Le blason de Réchèr

Lors d’un week-end de total égarement, je me suis intéressé à l’héraldique.

Il s’agit des règles permettant de créer et décrire les blasons.

Ça m’a beaucoup plu. J’aime les langages spécifiques destiné à une catégorie d’objets déterminée. En informatique on appelle ça des DSL (Domain Specific Language). Par exemple :

  • le SQL, pour communiquer avec une base de données,
  • le HTML, pour décrire la structure d’une page web,
  • le SVG, pour décrire un dessin vectoriel,
  • Puzzlescript, dont nous avons récemment parlé (http:// www. puzzlescript.net/).

Y’en a des qui pensent que les DSL c’est de la merdasse. (http:// sametmax.com/les-mensonges-des-dsl/) (http:// sametmax.com/dites-non-aux-dsl/)

On ne va pas débattre là-dessus, car ce que je vous propose n’est pas de créer un nouveau DSL, mais de jouer avec un qui existe déjà.

Introduction à l’héraldique

Les couleurs ont des noms rigolos :

  • blanc : argent
  • jaune : or
  • rouge : gueule
  • bleu : azur
  • vert : sinople
  • violet : pourpre
  • noir : sable

Lorsqu’on décrit un blason, on commence par la disposition des couleurs du fond, puis les formes géométriques qui s’ajoutent dessus, puis les « meubles » (les dessins et les objets ajoutés encore au dessus).

Les directions ont également des noms rigolos :

  • en haut : en chef
  • en bas : en pointe
  • à droite : à senestre
  • à gauche : à dextre

La gauche et la droite semblent inversées, car ces directions sont définies par rapport à la personne qui porte le blason, et non par rapport à celle qui le regarde. (Un peu comme au théâtre où on dit « côté jardin » et « côté cour », parce qu’on sait jamais de quelle « droite » et « gauche » on parle) (J’ai jamais vraiment réussi à accepter ces notions de « droite » et « gauche », ça m’a toujours énervé).

Pour un cours complet, il vaut mieux se rendre sur des sites spécifiques, qui décriront cette discipline plus clairement et plus exhaustivement :

Attention, l’héraldique étant un art assez ancien, vous constaterez que tous les sites web sur le sujet ont un design visuel datant de l’internet des années 70. Et comme il n’y avait pas internet dans les années 70, c’est vous dire si le design afférant est passé de mode.

Et maintenant, blasonnons !

Réchèr blasonne d’argent à la barre de pourpre chargé d’un fol d’argent astragalé de sable, accompagné en chef d’un graphe de sinople d’ordre 5 disposé en cercle, les sommets 1, 3 et 5 de degré maximal, chargé de 5 besants d’argent, et en pointe d’une chope de sinople houblonnée de sable, l’écu timbré d’un entonnoir de sinople. Devise pythonienne juste « None is not False » en lettre de sable sur un listel d’or.

Décomposons ce bazar :

Réchèr blasonne d’argent

C’est moi. Et mon blason est sur fond blanc.

à la barre de pourpre

Il y a un trait oblique rose dans le sens du slash. Une « barre » est dans le sens « / ». Une « bande » est dans le sens « \ ».

Pour l’esthétique du dessin, la barre comporte des bords roses foncés. On devrait donc pouvoir dire : « de pourpre foncé rempli de pourpre clair ». Sauf qu’en héraldique, on se fiche des nuances de couleurs, il n’y a que les 7 précédemment citées (ainsi que l’orangé, le tanné et les fourrures, mais osef). C’est sans doute un héritage de l’époque où les blasons étaient utilisés pour se repérer dans les batailles, et devaient donc rester simples.

Bref, cette barre est pourpre.

chargé d’un fol d’argent

Sur la barre est ajouté un fou. Ce n’est pas un élément très commun, il se peut même que ce soit le tout premier blason qui en soit doté. Il n’existe aucune restriction sur les meubles, donc ne venez pas m’embêter.

astragalé de sable

Le fou possède des anneaux noirs.

Une palanquée d’adjectifs permettent d’exprimer les différentes colorations des objets : « accorné de gueule » pour un animal ayant des cornes rouges, « ajouré d’or » pour un châteaux ayant des fenêtres jaunes, etc.

L’héraldique moderne ajoute d’autres de ces adjectifs, dont « astragalé », qui permet d’indiquer la couleur des anneaux des pièces de jeux d’échecs. Ce mot trouve son origine éthymologique dans les astragales des colonnes grecques.

(Pour information, je suis le créateur, et à ce jour l’unique utilisateur, de l’héraldique moderne).

accompagné en chef d’un graphe de sinople

Sur le haut du blason se trouve un graphe vert (un bidule avec des points et des liens entre eux) . Pas besoin de préciser que c’est du côté « dextre ». Le fait de dire « accompagné » signifie que l’élément est placé par rapport à la pièce principale (le blason), et par défaut, on ne place pas un élément par-dessus un autre. Pour ne pas recouvrir la barre pourpre, on est donc obligé de le placer à dextre.

Notez que pour l’élément précédent (le fou), j’ai utilisé le mot « chargé » et non « accompagné », ce qui signifie qu’il est placé par rapport à la pièce mentionnée juste avant (la barre).

d’ordre 5 disposé en cercle, les sommets 1, 3 et 5 de degré maximal,

Là, c’est du vocabulaire relevant de la théorie des graphes. En héraldique moderne, il est autorisé de s’appuyer sur d’autres langages spécifiques.

L’ordre 5 signifie qu’il y a 5 points (sommets) dans le graphe. Les numéros 1, 3 et 5, compté dans le sens des aiguilles d’une montre sont connectés à tous les sommets du graphe, (y compris à eux-mêmes, mais on s’en fout). Pas besoin de s’attarder plus là dessus, vous connaissez les graphes, n’est-ce pas ? (https:// fr.wikipedia.org/ wiki/Th%C3%A9orie_des_graphes) (https:// fr.wiktionary.org/ wiki/Cat%C3%A9gorie:Th%C3%A9orie_des_graphes_en_fran%C3%A7ais)

chargé de 5 besants d’argent,

Il y a 5 ronds blancs sur le graphe. Par défaut, on les dispose de la même manière que les sommets du graphe.

et en pointe d’une chope de sinople

En bas du blason se trouve une chope de bière verte.

Il faudrait peut-être repréciser explicitement « accompagné en pointe », mais je ne suis pas assez expert dans le domaine pour déterminer si c’est absolument nécessaire.

houblonnée de sable,

La chope de bière possède une mousse noire (héraldique moderne).

l’écu timbré d’un entonnoir de sinople,

Au-dessus du blason est placé un entonnoir vert.

Devise pythonienne juste « None is not False » en lettre de sable sur un listel d’or.

Il y a une devise écrite en noir sur un parchemin jaune, elle est placée en-dessous par défaut.

En héraldique moderne, une devise est dite « pythonienne » lorsqu’elle correspond à une instruction valide dans le langage de programmation python. Elle est « pythonienne juste » si l’appel de fonction bool(<devise>) renvoie True.

Dans notre cas, la devise est même encore plus que pythonienne juste, puisqu’elle renvoie directement True. Il n’y a pas de mot spécifique pour ça, mais si vous en voulez un n’hésitez pas à l’inventer.

Je vous laisse tester tout cela dans une console python en ligne (https:// repl.it/G268/0).

Significations et histoires de ce blason

Le fou et l’entonnoir

Le fou est l’avatar que j’utilise un peu partout, car je me définis comme quelqu’un de fou, ça fait zarbo-hype.

Comme je ne suis pas spécialement fan des jeux d’échecs, j’ai ajouté un autre objet signifiant la folie (l’entonnoir), pour désactiver la charge sémantique échiquiétale.

Les couleurs

J’ai toujours trouvé étrange la notion d’aimer une couleur plus qu’une autre ou d’avoir « une couleur préférée ». Mais lorsqu’on dessine, il faut avoir un minimum d’unité et de cohérence sinon ça devient vite très moche. J’ai choisi de mettre du vert un peu partout car c’est la couleur des martiens et du poison.

La couleur pourpre (plus exactement rose) est une référence à la couleur de fond de mon avatar.

L’origine de cette couleur est ridiculo-rigolote. Mon avatar est une image de Pru-Pra-Prok, le dessin animé que j’ai fait il y a quelques années. J’avais configuré le rose pétant (#FF00FF) comme couleur de transparence par défaut. À l’époque, je n’avais pas envie d’utiliser la transparence du format d’image .png car j’étais bizarre, et je m’étais dit : « ce rose à la con, j’en aurais sûrement jamais besoin ».

Ensuite, lorsque j’ai eu besoin de choisir un avatar pour un site quelconque, j’ai pris l’image du fou à l’arrache, sans changer le fond. Et c’est resté comme ça. C’est très amusant, parce la couleur que je ne voulais justement pas utiliser s’est retrouvée un peu partout dans ma personnalité du web. Ha ha ha.

Le fou est blanc sur le blason, afin de respecter une règle de base de l’héraldique : « pas de métal sur du métal, pas de couleur sur une couleur ». Les couleurs argent et or sont les « métaux », toutes les autres sont les « couleurs ». C’est assez logique comme règle : si on dessine un élément clair sur un autre élément clair, ça ne se distingue pas bien. Pareil pour le foncé.

Le graphe

Le plus important pour moi, ce ne sont pas les choses, mais les liens entre les choses. Ce principe me semble s’appliquer à un peu tout : les personne, les créations artistiques, les idées, les neurones, … J’ai voulu illustrer ce principe par un graphe.

Les points ne sont pas tous connectés entre eux pour montrer qu’il reste toujours quelque chose à faire, qu’une création n’est jamais vraiment terminée, qu’une personne peut toujours s’améliorer, etc.

La bière

J’aime bien la bière.

La mousse est noire pour faire genre je suis quelqu’un de sombre avec une âme torturée par le mal. Ça me donne un côté dark-zarbo-hype.

Autres considérations en vrac

Le dessin est en pixel art. C’est moche et mal fait parce que je suis pas super doué et que j’ai pas voulu me prendre trop la tête. Mais malgré tout, c’est du pixel art.

J’ai cherché des logiciels d’héraldique, des générateurs de blasons, etc. Ça existe, mais c’est du même niveau que les sites web sur le sujet, (années 70, etc).

J’ai juste trouvé ça qui est pas trop mal (http:// rpg.uplink.fi/heraldry/). Mais on ne peut rien faire de compliqué : pas d’alésage, de cléchage, d’engrêlage, de semage, etc. La génération de la description n’est pas géniale non plus, il y a des répétitions, et c’est en anglais.

Je m’étais dit que je pourrais coder un générateur de blason. Et après je me suis rappelé que l’héraldique n’intéresse déjà pas grand-monde au départ. On va donc oublier cette idée.

Et sinon c’est un blason officiel. Ouais, vraiment.

En fait, n’importe qui peut créer un blason pour n’importe quoi, à condition de ne pas en copier un pré-existant. Mais comme il n’y a pas d’autorité de recensement centrale, vous êtes obligé de faire des recherches un peu partout pour vérifier la primeur de votre création.

La solution la plus simple consiste donc à y placer des éléments qui n’existait pas au Moyen-Âge (un robot, un ordinateur, un vagin artificiel, …), afin de réduire à presque-néant les chances de tomber sur un blason déjà existant. L’héraldique moderne peut être d’une grande aide dans cette tâche, puisqu’elle permet l’ajout de graphes, d’instructions en python, et bien d’autres choses encore.

Magyd Cherfi et mon côté cucul

Comme je suis un mec culturel, il y a quelques temps, je suis allé à une soirée slam-et-gamins avec Magyd Cherfi dedans. C’était organisé par Alternateuf, l’assoc’ qui fait bouger la moche région du Zogzogunterkirchesland.

Magyd Cherfi
Le gentil Magyd avait passé l’après-midi à aider des ch’ti n’enfants à préparer des textes. Ce beau monde est ensuite venu nous les déclamer. Y’avait un peu de tout:
  • Un mec qui a raconté un conte débile avec des animaux débiles, ça lui a pris 20 minutes et il a endormi tout le monde.
  • Plein de petits n’enfants d’immigrés expliquant que leur cœur se trouve autant en Algérie qu’au Zogzogunterkirchesland. C’était tout meugnon.
  • Une vieille nana avec un béret qui s’est lâchée à propos d’un canal. (Ne pas oublier le « c », merki).
  • D’autres petits n’enfants qui nous ont offert une chanson pipi-caca, celle avec Tonton Chirac qui chie dans son casque. Vous trouverez l’air et les paroles dans la catégorie idoinement nommée « chanson pipi-caca » de cet idoine blog.
  • Et bien sûr, Magyd Cherfi lui-même. Il a fait péter quelques textes bien sympa, même si je me souviens plus de ses propos. J’étais obnubilé par ma réflexion intérieure, à, comme vous vous en doutiez, élaborer une petite bafouille de mon cru.

Quand je suis arrivé sur la scène, ma chérie a regardé ses amis d’un air désespéré, exprimant très clairement que: « Bon ben, désolée. C’était inévitable. Il va nous chanter une de ses chansons à la con. Super ».

Eh bien pas du tout! J’ai fait quelque chose de frais, poétique, cucul-comme-il-faut et très « world ». Je le savais bien qu’au plus profond de moi-même, j’étais un mec normal. Mon âme intérieure est normale. Je suis l’homme le plus normal du monde! Ça mérite de l’argent! Donnez-moi tout ce que vous n’avez plus depuis la crise! Bref. Voici mon slam:

Qu’est-ce qui est petit et marron?
Un marron

Qu’est-ce qui est rond et orange?
Une orange

Qu’est-ce qui est joli et rose?
Une rose

Qu’est-ce qui est joli aussi, mais violet?
Une violette

Qu’est-ce qui est douloureux et bleu?
Un bleu

Qu’est-ce qui est rouge?
Un verre.
(Un verre de rouge)

Et qu’est-ce qui est de toutes les couleurs?
Un être humain

Ça a beaucoup plu. Magyd Cherfi, qui était à côté, se marrait bien et les gamins proposaient des trucs au fur et à mesure de mes phrases. À la fin, ils ont dit « un arc-en-ciel ». Et c’est vrai. Y’a toutes les couleurs dedans. Mais c’est parce que les arc-en-ciel sont fabriqués à partir de morceaux d’humains lyophilisés:

busyp rainbow man

Ensuite, mini-apéro. Quelques gamins sont venus me poser des devinettes de gamins. Bien entendu, je les connaissais déjà toutes et je les ai subjugués par ma culture infantile. Ha ha ha!

J’ai juste eu un tout petit peu de fil à retordre avec la question suivante:

« Y’a 1 000 personnes qui montent dans un avion et 1 000 qui descend. Combien y’a de gens dans l’avion? ».

J’ai fait abstraction de la stupide faute de français qu’il avait faite (1000 qui descend) et j’ai commencé à réfléchir. J’ai dit 0, mais c’était forcément pas ça. J’ai re-réfléchi avec mon cerveau et je me suis dit, hmmm…. y’en a un dont le prénom est « 1 000 ». C’était plus ou moins ça. Le gamin m’a expliqué qu’il en reste 999 dans l’avion, parce que:

« Y’a 1 000 personnes qui montent dans un avion, Émile qui descend. »

Sa stupide faute de français n’en était donc pas une. Il m’a d’ailleurs lui-même précisé que c’était un indice.

C’est là où je me suis rendu compte qu’on est très prompt à dire que les enfants de maintenant ne savent plus écrire, plus parler, plus compter, etc. Alors que pas forcément. En plus, ils jouent avec les mots, ce qui est une marque d’intelligence. Pas forcément une marque d’humour, car certains jeux de mots sont bien pourris, (Cathy Penflam), mais au moins une marque d’intelligence.

Ensuite, Magyd Cherfi nous a fait un de ses chouettes concerts dont il a le secret et je me suis bien régalé. À un moment, il a exécuté un montage-debout-sur-une-chaise, tout en chantant. On le sentait pas rassuré dans sa cascade, mais il s’en est très bien sorti.

Sur ce, comme on est dans les couleurs, je vous repropose mon poème, mais avec illustrations. Petit tour d’horizon chromatique des beautés de la toile 2.0 de l’intraweb.

Qu’est-ce qui est petit et marron?
Un marron
xl-girls-huge-tits-lady-snow-gangster-450x677
Qu’est-ce qui est rond et orange?
Une orange
busty merilyn exposed 01
Qu’est-ce qui est joli et rose?
Une rose
CassieSet13ff Cassie Bombshell
Qu’est-ce qui est joli aussi, mais violet?
Une violette
Blackplanet bbwsource
Qu’est-ce qui est douloureux et bleu?
Un bleu
nadine jansen blue
Qu’est-ce qui est rouge?
Un verre.
(Un verre de rouge)
milena velba green
Maritza Mendez
Et qu’est-ce qui est de toutes les couleurs?
Un être humain
LetyourinnerrainbowShine Dee Dee Rainbow
P.S. j’ai piqué l’idée de ce texte dans un épisode de Kaamelot (Le combat d’énigmes entre Élias et Merlin). Faut pas que je le dise, comme ça j’ai encore plus l’air de trouver des idées super originales grâce à mon cerveau.

Sur ce, je me casse au ski une semaine avec des morceaux d’humains. Je serai donc encore plus absent que d’habitude sur ce blog. Mais j’ai donné quelques articles pour le prochain numéro de 42. Guettez donc sa sortie. C’est un ordre.

ski-simulator-01-02-09