables.

Moment de tension à la table-ronde tenue par Collègue Pioupiou-Géant. Celui-ci écrit peu lisiblement. Notre Corporate Bullshiste, qui s’était incrusté, le lui signale, et ajoute que ce sera difficile pour lui de recompiler les remarques si c’est noté aussi porcassement. Pioupiou fait alors l’effort d’écrire un peu mieux, mais ça ne convient toujours pas. Notre Corporate Bullshiste insiste. Pioupiou parvient à garder son flegme habituel en ne le regardant plus, y compris dans les moments où il est obligé de lui parler (laconiquement).

Nous tradéridéra-isons comme des petites toupies dans une arène Beyblade-Burst, et cette partie de jeu de multi-biscotte se termine. Notre Corporate Bullshiste demande à ceux qui ont appris des choses de lever le doigt, certains le font. Puis il demande la même chose à ceux qui n’ont rien appris, ce que d’autres font. Pour finir, il invite les gens qui le souhaitent à énoncer des remarques diverses.

Je me manifeste. L’assemblée pousse alors un cri de satisfaction général et quelques applaudissements naissent. Je suis tout fier et tout gonflé d’ego de voir que le monde me kiffe et s’attend à ce que je clôture cette épreuve par un moment de soulagement trublionesque.

Je signale que mon équipe avait le feutre de couleur jaune et que c’est complètement con comme couleur parce qu’on voit pas ce qui est écrit. On a été obligé, à chaque tour, d’expliquer au maître de table-ronde qu’il ferait mieux d’en prendre une autre et de noter qu’elle correspond au jaune.

Ça a plu. Des personnes sont venues me voir après pour me féliciter de mon intervention. Hasthag ego. J’en profite pour montrer à certains d’entre eux mon dessin terminé, dont je suis également très fier.

Après toutes ces émotions : moment joyeux de réconfort avec apéro, champagne et petits machins à manger. Comme d’habitude dans ce genre de situation, je rentabilise au maximum. Par-dessus le marché, je passe pour un mec bien en demandant à chaque fois qu’on me re-remplisse mon verre de champagne plutôt que d’en prendre un nouveau. Le petit personnel me remercie pour l’économie de vaisselle.

Soirée

Je croise Collègue Pioupiou-Géant, qui m’annonce d’un air blasé qu’il a reçu l’ordre de réécrire au propre tout ce qu’il a noté. Pauvre Pioupiou. Une personne random lui apporte du champagne of greater heal.

Collègue Lucène-Lapin apparaît déguisé en Père Noël, avec sa hotte remplie de nos cadeaux. Il s’assoit sur un fauteuil et chacun vient en prendre un. C’est une technique super classe pour mettre des filles (et aussi des mecs) sur ses genoux.

Je récupère une boîte standard de petits chocolats. J’ai cherché un peu à savoir de qui ça venait, sans trouver. Pas grave, c’est un cadeau qui me satisfait très bien. Le seul petit problème c’est que je ne peux en extraire aucune connerie ni aucun déblaterrage qui aurait trouvé sa place dans cet article.

C’est Collègue Lionel-Astier qui récupère mon cadeau, il en explose de rire. Il s’agit d’un coupe-papier-toilette, accompagné d’un petit mot expliquant au bénéficiaire qu’il peut soit le garder pour sa maison, soit en faire don à ConcreteWorld.🌏. En effet, le papier toilette des toilettes boîtales est parfois extrêmement difficile à couper, surtout lorsque le rouleau n’est pas entamé. Ça m’a valu des moments de rage terrible à blom-blomer fébrilement ce putain de rouleau pour en trouver l’extrémité et arracher péniblement des lambeaux de feuilles destructurés.

Le coupe-papier-toilette

Collègue Lionel-Astier approuve l’idée et annonce que dès demain, ce prestigieux objet sera présent dans les Concrete-Gogues. Je suis heureux, c’est exactement ce que je voulais. C’était un coup risqué, car si le cadeau atterrissait dans les mains d’une personne d’un autre site, ou d’une femme, ou de quelqu’un qui aurait souhaité le garder, je n’aurai pas pu en profiter.

Est-ce que c’est sexiste de vouloir que ce soit un homme qui ait mon cadeau et pas une femme ? Et pour aller plus loin dans la réflexion : est-ce que c’est sexiste de vouloir séparer les toilettes des hommes et des femmes ?

Un collègue quelconque m’explique qu’il a récupéré son propre cadeau, comme ça « il est pas emmerdé et il a pas de mauvaises surprises ». C’est la lose totale. À une époque un peu déprimée de ma vie, je voulais me programmer ma petite descente aux enfers personnelle. J’y aurais certainement intégré des choses comme ça, entre deux étapes plus importantes.

Un magicien, dépêché sur place, passe entre les groupes et nous propose d’amusantes tromperies. Tout le monde est bluffé. Je m’attendais malgré tout à un peu mieux de sa part, il n’a pas fait de boules de feu.

Eeeeet voici la carte que vous aviez choisie !

Le repas se passe très bien. Bonne bouffe, alcool, discussions diverses, magicien qui continue son show.

J’ai compris l’un de ses tours (plus précisément, on me l’a expliqué). Il demande à trois personnes différentes de choisir un truc (un nombre, une couleur, un type d’accélérateur de particules). À chaque fois, il note quelque chose sans nous le montrer, chiffonne la feuille, et demande la réponse. À la fin, il montre toutes les bonnes réponses. En fait il à juste décalé l’écriture de chacune d’elle. Pour amorcer le truc, il avait ajouté une question initiale qui était sous une autre forme : choisir des boîtes d’allumettes dont il a appris les couleurs par cœur ou quelque chose comme ça. Bon, j’explique super mal, on s’en fout, on passe à autre chose. De toutes façons il a pas fait plus de boules de feu qu’avant.

À la fin du repas, les serveurs embarquent vivement nos bouteilles d’alcool. J’avais vu le coup venir et m’étais servi un plein verre juste avant. Mon voisin qui n’a plus soif me propose de terminer le sien. La soirée se suicide alors de façon spectaculaire, en une apothéose de molécule éthylée.

En effet, immédiatement après la fin du repas s’est amorcé un mouvement général de rentrage. J’ai trouvé ça un peu court. On aurait pu continuer de discuter un peu, ou danser sur « Royal Salute » de Brain Damage. Mais non. Go home direct.

Je me retrouve donc en voiture avec Collègue Pagne et surtout avec Colléguette Platona. Je suis aux anges, d’autant plus qu’elle nous avoue qu’elle va avoir besoin de nous pour la distraire, afin qu’elle ne s’endorme pas au volant. Ça ressemble à un début de scénario de film platonique (c’est l’inverse d’un film pornographique).

On discute de tout et de rien, puis on décide d’appeler des gens de la soirée avec la super voiture téléphonique de Platona. À chaque fois que ça décroche, on braille « Bonne annééééééé !!! » et juste après : « Tourne à gauche ! ». Y’a des gens qui ont vraiment cru qu’on leur donnait un conseil de direction voitural. On aurait pu en paumer de cette manière, ça aurait été très amusant. On propose également à certains de se retrouver en boîte de nuit, ce qui a parfois suscité de l’intérêt. Mais on s’est dégonflé et on a avoué que c’était une blague. #je_suis_trop_vieux_pour_ces_conneries.

Puis on rentre platoniquement dans nos maisons respectives.

Tourne à gauche !!

Épilogue

Tout d’abord, je me dois de compenser l’image d’indienne toute maigre que j’ai placée précédemment.

C’est mieux d’y mettre les formes

Le lendemain, debriefing général. J’apprends que notre Corporate Bullshiste a collé, voire dragouillé Colléguette Carnea pendant une bonne partie de la soirée. Ce gars est vraiment un tocard. Je l’imagine bien chez lui, au milieu de la nuit, alors que sa femme dort. Il se lèverait en douce pour se masturber, déguisé en Louis XIV, tout en écoutant du Wagner et en s’imaginant recouvrir le corps de Carnea de tranche de rumsteack Label Rouge, le tout « avec son petit coussin pour s’essuyer les doigts ».

Ça rejoint la notion de semencinaire.

Quelques semaines plus tard, nous recevons le livrable final, c’est à dire un rapport computant l’ensemble de nos remarques (y compris celles notées par Collègue Pioupiou-Géant).

Extrait :

Les supérieurs hiérarchiques doivent porter une attention abnégationelle à la priorisation des tâches de leur ouailles. Il faut réaliser en premier ce qui est facturable.

Oh, Chef Random, le tocard social de mon ancienne boîte, m’avait sorti exactement la même ineptie imprécise lorsque je l’avais interrogé sur l’ordonnancement de mes tâches. Je m’étais alors demandé ce que j’étais censé faire entre : terminer un projet qui sera facturé à la livraison, et claquer de la maintenance qui est facturée en continu chaque année.

Alors évidemment, le chef aurait répondu : « le projet d’abord, on s’en fout des maintenances ». Et l’année suivante, le client de la maintenance n’aurait plus voulu payer, parce qu’on n’aurarait rien fait. Et le chef serait revenu à la charge en me houspillant : « vous avez rien branlé espèce de branquignol, c’est de votre faute si on a perdu ce client ».

Cela dit, dans mon ancienne boîte, ça s’était pas passé comme ça. Chef Random avait répondu : « faites le projet, mais n’oubliez pas les maintenances, c’est important aussi ». Puis quand il a été débouté de son poste comme un malpropre, la réponse officielle de Chef «  » à mes demandes de priorisation était : «  » (il ne répondait pas), et sa réponse officieuse était « mais c’est des vrais gamins ! Ils sont-y donc pas capables de décider ça tout seul ? ».

J’ai déjà raconté tout ça, mais les souvenirs sont remontés et j’ai éprouvé le besoin de cracher encore un peu de ma bile. Désolé.

Un dernier extrait du livrable final :

Blasonnement parlant, l’image de ConcreteWorld.🌏 est espiègle et raffinée, percutante et disruptive.

Et sinon, il y avait une faute dans le rapport. Chouette. Je vais pouvoir faire le lèche-cul : la signaler de manière innocente, et par là-même prouver que je l’ai lu en entier et que donc je suis impliqué à donf’ de ouf’.

Événement corporate : les Temps Forts de Pochtronarr (2/2)

Re-coucou. Voici la suite de ce récit. Nous en étions resté au moment du repas de midi, juste avant que ne sonne le signal d’autorisation de se goinfrer gratos comme des gougnaffiers.

Le signal d’autorisation de se goinfrer gratos comme des gougnaffiers sonne.

Nous nous répartissons de manière aléatoire. Mes amis de tablée sont :

  • Monsieur Mucarpet de Carglass, dont nous avons déjà parlé,
  • Monsieur Gratiche de la Compagnie des Indes,
  • Monsieur Filaud de la Compagnie des Indes aussi,
  • Madame Oseffe de Global Oseffe,
  • Fournisseur-Sous-Mega-Chef Mick-Jagger,
  • Fournisseur-Développeur Drache-Code 2.

Madame Roupy est allé s’asseoir ailleurs, ce qui n’est pas plus mal, je l’entendrai pas glousser.

Monsieur Gratiche monopolise toute la conversation, vraisemblablement parce qu’il lui manque la moitié des dents. Il lui est donc plus facile de parler que de manger. Ça me va très bien, je n’avais rien à dire.

Florilège de ses propos corporatiste et post-colonialistement condescendant :

« Les Soudanais sont de très bon techniciens de centre d’appel. En revanche, ils ne prennent aucune initiative. »

« Nos amis africains … »

« Les gens en intérim, c’est pas facile à gérer. On tombe toujours sur un syndicaliste qui va râler et demander des notes de frais rapport à l’utilisation de son téléphone personnel dans le cadre du télétravail. »

« J’occupe mes loisirs à construire un précisomètre dans mon garage avec des Raspberry Pi. Et j’élève également un bébé-gorille qui parle, sur qui je tente des expériences de programmation neuro-linguistique ».

Les autres convives (#sous_le_signe_de_la_convivialité) ainsi que moi-même nous contentons de participer en gloussant (mais virilement) et en sortant des petites phrases d’acquiescement. Seules deux personnes se comportent différement :

  • Monsieur Mucarpet, qui ne décrochera ni mot ni gloussement de tout le repas. Sa seule utilité aura été de passer le sucre au moment du café.
  • Mick-Jagger, qui nous verse à piacher dans le but de mettre la tablée un peu moins mal à l’aise que ce qu’elle n’est au départ. Dans un moment d’égarement/mâchouillement de Monsieur Gratiche, il parvient même à placer une petite phrase sur un sujet de son choix, par une pirouette associative qui m’a échappée.

Mick-Jagger :

« Pour avoir fréquenté un tout petit peu le monde des stars, je peux vous dire qu’ils se dopent tous à la nandrolone. Je me souviens d’un type défoncé au crack, juste après il est mort. »

Merci, mais c’était pas la peine de préciser que t’as fréquenté le monde des stars. T’es quand même Mick-Jagger.

Ensuite on mange le dessert et je le trouve dégueulasse. Mais c’est gratuit et comestible, donc je bouffe sans chichis.

Hey, Mick, on get pas de no-satisfaction ?

Tables rondes

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Nous devons nous répartir en petits groupes et deviser sur l’un des sujets proposés afin de présenter en fin de journée le résultat de nos réflexions. Pour éviter le partage-en-gonade, des responsables de groupe seront nommés, qui auront pour charge de recadrer la discussion dans l’éventualité où celle-ci chercherait à s’enfuir on ne sait où.

Semi-chef Pez choisit le sujet « retour d’expérience client ». Il veut profiter de cette occasion pour rappeler aux ploucocratiens les bugs qu’on se coltine depuis le début, et leur mettre le nez dans leur propre merdassasse.

De manière aléatoire, je me greffe sur « propositions de nouveautés pour les briques constituantes des interfaces de doléances nobiliaires ». C’est un peu flou, mais on n’est plus à ça près.

Mes autres co-table-rondes sont constitués de :

  • Fournisseur-Consultant Frigo.
  • Monsieur Prossot, du Ministère de l’Administration. C’est lui qui est proclamé Gardien du Cadre de la Discussion.
  • Les autres on s’en fout.

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Au fait, pourquoi l’autre s’appelle Frigo ?

Il a eu l’occasion d’intervenir sur notre instance de Pochtronarr pour une montée de version. Pour ce faire, il avait pris le contrôle de mon PC par TeamViewer. Dans ce genre de situation, je reste en continu devant l’écran à surveiller ce qu’il se passe, car on a vite fait de se laisser voler des informations gênantes (aussi bien personnelles que professionnelles).

La prise de contrôle a duré la journée complète. Durant la pause de midi, alors que je geekouillais sobrement, je fis un copié-collé anodin. Quelle ne fut pas ma surprise d’obtenir le mot « frigo » ! Le gars était en train d’écrire un texte et ses copié-collés se transmettaient par TeamViewer.

Je me suis amusé à refaire des collés réguliers, ce qui m’a permis de reconstituer partiellement ce qu’il écrivait. Je vous en fait part tellement c’est amusant :

« Il y a une pléthore de choses indéfinies et grand-anciennes dans le frigo commun. Cela devient traumatisant. Merci d’arrêter votre harcèlement olfactif et de débarrasser les victuailles qui vous ont appartenues à l’époque de leur gloire passée. Ce vendredi je fais une rafle. Respect et robustesse. »

La leçon du jour, c’est qu’avec TeamViewer, y’a pas que le contrôlé qui laisse échapper des informations.

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Un préjugé naît dans mon esprit, à l’encontre de Monsieur Prossot. Il me semble complètement avoir la tête du gars qui se la pète et se croit un super-devinateur de ce que souhaitent « ses utilisateurs », alors qu’en fait c’est un pigeon géant.

On s’installe donc à la table-ronde (la même que celle du repas), la discussion commence. Frigo ouvre le feu en demandant quelle genre de briques doléanciales on voudrait voir avoir. Monsieur Prossot ouvre sa gueule et nous blablate les cas spécifiques occurrant à son Ministère. Il a conscience que la discussion s’égare et invite les autres à participer. Quelques personnes émettent de vagues suggestions (pas moi). Frigo autorise Monsieur Prossot à continuer de raconter ses trucs brumeux n’intéressant personne. La suite de la table-ronde sera constituée d’un dialogue entre eux deux.

Expressions rigolotes relevées :

  • « effet tunnel »,
  • « le panier moyen » (répété plusieurs fois, mais la signification n’en a pas été moins brumeuse),
  • « vaste sujet » (comprendre : « j’ai pas envie de parler de ça, alors je lèche un peu ton cul en te laissant croire que tu sais repérer les choses intéressantes dans ce dont on est censé discuter),
  • « c’est un projet à part entière » (pareil),
  • « le n+1, oui c’est bien ça, le n+1 ».

La discussion s’était échappée au loin, vers de grandes étendues de champs lexicaux et sémantiques. Je la voyais courir nue sous un soleil rieur et se rouler dans les foins tel un couple d’homosexuels libérés. À côté, mon esprit personnel vagabondait comme d’habitude dans diverses pensées vidéoludiques et programmatoire.

Fournisseur-Sous-Mega-Chef Mick-Jagger, qui passait de table-ronde en table-ronde pour voir si tout se déroulait bien, débarque, se rend compte de la gabegie, et commence à tancer le Gardien de la Discussion. Monsieur Prossot répond que c’est Frigo qui l’a autorisé à gabegiter et même à rejeter la faute sur lui. Mick-Jagger reporte son tançage sur Frigo. Celui-ci répond : « oui mais moi je m’en moque ».

Dans ce cas, pourquoi t’es là, connard ? Pourquoi on fait une table-ronde ? Pourquoi je suis là à écouter les conneries d’un pigeon ? Et surtout, surtout, POURQUOI A-T-ON ENLEVÉ LES BOUTEILLES DE VIN QUI ÉTAIENT LÀ PAS PLUS TARD QUE Y’A 5 MINUTES SUR CETTE PUTAIN DE TABLE-RONDE AU SUJET DE DONT À LAQUELLE ON NOUS SERINE DEPUIS LE DÉBUT ?

Bweuuuuheuu-heuuu-heuuuu. Je pleure mentalement. La table-ronde se termine. On passe à l’activité suivante.

Pas de vin tant que vous avez pas traité l’ordre du jour ni équeuté les haricots !

 

Témoignages de divers clients

Tous les Clients disent tous qu’ils sont globalement super contents de ce super outil. J’appelle ça le principe du marabout. Attention, instant vocabulaire.

Principe du marabout : vous avez un problème (amour, argent, travail, taille de zizi, grosseur de seins, …). Vous allez voir un marabout. Il dit que pour 50 euros, il peut tout régler. Vous le payez. Ça ne règle rien. Vous retournez le voir. Il vous dit que votre problème est compliqué. Un second rituel plus puissant est nécessaire, nécessitant 100 euros. Vous vous sentez obligé de repayer, sinon ça voudrait dire que vous avez initialement dépensé 50 euros pour rien. Et ainsi de suite. Vous claquez tout votre pognon et surtout, vous ne racontez cette histoire à personne, car vous auriez honte de passer pour un imbécile qui s’est stupidement fait arnaquer.

Les Clients de Ploucocratt s’étant fait marabouter, aucun d’eux n’ira dire que cette entreprise fait de la merde.

Mais laissons de côté ces considérations déprimantes et listons les choses rigolotes qui se sont dites.

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Fournisseur-Sous-Mega-Chef Mick-Jagger :

« Le browser qui nous a posé le plus de problème, c’est IE ».

Première nouvelle. Du coup, fallait pas mieux faire vos démos de la matinée avec un autre navigateur ?

Au passage, Mick-Jagger n’articule pas. Il a pas le temps. C’est un Sous-Méga-Chef, chaque seconde de sa vie vaut plusieurs milliards. Tous les mots de plus de 3 syllabes sont donc coupés au milieu.

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Les effets démos ne manquent inévitablement pas à l’appel.

« On avait préparé un PC sur lequel tout s’affichait. Un quart d’heure avant, on s’est aperçu qu’il ne pouvait pas se connecter au vidéo-projecteur. L’écran n’affichait rien ».

Tiens, ça me rappelle une expérience douloureuse vécue à Zarma.pro.

Et il y a eu aussi cette page web (à priori assez simple et sans plug-in) qui a marché sur un PC, mais pas sur un autre. Pourtant les deux étaient connectés de la même manière.

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Diverses demandes plus ou moins fantaisistes apparaissent :

Un Client : « Avez-vous prévu de faire une version de Pochtronarr en portugais ? »

Fournisseur-Consultant Frigo : « Vu ce qu’ils nous ont fait à la dernière coupe du monde, on n’est pas parti pour. »

Le public : « Hu hu hu. Que de lol. »

Un Client : « y’aurait moyen d’avoir des champs textes avec une mise en forme et dans lesquels on pourrait faire des recherches ? »

Fournisseur-Consultant Frigo : « On va essayer, mais c’est compliqué à faire. »

Moi : « Vous pourriez mettre du mark-down. C’est un texte brut recherchable, avec quelques caractères spéciaux pour la mise en forme. »

*Frigo semble intéressé, et note sur le tableau blanc « Mark DOWN ». (sic pour la casse).

Un Client : « ce serait bien qu’on puisse directement prendre une photo avec la tablette ».

Ha ha ha ! Les ploucocratiens savent déjà pas faire des pages web qui s’adaptent à la taille de la fenêtre du navigateur. Et tu leur demandes de faire du HTML5 qui va piloter la caméra de la tablette ? T’est un fou, toi.

Fournisseur-Consultant Frigo : « Les tablettes, c’est pas pratique car y’a pas de clavier. »

Ben oui. Une tablette, c’est pas un outil de travail. Tout le monde s’en est rendu compte.

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On retrouve quelques phrases de bourgeois condescendants

« L’informatique, pour le personnel routier, c’est un peu du chinoix ».

Je vous rassure, c’est aussi le cas pour certains informaticiens. Cette phrase bourgeoise est d’autant plus amusante que l’encodage de Pochtronarr ne gère pas les caractères chinoix. Mais je crois l’avoir déjà dit.

« Cette fonctionnalité est plutôt destinée à des cols blancs ».

La bonne vieille lutte des classes des années 60 ! Arlette Laguiller, tu peux venir s’il te plaît ?

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Témoignage de Monsieur Flapin, de AdopteUnPêcheur.com. Il nous explique que dans sa société, il y a des super-intendants et des super-super-intendants. Les intendants tout simple, ils sont où ?

Son collègue prend l’écran en photo, sur lequel est projeté le power point de présentation de sa propre boîte. J’ai pas compris.

L’un des raccourcis à l’écran était intitulé « VIRGINIE ». Bizarre.

Virginie ? Coucou !

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Ces conférences-témoignages sont une occasion de plus de se passer de la pommade.

« On n’est pas des gourous en terme d’organisation. Mais là, le consultant ITIL de notre Client avait pondu quelque chose de beaucoup trop fumeux et trop décalé par rapport à la réalité ».

« Oui, ça on sait faire, mais en standard ».

Euh… Pardon ? Si c’est en standard ça veut dire que c’est dans le produit de base, donc disponible pour tous les Clients. Pourquoi il y a un « mais » dans la phrase ?

Mick-Jagger : « Notre Client utilisait un outil équivalent à Pochtronarr, mais le coût de maintenance annuel était de XXXX euros. »

Le public (avec un air scandalisé) : « Ooooooohhhhh ».

Fournisseur-Consultant Frigo : « Pour ce besoin spécifique, on a fortement modifié et tordu notre outil ».

Fournisseur-Mega-Chef TecNoTIC : « Oui, on est très fort pour ça. »

Pour le coup, je ne crois pas que cette phrase soit un compliment ou de l’auto-satisfaction. C’est même un dénigrement de l’équipe technique : « le moteur interne de notre outil est tellement mal foutu qu’on est obligé de le tordre fortement pour lui faire faire ce que l’on veut ».

Cette remarque est d’autant plus gênante que ni TecNoTIC, ni les développeurs de Pochtronarr ne se sont rendus compte que ça pouvait être pris comme un dénigrement. Keep It Simple, Stupid !

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On finit ce chapitre sur un passage possiblement sexiste (parce qu’il y a écrit « ma bonne dame » à la fin).

Frigo : « Vous avez également la possibilité de créer automatiquement une doléance lorsqu’un utilisateur envoie un mail pré-formaté. »
Madame Roupy : « Oulala, on ne veut surtout pas cela. Sinon les doléances pleuvraient. »

D’accord. Mais du coup, tu sers à quoi ? Parce que si ton métier consiste à répondre aux doléances des gens, mais que tu préfères leur limiter les moyens d’en créer, il y a un petit problème, non ? Il est possible que tes collègues finissent par te voir comme la glandue assise à un bureau exécutant un travail mystérieux et hypothétique dont on ne distingue aucun résultat concret.

Et là tu vas me répondre que si on facilite le doléançage, des dizaines de clampins vont générer des doléances random totalement à côté de la plaque. Il faudra que tu leur expliques en long et en large ton périmètre d’action, à quel type de doléances tu es censée répondre, et de quelle manière elles doivent être formulée pour qu’elles soient réalisables. Je suis d’accord avec toi que c’est très chiant.

Malheureusement, ça fait partie de ton métier. Si tu as pour tâche de rendre un service à un groupe de gens, tu dois également leur apprendre la manière dont ils doivent procéder pour te demander correctement ce service. Tu dois former les clampins pour qu’ils ne fassent plus les clampins, au moins avec toi. Et si tu tombes sur des super-clampins qui comprennent vraiment rien où qui le font exprès, tu as alors le droit de répondre de manière plus violente : fermeture de leur compte, signalement aux chefs, chiage sur leur bureau, etc.

On est d’accord que sur un service ouvert au public, on ne peut pas trop faire comme ça, car le monde est beaucoup trop rempli de clampins, sur qui ont a une influence trop limitée. Mais quand le service que tu rends est à disposition uniquement de tes clients, ou en interne, à toi de te démerder, ma bonne dame.

« Nous souhaiterions avoir un bouton de couleur verte, permettant d’insérer un power point sous forme de vidéo. Ce sera prêt quand ? »

Compte-rendu de la table ronde

Chaque Gardien de Discussion vient déclamer son gentil bla-bla, de manière propre et obséquieuse bien comme il faut. Je ne parviens pas à repérer de remarques qui auraient pu émaner de Semi-Chef Pez dans le bla-bla du groupe « retour d’expérience client ». Peut-être qu’il a dit des choses trop dérangeantes et pas assez propre.

Vient le compte-rendu de mon groupe. Monsieur Prossot et Fournisseur-Consultant Frigo n’ont pas grand chose à dire. Comme prévu, Prossot charge Frigo un max, et Frigo montre de manière totalement assumée que ça ne lui fait ni chaud ni froid. (Vous avez saisi la blague ? « Frigo », « ni chaud ni froid ». Non ? C’est pas grave).

Ils s’en sortent scandaleusement avec des phrases à l’emporte-pièce :

Les gens du Métier, de toutes façons, ils changent tout le temps d’avis.

Oui, c’est pour ça qu’on a inventé l’AGILE, espèce de gros nul.

Il faut bien définir le besoin avant.

Contradiction spotted avec la remarque d’avant.

On peut pas plaquer un logiciel tout fait sur une entreprise avec un historique et une culture.

Je maintiens que pour une conclusion de cette qualité, on aurait pu laisser les bouteilles de vin sur la table-ronde.

Distribution des prix du quizz

Les cadeaux sont assez sympas : un système de positionnement karmagraphique (ça m’a rappelé mon ancienne boîte, comment je l’avais quitté et comment je me sens mieux maintenant) et un iPhone garanti sans huile de palme. Le tout annoncé par TecNoTIC d’un espiègle : « vous allez voir, c’est de la technologie ».

Il n’a pas mis de guillemets autour du mot « technologie », mais c’était pas loin.

Tous nos petits papiers-réponses sont dans une grand coupelle. Je ne suis même pas sûr qu’ils aient fait un pré-filtrage pour ne garder que les bonnes. Mick-Jagger prend deux papiers au hasard et annonce les noms. Si j’étais mesquin, je dirais que rien ne prouve que c’est ceux écrits sur les papiers.

La gagnante du karmaPos est Madame Raupy. Elle glousse sous les applaudissements de la salle.

Le gagnant de l’iPhone est Monsieur Gratiche. Il nous gratichie d’un sourire incomplet sous les re-applaudissements de la salle.

Dernier petit moment social empiffratoire, avec du café et des cookies. On discute un peu, je signale à l’un des Fournisseur-Développeur Drache-Code qu’il y a des fautes de frappe dans les noms des fonctions de leur API. Il me répond que surtout je n’hésite pas à le leur signaler. J’y crois pas une seconde. On dit au revoir à tout le monde et on se casse.

Avant de partir, Fournisseuse-Commerciale Jacquotte nous demande de rendre nos petits cartons avec écrit « Monsieur Réchèr » et « Monsieur Pez », ce que nous effectuons sans résistance. Pas cons les Ploucocratiens, ils les gardent pour nous les redonner l’année prochaine, ça leur fait des économies.

Spoiler alert : on reviendra pas l’année prochaine. Mais peut-être l’année d’après.

Rendez-moi les cartes, j’en ai besoin pour m’habiller.

Trajet de retour et conclusion

Le trajet se passe mieux qu’à l’aller, puisqu’on échange les rôles pilote-copilote. Semi-Chef Pez aura quand même eu le temps de chier un peu d’huile, et de faire clic-clac avec son chargeur de Pez. À un moment, il me dit : « Désolé, je te donne des consignes, j’ai l’impression de faire un cours de conduite ». Fallait vraiment pas qu’il se sente désolé pour ça.

Le moment le plus bizarre, ça a été quand il a pété dans la bagnole. Sans blague, lecteur ! Il a pété ! Ça m’a déprimé au plus haut point.

Ce n’est pas l’incommodité de l’odeur ni l’impolitesse de l’acte qui m’a déprimé. C’est par rapport à ma relation personnelle avec les prouts. Je suis quelqu’un qui pète énormément, avec des pets qui sentent souvent très mauvais. Ne me demandez pas pourquoi, j’en sais rien.

Par conséquent, dans les moments sociaux un peu coincés, surtout quand ils sont à huis clos, je fais attention de ne pas péter. Et je me sens toujours terriblement coupable lorsque j’en laisse échapper un. Je tente régulièrement de prononcer des vœux de non-flatulence, que je ne parviens jamais à tenir. Vous vous rappelez mon road-trip avec Chef Random, dans mon ancienne crémerie ? 3 heures de voiture sans péter. J’en ai gazeusement souffert, mais je m’en suis sorti la tête haute et l’anus innocent.

Et lui, il pète et semble n’en éprouver aucun remords. Ça m’a déprimé car j’aurais vraiment aimé avoir sa force de caractère.

Ah et sinon on a croisé une pute sur le trajet, avec des formes magnifiques. J’ai pas pu m’empêcher de la regarder plusieurs fois pendant de longues secondes. J’ai sûrement dû passer pour un adolescent attardé qu’a jamais vu de nichons en vrai dans sa vie, mais j’assume sans problème.

(insérer ici l’image d’une pute).

Ensuite on est rentré dans nos chez-nous respectifs.

C’était un événement corporate très chouette, que j’ai beaucoup apprécié car c’est mon premier en tant que Client. Je n’avais pas le stress de devoir passer pour un mec bien, d’essayer de vanter nos produits, d’essuyer les provocations en duel de clients mécontents, etc.

Si on veut chipoter, on dira que je n’y étais pas que en tant que Client, mais également en tant que « Client qui s’est méchamment fait arnaquer en achetant un logiciel tout pourri ». C’est un détail.

Maintenant, que j’y pense, tous les autres Clients avaient des têtes de pigeons qui n’y connaissent rien à l’informatique. Ce n’est peut-être qu’un préjugé. De plus, si c’est des pigeons, j’en fais partie.

C’est pas grave. Je me suis bien amusé !

Moi, incommodé par le prout de Semi-Chef Pez.

Événement corporate : les Temps Forts de Pochtronarr (1/2)

Hey vous, voici le récit d’un événement corporate.

Y’en a une tartine, donc je l’ai coupé en deux.

Contextualisation rapide

Je travaille à ConcreteWorld.🌏, une société qui a pour mission de conserver la réalité dans l’univers.

Nous détectons et corrigeons les événements de non-application des lois de la physique avec une réactivité et un soin exemplaire. Vous avez entendu parler des bugs dans la Matrice ? Eh bien dans les mètres-cubes-seconde de coordonnées spatio-temporelles dont nous avons la charge, il en est survenu très peu. Notre activité grandit progressivement, car la confiance de nos clients, la ténacité de nos commerciaux et l’abnégation de nos techniciens nous font remporter de plus en plus de m³.s.

Cette description provient de notre site internet. J’espère que vous ne m’en voudrez pas trop pour le corporate bullshit.

Comme toute entreprise qui se respecte, nous utilisons un « outil de gestion de trucs ». Celui-ci supervise, entre autres, les latences de causalité, les pertes d’euclidianité, la localisation des relais de synchronisation d’entropie, la surveillance de la machine à café, les stocks de papiers toilette, etc.

Très souvent, le fameux outil « pour tout gérer » ne gère finalement rien, mais ce n’est pas intrinsèquement de sa faute. C’est juste qu’il faudrait finir de le configurer, le maintenir, saisir les données nécessaires, mettre à jour les processus, etc. Bref, tout ce qui a été malencontreusement pas mentionné ni prévu lors de son achat. L’outil végète donc dans un coin et est utilisé pour 0.05 trucs sur les 1000 imaginés au départ. Pour achever le tout, il est souvent indisponible et avec un temps de réponse décourageant, car le serveur sur lequel il a été installé héberge maintenant 10 autres applications qui elles, sont utilisées réellement.

À ConcreteWorld.🌏, c’est un peu différent. Si l’outil qui gère tout ne gère rien, ce n’est pas uniquement à cause de son environnement, c’est aussi et surtout la faute de l’outil lui-même, buggé jusqu’à la garde. Je ne vais pas vous faire la liste complète des aberrations de ce charnier de code, j’en aurais pour une bonne douzaine d’articles de blogs. Retenez juste ces 3 informations principales :

  • L’outil se nomme Pochtronarr.
  • Il est édité (et vendu à un prix non négligeable) par une société appelée « Ploucocratt ».
  • Il est tout pourri.

Le décor étant planté, je peux maintenant vous narrer l’événement corporate dont il est question : Ploucocratt nous a convié à un rassemblement de leurs Clients, afin de nous présenter les évolutions des produits, d’échanger entre nous, de participer à des tables rondes, de bouffer gratuit, etc. Ils ont baptisé cette journée : « Les Temps Forts de Pochtronarr », en précisant bien qu’elle serait placée « sous le signe de la convivialité ». Youpi.

L’invitation à ces Temps Forts nous est arrivée sous forme d’un mail, dont la première ligne était :

Bonjour, cher {nom_du_contact}.

Petit souci de template de mass mailing. M’étonnerait pas qu’ils aient programmés ça avec Pochtronarr.

J’étais moyen chaud pour faire le déplacement, mais Semi-Chef Pez y tenait grave taquet, alors j’ai fini par dire « banco ».

Semi-Chef Pez est le responsable de la mise en place de Pochtronarr. En fait c’est un Collègue, mais Chef Peyotl m’a donné pour ordre de suivre ses directives, ce qui l’a donc promu au grade de Semi-Chef.

Il s’appelle Pez car il a une dépendance au sucre. Il a toujours un chargeur de ces petits bonbons, et en ingère un de temps en temps dans un petit bruit de « cla-clak ».

Chef Peyotl s’appelle ainsi car il a visité tous les pays du monde pour trouver l’alcool qu’il apprécierait le plus. Ça s’est révélé être le peyotl.

 

En route !

Nous voilà donc partis en road trip, Semi-Chef Pez et moi, en direction du fief de Ploucocratt.

Comme précédemment révélé, je suis une grosse quiche au volant. Il existe des conducteurs qui maîtrisent, mais qui aiment les sensations fortes, ce qui les rend dangereux. Moi c’est plus simple, je maîtrise juste pas.

Semi-Chef Pez est une grosse quiche en guidage de conducteur, car il ne sait pas se servir d’un Tom-tom.

Nous avons donc très intelligement attribué le rôle de conducteur à moi-même, et celui de copilote à Pez. Plusieurs mois après, il m’a avoué que mon style de conduite chaotique lui avait fait « chier de l’huile » durant tout le trajet.

On devrait avoir le droit de dire sur son CV qu’on est, voituralement parlant, un handicapé saltimbanque cyclothymique.

Rien d’autre de notable à dire sur ce passage de ma vie. On arrive à l’hôtel, on s’installe, on se retrouve pour bouffer, on a une discussion conventionnelle, on se retire chacun dans notre chambre-bungalow respectif. Je trouve un scolopendre dans le lavabo, mais osef.

 

Le matin

Mini-trip en voiture, mini-chiage d’huile par Pez et nous arrivons au prestigieux lieu des Temps Forts. Nous sommes accueillis par des Ploucocratiens habillés en semi-formal, ce qui souligne la convivialitude de l’événement, tout en montrant qu’ils ont fait un petit effort pour nous, car un peu de lèche-bottage ne fait jamais de mal.

On nous donne à chacun un sac à goodies contenant du bla-bla de présentation, un formulaire de participation à un quizz stupide, un polo et un chargeur universel de trucs rechargeables. Ce serait des objets intéressants s’ils n’étaient pas estampillés « Pochtronarr ».

Nous nous voyons également offrir un petit carton à notre nom, à accrocher à notre boutonnière, afin de savoir qui est qui et de quelle boîte. Nonobstant le fait que la police de caractère utilisée est le Comic Sans MS, les prénoms ne sont pas écrits. C’est « Monsieur Machin », « Madame Truc », etc. C’est pas ce qui aide le plus à se placer « sous le signe de la convivialité ».

On prend place pour les premières démonstrations, le thème étant « les nouveautés de la nouvelle version ». Je ne vous conte pas tout en détail, ce serait lourdingue (autant que le fait que cela nous est présenté sous forme de Power Point). Voici donc un florilège des moments les plus amusants.

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Diapo de remerciement général, avec les logos de tous les gentils clients, disposés de manière à former le mot « merci ». Celui de ConcreteWorld.🌏 n’y est pas. On ne doit pas être assez prestigieux, ou alors ils nous détestent parce qu’on arrête pas de relever leurs bugs et leurs failles de sécurité.

Diapo de trombinoscope des fringants employés ploucocratiens. Le locuteur annonce : « je vais lister les gens de gauche à droite » et il les liste de haut en bas.

Nous avons :

  • Fournisseur-Mega-Chef TecNoTIC.
  • Fournisseur-Consultant Frigo.
  • Fournisseuse-Commerciale Jacquotte.
  • Fournisseur-Dir-Tech Ashereff.
  • Fournisseur-Sous-Mega-Chef Mick-Jagger.
  • Fournisseur-Support Jeunot.
  • Fournisseur-Consultant Craquelé.
  • Fournisseur-Développeur Drache-Code 1
  • Fournisseur-Développeur Drache-Code 2
  • etc.

Vous l’avez certainement déjà compris : leur titre de noblesse à tous est préfixé de « Fournisseur » car ils sont fournisseurs de ConcreteWorld.🌏. On aurait pu utiliser le préfixe « Sous-Traitant », mais c’est moins classe, et ça aurait fait des titres encore plus long.

Nous expliquerons au fur et à mesure du récit les noms de certaines de ces personnes.

Diapo animée vantant les fonctionnalités de Pochtronarr, avec des engrenages qui tournent. Ils ne sont pas synchros et se traversent. C’est très amusant et très représentatif de l’outil : à première vue tout fonctionne, mais dès qu’on fait le moindre simple test, des symptômes révèlent que tout va péter et que c’était totalement irréaliste de croire que ça allait marcher.

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Dans une présentation corporate, l’humilité assumée est le nouveau moyen de se la péter. On dit qu’on s’est planté, pour pouvoir ensuite insister sur le fait qu’on a été suffisamment observateur pour détecter le problème, suffisamment intelligent pour se remettre en question et suffisamment re-intelligent pour trouver une autre approche. Fusent alors des expressions comme : « on s’est aperçu que », « on a corrigé les erreurs de jeunesse », « on reconnaît que », etc.

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Expressions qui claquent :

« On se développe à l’international, nous avons maintenant des clients à Monaco. »

Ouais, sauf que la base de données de l’outil est encodée en Latin-1. Du coup, vous allez vous développer à l’international-anglais. Oublions les chinois, les arabes, les russes et les grecs.

« Nous éditons un ERP Métier ».

Le mot « Métier », ça impressionne toujours.

« Une solution adaptée au marché, avec les nouvelles technologies ».

En vrai c’est du C#, les pages web sont en asp.net, et le langage de script pour implémenter les process Métier c’est du … On verra ça plus tard, je vous laisse la surprise.

« On a un existant qui est lourd ».

Ça veut dire que leur base de code est pourrie, mais qu’ils n’ont pas la capacité intellectuelle et/ou financière de poser leurs gonades sur leur clavier et de tout remettre à plat. Donc ils rajoutent des couches de bordel, des patchs, des bouchons, des solutions de secours, des outils externes qui rattrapent les boulettes, etc. En tout cas, cet « existant lourd » est leur excuse par défaut à chaque bug que je leur signale.

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Un gros paquet de communication a été émis concernant la nouvelle version majeure de Pochtronarr, un paquet encore plus gros sur la refonte totale de l’aspect visuel, l’ergonomie et la convivialité. (Décidément, ce mot « convivialité », il claque, voire même il chabraque du brontosaure hydrocéphale à la scie égoïne).

Durant les différentes démonstrations, les impondérables suivants ont été relevés :

  • Un clic sur une option fait apparaître un sous-menu déroulant, mais celui-ci est masqué par certains éléments de la page. Petit souci de « z-bug ».
  • Un tableau de données s’affiche au même endroit qu’un autre texte. Il faut développer-réduire deux fois de suite ce tableau pour que ça se réorganise correctement.
  • La liste d’une combo-box est coupée par la limite du formulaire dans laquelle elle se trouve, et n’affiche que les deux premiers choix.
  • Une fenêtre d’alerte mal taillée, cachant la fin du texte du message.
  • Diverses fautes d’orthographe dans les formulaires, en particulier des terminaisons de verbe « er/é ». (Astuce futée : remplacer par un verbe du troisième groupe, le mieux étant le verbe ‘prendre’, car il permet de détecter le féminin avec ‘prise’).
  • Un mail envoyé automatiquement, comportant le mot « Mail » dans son sujet. Merci Captain Obvious.

Je dois toutefois modérer mon propos : plus tard, j’ai eu l’occasion de tester cette fameuse nouvelle version avec Chrome et Firefox, et la plupart de ces impondérables n’y sont pas apparus. C’est juste que là c’était sous IE.

*)

Madame Roupy, de la société Nil, glousse à chaque remarque prétendument humoristique.

Est-ce que c’est sexiste, de mentionner ce non-événement, ou pas ?

Ça ne devrait pas, puisque cet article brosse également le portrait d’individus masculins, en des termes aussi peu élogieux que ce que je viens d’écrire là. Mais le gloussage est une activité qu’on attribue péjorativement aux femmes, donc c’est sexiste de renforcer ce stéréotype. De plus, je mentionne beaucoup d’hommes, ce qui amène quelques petits passages avec des termes moins pas-élogieux que d’habitude. Or, je n’ai pas l’occasion de faire cela avec les femmes, puisqu’elles sont moins mentionnées. Là encore, c’est sexiste. Mais c’est pas de ma faute dans le sens où il y avaient beaucoup plus d’hommes que de femmes lors de ces Temps Forts.

Est-ce que je dois augmenter artificiellement la mention et la présence des femmes dans cet article, pour atténuer le sexisme et la non-parité inhérente aux métiers de l’informatique ? Est-ce que ça ne risque pas de rendre mon article bidon, encore plus irréaliste que ce qu’il n’est déjà, et entâché de bien-pensance niaise ?

Est-ce que c’est sexiste d’avoir écrit ce paragraphe de réflexion interne, qui sous-entend lourdement que si je me suis senti obligé de l’écrire, c’est justement parce que notre époque a changé et qu’on doit maintenant faire beaucoup plus attention à ne pas balancer des remarques relevant du sexisme ordinaire ?

Je ne sais pas. Passons à autre chose.

Où sont les femmes qui auraient pu faire de l’informatique ? Ah ben elles sont là.

*)

Ces Temps Forts sont également l’occasion pour les ploucocratiens de s’envoyer des fleurs entre eux et se faire des petites blagounettes de convivialititude.

« Le rendu des graphiques en mode image était très mauvais. Mais nos développeurs ont arrangé ça et j’ai été bluffé. »

« Je ne désespère pas qu’ils améliorent la fonctionnalité des récaps. (Hu hu hu, j’en profite pour leur passer des messages). »

« On est les seuls à faire un produit qui soit compatible Oracle, postgreSQL et SQL Server »

Oui, euh… ça s’appelle un ORM (Object-relational mapping). Django le fait, pour ne citer qu’eux. Sauf que vous, vous mettez les différences de dialecte SQL au niveau des scripts de process métiers, alors que ça devrait être à un niveau plus bas (dans le moteur de l’outil). Parce que là on doit tout se repalucher à chaque script. Dans les faits, on repaluche rien, on reste sur le SGBD choisi au départ, et on prie pour qu’on n’ait jamais besoin de le changer.

« Il reste un petit souci avec les indicateurs graphiques, mais les développeurs vont nous optimiser tout ça. Il y a eu un gros effort d’intégration. »

« Haha, quel rigolo je fais ! Dans le formulaire, je n’ai coché que des PC marqués comme étant ‘en panne’. »

« Oups, ça n’a pas marché. Mais c’est normal, le champ Description est obligatoire. Quel intelligent coquin cet outil ! Il me demande de me justifier. »

Fournisseur-Mega-Chef TecNoTIC annonce fièrement :

« on a entièrement restructuré nos méthodes de travail en interne, maintenant, on est AGILE. Les développeurs sont à fond durant leurs ‘ ‘ ‘sprints’ ‘ ‘. ».

Il avait tellement mis de guillemets autour du mot « sprint » qu’on a tous compris que pour lui, ça restait un terme très exotique. Et il avait tellement mis de guillemets autour des guillemets autour du mot « sprint », qu’on avait également compris qu’il revendiquait sa non-comprenance totale de la méthode AGILE.

TecNoTIC s’appelle ainsi car il travaille dans une entreprise de TIC, mais lui-même n’y connait rien. Vous avez peut-être déjà rencontré ce genre de chef. Ils se vantent de leur ignorance. C’est un comportement que l’on pourrait relier au concept de « l’humilité assumée qui est un nouveau moyen de se la péter. ».

Mais c’est aussi une insulte envers lui-même. L’informatique fait maintenant tellement partie de notre vie que même si vous ne travaillez pas dedans, c’est important de s’y connaître un minimum.

Et c’est aussi-aussi une manifestation de condescendance, voire de mépris, envers ses employés : « la programmation est un domaine pour les gueux travaillant au bas de l’échelle. Je suis au-dessus de ça, donc je n’ai pas besoin de m’y connaître ».

Petit édulcorage de mon propos : j’ai eu l’occasion, plus tard, de rediscuter avec cette personne, il se trouve qu’il s’y connait malgré tout un minimum. Disons qu’il sait ce qu’est un cookie et qu’il a une vague connaissance du concept de l’authentification décentralisée.

Allez les gueux ! Finissez-moi ces features et pondez-moi cette release ! *claquement de fouet

*)

Je profite de toutes ces démos pour remplir la feuille du quizz à la con.

Il est gavé de questions stupides et captain-obvioussesques. C’est limite un dénigrement de mon intelligence et de ma mémoire.

La dernière question :

Qu’y a-t-il dans la nouvelle version de Pochtronarr (multi-cochage possible) ?

– Une refonte totale et endoscopique de l’interface utilisateur.

– Un module d’analyse d’image vous obligeant à utiliser des photos de vous à poil pour votre image de profil.

– Un changement de paradigme intrinsèque dans le noyau du sous-moteur déterminant la couleur des graphes en camemberts.

Je rajoute une case en dessous, sans la cocher, et j’écris : « intégration du langage python, parce que les scripts métiers en Small-Talk avec l’IDE de Scratch, on a fait mieux depuis ».

Voilà comment ont programme les scripts. Ça valait le coup de l’annoncer avec un peu de suspens.

*)

Parfois, les ploucocratiens s’envoient de vilaines petites piques.

« Nombreux sont les consultants qui ont eu un peu de mal avec la nouvelle fonctionnalité de multi-affichage. »

« On a eu quelques mauvaises surprises sur les temps de réponses. »

(Après une remarque d’un ploucocratien random) : « Non mais c’est à moi de parler, c’est pas à toi ».

« Je suis pas commercial, je fais pas d’effet d’annonce. »

*)

Et bien sûr, nous avons les inévitables aléas dûs au célébrissime « effet démo ».

« Ah, mon poste n’est pas en forme. »

Le glisser-déplacer d’un fichier dans une zone d’un formulaire web qui foire.

Une belle petite erreur 500. On a les mêmes. Elles sont totalement aléatoires.

« Moui bon, il y’a un petit souci sur les abscisses. »

(Aspect visuel, convivialitationnitudité, tout ça…)

Tentative de faire un regroupement de champ avec un tableau de données de 3000 enregistrements. Boum, ça pète.

« Ça devient moins rapide au fur et à mesure qu’on rajoute des fonctionnalités. »

Euh, non. Quand le moteur interne est bien structuré et que la fonctionnalité est ajoutée correctement, ça ralentit pas tout le reste. Mais bon…

« Ouh, vous êtes un aventurier. »

C’est la réponse que j’ai obtenue après avoir demandé qu’on teste quelque chose de particulier (je ne sais même plus ce que c’était, et osef). À vrai dire, j’avais à peine énoncé une action préliminaire à ce que je voulais réellement voir testé. Rien que ça faisait déjà de moi « un aventurier ».

« Globalement, normalement, ça fonctionne. »

*)

Parfois, les problèmes ne viennent pas d’un vilain et inattendu effet démo, mais des fonctionnalités elles-mêmes, ou de la manière de les présenter.

« À la demande de beaucoup de nos clients, l’enquête de satisfaction a été intégrée dans les mails ».

Dit comme ça, c’est impressionnant. En vérité, c’est juste des urls ouvrant sur une page spécifique de Pochtronarr. Et comme les infos de connexion ne sont pas enregistrées dans un cookie comme dans tout site qui se respecte (me demandez pas où elles sont enregistrées, j’ai même pas cherché), eh bien il faut se relogger pour répondre à l’enquête. Passons…

Démonstration de cette fonctionnalité. L’exécuteur de la démo clique sur la note la plus mauvaise (un petit smiley pas content du tout, #on_est_trop_des_geeks) et indique en commentaire : « ça ne marche pas, gros nuls ». Voilà un story-telling couronné de conconvivivialiturpitude !

« Le champ ‘Remarques’, vous oubliez ».

Ce champ contenait du putain de SQL. Merci de ne pas nous prendre pour des débiles. S’il est là, à priori c’est pas pour rien et faut justement pas « l’oublier ». D’autres part, quelle décadence d’enchaînement d’événements a-t-on dû s’infliger pour se retrouver dans une situation dans laquelle un champ intitulé « Remarques » doit contenir du SQL  ?

« Wolk on line »

Il s’agit de la manière dont Fournisseur-Consultant Frigo prononce le terme « Wake on lan ». (Plus de détails ici : https :// fr.wikipedia.org/wiki/Wake-on-LAN).

De manière générale, j’ai remarqué que l’ensemble des interfaces et de la documentation de Pochtronarr montre des symptômes inquiétants de gloubiboulgatisation sémantique et de mauvaise maîtrise du langage (qu’il soit parlé ou de programmation) : fautes d’orthographes, homonymes dans les noms de concepts, code non factorisé, encodage et caractères spéciaux non compris, etc. Ce « wolk on line » en est une confirmation.

Vous vous rappelez de Collègue Eurod’, l’anti-Raymond Devos de l’ancienne crémerie où je travaillais ? Je retrouve un petit peu de lui dans Pochtronarr.

Sur ce, les fabuleuses démonstrations du matin se terminent, il est temps de se précipiter vers la boustifaillou-graillasse.

 

Repas de midi

Sauf que c’est pas tout de suite l’instant boustifaillou-graillasse. Là c’est « temps libre pour sociabiliser avec nos homologues d’autres sociétés ». Une idée fort louable, mais pour laquelle je n’ai que très peu de talent. J’envoie un SMS à une personne imaginaire pour me donner une contenance.

Semi-Chef Pez, qui est meilleur que moi à ces mondanités, parvient à choper « Monsieur Mucarpet », un techos d’apparat de chez CarGlass affublé de lunettes de la sécurité sociale. Oui oui, ils ont des techniciens informatiques chez CarGlass. Et leurs verres de lunettes sont très épais.

C’est une belle prise de la part de Pez, car nos deux instances de Pochtronarr ont un bug en commun. Une histoire de changement d’état d’un neuro-transmetteur virtuel qui est aléatoirement non pris en compte. On est à la fois rassurés de voir qu’on n’est pas les seuls à avoir une foule de problèmes avec cette merde, et inquiets de voir que ces problèmes ne semblent pas résolus, ni même pris en compte, ni même reconnus par les ploucocratiens.

On tente de le leur faire entendre. Fournisseur-Dir-Tech Ashereff répond : « chez d’autres clients ça marche », et « c’est la faute à vos scripts métiers, quand vous en codez un, il faut toujours mettre le changement d’état en dernier ». Je veux bien être d’accord, mais le bug a lieu lors de l’exécution d’un script standard fourni avec Pochtronarr. Donc soit ils respectent pas leurs propres consignes, soit ça vient pas de là. Bref, chou blanc pour tenter d’attirer leur attention sur ce bug.

Entre temps, Semi-Chef Pez alpague d’autres ploucocratiens pour les vilipender, comme quoi l’installation de notre Pochtronarr aurait été effectuée via un concours de lancers de seaux de vomi.

Les ploucocratiens alpagués admettent sans trop de résistance que le consultant qui nous a été affecté s’est révélé par la suite être un radiateur de la planète Radiateur, déguisé en humain et visitant la Terre dans le cadre d’une excursion « Tourisme authentique de galaxies panachées ». Il a été viré depuis, mais les séquelles de son passage parmi nous restent encore.

Je suis content que Ploucocratt avoue avoir copieusement merdé. Par contre le minimum aurait été de réparer. Or, la seule chose qu’ils nous proposent c’est : « on corrige vos bugs, on finit de livrer ce que vous avez demandé au départ, on tire un trait et on repart à zéro ». Mouais bof. Je trouve ça un peu léger comme réponse. Et de toutes façons, il n’ont pas spécialement corrigé leurs bugs (se référer à ce que je viens de raconter juste avant).

Dialogue entre Semi-Chef Pez et Fournisseuse-Commerciale Jacquotte :

− On aimerait aussi avoir une fonctionnalité d’arborescentisation des psycho-tropismes. Comment on peut faire ça ?
− Pour toute demande d’évolution, voyez avec votre consultant.
− Oui, et c’est qui ? Parce que ça a changé quatre fois depuis cette histoire de radiateur déguisé en humain.
− …

Jean-Rudy Radiateur, en train de se reposer.

Fini pour aujourd’hui

Comme annoncé, je coupe ce récit en deux. La suite arrivera le mois prochain. J’imagine qu’une multitude de questions cruciales hantent maintenant votre esprit :

  • Qui remportera les cadeaux du quizz idiot ?
  • Réchèr aura-t-il l’occasion de boire suffisamment d’alcool pour se désinhiber et dire ce qu’il pense vraiment de Pochtronarr ?
  • Quel est le secret du nom de Fournisseur-Consultant Frigo ?
  • Pourquoi ?

Vous le saurez au prochain numéro.

Not-powerpoint de présentation de git

À ConcreteWorld.🌏, la chouette entreprise où je travaille, on a coutume d’organiser des afterworks d’humagogie. Le concept est simple :

  • des collègues de travail, dans un cadre de pas-Travail,
  • quelqu’un réalisant une présentation sur un sujet quelconque,
  • de la bière.

Le premier sujet était « Le concept de la réalité à travers les âges », présenté par Collègue Kouing-Amann. Comme c’est du pas-Travail, l’ambiance est détendue, il a donc pu se permettre des images funs, des memes internet, des gifs animés avec des chats, etc. On a tous trouvés ça super.

Galvanisé à la vue de cette performance, je me suis proposé pour réaliser le prochain afterwork, avec une présentation de l’outil de gestion de version ‘git’.

Après le code spaghetti, les branches git spaghetties.

Mon idée de départ, c’est que git pourrait être utile à tout le monde, et pas seulement aux développeurs. A partir du moment où vous manipulez des fichiers, vous pourriez être intéressé par git.

J’ai donc ai préparé un one-man-show assez bien ficelé, avec :

  • Des slides créés sur le site slides.com, comportant des images giga-délire.
  • Une démo en live, avec très peu de ligne de commandes mais des outils graphiques (SourceTree, TortoiseGit, …) afin de ne pas effrayer les non-informaticiens.
  • L’outil ZoomIt (https:// technet.microsoft.com/en-us/sysinternals/zoomit.aspx) pour afficher en grand ce que je fais sur l’écran semi-géant.
  • Un intermède petit-guignolesque avec deux marionnettes-chaussettes, chacune d’elle représentant une branche git. Elles contiennent des modifications différentes sur une même zone d’un même fichier, et donc elles sont en conflit. Ha ha ha.
  • La possibilité de faire des « hola », que même si ça échoue ça serait drôle quand même. (Je ferais ma hola tout seul, moment de solitude lol comme quand un humoriste fait une blague super pas drôle mais c’est assumé que c’est pas drôle et c’est ça qui est drôle).

Nous avions donc là une alliance de pédagogie, de live et de fun en mesure de subjuguer mon auditoire et de lui faire écrouler les faux plafonds de la salle lors du tonnerre final d’applaudissements.

sttngclap_original Les gens de Star Trek qui applaudissent

Malgré tout, j’avais un petit peu peur : « Et si on me trouve ridicule ? Si les gens se moquent de moi et de mes marionnettes ? Ou de mes commentaires de commits ? Ou de mes repositories nommés avec des prénoms pour faire un mini-story-telling distinguant qui a committé quoi ? Ne risque-je pas de fondre en larme devant tout le monde ? De devenir fou ? De fabriquer un lance-flammes en une fraction de seconde et de brûler tous ces gens ? ».

Rien de tout cela n’est arrivé et personne ne m’a trouvé ridicule. Par contre, personne ne m’a trouvé intéressant.

Voici les diverses choses qui se sont passées. Je vous mets ça à nouveau sous forme de liste, car j’aime bien les listes.

  • Colléguette Louloute dit tout fort et à plusieurs reprises que je suis en train de perdre les gens et que je devrais écourter.
  • Des bavardages. Bon, ça arrive. Mais là des gens s’étaient carrément levés et avaient formé un salon de discussion parallèle dans la mini-cuisine à côté. Mini-cuisine n’ayant pas spécialement de cloison d’isolation phonique avec la salle où je performais piètrement.
  • Collègue Pez sort du groupe parallèle et s’adresse tout fort à une personne restée dans ce qui restait de mon auditoire : « Eh, garde bien les yeux ouverts et oublie pas de passer ma facture ! » (je ne sais pas de quoi il parlait). La personne en question était l’une des rares à se forcer à continuer d’écouter ce que je racontais. J’ai revu dans cette situation l’archétype du mauvais élève pourrissant la gueule du bon élève juste comme ça gratuitement.
  • Collègue Inuit passe derrière moi pour regarder mon écran. Je lui demande « t’as besoin de quelque chose ? Parce que sinon l’écran que j’ai là c’est exactement le même que celui que tu vois projeté en grand ». Il me répond : « non, je voulais juste savoir quand ce serait fini ».
  • En plein milieu d’une phrase, je dois sortir mon téléphone pour l’éteindre car il faisait « bip-bip sms ». D’habitude, quand on fait ça, il y a une réaction : des rires étouffés, des discussions, un flottement. Là c’était déjà tellement le bordel qu’il n’y a eu aucune différence.
  • Au moment d’écrire le commentaire de commit « Ajout d’une image de chat », je fais un lapsus claviétal et j’écris « chate ». Je me suis dit que les gens allaient se mettre à rigoler et se déconcentrer, alors j’ai immédiatement désamorcé le danger en disant « ha ha, quel lapsus rigolo ! ». Et là, pareil : aucune réaction, aucune différence notable dans le bordel ambiant.

C’était donc un fiasco total. Pendant les marionnettes, l’attention des gens est revenue et ils ont ri, et quelques secondes après, c’était re-perdu.

Je me suis demandé si j’allais pas m’énerver, engueuler les gens, ou tout simplement partir et les laisser en plan, là. J’aurais aussi pu essayer de les rappeler à l’ordre gentiment. Mais je n’en ai eu ni l’envie, ni le courage. C’est pas une salle de classe et je ne suis pas un prof. Comme déjà dit dans un autre article, j’ai toujours eu du mal avec les profs (la justification de leur utilité, leur autorité, le fait que ce soit des humains, …), je ne me voyais donc pas agir comme l’un d’eux.

May I have your attention, please ?

May I have your attention, please ?

Je ne saurais pas expliquer en détail pourquoi ça s’est terminé comme ça. L’analyse la plus poussée que je puisse faire étant : « j’ai globalement chié comme si j’avais eu le transit intestinal d’un avion de chasse gluté avec du coco à base de pruneaux ». Je me croyais plus fort que ça, plus à même de captiver un auditoire. Eh bien en fait non.

Ils vont donc continuer à s’échanger leurs fichiers à l’arrache, par mail ou sur des répertoires partagés ; à faire du renommage en « _v1 », « _v2 » et du CPOLD (https:// github.com/malko/cpold) ; à se demander qui a chabraqué leurs petites valeurs de leurs petites cellules Excel. Bon courage à vous, les clodos !

Ensuite, Stagiaire АБВГДЕЁЖ (un mec bien mais vraiment bizarre), a fait une seconde présentation sur les différentes manières de mesurer la distance entre deux mondes parallèles. C’était le moment de la bouffe, très peu de gens écoutaient, mais il a eu bien plus de sang-froid que moi, il a continué de blablater sans se prendre la tête ni pulsions de pétages de plomb. Ça s’est très bien passé pour lui et les quelques personnes qui écoutaient d’une oreille mangeatoirement distraite.

Je vais arrêter de parler d’informatique aux gens. Je fais manifestement chier tout le monde, c’est pas la première fois que ça arrive. Je réserve mes partages à ce blog. L’avantage c’est qu’ici, ceux qui ne sont pas intéressés par ce que je bave ne se mettent pas à me pourrir, ils se contentent d’arrêter de lire et de passer à autre chose.

Je vous fais cadeau de ma présentation de git : http://slides.com/darkrecher/deck-1#/.

Faites-en ce que vous voulez, mais attention, il semblerait qu’elle soit dotée du super-pouvoir d’endormir et/ou de rendre fous ceux qui la regardent.

Gros bisous !

A quelle distance sommes_nous de ce monde parallèle ?

À quelle distance sommes-nous de ce monde parallèle ?

J’ai changé de crémerie (3/3)

Suite et fin de la catharsis de mon incarnation professionnelle à Zarma.pro.

Collègue Je-Sais-Tout

Vous vous rappelez, quand vous étiez gamin, on vous parlait souvent d’un Monsieur ou d’une Madame Je-Sais-Tout ? Eh bien le Monsieur c’est lui. Je l’ai rencontré en vrai.

Inutile de décrire sa particularité comportementale, je vais vous narrer sans plus tarder ses anecdotes rigolotes.

*)

Je lui dit que je vais mettre mes écouteurs, car j’ai besoin de me focuser sur du code. Du coup, il me demande ce que j’aime comme musique.

Cette question m’a toujours embêté. D’un côté il y a les mélomanes intégristes, qui connaissent exactement tous les sous-genres de ce qu’ils apprécient et qui sont capables de vous sortir des phrases comme « Hannnn, mais n’importe quoi ! C’est pas du trash-metal que t’écoutes, c’est du grindcore, ça n’a riiiiieeeeen à voir ! ». De l’autre côté il y a moi.

Lorsque j’écoute une musique, je sais dire si je l’aime ou pas. Je sais dire quelle type générique de son ou de mélodie j’aime entendre, même si, lorsque je l’écris, ça donne pas grand-chose :

J’aime la musique qui fait ‘rotototototom’ avec des ‘wobwobwob’. Et si en fond il y a un petit ‘pala-lala-pam’, je kiffe taquet grave.

Mais j’ai toujours été incapable de donner le genre précis de la musique qui me plaît. Je crois que j’aime la dub. Il est possible que je me fourvoie sur ce qu’est réellement ‘la dub’ et qu’en réalité ce que j’aime soit du dubstep, du trip-hop ou juste de l’électro. J’en sais rien. D’ailleurs faudrait que je planche sur le sujet, car ça me pose problème lorsque je cherche des nouvelles choses à écouter sur internet.

J’explique à Collègue Je-Sais-Tout mon ignorance des genres musicaux. Il me demande s’il peut écouter. Je lui prête les oreillettes. 10 secondes plus tard, il me sort tout fier : « c’est de la world techno ».

Ah ouais d’accord. Je me disais aussi. Heureusement qu’il est là pour m’apprendre des trucs.

Je n’ai aucune idée de ce qu’est la ‘world techno’, il est tout à fait possible que ce soit réellement ça que j’écoute. Mais ce dont je suis sûr, c’est qu’il ne connait rien à ce domaine de la musique. Lui il écoute du rock. C’est très bien le rock, il s’y connait sûrement à fond. Mais mon embryon de connaissance mélomanique me permet quand même de savoir que le rock n’a pas grand chose à voir avec le/la dub/trip-hop/electro/world-techno. Il serait donc gentil de la boucler.

En plus, ce boulet écoutait de la radio main-stream gavée de pub, genre RTL2. Il pourrissait sonoriquement notre burlingue avec. Du main-stream en streaming, ha ha ha.

www.pcwalls.ru_4498

World ? Techno ?

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Il me dit de trier régulièrement mes mails et de les classer comme il faut dans des répertoires. Je lui explique que ça prend vachement de temps, que pour retrouver un mail c’est plus simple et plus rapide de faire une recherche. Ce à quoi il a répondu : « Trier, c’est important. Ça permet de mieux s’y retrouver. Force-toi à le faire ».

Un rangement sous forme d’arborescence de répertoires, que ce soit pour des mails ou autre chose, ça finit très souvent par des incohérences ou des impossibilités. On se dit qu’on y arrivera car on est beau et pailleté, qu’on tombera pas dans les pièges stupides où d’autres sont tombés. On crée vaillamment un répertoire par client, dans lequel on met un répertoire par projet, ou vice-versa. Tout est beau et propre. Et puis un beau jour, un projet est vendu à plusieurs clients, ou un client envoie un mail récapitulant les points en cours sur plusieurs projets, et tout foire.

L’idéal c’est un système de tags, ça permet des relations de type n-n. Sauf que ça prend tout autant de temps, sinon plus, que de ranger par répertoire, et ça reste moins pratique que de faire des simples recherches de mots.

Du coup je m’étais fait un répertoire ‘à ranger’. Quand Je-Sais-Tout constatait un trop-plein de mails dans ma boîte de réception et qu’il me demandait de les trier, je mettais tout en vrac dedans. Il y avait une jolie arborescence bidon juste à côté, pour faire genre. Hop, ni vu ni connu je t’embrouille.

papers

*)

Dans mon dernier article, j’ai raconté l’épisode le plus merdique vécu à Zarma.pro. Voici maintenant l’un des plus stressants. Ça s’est passé lors d’une grosse démo, d’un logiciel que nous appellerons ‘Chabraque’. Aaaaah, les démos ! Tout le monde aime les démos.

La veille, on prépare tout bien comme il faut. (‘La veille’ ≠ ‘Complètement à l’arrache’. Je nous serais considéré à l’arrache uniquement si on avait préparé le jour même). Collègue Je-Sais-Tout installe Chabraque sur un mini-ordinateur. C’était pas une tablette ni un ultra-portable, mais un machin bizarre avec une poignée, un peu comme un jerrycan. (À Zarma.pro, on se retrouvait très souvent avec une palanquée de matos bizarre, j’ai jamais su pourquoi).

Collègue SuperCommercial vient vérifier que tout est prêt. Il demande si ce machin à poignée pourra afficher la démo sur le grand écran prévu à cet effet. Je-Sais-Tout répond : « Oui, pas de souci. Regarde, ça c’est une prise écran. Je brancherai ce câble dessus, et tac-tac-boum ! C’est exactement comme ton ordinateur qui a deux écrans. Tout pareil, mec. Tout pareil ! »

Collègue SuperCommercial redemande si c’est vraiment sûr que ça marchera. Je-Sais-Tout confirme.

Le lendemain, on arrive sur place, on tente de brancher. Epic fail ! La prise du machin à poignée n’était pas du VGA (pour les écrans) mais du série (pour un peu n’importe quoi, surtout des vieux appareils, mais certainement pas des écrans).

Panique totale. Il nous restait deux heures pour préparer, sauf qu’on ne pouvait pas retourner à la boîte et qu’on n’avait pas d’autre matos adapté. On a poireauté-stressé en attendant que Collègue SuperCommercial arrive avec son PC portable normal et sans poignée, on a tout installé dessus à l’arrache, ça a merdé à cause du middleware tantrique de merde (la foirure déjà mentionnée dans mes articles précédents) et finalement on a installé Modeli-Morvax 1.0 encore plus à l’arrache. Pour la démo, on ne s’en est pas trop mal tiré : on en a déroulé un bout sur le Chabraque du machin à poignée qu’on faisait passer parmi les gens et l’autre bout sur Modeli-Morvax.

On s’est bien évidemment fait engueuler par tous les chefs, comme quoi qu’on testait jamais rien jusqu’au bout et qu’on balarguait toujours tout en direct-live comme les dangereux gougnaffiers du chaos qu’on était.

Soyons clair, on méritait de se faire engueuler, on avait effectivement fait une connerie.

Soyons clair, je jette pas la pierre à Je-Sais-Tout pour cette bourde. Les prises séries et VGA, ça a tendance à se ressembler.

 

port série

port série (pour vieux trucs)

port VGA (vidéo)

port VGA (pour écrans)

Soyons clair, je suis aussi fautif que lui. La veille, j’avais tout le temps de vérifier le branchement ou d’insister auprès de Je-Sais-Tout pour qu’il vérifie jusqu’au bout. Je n’ai rien fait de ces actions. On aurait pu se rendre compte plus tôt que les prises faisaient pas papa-maman, ce qui nous aurait permis de régler le problème au calme.

Le problème n’est pas là. Le problème, c’est ce qu’a ensuite raconté Je-Sais-Tout à d’autres collègues. Il s’est plaint qu’on s’était fait engueuler, dans les termes suivants : « C’était pas la bonne prise. Pas de bol. Par contre, on s’est fait pouuuuuurriiiiiiiiiiiir ! ».

Non. Pas : ‘pas de bol’. C’est pas de la malchance, andouille. C’était de NOTRE FAUTE. Tu seras bien gentil de pas la ramener et d’occulter cet épisode de ta vie, afin qu’il soit progressivement oublié par le reste du monde. Parce qu’en rappelant une connerie qu’on a faite et en insistant lourdement dessus, tu jettes quelques tonnes de discrédit sur toi-même et accessoirement sur moi aussi. Donc ta gueule, Je-Sais-Tout. Tu fermes simplement ta gueule.

universal_converter_box

*)

Pour notre fameux produit Modeli-Morvax, il a fait un premier document de spec globales listant les fonctions à implémenter ainsi qu’un planning prévisionnel, à l’aide d’un logiciel de gestion de projet (je ne sais plus lequel).

Puis on a oublié qu’il avait fait tout ça. Il a refait la liste des fonctions et le planning, avec un autre logiciel de gestion de projet.

Et je me demande même si ça ne s’est pas répété une troisième fois.

Ça m’a toujours fait beaucoup rire les logiciels de gestion de projets. J’ai jamais vraiment compris ce qu’ils étaient censés faire, de plus ils sont tous payants.

Tout ce que je sais, c’est qu’à la fin, ça te chie un diagramme de Gantt, que Je-Sais-Tout était super content d’avoir. Chaque tâche était conditionnée à la réalisation de la tâche précédente, du coup le diagramme était une simple ligne descendante. Ça valait pas le coup de perdre du temps ni de la vie pour ça, on aurait pu tout lister vite fait dans un fichier texte.

Je pense qu’il aurait dû ajouter la tâche « remplir le diagramme de Gantt » dans son diagramme de Gantt.

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Un jour, Je-Sais-Tout s’est mis en tête de recenser les menus et fenêtres de ce toujours aussi fameux Modeli-Morvax. Il voulait les mettre dans un espèce de diagramme de pas-Gantt, en représentant les liens entre eux. C’est fort louable, surtout qu’on commençait à avoir pas mal d’éléments, et ça aurait pu faire un joli schéma à intégrer dans le manuel utilisateur.

Ce taré a fait trouzemille screenshots, les a imprimés et les a placés sur un grand poster. Je lui ai suggéré : « Euh… ce serait pas mieux de le faire en employant, tu sais, l’informatique ? À l’aide d’un, wouhou, logiciel, genre Visio, Powerpoint, ou même Paint, il est possible de créer des objets virtuels multimédias directement dans le cyberespace. C’est formid’ ! ».

Il m’a répondu par cet argument imparable : « on voit mieux quand c’est en grand sur du papier ». Bien sûr, suis-je bête.

Son atelier ‘découpage & collage’ a duré tout un après-midi. On avait décidé que la majorité de l’interface de Modeli-Morvax serait sur fond noir geeko-classe. Sur un écran, ça rend bien, mais dans le monde réel, c’est relativement crapouillou. Ses feuilles étaient devenues de véritables éponges gorgées de plusieurs gigalitres d’encre, ce qui l’a obligé a utiliser du papier plus épais et de qualité supérieure. La cartouche de noir était aussi vidée qu’un pitbull pédophile dans un jardin d’enfants. Bref, un concentré de gaspillage de temps et d’argent assez impressionnant.

Pour parachever l’absurdité de son œuvre, il avait tout assemblé à l’arrache avec des bouts de scotch claqués à la hussarde porcasse. Comme quoi : « en grand et sur du papier », on voit mieux que ça a été fait dégueulassement.

Quelques mois plus tard, on est passé à la version 2 de Modeli-Morvax. L’interface n’avait plus rien à voir. Son monstre de papier collant et dégoulinant a été mis à la benne. Une bien triste fin.

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Oh, et il y a eu la fois où Collèguette MesCouilles présentait son nouveau projet à toute la Te-boî. Elle a dit une phrase genre « concrètement, ça nous offre le challenge de devoir littéralement faire des cascades avec des requins », quelqu’un de quelconque a renchéri d’une blague du style : « attention, te fais pas mal, lol ! ». MesCouilles a alors répondu : « certes, mais on aura une bonne mutuelle ».

(Expliqué de cette manière, ça a l’air débile. Mais dans le contexte, ça se tenait).

Je-Sais-Tout, qui était assis à côté de moi, m’a discrètement soufflé à l’oreille : « c’est très habile, comme réponse ».

Il faut reconnaître que c’était effectivement semi-habile. Ces derniers mois, on était en pleine discussion sur le choix de la mutuelle qui allait devenir obligatoire et que les patrons allaient devoir payer à leurs ouvriers (ha ha ha ! pwnz ! ). Il est étrange que les entreprises doivent s’occuper de considérations relatives à la santé, mais c’est un sujet totalement autre, que nous n’aborderons pas ici. MesCouilles suggérait donc subtilement aux patrons qu’ils avaient intérêt à faire péter une mutuelle digne de ce nom.

Je-Sais-Tout avait donc raison en m’annonçant que c’était ‘très habile’. Et c’est cool. Sauf que c’est un peu du Captain Obvious. Et donc moi, en tant que personne un minimum au courant du monde physique à ma proximité, j’aurais dû approuver Je-Sais-Tout, afin de montrer que j’avais moi aussi repéré la très-habileté du propos.

Malheureusement, j’étais occupé à mesurer l’amplitude des mouvements de seins de Collèguette MesCouilles lorsqu’elle se déplaçait du côté droit de l’écran géant à PowerPoint vers le côté gauche de l’écran géant à PowerPoint. Du coup, j’avais pas repéré le Captain Obvious. Tout ce que j’ai trouvé à répondre à Je-Sais-Tout, c’est : « Ah bon ? ». Il m’a alors regardé d’un air malicieux.

Il a cru que je n’étais pas assez subtil dans ma tête pour repérer l’habileté de Colléguette MesCouilles. Je me suis alors dit : « Merde, il pense que j’ai vraiment besoin de lui pour comprendre les réalités de la vie, il va se déchaîner en continu à me sortir des brouettées de Captain Obvious ».

L’avenir montra qu’il n’a pas sorti plus de Captain Obvious que ce qu’il aurait pu sortir s’il m’avait pris pour un mec intelligent et pas accro aux nichons. Donc finalement tout va bien. C’est l’intérêt des gens qui sont dans leur petit monde de Je-Sais-Tout-itude. Tu peux faire n’importe quoi à côté d’eux, ils se comporteront toujours de la même manière.

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Pour les loisirs et les discussions hors travail, Je-Sais-Tout se la pétait également.

Il a découvert Battle for Wesnoth, un jeu de stratégie tour par tour bien sympa. Tout fier, il m’explique qu’il emploie une ‘stratégie par annihilation complète’. La façon dont il m’a énoncé cette vérité montrait bien qu’il pensait avoir inventé un concept totalement inédit. J’ai bien senti qu’il se gargarisait d’avance de me l’expliquer afin d’étaler sa science et me tartiner son génie jusque dans les parois internes de ma boîte crânienne.

Sa ‘stratégie par annihilation complète’ consiste à conserver provisoirement le dernier bâtiment d’une base ennemie. La partie n’est pas immédiatement gagnée, ce qui permet d’explorer toute la map et d’éliminer les unités hostiles restantes. La plupart des joueurs font ça. Et ceux qui ne le font pas ont au moins eu l’idée de le faire.

Ensuite, il m’a expliqué que juste avant l’attaque d’un de ces personnages, il sauvegardait et rechargeait sa partie tant que 100% des coups n’avaient pas touchés. Là encore, il était tout fou-fou de m’apprendre ça.

Je profite de l’occasion pour vous apprendre un mot de vocabulaire, tout en ayant l’humilité d’envisager la possibilité que vous le connaissiez déjà. Cette technique de sauvegarde-rechargement se nomme ‘save scumming’. Et donc, si ça porte un nom, c’est forcément que d’autres personnes y ont pensé avant ce cher Je-Sais-Tout.

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Il m’a également fait une ‘Star What’, ce qui est assez peu étonnant venant de lui. Il s’agit d’un acte assez fréquent, même les quotidiens les plus sérieux s’y amusent (http:// www. legorafi.fr/2015/12/15/le-gorafi-a-vu-pour-vous-star-wars-le-reveil-de-la-force/).

Vous ne savez pas ce qu’est une Star What ? Attendez, je vous la fais :

« Star Wars n’est pas un film réaliste, car en vrai il n’y a pas de sons dans l’espace. »

Les gens qui commettent des Star Whats, j’ai envie de les cogner. Bande d’abrutis ! Des rayons lasers qui s’arrêtent au bout de 40 centimètres, c’est réaliste ? Et un robot à roulettes qui se déplace dans du sable sans se vautrer lamentablement ? Et la créature aux gros doigts poilus qui ne se trompe jamais lorsqu’elle appuie sur les tout petits boutons du tableau de bord d’un vaisseau spatial ? (Vaisseau spatial que le propriétaire doit certainement traiter toutes les deux semaines contre les poux et les parasites vu la touffasse de poils du sus-mentionné machin).

Je vous laisse vous renseigner sur la notion de ‘suspension consentie de l’incrédulité’.

Le seul truc ‘incohérent’ (et non pas ‘irréaliste’) que je vois dans Star Wars, c’est Jar Jar Binks ayant réussi à atteindre l’âge adulte sans que personne ne l’ait préalablement massacré d’agacement. Il ne semble pas y avoir plus de sons dans l’espace que de darwinisme chez les Jar-jar-binkiens (j’emmerde le type dans le fond qui vient de piailler que ce sont des Gungans).

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Comme vous le savez (ou pas, mais osef), j’utilise la disposition de clavier Dvorak-bépo (https:// bepo. fr/wiki/Accueil). J’en ai chié des briques au début, puis je me suis senti suffisamment en confiance pour l’installer sur le PC du boulot.

J’en ai fait part à différents collègues, principalement pour me la péter mais aussi pour tenter de les convertir. (L’un d’eux s’y est essayé, ça m’a fait plaisir).

Je-Sais-Tout, pour qui toute idée ne venant pas de lui-même est systématiquement de la merde en branche, m’a très sérieusement expliqué que j’allais me retrouver dans la même situation que les gauchers. Ces pauvres gens ingâtés par la nature doivent continuellement switcher leur cerveau, selon qu’ils utilisent des objets génériques à préférence droitière ou des objets spécifiques à préférence gauchère. Je subis le même désagrément lorsque je passe momentanément sur un clavier azerty ‘normal’.

Ce switching est la raison pour laquelle les gauchers ont une espérance de vie un peu plus courte (leur cerveau et leurs muscles s’usent plus vite). Comme eux, je risque de mourir plus tôt.

Woaouw.

C’est bien connu : les bilingues, les gens utilisant plusieurs véhicules, les bisexuels et les bi-biphoques meurent tous prématurément.

J’ai lu quelque part que l’espérance de vie des gauchers semble statistiquement plus courte car les ‘gauchers seniors’ ne sont pas enregistrés comme tel. Il y a quelques dizaines d’années, on forçait tout le monde à utiliser sa main droite, et des gens qui auraient du être gaucher ont fini droitier ou gaucher contrarié. Il faut donc attendre encore une génération ou deux pour avoir des données fiables sur cette caractéristique.

Et même si les prédictions divinatoires de Je-Sais-Tout se révélaient exactes, je préfère mourir un peu plus tôt que vivre rongé par le regret permanent de ne pas avoir eu le courage de passer au clavier Dvorak-bépo. J’ai gagné la petite satisfaction personnelle d’avoir réussi à changer une habitude qui m’a été imposée par la masse populaire. Utiliser le Dvorak-bépo vous rend hype.

Lorsque je fais découvrir cette disposition de clavier à d’autres personnes, la plupart ne sont pas intéressées, trouvent ça bizarre ou estiment que c’est une perte de temps. C’est là ou Je-Sais-Tout est plus fort que les autres : il considère tellement que c’est une idée de merde qu’il tente de m’en sauver en me disant qu’elle va me faire vieillir prématurément. C’est une sorte d’égocentrique altruiste. Je ne savais même pas que c’était possible.

Attention, c'est une arme de vieillissement prématuré massif !

Attention, c’est une arme de vieillissement prématuré massif !

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Un jour, je lui ai dit comme ça : « C’est bizarre, à chaque fois que je prends une douche, j’ai soif juste après. »

Il m’a répondu : « Oui. L’eau, ça assèche. »

Du coup, je reste beaucoup moins de temps sous la douche, de peur de finir déshydraté.

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Lorsqu’il a appris la manière dont j’ai trouvé mon nouvel emploi (une candidature spontanée qui a mariné pendant un an avant de réapparaître), il a proféré d’une voix collégiale : « tu as pris un risque énoooooorme ».

Il voulait dire que cette candidature aurait pu ne pas aboutir, tout en parvenant malgré tout aux oreilles de Zarma.pro. Ça ne m’aurait pas mis en situation avantageuse : les divers chefs et collègues auraient été en droit de me le reprocher.

Je ne vois pas où est le problème. J’en avais vraiment marre de Zarma.pro (pour avoir le détail, lire mes articles précédents). J’essayais de faire ressentir cette marritude à mes chefs tout en leur empêchant d’y opposer du bullshit de type : « tu n’es qu’un gamin pleurnichard. Fais des efforts et on trouvera le moyen de te récompenser. Blabla implication blabla engagement blabla proactif. ».

Qu’ils apprennent d’une manière détournée que j’en ai ma claque au point de vouloir me barrer, ça me semblait être un signal d’alerte acceptable. Je m’en suis également servi pour m’aider à préserver ma santé mentale : je m’accrochais à ces petites lueurs d’espoir, ces candidatures spontanées que je lançais de ci de là, telles des bouteilles à la mer. ♫ ♪ ♬ Pris dans leur vaisseau de verre, les messages luttent, na na la la la la-la la, nia nia nia nia sur les rocheeeeeeeeeers ♪ ♫

De toutes façons, les chefs auraient fait quoi en ‘représailles’ ? Bloquer mes augmentations de salaire ? Me donner des tâches que j’aime pas tel que des maintenances client, au lieu de me laisser m’auto-kiffer sur du développement ? Me stresser à tel point que je me sente obligé de faire des heures sup’ d’esclaves sans même qu’ils aient besoin de me le demander explicitement ? Me dire en continu pendant plusieurs années que c’est pas le bon moment pour prendre des vacances ? Me retirer les projets que j’aime pour les jeter en pâture à Drache-Code qui les a gloubiboulgatisés ?

Ah non, c’est bon. Ils ont déjà fait tout ça. Du coup il n’y avait plus de représailles possibles.

Je soupçonne Je-Sais-Tout d’être un peu jaloux. Lui aussi aurait peut-être aimé partir de Zarma.pro. Là, il s’aperçoit qu’il avait une chance de le faire, mais elle lui est passée sous le nez. Alors il essaye de s’auto-rassurer en se disant qu’il n’aurait pas pu la saisir, car ça aurait impliqué qu’il prenne ‘un risque énoooooorme’. Peut-être qu’il est triste dans son coin et que pour minimiser cette tristesse, il se dit qu’il n’y pouvait rien, car il a choisi la sécurité pour sa vie professionnelle et familiale.

Honnêtement, je ne crois même pas que je puisse me vanter d’avoir pris un risque. Je ne pense pas être quelqu’un de vraiment courageux, en particulier pour tout ce qui concerne le Travail. Faire des candidatures spontanées, ce n’est pas un truc de ouf. Faut arrêter la parano.

Paranoia

D’autres gens

J’avais vraiment besoin de me lâcher sur mes chefs et quelques collègues en particulier. Ceci étant fait, il reste des personnes sur qui j’ai une quantité honorable de bêtises à dire. Je vous met tout en vrac.

Colléguette Dièse-effe-huit-effe

L’une des secrétaires. Elle s’appelle ainsi rapport à sa couleur préférée.

J’étais son délégué suppléant. Oui, figurez-vous que suite à un concours de circonstances un peu long à raconter et totalement inintéressant, j’ai été élu délégué du personnel et faisais partie du comité d’entreprise. Je l’ai techniquement souhaité, et je me suis dit que ce serait l’occasion de faire des trucs cools.

L’ensemble des délégués a accompli une foule de choses : organiser des repas de Noël, négocier cette fameuse mutuelle d’entreprise, reprendre les calculs d’indemnisation des déplacements, etc. Mais je n’ai personnellement servi à rien dans toutes ces réalisations.

J’assistais aux réunions et notais les phrases rigolotes de chacun pour me donner une contenance. C’est tout. Concernant les actions concrètes, je ne savais jamais par où commencer, et n’osais pas demander de peur de passer pour encore plus débile que je ne l’étais. Mon absolue inutilité a certainement fini par se voir, mais personne n’a eu la cavaliéritude de me le dire.

J’espère que Dièse-effe-huit-effe n’a pas été trop embêtée d’avoir eu un suppléant aussi plante-vertesque. Elle ne méritait pas ça, c’était une nana cool.

Cette expérience m’a apporté deux choses :

  • Si on me demande de refaire délégué du personnel, je pourrais répondre, sans éprouver la moindre culpabilité : « non merci, j’ai déjà fait, je ne me suis pas trouvé très compétent ».
  • J’ai décidé que je ne dénigrerai jamais le travail effectué par d’autres délégués du personnel. Je leur demanderai des choses en cas de besoin, mais je ne dirai jamais qu’ils font de la merde ou qu’ils branlent rien.
Le repas de Noël. Mais y'avait pas Jésus.

Le repas de Noël. Mais y’avait pas Jésus.

Colléguette Maryse-Gâteau

Une autre secrétaire.

Je n’ai pas bien compris pourquoi tout le monde la portait aux nues. Elle travaillait beaucoup, sérieusement et bien, mais beaucoup d’autres gens dans la boîte faisaient montre de la même abnégation sans qu’on chante leurs louanges (oui, je m’inclus dedans). Est-ce que c’est parce qu’elle avait ‘un certain âge’ ? Je ne sais pas.

Le fait que tout le monde la portait aux nues lui donnait le droit implicite d’être exigeante envers les autres, ce qui m’a valu un moment merdique de plus.

Je suis dans le bureau-open-space en compagnie d’un stagiaire. Collègue Eurod’ était présent le matin mais était ensuite parti en déplacement. Je suis donc le seul à pouvoir répondre au téléphone. Celui-ci sonne. Un client avec un problème urgent. Il me blablate ses symptômes, je prends le contrôle de son PC par TeamViewer et commence à dépatouiller son bronx.

Le téléphone re-sonne. Un autre client avec un autre problème. Il me précise que c’est ‘urgent urgent urgent’, soit deux ‘urgents’ de plus que le client précédent. Je décide donc de m’en occuper tout de suite. (Je m’étais établi mon propre système de hiérarchisation des tâches, suite aux non-définitions de priorités par Chef Random). Blablatage symptôme, TeamViewer, débronxage en cours.

Le téléphone de Collègue Eurod’ sonne. Un client jean-foutre qui veut qu’on lui renvoie son contrat de maintenance, parce qu’il ne parvient plus à le retrouver dans son bordel. C’est une tâche administrative, j’estime donc que ce n’est pas à moi de la faire, d’autant plus que je ne sais même pas où trouver ce papier à la con. Je lui dit de voir ça avec notre secrétaire et lui donne le numéro à appeler. Normalement on ne doit pas faire comme ça, on doit transférer l’appel. Mais je ne suis jamais sûr d’y parvenir avec ces téléphones auxquels je ne comprends rien et je voulais me débarrasser très vite de ce clampin car j’étais toujours au téléphone avec le client urgent urgent urgent.

Le téléphone de Collègue Eurod’ re-sonne. C’est Maryse-Gâteau pour me dire qu’elle vient d’avoir un client à la con requérant son contrat de maintenance à la con. Je lui dit que je suis au courant et que c’est moi qui l’ai refilé à Dièse-Effe-Huit-Effe. Mais cette dernière n’était pas à son bureau, c’est donc Maryse-Gâteau qui a pris l’appel. Cette dernière-dernière voulait avoir Collègue Eurod’ pour qu’il lui donne ce putain de contrat. Mais ce dernier n’était plus là. Mais elle ne s’en est pas rendu compte puisqu’elle l’avait vu le matin. Elle me dit : « Tu peux pas lui donner toi-même, ce contrat de maintenance ? ». Je dit que non, parce que je sais pas où il est. Elle rétorque « Ah bah voilà, si personne n’y met pas un peu du sien », puis elle raccroche.

5 minutes plus tard, Maryse-Gâteau débarque dans mon burlingue-open-space, ouvre un placard, en sort un classeur à paperasse, le referme en faisant « blong » bien fort et repart en clac-claquant des talons.

Je dis à mon client en cours que j’ai un petit truc urgent urgent urgent urgent à faire et que je le reprendrai dans quelques minutes. Je vais voir Maryse-Gâteau. Elle s’était construit un superbe regard lourdement armé de reproches. Je me confonds en excuses. Elle m’engueule comme quoi on est passé pour des imbéciles auprès du client qui a dû appeler plusieurs numéros à la suite, que j’aurais dû transférer l’appel ce qui m’aurait permis d’expliquer préalablement la situation.

Elle avait raison, mais j’estime que je ne méritais pas de me faire engueuler à ce point là. Je ne lui ai même pas dit que j’avais deux maintenances simultanées en cours. D’une part j’ai pas osé parce que ça risquait de la foutre encore plus en colère que je me permette de lui parler de MES problèmes de Travail, d’autre part elle m’a pas laissé en placer une et d’autre-autre part j’entrais dans la période où je commençais à en avoir plus rien à foutre de cette boîte.

Quelques semaines plus tard, je fais mon entretien quadri-annuel d’évaluation avec Chef Random. Il mentionne cette désastreuse histoire et fournit son avis personnel, à savoir que j’avais vraiment merdé. Ce gros nul avait tout suivi depuis son bureau juste à côté, il s’en servait pour me pourrir non-subtilement. Quand je vous disais que ce mec était un tocard social.

Lorsqu’elle devait s’absenter, Maryse-Gâteau me demandait parfois si elle pouvait rediriger son téléphone vers le mien. J’avais alors la charge de secrétaire. J’étais un tout petit peu fier qu’elle me confie cette tâche. Étrangement, elle ne me l’a plus jamais demandé ensuite. À vrai dire ça m’arrangeait. Je suis nul en secrétaire, j’ai une voix de benêt au téléphone et je fais des « euuuuh » d’adolescent de 13 ans.

Avant que tout cela n’arrive, il m’était arrivé une fois de rêver d’elle. Un rêve bizarre, mais tout public. Elle s’était monté un stand en plein milieu d’un immeuble en construction, avec une porte posée sur des tréteaux, et elle vendait des gâteaux. Les ouvriers passaient à côté d’elle sans vraiment y faire attention, mais elle gardait le sourire et l’espoir.

C’était mignon comme rêve et ça collait super bien à sa personnalité et ses hobbies. Je me suis dit que j’aurais pu lui raconter, à l’occasion, durant une pause café. Ça l’aurait fait rire. Je ne l’ai pas fait parce que raconter ses rêves relève d’une ouverture à l’autre assez intime. Elle aurait peut-être été gênée que je lui dévoile quelque chose d’aussi personnel. Finalement, j’ai bien fait d’avoir gardé ça pour moi.

Oui, c'est un gâteau. En forme de téléphone.

Oui, c’est un gâteau. En forme de téléphone.

Un jour, Collègue Tourbator avait lancé un concours de pâtisserie. Tous les mardis, quelqu’un apportait un gâteau fait maison. On le mangeait pendant la pause, on donnait des notes et le gagnant recevait je-sais-plus-quoi. J’avais participé avec un gâteau-minecraft qui me valut de ne pas terminer dernier, j’étais assez content de moi.

Maryse-Gâteau a remporté la palme avec des ultimo-tartelettes vraiment délicieuses. Est-ce qu’elle méritait vraiment de gagner ou est-ce que des gens lui ont hypocritement donné une très bonne note parce qu’ils la portent aux nues ? Je ne sais pas.

Une autre fois, elle a envoyé un mail pour signaler qu’un outil mis en place par Collègue SuperFlamby ne lui convenait pas. Elle avait raison, le bidule l’obligeait à faire une double saisie. Hou que c’est vilain les doubles saisies ! Personne n’aime ça.

Sauf qu’elle a envoyé ce mail à tout le monde au lieu de le limiter à SuperFlamby. On ne crie pas intempestivement à la face du monde ses râleries professio-personnelles, c’est donc une faute qui aurait pu lui être reprochée. J’ose espérer que MegaChef Storitel s’en est chargé, c’est quand même le rôle d’un chef d’effectuer ce genre de recadrage. Mais parmi les collègues de même rang professionnel : bernique. Je n’ai eu vent d’aucune remarque qui lui aurait été faite. Alors que par ailleurs, divers déblaterrages sur diverses personnes s’échouaient dans mes récepteurs auditifs et visuels.

Une autre-autre fois, elle a traversé notre burlingue-open-space en se faisant la plus discrète possible tout en nous montrant qu’elle voulait être discrète. Je lui demande : « Tout va bien, Maryse-Gâteau ? ». Elle nous explique qu’elle venait de déblaterrer sur une technicienne-Cliente, la traitant de conne et autres noms d’oiseaux, et qu’ensuite elle s’était aperçue que cette personne attendait dans le couloir juste à côté. C’est pourquoi elle avait préféré s’éclipser discrètement par un chemin détourné.

C’est vrai que pourrir un Client alors qu’il y a un risque qu’il entende tout, c’est vachement moins grave que de le balader d’un numéro de téléphone à un autre. Mais là encore, personne n’est allé lui reprocher son erreur, alors que je n’étais pas seul dans le burlingue lorsqu’elle est passée.

Tout ça pour dire que je n’étais vraiment pas à l’aise avec Colléguette Maryse-Gâteau. J’avais l’impression d’être le seul sur Terre à m’apercevoir qu’elle faisait parfois des bêtises (comme tout humain normalement constitué) tandis que le reste du monde la portait aux nues et la trouvait constituée à 100% d’awesomeness professionel.

Maryse-Gâteau en stealth mode.

Maryse-Gâteau passant dans le burlingue en stealth mode.

Collègue SuperFlamby

C’était pas tout à fait un ‘collègue’, il était également chef d’un ensemble de bazar technique. Mais osef.

À chaque fois qu’il devait trancher, il choisissait la solution intermédiaire, d’où sa flambitude. Il utilisait des mots et des expressions pas très viril : « banette », « en regard de », « douchette », « lever un flag d’alerte » (en faisant le geste d’un petit drapeau qui se lève), …

Les scientifiques fous, dont j’ai parlé précédemment, avaient commandé un audit pour la conception de leur fameux logiciel d’analyse d’acariens. SuperFlamby avait rédigé un rapport assez bien ficelé, qui faisait office de document de spécification.

Ce rapport contenait plusieurs ‘stories’, des petites descriptions courtes racontant une utilisation particulière d’une fonctionnalité du logiciel. Il avait donc défini plusieurs profils d’utilisateurs, en attribuant un prénom à chacun, comme si c’était des gens du monde réel.

Je ne savais pas qu’on pouvait rédiger un document de spécification de cette manière. Ça aboutit à quelque chose de peu viril dans sa formulation, mais assez clair et bien présenté.

Par contre, là où il a complètement merdé, c’est au moment de baptiser les profils. Il y avait une « Renata ». WTF ? Même en Afrique post-colonialiste personne ne s’appelle comme ça !

C’était peut-être un clin d’œil scientifique à cette personne, ou celle-là (https:// en.wikipedia.org/wiki/Renata_Kallosh, https:// fr.wikipedia.org/wiki/Renata_Briano).

Hell Yeah ! Science !

Hell Yeah ! Science !

Actionnaire Roux

Étant donné mon niveau hiérarchique, je n’ai évidemment jamais eu la possibilité de l’approcher ni de m’imprégner de son aura divine.

Mais j’ai tout de même eu la chance de le voir apparaître à une méga-réunion annuelle corporate. Il nous a dit qu’en tant qu’Actionnaire, il était « confiant » et « rafraîchi » par des réunions comme ça.

Ensuite, on est allé bâffrer gratoche au traditionnel apéro empiffratoire du midi.

Collègue Nounours

J’en ai déjà parlé ici et là.

C’était un rayon de soleil pour mes espoirs de glandage professionnels. Je le voyais soit buller, soit faire des trucs qui ne servaient à rien. Il était ma preuve secrète de la possibilité d’atteindre un jour mon nirvana personnel, à savoir : donner l’impression à tout le monde que je travaille tout en glandant comme un porc et en passant mes journées à coder des jeux vidéos et écrire des articles de blogs.

Il allait parfois démarcher des gens pour présenter nos super-logiciels. À son retour, Cheffette Gothique lui demandait comment ça s’était passé. Il se contentait de répondre « tu sais, avec ce type de clients, c’est sur du loooooooong terme. » C’est tout. Ça consistait l’intégralité de son compte-rendu de démarchage. Un rayon de soleil, vous dis-je.

Une autre fois, il s’est mis en colère parce qu’il ne retrouvait plus des papiers qu’on lui avait déplacés lors d’un de nos déménagements à moment merdique. Il nous a dit : « merde, merde, merde ET MERDE ! ». Quelques jours plus tard, il les a retrouvés. C’était très drôle.

Du looooooooong terme.

Du looooooooong terme.

Collègue KoupChou

Le responsable ‘infrastructure du monde physique’.

C’est auprès de lui que je venais pleurer ou m’excuser quand je foutais le bordel avec l’alarme du bâtiment. (Le dernier à partir devait allumer l’alarme, mais y’avait toujours une capilotade qui empêchait de le faire. Je ne peux pas vous raconter ces épisodes foireux car j’y comprenais jamais rien).

Un jour, on a été envahis par des cochonneries de petits insectes. Je ne sais pas du tout ce que c’était, on les nommera donc : ‘ploncres’.

Je vais voir Collègue KoupChou pour lui en parler. Et là, est-ce que tu sais ce qu’il me répond, lecteur ?

« Oui, c’est rigolo. Quand on shoote dans l’un d’eux, il se recroqueville sur lui même et roule comme une petite bille ! »

Je veux bien entendre qu’être responsable monde-physique soit une charge compliquée et que la quantité de tâches qui en décombe ait pour conséquence qu’on ne puisse correctement prévoir ni repousser une invasion de ploncres. Mais quand ça arrive, ce serait bien d’avoir la décence de pas faire son malin.

Je m’attendais à ce que KoupChou ait une réponse éventuellement impuissante, mais au moins humble : « on a été attaqué par surprise, j’ai pas le temps de m’en occuper maintenant ». Eh bien non. De son joyeux aplomb auto-validant, il n’éprouve aucune culpabilité à brâmer : « Bibilles ! Lol ! « .

Je vous passe les considérations d’hygiène qu’on pourrait hypothétiquement avoir quant à la prolifération de ploncres.

Ploncre rush !

Ploncre rush !

Collègue SuperCommercial

Un type un peu inquiétant. Il disait tellement que ce qu’on faisait était génial, que ça ne semblait pas naturel. Surtout que des fois on faisait quand même bien de la merde.

J’ai eu un road trip à faire avec lui. Ça a été très compliqué, mais pas pour la conversation. C’est un super-commercial, il a donc ce super-pouvoir de générer automatiquement un sujet dès qu’il y a un blanc. Le problème a été la conduite. Je suis une incommensurable quiche dès que j’ai un volant à la main. Au début ça allait, c’était de l’autoroute. Puis on est arrivé dans une ville, il a fallu regarder le GPS en même temps que conduire. Multi-drames :

  • Je me suis planté 3 fois de route (le GPS indiquait le bon chemin, mais je n’arrivais pas à analyser précisément ce qu’il me disait),
  • je me suis arrêté en plein milieu d’un embranchement sans savoir où aller,
  • mon cerveau me faisait paniquer en continu à tel point que je ne voyais plus les feux passer au vert,
  • pour se garer, SuperCommercial m’a pris le volant des mains car je ne comprenais même plus dans quel sens ça tournait quand on reculait (au reste, j’ai jamais vraiment compris le fonctionnement de ce concept extrêmement bizarre de ‘marche arrière’).

Il était totalement désespéré. Je pense qu’il avait dépassé le stade de la pitié pour atteindre une sorte d’état supérieur s’apparentant à celui d’un observateur externe étudiant un singe dans un zoo.

Je déteste conduire, c’est de la merde. Mais si je me lance dans ce sujet j’en ai encore pour 12 articles.

Un autre truc marrant avec ce monsieur, c’était son utilisation outrancière des anglicismes. Ça ne me dérange pas, ça fait partie de ses super-pouvoirs, d’ailleurs je dois certainement en utiliser moi-même sans m’en rendre compte. Là où ça devient rigolo, c’est avec le mot ‘bid’.

‘Bid’ signifie ‘offre’ ou ‘proposition’ (de vente ou d’autre chose). Dans une phrase en français, ça produit un effet assez ridicule : « on va faire un bid ! », « c’est vraiment un très gros bid », …

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Collègue NinjaBlingBling

Un mec cool. Je l’aimais bien, il avait pas peur d’ouvrir sa gueule et lâchait rien, il s’accordait donc à merveille avec des gens comme moi ayant une personnalité flambie.

Il a découvert une souris morte au milieu du couloir (c’est impressionnant la quantité de bestioles débiles qui squattait cette boîte). Il l’a jeté et a envoyé un mail de pourrissage général pour signaler qu’évidemment personne d’autres que lui n’avais fait l’effort de le faire et que donc on était tous très vilains. Sauf que son action héroïque, il l’a accomplie vers 8 heures du matin, en étant parmi les premiers arrivés. Alors oui forcément, personne n’a pu le faire avant lui.

Je me permet d’ajouter que quand j’ai décollé un cadavre de lapin mort sur le parking, je n’ai pas pourri la totalité de l’univers connu à coups de mails héroïques, ni signalé que « chacun doit nettoyer son propre caca ».

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Collègue GenerationY

J’en ai déjà parlé. Un mec bizarre.

Petite anecdote merdico-rigolote : lorsqu’il jouait à la belote à la pause de midi, il râlait et s’énervait tout seul parce qu’il n’avait jamais un bon jeu et que son partenaire du moment jouait comme un pied. J’ai fait une seule partie avec lui, ça a été un rouspéto-roumégage continu.

Maintenant que j’y pense, mon cerveau est vraiment un abruti de m’avoir mis mal à l’aise durant ces moments pouilleux où Collègue GenerationY me faisait bien sentir que j’étais un boulet. Le fait que c’était un petit enfant mauvais joueur aurais dû me donner la force de caractère pour m’immuniser contre ses influences boulettisantes.

Bref, encore un beau tocard de bonne facture.

De toutes façons j’ai jamais rien pigé à la belote. Je préfère le Perudo.

MégaChef De L’Industrie

Il est arrivé un peu de nul part. Mais sa légitimité a été automatiquement et unanimement approuvée lorsqu’on nous l’a présenté durant une grande messe corporate et qu’on nous a dit qu’il venait « de l’industrie ».

C’est sérieux l’industrie. Couillu, viril et tout. Pas comme ces petites taffiotades de logiciels qui sont des produits immatériels et qu’on ne peut donc pas physiquement bifler même en étant doté d’un énorme pénis d’industriel.

L’une des équipes de la boîte fonctionnait mal (pas Test-0-Steron, une autre). MégaChef De L’Industrie était chargé de la ‘redresser’. Il a étudié le tout, a écouté chaque personne et a donné une consigne générale :

« Messieurs les commerciaux, vendez. Vendez tout et n’importe quoi. Même des choses qui n’existent pas encore. Nous derrière, on saura vous fournir les moyens qu’il faut pour les faire exister. »

Vous la sentez venir, la cagafouillade géante ?

Les commerciaux, stressés par cette consigne, casseront les prix. Ils retourneront voir De L’Industrie, l’œil hagard et le costume débraillé, en clamant : « j’ai réussi à vendre un logiciel féérique et inexistant pour 100 euros. C’est un peu bas comme prix, mais je n’ai pas pu obtenir mieux, pourtant je me suis démené comme un beau diable ».

Ensuite, De L’Industrie dira aux ouvriers-codeurs de créer la féérie très très vite. Il ajoutera (ou pas) les « moyens qu’il faut ». Ça monopolisera trouze-mille jour-hommes et à la prochaine grande messe corporate, toute l’équipe sera pointée du doigt comme étant vilainement pas rentable.

Parce que « vendre tout ce qu’on peut » et « vendre tout ce qu’on peut en étant rentable », c’est pas la même chose. Mais si je dis ça, c’est sûrement parce que j’y connais rien en gestion d’entreprise, je viens tellement pas de l’industrie.

Ça c'est de l'industrie !

Ça c’est de l’industrie !

Collègue Moche

C’était juste un mec super moche. Ça arrive.

J’ai été choqué par le champ gravitationnel d’hypocrisie généré dans son entourage.

Aucun des autres collègues, mais absolument AUCUN, n’a mentionné son hypermocheté au détour d’une conversation quelconque. Même lorsqu’il n’était pas présent.

Ça m’a un peu inquiété. J’avais l’impression d’être le seul au monde à avoir remarqué sa pas-gueule, j’étais limite à me demander si ça faisait pas de moi un mec encore plus bizarre que je ne le pensais, ayant des critères de beauté totalement différents des autres.

Mais un jour, j’ai croisé ce collègue alors que j’étais dans un bar en compagnie de gens du pas-travail. Ils m’ont tous dit que j’avais du cran pour passer plusieurs heures par jour à moins d’un kilomètre de lui sans vomir. J’ai été rassuré.

On ne se rend pas assez compte à quel point c’est important pour sa santé mentale de côtoyer des gens qui n’hésitent pas à balancer du bon gros troll de merde.

(Ici, ne pas mettre de photo de Collègue Moche, sinon vous allez exploser).

Collègue Remplaçant

C’est donc le monsieur qui m’a remplacé lorsque je suis parti. Il était destiné à un autre morceau de la boîte, mais du coup il a été catapulté dans l’équipe Test-0-Steron.

Première rencontre avec lui, avant son embauche officielle. Cheffette Gothique lui demande : « Tu t’y connais en C# ? En karmagraphie tantrique ? En OpenGL ? ». (C’était les technos sur lesquelles je bossais).

Il répond que non, et que c’est pas ce qui l’intéresse ni ce qu’il voudrait apprendre. Cheffette est tombée des nues. La suite de la conversation a été assurée par d’autres collègues et ça a dérivé en pseudo-réunion de choix techniques sur Modeli-Morvax. Remplaçant était au milieu de tout ça, plus personne ne s’intéressait à lui (à moi non plus, mais c’était normal vu mon statut de lâcheur officiel en période de préavis de démission).

Le lendemain, Cheffette Gothique annonce à toute l’équipe que Chef «  » l’a appelée pour nous pourrir intégralement tous. Collègue Remplaçant était allé se plaindre qu’on l’avait mal accueilli et qu’il aurait du mal à s’intégrer, car on lui avait dit qu’il devait maîtriser des technologies ne faisant pas partie de ses intérêts.

Je ne peux pas savoir si Collègue Remplaçant a réellement pleuré dans les jupes de Chef «  », ou s’il a juste émis quelques remarques que Chef «  » a pris pour du pleurage de jupe. Personnellement je pencherais pour la deuxième option. Dans tous les cas, le premier contact entre Collègue Remplaçant et l’équipe Test-0-Steron a vraiment été supragénial et annonciateur d’auspices les plus suprameilleurs.

Les auspices girls ?

Les auspices girls ?

Des conneries que j’ai faites

Ayant bien déblaterré sur les déblaterrages de mes collègues et chefs, je me dois de rétablir un minimum d’équilibre dans l’univers global. Voici donc la liste de mes conneries. Je ne vais pas trop détailler car je ne suis vraiment pas fier de ces actes. Si vous ne comprenez pas de quoi je parle, ce n’est pas grave, passez à la suite. (Ce conseil s’applique également à l’ensemble de mon blog, voire à l’univers global).

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Je devais installer sur le poste d’un client le middleware tantrique de merde dont j’ai déjà parlé maintes et maintes fois. Comme toujours, cette action n’était pas censée prendre plus d’un quart d’heure. Comme toujours, y’a eu une merde. L’installation ne marchait pas, sans que je sois capable de déterminer pourquoi. J’en ai eu marre et j’ai dit au client qu’il y avait qu’à copier les fichiers du middleware. Ce que j’ai fait, en prenant ceux que j’avais sur mon poste. Ça a fonctionné, je suis passé à autre chose. Ensuite, le client à recopié ces mêmes fichiers sur une dizaine d’autres de ses postes, ce qui n’était pas déconnant puisque je lui avais dit que ça passait crème.

3 mois plus tard, tout a pété chez eux. La copie des fichiers avait embarqué notre clé de licence. Or il s’agissait, non pas d’une clé client, mais d’une clé partenaire, qui doit être renouvelée tous les ans.

C’est Collègue Drache-Code qui a dû réparer un par un tous les postes. Force est de reconnaître que cette fois-ci il a fait quelque chose de bien. Mais il était pas jouasse. Il a dit à la cantonnade de l’équipe : « j’en ai marre de nettoyer les merdes de tout le monde ». Je me suis confondu en excuses.

Oups... Boulette.

Oups… Boulette.

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Y’a aussi l’histoire de Machin, un mec d’une société partenaire qui a dit à Chef Random qu’il passerait peut-être nous voir (on savait pas trop dans quel but). Après moultes tergiversations, il a envoyé un mail pour demander : « finalement, je me radine ou bien ? ». Je me suis dit que des gens plus importants que moi s’occuperaient de cette relation publique, je n’ai donc pas répondu, et je n’ai pas non plus transmis.

Chef Random vient me voir et me dit : « Yo. Il est mort pendant eul’ trajet, Partenaire Machin, ou bien ? ». Et là, un doute m’habita. Je reconsulte le mail et m’aperçois que les seuls destinataires sont moi et Collègue Eurod’ (qui était en congés). J’ai signalé ma boulette à Chef Random, mais c’était trop tard. L’heure du rendez-vous éventuel était pas-dépassée-mais-presque. Chef Random a été obligé de s’excuser auprès de Partenaire Machin. Ensuite il m’a engueulé.

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Je suis en partie responsable de L’IHM pourrie de Modeli-Morvax v1.0. Elle était tellement pourrie qu’on ne comprenait pas toujours les effets d’un clic ou d’un glisser-déplacer, ce qui a contribué à faire dire à Chef «  » que « Modeli-Morvax, il fait n’importe quoi ».

Mais sur cette connerie, j’étais pas tout seul. Drache-Code en était l’instigateur principal.

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Ça faisait plusieurs mois que je travaillais sur GLORP, un outil de mise à jour des glorps. À chaque livraison, le client nous balançait une liste de bugs. (Au passage, certains d’entre eux étaient la conséquence de spécifications initiales pas claires, mais ça c’est comme d’habitude).

Lors de l’une des livraisons, le client nous re-signale un bug déjà signalé la fois précédente. Je vérifie. Effectivement : j’avais oublié de coder la correction !

Je savais ce que je devais faire pour cette livraison, je m’étais concocté une petite liste. Eh bien j’ai oublié un truc dans cette liste.

Ça fait vraiment bizarre. On peut se planter de plein de manières quand on fait du dev, mais ‘oublier’ quelque chose, c’est rare, il faut vraiment être à la masse. (Je l’étais, ça faisait plusieurs mois que je codais régulièrement les soirs et les week-ends pour cette merde).

Après ça, on a décidé de créer des tests de validation pour GLORP. Excellente idée ! D’ailleurs, ne serait-ce pas ce qu’il aurait fallu faire dès le début ?

Sorry, my bad.

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Il y a également les autres conneries que j’ai déjà racontées : la confusion prise série / prise VGA, la clusterisation de persona-pixels et le non-transfert du téléphone avec Maryse-Gâteau.

D’autres trucs en vrac

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Lorsqu’on part d’une boîte, on a droit à des vacances de fait : durant toute la période de préavis, vous pouvez glander, vous n’en avez plus rien à foutre. Légalement, cette période dure 3 mois. Mais les entreprises savent très bien que leurs ouvriers en profitent pour buller à foison tels des cachets d’aspirine dans l’eau, donc elles « acceptent gracieusement » de réduire ce temps à 2 mois.

Cette putain de boîte ne m’a même pas accordé la totalité de cette période magique. Lors de mon embauche 4 ans plus tôt, j’avais accepté d’avoir le statut de technicien et non pas d’ingénieur. Nonobstant la paye de merde, mon préavis était d’un mois seulement.

Sans que je comprenne pourquoi, j’éprouvais une espèce de stupide conscience professionnelle, certainement due au fait qu’ils m’avaient conditionné pour faire de moi un bon petit soldat corporate. Ce sentiment m’a forcé à travailler à nouveau les soirs et les week-ends, pour documenter tous les projets sur lesquels j’avais travaillé. Mon abruti de cerveau m’a forcé à ne pas partir en laissant mes collègues dans la merde.

Même ce tout petit mois de glandage autorisé, je n’en aurais pas profité pleinement. D’autre part, il est fort possible qu’ils ne lisent pas ma documentation. Clampins.

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Sur une période de plusieurs mois, j’ai gaspillé le temps libre que la société civile actuelle daigne m’accorder pour coder un super algorithme d’appariement de caractochromes karmagraphiques. Ça m’intéressait vraiment et c’était un chouette challenge de code.

L’algo fonctionnait plutôt bien. On s’en est servi pour fournir des prestations one-shot à des Clients. Chef Random et Collègue SuperFlamby ont eu vent de ma réalisation, l’ont trouvé sympa et m’ont dit que ça pourrait être sujet à du CIR (Crédit d’Impôt Recherche). Ça rapporterait peut-être pas beaucoup, surtout que d’autres projets bien plus sérieux avait été soumis, mais du pognon gratuit c’est jamais négligeable. Chef Random a laissé sous-entendre que ça pourrait même mériter une augmentation ou une prime.

J’étais super fier de moi. Beau gosse, bon petit soldat, viril et tout.

Ensuite, SuperFlamby m’a demandé de rédiger des documents pour argumenter la demande de CIR. Il les fallait évidemment pour avant-hier. J’ai à nouveau dépensé du temps libre, à un moment où je voulais le garder pour moi et me faire plaisir. Je n’ai jamais vu la couleur de mon augmentation ou de ma prime. Je ne me souviens même plus si le CIR en question a été validé.

Cette déliquescence est assez représentative de la déliquescence progressive générale de ma motivation dans cette boîte.

Je m’en veux d’avoir brûlé tout ce temps libre. On ne m’y reprendra plus jamais. Si un jour j’ai une super-idée d’un super-projet super-génial pour la super-boîte dans laquelle je super-bosse actuellement, j’en parlerais peut-être à des collègues, mais je ne claquerai pas une microseconde de Temps Libre pour ça.

"M'appelez pas CIR. Je ne suis plus roi."

« M’appelez pas CIR. Je ne suis plus roi. »

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Je me suis petitement remboursé de mes heures sup’ d’esclave et de mon salaire de misère non-augmenté, en volant régulièrement des serviettes essuie-mains que j’utilisais ensuite comme mouchoir. De plus, comme expliqué dans un ancien article, mon corps s’est inconsciemment entraîné à faire caca uniquement durant le travail.

Pendant plusieurs années, j’ai donc très peu acheté de mouchoir en papier et de PQ. Il n’y a pas de petites victoires.

Je tiens à remercier mon corps pour son dévouement et sa ténacité durant ces opérations d’optimisation de budget.

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Comme déjà écrit, on devait tracer le temps qu’on passait sur nos différentes tâches. Ça se faisait avec une interface poucrave et pas pratique, bien évidemment développée en interne. C’est marrant, la situation était la même à Merluchon Corp (ma précédente-précédente boîte). Il y aurait peut-être du fric à gagner à vendre ce genre d’outil.

Je m’étais développé un petit script dans mon coin, (en python, of course). Il récupérait les décomptes de temps que j’avais écrit à l’arrache dans un fichier texte, ajoutait automatiquement le pipeautage nécessaire pour compléter ce que je n’avais pas (ou ne voulais pas) noter et générait un bout de Javascript. Je n’avais plus qu’à le copier-coller dans la console du navigateur et ça envoyait les requêtes Ajax comme si c’était moi qui saisissait tout bien comme il faut.

Cheffette Gothique a fini par me choper avec ce script. Elle a été gentille et l’a bien pris. Tant que les stupides décomptes étaient déclarés, elle ne trouvait rien à redire.

De toutes façons, les valeurs étaient totalement fausses et hypocrites. C’est le cas dans la plupart des boîtes, mais dans celle-ci c’était particulièrement flagrant. Attendez, je vous explique.

Le but annoncé de ces traçages de temps est de « pouvoir estimer les charges de travail des projets futurs, afin d’évaluer ceux qui seront les plus rentables ». Partons du principe que ce n’est pas une vaste blague.

Au début, l’unité utilisée était l’heure. Quand on faisait des heures supplémentaires, on arrivait à un total journalier supérieur à 8.

Le problème pour les chefs, c’est qu’un tel système traçait les heures sup’, qu’on aurait pu ensuite s’amuser à compter et à revendiquer. Il a donc été décidé d’utiliser l’unité de « fractions de journée ». La somme quotidienne des comptages de temps devait toujours être égale à 1, les heures sup’ n’était plus visibles.

Du coup, ces comptages étaient inévitablement faux, on ne pouvait en déduire la charge de travail réelle d’un projet, ni estimer celle des projets futurs. Le but annoncé au départ n’était donc bien qu’une vaste blague.

Autre chose amusante à ce sujet. Nos fringants financiers avaient estimé le coût journalier d’un ouvrier-codeur, afin de pouvoir directement évaluer si un projet est rentable ou pas. Ce coût journalier était bien plus haut qu’un salaire journalier d’ouvrier-codeur, ce qui est normal : il faut compter les charges, jours de congés, loyers, frais fixes ainsi que les salaires des « improductifs » : chefs, gens de l’infrastructure du monde physique, secrétaires, financiers, …

Ça vaudrait le coup de se poser la question d’un tel système, qui ne permet de mesurer que la productivité des gens productifs, mais je ne vais pas m’étendre là-dessus. Rappelons que je n’ai aucune idée de la manière dont est censé être géré une boîte et que je m’en fous complètement.

Un beau jour, ce fameux coût journalier a été recalculé par les financiers, qui l’ont instantanément fait grimper de 150 euros ! Je veux bien croire que tout augmente, mais aussi rapidement c’est un peu suspect. Soit c’est du flan pour nous faire culpabiliser qu’on coûte cher et nous message-subliminaler qu’on doit travailler plus. Soit ils étaient complètement à l’arrache et n’avaient pas réajusté le coût depuis des années. Dans les deux cas, ça rend leurs savants calculs pas crédibles.

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Je suis parti

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J’étais venu dans cette boîte parce que la paye de merde était contrebalancée par le fait que la totalité des 35 heures étaient sous forme de RTT. Ça m’aurait fait plein de temps libre, ce qui est plus important que l’argent pour moi.

Je n’ai jamais pu prendre toutes ces belles RTT, pas plus que mes jours de congés. J’ai été obligé d’en cumuler une quantité stratosphérique. Ils m’ont tout remboursé quand je suis parti, sauf que c’était sur la base de mon salaire de merde. J’aurais vraiment préféré avoir ça sous forme de temps libre.

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Avant de partir, j’ai fini toutes les bouteilles entamées qui traînaient dans les frigos. Ça m’a donné un sentiment de nettoyage très soulageant. J’ai été heureux d’avoir pu saisir cette occasion de rendre service.

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À chaque fois qu’on change de boîte, on lance les dés. Si vous faites un triple 6 avec deux dés, vous arrivez dans un endroit magique dans lequel vous pouvez raisonnablement glander et faire des choses pour vous pendant les heures de travail. Mais vous ne pouvez jamais savoir à l’avance le résultat des dés.

Vous pouvez demander une foule de choses durant l’entretien d’embauche : Est-ce bien payé ? Y’a-t-il des formations ? Quelles sont les technologies utilisées ? Quels sont les projets en cours ? Comment sont les collègues ? Le café est-il bon ?

On ne vous dira peut-être pas la vérité. Mais vous pouvez au moins poser la question.

En revanche, vous ne pouvez pas demander s’il y a possibilité de glander. Ce n’est pas une question acceptable. À la limite, vous pouvez demander si le rythme est stressant ou pas, mais c’est délicat, et vous êtes à peu près sûr qu’on vous mentira.

D’où l’analogie avec le jet de dés.

Et là j’avais vraiment envie de les jeter à nouveau.

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Et dans la nouvelle boîte ?

Lorsque c’est la merde dans une boîte : délais non-euclidiens, projets pourris, collègues psychédéliques, etc. ça ne l’est jamais dès le départ. Mes débuts à Zarma.pro étaient fabuleux.

Je Travaille maintenant chez « ConcreteWorld.🌏 ». (Le dernier caractère se prononce « 1F30D »). Pour l’instant tout est fabuleux, mais je ne veux pas crier victoire trop vite. Ça fait 7 mois que j’y suis, je considère encore que c’est les débuts.

J’essayerai de vous raconter ce qu’il s’y passe au fur et à mesure. Ça m’évitera de balancer un roman en 3 articles géants au moment où j’en partirais. En attendant, voici quelques remarques rapides :

  • Le cœur de métier de cette entreprise est la conservation de la réalité. Peu de gens savent qu’un travail de fourmi est effectué dans l’univers entier, par une multitude d’entreprises et d’organismes, pour conserver la réalité telle que vous la connaissez. Les incohérences et autres paradoxes sont détectés et circonscrits au plus vite. Sans nous, des principes de base comme la causalité, l’entropie, la tridimensionnalité ou la constance de la constante cosmologique ne seraient pas intégralement garantis.
  • Un point négatif : la radio est diffusée en continu dans les toilettes. Ça me lourde vraiment d’entendre les connards de Peugeot ou de Lidl dégueuler leurs abruticités pendant que je me masturbe. C’est encore cette putain de RTL2 gavée de pub. Elle me suite partout cette radio de merde à la con.
  • Comme à chacun de mes changements de boîte, je fais vœu de non-flatulence. Celui-ci a tenu 3 jours.
  • Je suis beaucoup moins dérangé par des clients idiots ou des collègues impertinents. C’est quand même beaucoup mieux pour se concentrer. Lorsque je mets mon casque sur mes oreilles je peux avoir l’espoir d’écouter au moins 4 morceaux de musique en entier. À ce propos, je suis en train de me monter une bonne playlist dub dans soundcloud. Si ça vous intéresse c’est par ici : https://soundcloud.com/recher

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J’ai changé de crémerie (2/3)

Voici la suite du patch-work bizarristique de ma précédente incarnation professionnelle. Se référer à l’article précédent pour le début.

Je vais maintenant vous décrire …

Mes chefs

Cheffette Gothique

Il s’agissait de ma cheffette directe, dans notre fameuse équipe de personnes (A, B, C, D) au graphe complet de déblaterration-les-uns-sur-les-autres. (cf. vocabulaire de la théorie des graphes (https: //fr.wikipedia.org/wiki/Graphe_complet)).

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Je l’aimais bien. Par respect pour elle, j’ai vraiment essayé de modérer mon cerveau et de l’empêcher de me faire fantasmer sur ses nichons. Je ne peux pas prétendre y être totalement parvenu. On va dire que le fait d’avoir essayé suffit à constituer une marque de respect.

Là où j’ai moins aimé, c’est quand elle a commencé à attraper une ‘schizophrénie cheffale’. Vous connaissez ? Y’a le chef qui vous dit : « tu n’es pas obligé de faire toutes ces heures supplémentaires ni de travailler les soirs et les week-ends », et juste après il vous dit : « L’important c’est l’Engagement. Quand tu nous donnes une estimation de temps tu dois t’y tenir. Le MégaChef m’a prévenu qu’il donnerait des avertissements si on ne tient pas nos Engagements ».

C’est cette dernière petite phrase terrible qui a contribué à ce que je m’auto-force à pourrir mon temps de vie personnel par du temps de travail en rabiot, jusqu’à ce que mon ras-le-bol déborde et provoque mon départ. Mais je n’ai pas eu de méchants avertissements. Je suis un gentil petit soldat.

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Cheffette Gothique

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J’ai eu à inspecter une partie de son code. Pas très beau à voir. J’ai bien conscience qu’on a toujours tendance à trouver que le code des autres est pourri. J’essaye de tenir compte de ce sentiment pour modérer mes envies de quolibets et de destructions par la foudre. Mais là, quand même, elle avait réussi à me foirer un calcul de distance dans un espace de dimensions infinie. En karmagraphie, c’est un peu la base de tout, quand même.

J’aimerais bien rencontrer en vrai une femme qui code bien et que ça passionne. Je sais qu’il en existe. Parmi les vilains sentiments qui surgissent dans mon cerveau et dont j’ai infâmeusement honte, celui de « c’est une femme donc elle code mal » tient une place significative. Cheffette Gothique n’est pas une personne qui m’a aidé dans la lutte contre ce sentiment. Tant pis, peut-être une autre fois.

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Chef Random

L’ex-chef de ma cheffette. C’était un tocard social de taille assez conséquente.

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Réunion concernant le projet fou avec les relevés automatiques et massifs d’acariens. On en était au début, j’avais commencé à digérer les specs et voyais à peu près comment architecturer le bazar. Random me demande : « la réalisation, ça prendrait combien de temps ? ».

C’est toujours sympa de devoir faire une estimation alors qu’on n’a pas été prévenu qu’il fallait en faire une. J’y réfléchis à fond pendant deux secondes. Comme d’habitude, une partie de mon cerveau me hurle d’annoncer trois fois plus long car c’est de toutes façons le temps que ça prendra réellement même si personne ne veut encore le reconnaître. Je rabat le caquet à cette partie de cerveau. Je me tourne vers Collègue Nounours avec un regard de pitié et donne un délai qui ne me semble pas trop pourri. Nounours n’affiche aucune réaction, montrant bien que je suis seul à m’Engager sur ce sujet (en même temps, je le comprends).

Entendant mon estimation, Chef Random pousse instantanément un râle de mécontentement : « Rrrraaah putaaaaaiiiiiin !!! ». Il n’a rien ajouté de plus. La demi-dizaine de personnes présentes à la réunion n’a absolument pas su comment réagir face à un comportement aussi bizarre. Il y eut un blanc de conversation tout comme j’aime, puis on est passé à autre chose.

Le bramement de Random était tellement immédiat qu’on a tous plus ou moins réalisé qu’il avait prévu de le pousser quelle que soit mon estimation. Il a dû penser que cela ferait ainsi naître en moi un sentiment de culpabilité et me forcerait à mettre les bouchées doubles d’heures sup’ pour terminer le plus vite possible. C’est un crétin peu respectueux.

Inévitablement, la réalisation a été quatre fois plus longue que mon estimation initiale. Je tiens à (re)préciser que je n’ai que très peu truandé de temps libre, chez Zarma.pro en général et pour ce projet en particulier. Par contre, bosser avec des scientifiques fous, ça aide pas à terminer dans les délais. Mais vous saviez certainement déjà cela.

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Voyager dans le temps, non. Voyager dans les délais, oui.

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Chef Random ne priorisait jamais les actions. J’avais souvent plusieurs choses à faire sur des sujets relativement différents, à moi de choisir l’ordre que je préférais. Ça fonctionnait pas trop mal. Disons que lorsque je me faisais engueuler, ce n’est pas parce que j’avais incorrectement ordonné mes tâches, c’est juste qu’il trouvait que globalement tout allait trop lentement et son humeur du moment l’invitait à m’engueuler.

D’ailleurs il ne m’engueulait jamais explicitement. Il suggérait juste de manière non-subtil que c’était pas le moment de prendre des congés ni des RTT. Ça aussi, ça a fortement contribué à mon ras-le-bol global.

À un certain moment de son incarnation professionnelle, Chef Random a été progressivement démis de ses fonctions de chef. J’ai pas suivi tous les détails car je m’en branlais. Vu de mon balcon, je dirais simplement que les autres MégaChefs se sont aperçus que Chef Random était un tocard.

Il y eut donc une période de transition durant laquelle nous avions deux chefs : Random et «  ». (Je parlerai de Chef «  » juste après).

Je me suis dit : « nouveau chef, nouvelle façon de travailler ». Un jour que mes tâches en cours était quelques peu hétérogènes, je me fendis d’un mail aux deux chefs, (le plus court possible, 6 ou 7 lignes à peine), dans lequel je résumais ces tâches et demandais un ordonnancement éventuel. J’obtins une réponse immédiate de Chef Random contenant des priorités claires et explicites. J’étais plutôt content.

Un peu plus tard, réunion avec des collègues et Chef Random. Ce dernier explique que Chef «  » va assurer le suivi d’un petit peu tout (voilà un périmètre d’action très clair et très défini). J’en profite pour dire que du coup j’ai bien fait d’écrire ce petit mail pour demander les priorités. Chef Random répond alors « Non, Réchèr. Pas bonne idée. Chef «  » m’a contacté ensuite et a rouspété comme quoi ‘ce sont des vrais gamins’. C’est pour ça que j’ai répondu très vite en fixant les priorités. C’était pour vous sauver la vie. S’il avait eu à répondre par lui-même, il vous aurait dévissé vos gueules et chié dans vos cous ».

Ah d’accord. Bon eh bien je vais continuer de m’auto-fixer mes priorités. Mais ça m’a permis d’apprendre que Chef «  » me considère comme un gamin. Vraiment super.

Je veux bien admettre que les chefs, lorsqu’ils sont entre eux, parlent de leurs ouvriers-codeurs en termes insultants. On fait pareils lorsqu’on parle entre nous de nos chefs. Mais la moindre des choses c’est de ne pas répéter tel quel les propos proférés durant ces dialogues privés. Chef Random a donc bien tocardisé sur ce coup là.

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Il a vilainement encaissé le démettage de responsabilités qui lui a été imposé, il était tout triste de ne plus se sentir important dans la boîte. Il s’en est épanché auprès de différents collègues. Pas moi, mais j’ai fini par l’apprendre indirectement.

Il a été très bien inspiré de ne pas effectuer ses épanchements sur mon épaule, sinon je lui aurais rentré dans le lard direct. Sérieusement quoi ! Il gardait son salaire pharaonique de MégaChef, tout en obtenant une charge de travail très inférieure. Moi j’avais un salaire très bas au départ, qui l’est resté puisque je n’ai jamais été augmenté en 4 ans de boîte, par contre ma charge de travail et de pression culpabilisatoire, elle, a bien augmentée.

En fait ça m’a fait chier d’apprendre qu’il s’était plaint, sans qu’il soit venu se plaindre directement auprès de moi. C’est presque comme si j’avais eu à subir ses jérémiades sans avoir eu l’occasion de lui rentrer dans le lard. C’est la faute des gens qui ont véhiculé ses plaintes. D’autant plus que les gens en question ont eu l’indécence de compatir à ses problèmes. Ouais, j’avais quelques collègues un peu lèche-bottes.

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Finalement, la plus haute charge qui est restée incombée à Chef Random était ‘responsable du site’. (On ne sait pas en quoi ça consiste). C’est ce qui lui a permis de provoquer le moment le plus merdique que j’ai vécu à Zarma.pro.

Pour une raison quelconque, on venait de déménager dans une autre pièce, que moi et mes collègues étions en train de réarranger. C’était pas forcément très optimisé ni très feng shui. On avait fait un simple gros carré de bureaux en plein milieu, avec une zone spéciale pour notre bordel d’appareils karmagraphiques (les extrapoleurs de champs et autres quincailleries). C’était viable, et vu la quantité de bastringue matériel requis à portée de main, il était difficile de maximiser le feng shui.

Chef Random nous tournait autour en inspectant nos actions et nos décisions, sans véritablement nous aider. Je suppose qu’en tant que « responsable du site déchu de toutes ses autres fonctions », il s’est senti investi d’une mission divine de décorateur d’intérieur. Il a passé toute la matinée à nous houspiller et à dénigrer notre agencement : « C’est moche », « C’est pas raccord », « Ça fait pas rangé », … On a senti en lui la volonté de vouloir faire évoluer ces dénigrements en attaques personnelles. Il arguait que même dans son atelier chez lui, c’était mieux organisé, et que si c’est comme ça dans ce bureau, il serait curieux de savoir comment c’est chez nous. Blabla blabla.

Moi je m’en fichais. Mais ça a justement ajouté au problème, car il s’en est aperçu et m’a regardé bien dans les yeux en m’interpellant : « Vous vous en fichez, à vrai dire ? ». J’ai pas su quoi répondre. Il avait tellement raison.

Ce sketch qu’il nous a fait, je l’ai toujours en travers de la gueule. Cheffette Gothique a essayé de réduire l’hémorragie en nous conseillant de ne pas nous formaliser sur ses écarts de comportements. Eh bien si justement, je préfère me formaliser. Il nous a jeté inutilement des morceaux d’excréments, tout ça parce qu’il voulait se donner l’illusion qu’il possédait encore un petit pouvoir.

Sur ce coup là, Il a magistralement tocardisé.

Le feng shui, ça prend de la place sur une table.

Le feng shui, ça prend de la place sur une table.

Quelques semaines plus tard, alors qu’il passait dans notre tout nouveau bureau, il me demande « Eh bien Réchèr, vous me faites la tête ? Ça fait un petit moment que vous ne venez plus me dire bonjour ».

Je ne crois pas avoir eu la volonté de le snober. En tant que chef, il avait son beau bureau à lui tout seul (magnifiquement bien agencé par lui-même, of course). Je n’allais pas le saluer lorsque sa porte était fermée, car il pouvait avoir envie de ne pas être dérangé, pour cause de conversation importante de chef. C’est ce que je lui ai répondu et c’en est resté là.

J’ai scanné mes souvenirs des jours précédents, j’y ai effectivement trouvé que sa porte était souvent fermée, provoquant une suite de non-bonjours pouvant être assimilée à un faisage de tête. Ceci dit, il est fort possible que j’ai inconsciemment décidé de le snober réellement, et que mon cerveau m’ait caché cette décision interne car mon cerveau est une putain de petite fiotte.

Que mes actes aient été inconscients ou pas, Chef Random a cru que je lui faisais la tête, ce qui tend à prouver qu’il avait quelque chose à se reprocher. Tocard.

Encore quelques semaines plus tard, on voulait faire déménager Collègue NinjaBlingBling dans notre toujours-aussi-nouveau bureau (on lui avait fait une place au milieu de notre bastringue). On avertit Chef Random, qui ne nous donne pas d’avis particulier. On l’annonce ensuite à Collègue NinjaBlingBling, qui rétorque « Je ne peux pas travailler à proximité de vous. Vous êtes tout le temps au téléphone avec des clients, moi je bosse sur des nouvelles technologies, j’ai besoin de me concentrer ». Ça nous embêtait un peu.

On a signalé ce refus à Chef Random, qui a continué de ne pas donner son avis. En tant que fameux ‘responsable du site’, il aurait dû, soit être d’accord et obliger Collègue NinjaBlingBling à déménager, soit ne pas être d’accord et nous dire dès le départ qu’il n’était pas question de le déménager. Il n’a fait aucune des deux actions, car « il s’en fichait, à vrai dire ».

C’est donc bien un tocard social, doublé d’une petite fiotte.

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Un jour que j’étais seul dans la pièce, Chef Random débarque et regarde le bureau de Collègue Drache-Code. D’un ton blasé, il lâche : « C’est le désordre. Il y a un énorme tas de stylos, des feuilles de partout, une fourchette en plastique cassée et des gobelets vides ». J’avais envie de troller quelque chose comme : « Au fait, les capotes usagées que j’ai mis dans ma corbeille, ça se recycle ? ». Mais j’ai juste dit « Oh lala, c’est pas classe. Vous voulez que je lui en parle pour qu’il range un peu ? ». Il m’a répondu que ce n’était pas la peine et a ajouté, sur son ton toujours aussi blasé, que « chacun vit comme il veut ».

En fait il n’osait pas en parler directement à Collègue Drache-Code, et n’osait pas non plus le dire aux autres collègues. Il s’est adressé à moi seul car il savait que de manière générale, j’ouvre pas trop ma gueule. Son intention devait être que je transmette sa remarque à Drache-Code. Comme ça, il se mouille pas, mais il a quand même le sentiment d’avoir accompli son travail de ‘responsable du site’.

C’est donc bien un tocard social, doublé d’une petite fiotte. (J’aime bien copier-coller des phrases).

Je n’ai bien évidemment absolument rien transmis à Collègue Drache-Code.

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Pour finir avec Chef Random, je mentionnerai rapidement les trois heures de déplacement professionnel que j’ai dû faire avec lui, coincé dans la même voiture.

C’est des choses qui arrivent et je ne peux en vouloir à personne. Mais quand même, c’était horriblement décrépissant. On essayait de trouver des sujets de conversation pour meubler, tout en restant dans la banalité car on ne se connaissait pas assez pour savoir si on avait des intérêts en commun.

J’ai du me retenir de péter pendant trois heures. Mes gaz, ne pouvant s’échapper, ont finis par se répartir dans mes tuyaux internes. Lorsque je suis arrivé à ma maison, ils n’ont donc pas pu tous sortir d’un coup et j’ai passé la soirée à pourrir progressivement mon chez-moi. Dur dur.

Moi et Chef Random souriant, durant notre road trip qui a créé une amitié éternelle entre nous deux.

Moi et Chef Random, souriants, durant notre road trip qui a créé une amitié éternelle entre nous deux.

Chef «  »

Le Chef de Cheffette Gothique et de plein d’autres gens. Il s’appelle «  » car je n’ai eu que très peu d’occasions de lui parler directement, et en général c’était plus lui qui parlait tout seul pour nous engueuler. Ce sentiment d’absence de contact s’est propagé dans son propre nom, qui est lui aussi devenu absent.

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En fait je suis un peu mauvaise langue : j’ai eu l’occasion de lui parler directement. Lorsqu’il voulait joindre Cheffette Gothique et qu’elle n’était pas disponible, c’est moi qui décrochait le téléphone. Il me demandait : « Ça va ? ». J’avais 2 secondes pour trouver un sujet cool pouvant potentiellement aboutir à une conversation cool de 30 secondes. Évidemment, comme j’étais concentré dans d’autres trucs qui étaient rarement cools, je ne trouvais rien à lui dire et répondais juste : « ça va ». Je ne suis peut-être pas assez doué pour l’improvisation.

Mais lui était tellement fan d’improvisation qu’il aimait provoquer des réunions là-tout-de-suite-maintenant. On avait des maintenance prévues avec des clients, on était en déplacement ou en congés. Osef. Si tu peux pas être à la réunion, c’est tant pis pour ta gueule. (Ou tant mieux, puisque dans ces réunions on se faisait principalement engueuler).

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Chef «  » tenait à ce que nous soyons soudés comme ‘une équipe’. C’est fort louable. Mais je ne sais pas si ça a bien fonctionné (cf le fameux graphe de déblaterration complet).

Soudés ou pas, il ne voulait pas entendre parler de nos éventuels problèmes internes. Pour lui, l’interlocuteuse principale était Cheffette Gothique et personne d’autre. Il nous a bien répété plusieurs fois qu’on n’avait pas à le contacter ‘en direct’. J’ai rien contre les structures pyramidales (je me contrefous de savoir comment une entreprise doit être organisée), mais ce serait tout de même gentil de ne pas trop insister sur le caractère immuable de ladite pyramide, surtout auprès des gens qui en sont au rez-de-chaussée, voire à la cave, voire à la chambre funéraire.

Phrase rigolote : « La structure pyramidale est gravée dans le marbre ». Amis géologues, bonjour.

Un jour, Collègue Eurod’ a fait une connerie assez volumineuse. Suffisamment pour que Cheffette Gothique estime qu’il méritât d’être pourri au point d’inclure Chef «  » ‘dans la boucle’. Mais elle ne pouvait pas le faire, puisque Chef «  » ne voulait pas qu’on l’embarrasse avec des problèmes individuels.

Elle a donc fait un mail de pourrissage général de l’équipe, citant la connerie faite par Eurod’, sans mentionner que c’était lui. Chef «  » a bien évidemment renchéri d’un mail hurlant que toute notre super-équipe devait respecter à la lettre les recommandations re-serinées par Cheffette Gothique. On top of the market, Collègue DRH était ‘en copie des mails’, histoire de bien enfoncer la vis jusqu’à la garde à coup de marteau-piqueur.

Cheffette Gothique m’a ensuite précisé que je pouvais répondre à son mail pour donner mon avis personnel. Le fait qu’il s’agissait d’un pourrissage général me donnait ce droit. Je m’en fichais un peu, mais finalement j’ai décidé de le faire, afin de passer pour un bon élève obéissant auprès d’elle, par contraste avec Collègue Eurod’ le vilain mauvais élève du moment.

Je me fends donc d’un ‘répondre à tous’ et tente de nuancer le pourrissage de la manière la plus courtoise et la plus objective possible. Cheffette Gothique lit ma prose et ne la trouve pas trop déconnante. Je suis plutôt heureux.

Et là, Chef «  » nous répond-à-tous, en caractère gras : « veuillez immédiatement arrêter cette joute verbale, on fera une réunion pour mettre tout ça au clair ». Génial.

Évidemment, Cheffette Gothique n’est jamais allée dire à Chef «  » que c’est elle qui m’avait incité à joute-verbaler. Ça c’est de la bonne soudure d’équipe.

Évidemment², on n’a jamais fait de réunion pour mettre tout ça au clair. Et même si on en avait faite une, la date aurait été choisie à l’arrache par Chef «  », on aurait pas tous été disponibles et il se serait réuni tout seul pour nous engueuler virtuellement, au cours d’une mono-joute verbale des plus magistrale.

(Tiens, j’ai dit ‘mono’, je viens de faire une Euroderie).

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Verbal joust ?

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Réunion téléphonique à laquelle j’étais semi-disponible (je codais des trucs qui n’étaient en retard que de deux mois, et je n’avais pas de maintenance client en cours). Celle-ci s’éternise et Chef «  » commence à en avoir assez. Il nous annonce alors que « il passe trop de temps avec nous par rapport à ce que nous rapportons » et laisse à Collègue SuperCommercial le soin de terminer la réunion.

Il avait sûrement raison et il était en droit de nous dire ça. Mais du coup, je suis parti sans la moindre once de regret.

Une fois, Collègue Nounours l’a appelé directement. Ils ont discuté, se sont pris le bec, et Chef «  » a dû se dire que Nounours rapportait tellement pas assez que ça ne valait même pas la peine de consacrer quelques secondes pour lui dire qu’il ne rapportait pas assez. Il lui a directement raccroché au nez.

C’est terriblement prétentieux et méprisant envers les autres de présenter les choses de cette manière. Je ne vous apprends rien en vous disant que la vie d’une personne n’est rien de plus qu’une quantité finie de temps. Chef «  » a une si haute opinion de son propre temps, donc de sa propre vie, qu’on ressent bien qu’il pense que la pauvre vie de nous autres ouvriers-codeurs n’est pas aussi précieuse.

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On résultait de la liquéfaction de deux mini-équipes, ayant chacune leur nom. Chef «  », au début de sa prise de pouvoir, nous suggéra d’en trouver un nouveau par nous-même, qui nous plairait et ferait naître en nous un puissant sentiment d’appartenance corporatif.

Personne n’a moufté que d’alle. J’ai proposé à mes petits camarades : ‘équipe Chou-fleur’, parce que les légumes c’est bien, et que le chou-fleur c’est une très jolie fractale naturelle. Ça n’a pas eu l’écho que je voulais.

Quinze jour plus tard, on reçoit un mail de Chef «  » :

Là tout de suite ce matin, réunion pour Test-0-Steron.

On s’est tous demandé ce que c’était que ce nouveau projet ‘Test-0-Steron’ dont on n’avait jamais entendu parler. Collègue Eurod’ a commencé à râler : « Non mais c’est n’importe quoi, on est déjà charrette-brouette sur tous nos projets, et on nous en colle un de plus. Ça va partir en cacahuète-soufflette ! »

(Ce n’était pas exactement ce qu’il a dit, mais sa façon unique d’utiliser la langue française fait qu’il est difficile de retenir et retranscrire ses propos avec fidélité).

Intérieurement, cette nouvelle m’apportait une petite bouffée de bonheur. Un nouveau projet, ça voulait dire une chance de travailler autrement, moins de temps consacré à faire des maintenances sur les projets existants (dont je ne maîtrisais pas la moitié), d’autres clients, et peut-être même, comble de la félicité, pas de clients du tout durant les premiers temps du projet. Ça signifiait également une raison légitime d’avoir du retard sur un petit peu tout, puisqu’on nous augmentait d’un coup notre charge de travail.

Mes espoirs se volatilisèrent lorsque j’appris, (complètement à l’arrache évidemment) que c’était le nouveau nom de notre équipe. Il sortait de nul part. J’ai jamais vraiment su pourquoi on s’appelait comme ça.

En même temps, on s’en est pas trop mal sorti. Une autre équipe gérée par Chef «  » avait pour nom ‘Cleveland Steamer’. Aucun rapport avec ça (http:// www. urbandictionary.com/define.php?term=Cleveland%20Steamer), mais personne n’a pu s’empêcher de faire le rapprochement.

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Chou-fleur fractal

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Je suis obligé de reconnaître qu’une fois, une seule fois, Chef «  » nous a félicité. On avait commencé la nouvelle version de Modeli-Morvax, un logiciel assez innovant qui pouvait texturer des volumes karmagraphiques constitués par l’ensemble des sous-points de gens ayant des personnalités similaires. On stockait dans des bases SQLite des images d’une infinité de pixels répartis dans une infinité de dimensions. Sans déconner, c’était pas trop mal branlé comme truc.

Je dois avouer que quand je l’ai entendu nous féliciter, ça m’a fait plus peur qu’autre chose. Déjà, j’avais pas énormément participé à cette nouvelle version, mais surtout, ça voulait dire qu’il était capable de féliciter des gens. Ça aurait été bien plus rassurant qu’il nous engueule en continu, on aurait fini par faire abstraction et il aurait totalement disparu de nos esprits. Déjà que son nom avait disparu.

Dans ma paranoïa personnelle, je m’imagine qu’il ne souhaitait pas réellement nous féliciter. En fait on était à quelques heures d’une grosse présentation de ce logiciel devant tout le monde de la boîte. Il voulait juste nous mettre en confiance pour éviter qu’on finisse dans un magistral fail publique et que nos conneries éclaboussent sa réputation personnelle.

Ou alors il nous a félicité une seule fois pour légitimer toutes les engueulades qu’il nous éructait. « Je sais reconnaître un travail bien fait, mais je sais aussi reconnaître de la mayrde, et là, vous faites de la mayrde en continu !! »

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Voici quelques phrases d’engueulade qui ont provoqué des moments bizarres dans mon corps et mon esprit.

« Modeli-Morvax, il fait n’importe quoi ! »

Il n’avait pas tout à fait tort. C’était la version 1.1, et elle était méga-buggée, car réalisée par Collègue Drache-Code (je parlerai de cette personne un peu plus loin).

« Je ne veux plus entendre parler de problème de discipline au sein de l’équipe. »

Là non plus il n’avait pas tort. Une fois de plus, c’était pas de ma faute, mais il tenait à s’adresser à l’équipe dans son ensemble. Donc on s’est tous ‘pris ce tir’ dans la gueule. Ça fait vraiment bizarre de (ré)entendre le mot ‘discipline’.

*me regarder bizarrement après que j’ai dit ‘bataille navale’.

Ouais bon, je suppose que c’était de ma faute. Collègue Drache-Code discourait sur la notation Shiva-Lingamienne des coordonnées karmagraphiques, c’est là que je me suis immiscé dans la conversation pour énoncer une remarque rigolote : « ça ressemble à la bataille navale ».

Chef «  » m’a regardé d’un air « qu’est-ce qu’il me veut ce connard ? ». Je ne savais plus comment réagir et ais préféré me tourner vers mon écran sans rien dire. Quelques secondes plus tard, j’ai voulu voir si le moment bizarre avait été acquitté. Nos regards se sont alors re-croisés, mais cette fois-ci le sien avait un air « qu’est-ce qu’il me veut ce connard, à pas avoir compris ce que j’ai voulu lui signifier la première fois que je l’ai regardé d’un air ‘qu’est-ce qu’il me veut ce connard ?’ ? ».

C’est bête. Je la trouvais super drôle, la blague de la notation Shiva-Lingamienne qui ressemble à la bataille navale.

Bataille navale !

Bataille navale !

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Lorsqu’on quitte une entreprise, la convention veut qu’on ait droit à un petit dialogue privé avec la hiérarchie. On remonte ainsi la chaîne alimentaire, on découvre ce que chacun des chefs pensait du travail qu’on faisait, et on peut dire ce qu’on pense d’eux. Ça reste hypocrite et langue de bois, car on ne veut pas se griller au cas où on aurait besoin de reprendre contact avec l’entreprise, mais on a une petite marge de lâchage.

Amélie Nothomb a déjà décrit ce remontage de chaîne alimentaire dans ‘Stupeurs et Tremblements’.

C’est une sorte d’entretien annuel final. (Ça rattrape le fait que je n’ai eu qu’un entretien annuel en 4 ans, et que j’en aurais eu zéro si je n’avais pas trépigné et envoyé des mails, mais c’est une autre histoire, osef).

J’ai eu l’occasion d’avoir ce petit dialogue final avec Cheffette Gothique et MégaChef Storitel (j’en parle tout de suite après). Mais Chef «  », nullement. Comme quoi, il s’appelait vraiment «  », et je ne saurais jamais ce qu’il pensait de moi. Donc : osef.

I have no mouth and anyway I have nothing to tell you

I have no mouth and anyway I have nothing to tell you

MégaChef Storitel

Le Chef de Tout. On dit aussi ‘Président du directoire’ ou ‘Directeur du présidoire’. Il s’appelle comme ça car c’est un grand fan de story-telling :

  • Lorsqu’on fait une démo à des clients, il faut leur raconter une histoire.
  • Le travail qu’on produisait pour l’entreprise constituait aussi une histoire qu’on racontait, et pas juste des actions aléatoires dans le but d’avoir un salaire.
  • Par extension, pour nous signifier qu’on avait qu’à partir si on n’était pas d’accord, il disait : « dans ce cas on ne raconte plus la même histoire ».

Du coup, on a l’impression qu’il s’appelle MégaChef Sofitel, et on ne peut s’empêcher de faire des rapprochements scabreux. Mais en fait non, rien à voir.

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Lui et ses amis chefs n’ont eu de cesse de nous dire que lorsqu’on estime un temps de réalisation, il faut s’y tenir (le fameux ‘Engagement’). La raison officielle étant que ça complique la gestion des plannings et que ça ne permet pas de décider correctement du lancement ou du non-lancement d’un projet car sa rentabilité ne peut être fiablement calculée. « Sinon on navigue à vue, et vous comprenez bien que c’est pas possible ».

La vraie raison c’est qu’il sait très bien que c’est humain de sous-estimer le temps que prendra une tâche. Il nous laisse nous planter tout seul pour ensuite nous forcer à tenir nos promesses humainement irréalistes en faisant des heures sup’ d’esclaves.

Bataille navale dans laquelle on navigue à vue !

Bataille navale dans laquelle on navigue à vue !

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MégaChef Storitel demande à Collègue NinjaBlingBling de faire une estimation. Celui-ci fournit quelque chose qui semble tenir la route.

Réponse de MégaChef : « Je trouve que ce chiffrage est un peu protectif ».

Oui, le mot ‘protectif’. Il existe et pis c’est tout.

C’est génial. Dans tous les cas, on se fait verre-pilo-sodomisé et ça finit avec des heures sup’ d’esclaves. Soit on chiffre bas, on se plante et on fait des heures sup’ parce qu’on est censé ‘tenir nos Engagements’. Soit on chiffre haut, on s’entend dire que c’est protectif, on rechiffre plus bas, go to étape précédente.

Chef «  » nous assénait les mêmes coups. Il m’avait répondu (par le biais de Cheffette Gothique puisqu’il ne me parlait pas directement), que telle estimation « était inadmissible ».

C’était devenu très très drôle. Finalement, plus personne n’osait estimer quoi que ce soit. Aucun d’entre nous ne se mouillait, on s’était métamorphosés en gens flippés de nos mères. Pour le coup, l’esprit d’équipe était présent : on était tous dans la même merde. Et donc on était dans la merde. Merde alors.

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Le jour de mon pot de départ, j’installe la bouffe et la piache comme il faut sur les tables, puis je bat le rappel pour prévenir tout le monde que ça y est, c’est l’heure de s’en coller une gratuitement. Je termine par le bureau de MégaChef Storitel. Il me dit « tu as 5 minutes qu’on parle un petit peu ? », je dit que oui, et c’est là qu’a eu lieu mon petit dialogue de départ avec lui. J’étais arrivé au bout de la chaîne alimentaire de la hiérarchie.

Sauf que j’ai pas trouvé ça très sympa de sa part, parce que tout le monde m’attendait et ils n’avaient pas osé mettre les bouteilles en perce sans moi. J’ais dit à plusieurs reprises à MégaChef que les estomacs des collègues devaient gargouiller famine et que leurs yeux injectés de sang allaient sortir de leurs orbites pour se plonger d’eux-mêmes dans l’alcool libérateur et expiatoire. Il m’a répondu que se faire attendre et désirer, c’était une bonne technique pour augmenter le bonheur des gens lorsque on apparaît enfin.

J’ai apprécié cette conversation avec lui. Mais ça m’a fait chier qu’il la prenne sur le temps de mon pot de départ. Le pot de départ, c’est un peu le quart d’heure de gloire final d’une incarnation professionnelle. On discute avec les gens, ils demandent ce qu’on va faire après, on peut se lâcher un peu (tout en respectant le minimum d’hypocrisie de sécurité, comme d’habitude). À la fin, on part dans une superbe gerbe d’étincelles pyrotechnique, laissant à ceux qui restent un bon gros sentiment de jalousie bien dégoulinant de cafardisme.

Il m’a volé une partie de ça et je le regrette un peu. (J’ai dit quelques paragraphes plus haut que j’étais parti sans la moindre once de regret, mais j’ai jamais dit que les propos de cet article seraient entièrement cohérents).

Mes collègues mourant de faim

Mes collègues mourant de faim juste avant le signal de départ de mon pot de départ

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Quelques petites phrases amusantes durant ce fameux dialogue d’entretien annuel final.

« Tu travaillais bien. Mais tu aurais pu être plus proactif. »

Ça, en dialogue corporatiste de Chef, ça veut dire : « On n’a jamais pris le temps de s’occuper de toi et de la façon dont tu aurais pu évoluer dans l’entreprise. Alors tu aurais dû faire tout ça par toi-même. »

Je trouve au contraire que j’ai été très proactif. Quand j’ai senti que ça puait dans cette boîte et que je continuais de ne pas être augmenté, j’ai cherché les entreprises alentours qui émettaient des signes d’embauche et j’ai fait une grande quantité de candidatures spontanées. La plupart on échouées, sauf une qui est magiquement réapparue après avoir marinée pendant un an, je l’ai alors proactivement saisie au vol.

Prévoir les choses à l’avance, agir par soi-même, puis attendre patiemment et sans s’énerver que le monde extérieur daigne fournir un retour sur les actions effectuées, tout en continuant de prévoir et d’agir : c’est du proactivisme.

« Tu aurais pu nous le dire avant que tu voulais partir, on t’aurais aidé. »

Ha ha ha ha ha ! Ha ha ha ! Pauvre naïf ! Quel idiot annoncerait qu’il veut partir alors qu’il n’est pas encore sûr de partir ?

Durant les grosses réunions corporate rassemblant toute l’entreprise, Storitel nous faisait des petits discours et des petites présentations. C’est durant ces moments intenses qu’il nous a appris que « on n’était pas dans le monde des bisounours ». Merci du tuyau.

Un ouvrier-codeur qui prévient qu’il va se barrer parce qu’il en a marre du bordel, du salaire de merde et des heures sup’, sans pour autant avoir de piste tangible pour se barrer, c’est pas un peu du bisounoursisme de patron ?

Ah ah, quel tanche géante ! J’en ris encore dans mon cerveau.

« Tu veux partir parce que tu en as assez de faire des heures supplémentaires ? Mais ce sera pareil dans la nouvelle boîte. Durant ta période d’essai tu vas devoir travailler un peu plus que la normale si tu veux qu’ils te gardent, et ensuite si tu baisses le rythme, ils vont pas comprendre pourquoi. »

Là j’ai répondu : « on verra bien ». Je voulais ajouter « ta gueule » et « de toutes façons ça pourra pas être pire », mais j’ai fait comme ce que je fais la plupart du temps dans ma vie : je l’ai bouclé et je me suis barré. Je ne suis qu’une ombre qui passe et je vous emmerde.

Sur ce, passons à autre chose.

MégaChef Storitel le raconteur d'histoires

MégaChef Storitel le raconteur d’histoires

Collègue Drache-code

Le pourrisseur officiel de toute librairie, toute classe, toute ligne de code ; passée, présente et à venir.

Je l’ai vu faire, il pisse le code dont il a besoin à l’endroit où est son curseur. Entre ses mains diaboliques, des fichiers sont devenus d’horribles monstres de Frankenstein de plusieurs milliers de lignes et traînant des lambeaux de code mort encore accrochés à leurs commentaires, des fonctions courtoises et prévisibles sont devenues folles à lier et se sont mises à courir frénétiquement sur les murs et au plafond. Une fois, on a appelé un collègue exorciste pour essayer de sauver l’un des projets qu’il avait massacré, le pauvre en a chié dans son froc en continu pendant plusieurs heures.

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Frankencode ?

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Quand je codais, je mettais parfois des commentaires de TODO. Je trouvais ça plutôt correct. Ça permettait d’avancer assez vite et de ne pas trop exploser nos estimations de temps, tout en gardant une trace des trucs faits à l’arrache qu’il faudrait corriger après. (Comprendre : qu’on n’avait jamais le temps de corriger et pour lesquels on priait que ça nous pète pas à la gueule).

Un peu plus tard, j’ai fait découvrir à Collègue Drache-Code la notion de ‘dette technique’ : quelque chose qu’on décide de faire plus tard, ou jamais.

Du coup, il a voulu se la péter en réutilisant le mot que je venais de lui apprendre et m’a dit : « ne met plus de TODO dans le code, ça fait de la dette technique. Tu dois tout terminer bien comme il faut, du premier coup ».

Entendre ça de sa part, c’était très drôle.

Je précise aussi que certains TODO étaient là parce qu’il me manquait des éléments pour finaliser le bout de code (specs, config, données réelles, …), ça ne dépendait pas que de moi.

Bref, j’ai continué de coder en laissant des trucs à l’arrache, et j’écrivais mes TODO, non plus dans le code, mais dans un fichier à part que je gardais planqué dans un coin. Il ne s’est jamais aperçu de rien.

Et curieusement, sa remarque a été utile, car je me suis rendu compte que c’était plus intelligent de centraliser les TODO dans un même endroit. On les retrouve plus facilement, on peut les tagger, les classer, les prioriser. En fait c’est comme un bug tracker. Sauf que je ne pouvais pas mettre mes TODO dans notre bug tracker officiel, puisque Drache-Code les aurait vu et m’aurait dit : « Nia nia nia dette technique ».

*)

Comme vous l’avez constaté, j’aime citer des phrases amusantes de mes collègues et de mes chefs. Concernant Drache-Code, quoi de mieux que de citer ses morceaux de code ?

foreach (machin in aMachins)
{
    try 
    {
        // ici, Drache-Code utilise le machin.
    }
    catch
    {
        // Ça arrive parfois. On passe au suivant.
    }
}

Il a vraiment écrit un bloc catch contenant uniquement le commentaire « Ça arrive parfois. On passe au suivant ». C’était génial, on était sûr que l’application plantait jamais. Par contre, comme le disait si bien Chef «  » : « ça fait n’importe quoi ». Ah, on ne peut pas tout avoir.

Et au passage, ça plantait quand même, mais pas à cause de ce bout de code en particulier. On va pas chipoter pour ce genre de détail.

6-Mark-36-Nuclear-Explosion

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Collègue Drache-Code a programmé des threads qui faisait tout péter à cause d’accès concurrents sur une même ressource. Erreur classique, ça m’est arrivé aussi. Sauf que moi je m’en suis aperçu au bout de quelques heures. Lui, ce sont les autres qui s’en sont aperçus pour lui au bout d’une semaine, parce qu’il testait jamais rien.

J’étais donc chargé de dépatouiller son bordel de threads. Il me dit, la bouche en cœur : « j’ai un DataSet qui est accédé par un peu tout le monde. Ça vient peut-être de là. Met-le en ‘volatile’ pour voir ».

Un DataSet en volatile ! Mais bien sûr ! Ça va certainement régler d’un seul coup tous nos problèmes d’accès concurrents !

Pour ceux qui connaissent pas, c’est du C#. Je vous explique rapidement.

Un ‘DataSet’, c’est comme une mini-base de données en mémoire RAM. On peut y mettre des tables assez volumineuses, faire des sélections, des tris, des filtres, des jointures entre tables, etc. Ça marche super bien, mais toutes les opérations effectuées dessus ne sont pas atomiques, puisque c’est un objet assez complexe.

Le mot-clé ‘volatile’ peut s’ajouter à la plupart des variables. Il permet de signaler au compilateur que celle-ci sera lue et modifiée par plusieurs threads, et qu’il ne faut donc pas optimiser le code machine qui la manipule sinon ça fait planter.

Le caractère volatile a une influence sur les actions effectuées sur la variable elle-même, mais ne change rien concernant les actions sur le bazar lié à la variable. Lorsque la variable est un type simple (entier, booléen, …), ça ne fait aucune différence. Un DataSet est une référence (un pointeur, pour les gens de la vieille école) vers un gros tas de trucs.

Les actions sur le pointeur en lui-même, on s’en branle. Il doit y avoir tout au plus une affectation initiale. Ce qu’il faut protéger des accès concurrents, c’est tout ce qu’on fait sur le DataSet après l’affectation du pointeur. Pour ça, je ne connais pas d’autres solutions que des locks de partout. Et va donc mettre des locks dans plusieurs milliers de lignes de code pissées aléatoirement ! Ça peut se faire, tout est possible, mais mes chefs me trouvaient des choses à faire qui étaient un peu plus tangibles et dont ils étaient un peu plus sûrs du résultat.

Un oiseau volatile

Un oiseau volatile

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Un truc dont je ne suis pas très fier car c’est quand même un peu de ma faute.

Dans Modeli-Morvax, on voulait ajouter une fonction de clusterisation de persona-pixels multi-dimensionnels. Bon, c’est quelque chose d’assez simple, on en trouve des algos plus ou moins tout fait sur stackoverflow.

Je chope un truc pas trop dégueux, je l’intègre à Modeli-Morvax et le teste sur des petits clusters. Ça marche. Je suis tout fier de moi et montre à Collègue Drache-Code comment ça fait trop joli à l’écran. Sur un ton vilipendieux, il m’interjecte : « tu plaisantes ? Je pensais que tu afficherais des clusters de personnalité entière ! »

Sur le coup, j’ai pas réalisé qu’il était vraiment colère. Mon cerveau a dû faire abstraction de son ton et de ses paroles. Je lui ais calmement répondu que c’était juste des données de tests, et que ça marcherait très bien avec plus de persona-pixels. Il s’est calmé.

Quelques semaines plus tard, les affectations de projet ayant changées (sinon c’est pas drôle), c’était à lui qu’incombait de continuer Modeli-Morvax. Il prend des gros clusters et les balance dans ma fonction. Ça marche pas. J’essaye de comprendre avec lui. Je re-teste la clusterisation de 3 pauvres persona-pixels sur sa version du code. Ça marche pas non plus, ça n’affiche rien. Il me dit que c’est pas grave et qu’il va recoder ça lui-même à partir d’autres morceaux glanés sur stackoverflow. Il y parvient sans problème.

Encore quelques semaines plus tard, les affectations de projet ayant encore changées, je devais afficher des clusters dans un écran tridimensionnel gélatineux. Je reprends son code, l’adapte à la gélatine, et voilà que ‘paf !’ ça se plante en une boucle infinie (on a failli solidifier la gélatine). J’ai repris mon code originel que j’ai vaguement réussi à faire fonctionner. Je parvenais à afficher un cluster sur deux.

Je crois que ça venait de la façon dont on stockait les coordonnées des persona-pixels. Lui les avait ordonné par couleur, moi par densité. Mais je n’ai jamais réussi à comprendre où était réellement le problème. Je ne pouvais pas afficher ses clusters avec ma fonction, il ne pouvait pas afficher les miens avec la sienne.

Mais je n’ai pas non plus complètement réussi à afficher des gros clusters avec ma propre fonction, et c’est pour ça que je ne suis pas très fier de moi.

Malgré tout, je me dis que ma façon de coder et de tester est, dans l’ensemble, plus sécurisée que la sienne. Lorsque ma fonction plantait, elle ne renvoyait rien. Lorsque sa fonction plantait, elle faisait une boucle infinie.

Un nuage de pixel

Un nuage de pixel

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Collègue Drache-Code crée une classe A contenant parmi ses variables membres une classe B, puis il ajoute dans la classe B des appels à des fonctions statiques définies dans la classe A. Ça fonctionne, ce n’est pas une dépendance circulaire (et encore moins une redondance cyclique, hahaha). Mais c’est un peu bizarre.

Ces fonctions statiques étaient assez génériques et méritaient d’être dans une classe statique C, qu’on aurait utilisé un peu partout. La façon dont il l’a fait montrait vraiment qu’il pissait son code là où y’avait son curseur.

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On avait un gentil stagiaire. Un mec plutôt dégourdi, qui avait par ailleurs marqué « musique electro » sur son CV (osef). Il a commencé par récupérer toute notre base de code. Son PC moulinait sa mère à la compiler, quand soudain, boum ! Vautrage comme une otarie bourrée à la bière !

Je ne suis pas plus choqué que ça. Une recompilation complète à partir de zéro, ça marche jamais du premier coup. Même en essayant plusieurs fois de suite, dans le but d’avoir plusieurs ‘premiers coups’.

Le stagiaire m’appelle à l’aide, j’investigue (comme on dit en parler moche), et m’aperçois que les projets qui ont foirés sont ceux sur lequel Drache-Code travaille. Celui-ci m’informe alors de sa joyeuse voix auto-validatrice : « ah oui, j’ai committé des trucs qui compilent pas ».

Je lui rétorque gentiment : « n’est-ce pas le mal absolu par rapport à ce qu’on avait décidé de nos processus de production ? ». Il me répond alors, toujours aussi auto-validatoirement : « je dois sauvegarder vraiment fréquemment car vu la vétusté de mon PC, j’ai peur que mon disque dur crame d’un moment à l’autre ».

Génial ! Du coup tu mets quoi dans tes commentaires de commit ? « Morceau de code qui ne se suffit pas à lui même et dont je ne peux faire un commentaire cohérent » ? Ah non suis-je bête, tu mets rien dans tes commentaires de commit.

La prochaine fois, chers ex-collègues de Zarma.pro, vous utiliserez git ou mercurial et vous ferez des branches, bandes de paltoquets. Vous aimez faire les bûcherons, vous devriez aimer les branches, non ?

git merge *

git merge *

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Et on va finir par des expressions rigolotes, pas en code, mais en langage naturel.

« L’application a besoin d’être stabilisée. »

Moui… Pour moi, une application est soit finie, soit pas finie, soit buggée. Mais ‘instable’, c’est vraiment bizarre. Ça sonne encore pire que ‘buggée’. On sent l’aléatoire, on sent le « ça fait n’importe quoi ».

On peut faire des conneries quand on code, j’en fais plein. Mais on ne fabrique jamais quelque chose ‘d’instable’. La seule fois où ça m’est arrivé, c’est parce que je dépendais d’éléments tierces et c’est eux qui étaient instables (notre fameux middleware tantrique de merde dont j’ai parlé dans l’article précédent).

« Ça pète de partout !  »

« Ah ouais, il se merde. » (En parlant d’un truc qu’il a codé et qui plantait).

De jolis cris de détresse. À nouveau, on sent la notion de hasard complet, le fait que tout ce qui arrive semble être complètement fortuit. C’est pas vraiment de sa faute, ce sont des éléments qu’il ne maîtrise pas et qui semblent être doté d’une volonté propre. Drache-Code créait des programmes qui finissaient par être vivant.

« Je ne fais pas de démo, parce que ça marche jamais au moment de la démo ».

Ça, je peux comprendre. Le fameux ‘effet démo’, je me le suis pris dans la gueule plusieurs fois, dont des fois où c’était entièrement de ma faute. Mais ce genre de phrase, il ne faut pas l’annoncer directement à un Client ! Qui plus est un Client potentiel qui veut savoir ce qu’on crée, et à qui justement on n’a encore jamais fait de démo.

20-blue_screen_of_death

To be continued

J’ai encore un package de chose à dire, et je mentionnerais un peu comment ça se passe dans la nouvelle boîte (toujours aussi bien pour l’instant, mais je reste prudent). À bientôt !