Événement corporate : le semencinaire annuel

Nous avons récemment eu la chance de consommer un événement corporate, que je vais vous narrer.

Le but était triple :

  • Le midi, bâffrer gratos.
  • L’après-midi, réfléchir ensemble et ensemencer des idées pour la boîte.
  • Le soir, re-bâffrer gratos (best rendement de bâffring gratuit ever !).

Vous l’aurez compris, cet événement était placé sous le signe de la semence.

Et c’est pas vraiment un jeu de mot car les mots ‘semence’ et ‘séminaire’ ont la même racine latine.

Le midi

Rien à voir, mais une coupure de courant était prévue dans les locaux. Ça arrive de temps en temps. J’aime bien, car c’est une excuse pour demander une demi-journée de télé-travail ou pour aller glander en salle de pause.

Par un miracle dont seul le département boîtal « Orgies Internes » a le secret, la coupure de courant n’a pas empêché de dispenser des mini-carrés de pizzas, correctement réchauffés avec tout le respect qui leur était dû. Youpi !

Je passe rapidement sur cette première partie : mangeaillerie et discutailleries de-ci de-là afin de laisser transparaître un minimum de contenance sociale. Vient ensuite le moment de se transférer au lieu événematoire principal.

L’entreprise ConcreteWorld.🌏 fait toujours le choix de placer ces lieux dans des zones un peu isolées, de sorte qu’on n’ait pas d’autres choix que d’y aller en voiture, donc de limiter notre éthylisation. Mais d’autre part, nous sommes encouragés à covoiturer. J’ai donc jeté mon dévolu sur Collèguette Platona, qui a accepté avec plaisir de nous transporter, Collègue Pagne et moi. Ainsi pourrais-je me pochtronner la gueule comme il se doit.

Collègue Pagne s’appelle ainsi car il vient parfois au travail affublé d’un vêtement éponyme, pour manifester son soutien aux Carabanais, les habitants d’une île-village du Sénégal rencontrant de nombreuses difficultés.

Collèguette Platona s’appelle ainsi car elle est l’un de mes fantasmes platoniques.

Je vous explique. Son corps ressemble à ça :

(Elle a juste pas le même costume « imitation pellicule de cheveux »).

Inutile de préciser que cette dame ne m’attire pas physiquement. Mais par ailleurs on s’entend super bien et elle rigole à mes blagues débiles. Dans mes fantasmes, j’imagine donc qu’elle est complètement amoureuse de moi et qu’elle me trouve génial, en revanche on ne fait pas crac-crac. Il ne s’agit là rien de plus que l’un de mes nombreux mécanismes émotionnels d’auto-flattage d’ego.

Rien à dire sur le trajet en voiture. Nous devisons platoniquement de choses et d’autres. Nous arrivons au lieu prévu. Il s’agit d’un classique centre à événements corporates, celui-ci ayant la particularité de proposer des terrains olympiques de pétanques. On n’y jouera pas, mais le détail a son importance.

Je pose mon cadeau dans une hotte. La consigne était de fournir un présent pas cher ou fait soi-même. Ils seraient ensuite tous redistribués randomement. Je vous révélerai plus tard ce que j’ai apporté.

Café et petits gâteaux nous sont jetés en pâture. Je croise Collèguette Punkette. Nous déblaterrons sur le prestataire missionné pour ce semencinaire, que nous croisions de temps en temps dans les couloirs. Punkette pense qu’il n’aime pas les femmes, car il ne les salue pas. Je la rassure : ce monsieur n’est pas du tout mysogine, il ne salue pas les hommes non plus. Ça en a énervé plus d’un.

Personnellement, je m’en tape. Ce qui m’a toujours fait chier avec cette convention sociale du bonjour, c’est qu’absolument rien n’est prévu si tu croises deux fois une même personne dans la même journée. Il n’y a rien à lui dire. Ça me gêne énormément. À chacun de ces moments, je cherche ardemment un moyen de me donner une contenance sociale. Ça se finit en général par un sourire stupide, un onomatopée embarrassant ou une phrase inepte. Bon, c’est pas le sujet, on s’en fout.

L’après-midi

On s’installe à des tables rondes. Contrairement à un événement corporate précédent, je n’aurais pas de faux espoirs concernant l’éventualité de piacher durant les discussions. L’alcool est absent dès le départ.

On commence par des récits corporates de notre MégaChef et des vidéos de futurologues divers.

J’ai pas encore de nom pour MégaChef, promis ça viendra dès que possible.

Ce que je retiens de ces parénèses diverses :

  • Une vingtaine d’année plus avant, deux courbes représentant je-ne-sais-plus-quoi se sont croisées. C’était le signe d’un changement de paradigme.
  • Futurologue Quelconque : « il faudra se trouver des emplois complémentaires à l’Intelligence Artificielle, sinon tout le monde sera au chômage ». Alors moi je veux bien, mais si le fameux changement de paradigme sus-mentionné apparaît, est-ce que les notions d’emploi et de travail garderont leur signification actuelle ?
  • Futurologue Quelconque : « avec le Revenu de Base, dans 50 ans on aura Technopolis et dans un siècle on aura Matrix ». Et alleeeez !! Bien sûr, puisque l’IA va changer tous les humains, ça sert à rien de mettre en place un mécanisme d’investissement générique dans les êtres humains, sous forme de Revenu de Base ! Gros tocard.
  • Une fois de plus, nous nous voyons présentés un power-point comportant une image d’engrenages. Une fois de plus-plus, elle est buggée. Après les roues qui se chevauchent en tournant et le grand classique des trois roues toutes connectées ensemble, on a eu droit aux flèches de sens de rotation qui sont toutes dans le même sens. S’il vous plaît, chers marketeux et autres power-pointeurs, ne faites pas de slides avec des noms de dieu de bordel de merde de vieille pute borgne d’engrenages. Vous ne savez pas le faire. Vous trouvez inévitablement le moyen d’y claquer une couillardise qui aboutira à un système foireux. Arrêtez de vous faire mal et de nous faire mal. Merci. Merde.

Les gérants du centre à événements corporate ont pris soin de placer sur les tables des dépliants explicatifs et auto-promotionnels, sans oublier l’accessoire principal de tout pétanquistes olympiens : le petit crayon pour noter les points.

J’avais prévu le coup et avais apporté mon propre criterium. Mais c’est bien plus promoteur et respectueux d’utiliser le matériel qu’on nous met à disposition. C’est donc avec ce petit crayon que je réalise mon traditionnel dessin de réunion de le Travail. Vous l’avez déjà vu par ici. Pour pas me faire choper, j’active ma super-compétence de « retourner la feuille lorsque quelqu’un de sérieux passe à côté », acquise durant mes années collèges.

Petite pause bouffe et piache, puis vient l’étape d’ensemençage.

La personne sus-mentionnée missionnée pour cette étape se présente. Il s’agit de Prestataire Impoli, qui exerce le métier « d’Expectorateur Semencial ». Comme je suis un rebelle, je propose qu’on le désigne par « le Corporate Bullshiste ».

Ce monsieur nous explique le concept. Il s’agit de blablater dans notre table-ronde sur un sujet spécifique, pendant qu’un maître de table-ronde prend des notes sur un tableau. Ensuite, les équipes sont tradéridéra-isées, à l’exception du maître, qui reste le gardien de son sujet. Et ainsi de suite jusqu’à ce que toutes les équipes aient fait leur parcours complet. Chacune d’elle a un stylo de couleur différente, ce qui permettra par la suite de différencier quelle équipe a écrit quoi sur quel sujet. Cette technique d’ensemençage est nommée : « jeu de la multi-biscotte ».

Photo publicitaire pour le rugby. ramassage de savonnette dans la douche

Cette analogie entre la création d’idées et l’éjaculation est-elle sexiste ? Ça sous-entendrait que les femmes ne peuvent rien inventer. Pour équilibrer, est-ce que je ne devrais pas ajouter une analogie entre la création d’idées et l’ovulation ?

On peut utiliser le terme générique « gonades » pour désigner à la fois des testicules et des ovaires. Est-ce que l’écriture inclusive a défini un mot pour désigner à la fois l’éjaculation et l’ovulation ? Qu’est-ce qui est le plus sale entre le jeu de la biscotte avec du sperme et le jeu de la biscotte avec des menstruations ?

(On va pas mettre d’image ici).

Mais revenons-en plutôt à notre Corporate Bullshiste, qui ajoute que le « livrable » que nous devons fournir est constitué des notes prises durant nos réflexions successives. Je suis pas sûr qu’utiliser du vocabulaire corporate (le mot « livrable ») soit la meilleure manière pour créer une atmosphère ensemançante-ovulatorielle effervescente d’idées. Mais qui suis-je pour juger ?

Je ne me souviens plus précisément des sujets de table-ronde. Il y en avait un sur la diversité. On en a profité pour sortir des blagues de merde sur les inuits et les gauchers (deux minorités représentées à ConcreteWorld.🌏). À plusieurs reprises, des personnes me regardent d’un air interrogato-condescendant en faisant la remarque qu’il nous faudrait un vrai Système d’Information. Merci, je suis au courant, et je ne suis pas en train d’agir pour, car je travaille avec joie et abnégation sur l’outil Pochtronarr.

Notre Corporate Bullshiste passe entre les tables et tente de nous galvaniser, nous encourageant à noter tout ce qu’on trouve qui ne va pas. Moi ce que je trouve qui ne va pas c’est qu’il passe entre les tables et ça nous inhibe. Tout le monde sait que les éléments observés changent de comportement en présence d’un observateur. Il n’y a pas que les livrables dans la vie, il y a aussi les observables.

Moment de tension à la table-ronde tenue par Collègue Pioupiou-Géant. Celui-ci écrit peu lisiblement. Notre Corporate Bullshiste, qui s’était incrusté, le lui signale, et ajoute que ce sera difficile pour lui de recompiler les remarques si c’est noté aussi porcassement. Pioupiou fait alors l’effort d’écrire un peu mieux, mais ça ne convient toujours pas. Notre Corporate Bullshiste insiste. Pioupiou parvient à garder son flegme habituel en ne le regardant plus, y compris dans les moments où il est obligé de lui parler (laconiquement).

Nous tradéridéra-isons comme des petites toupies dans une arène Beyblade-Burst, et cette partie de jeu de multi-biscotte se termine. Notre Corporate Bullshiste demande à ceux qui ont appris des choses de lever le doigt, certains le font. Puis il demande la même chose à ceux qui n’ont rien appris, ce que d’autres font. Pour finir, il invite les gens qui le souhaitent à énoncer des remarques diverses.

Je me manifeste. L’assemblée pousse alors un cri de satisfaction général et quelques applaudissements naissent. Je suis tout fier et tout gonflé d’ego de voir que le monde me kiffe et s’attend à ce que je clôture cette épreuve par un moment de soulagement trublionesque.

Je signale que mon équipe avait le feutre de couleur jaune et que c’est complètement con comme couleur parce qu’on voit pas ce qui est écrit. On a été obligé, à chaque tour, d’expliquer au maître de table-ronde qu’il ferait mieux d’en prendre une autre et de noter qu’elle correspond au jaune.

Ça a plu. Des personnes sont venues me voir après pour me féliciter de mon intervention. Hasthag ego. J’en profite pour montrer à certains d’entre eux mon dessin terminé, dont je suis également très fier.

Après toutes ces émotions : moment joyeux de réconfort avec apéro, champagne et petits machins à manger. Comme d’habitude dans ce genre de situation, je rentabilise au maximum. Par-dessus le marché, je passe pour un mec bien en demandant à chaque fois qu’on me re-remplisse mon verre de champagne plutôt que d’en prendre un nouveau. Le petit personnel me remercie pour l’économie de vaisselle.

Soirée

Je croise Collègue Pioupiou-Géant, qui m’annonce d’un air blasé qu’il a reçu l’ordre de réécrire au propre tout ce qu’il a noté. Pauvre Pioupiou. Une personne random lui apporte du champagne of greater heal.

Collègue Lucène-Lapin apparaît déguisé en Père Noël, avec sa hotte remplie de nos cadeaux. Il s’assoit sur un fauteuil et chacun vient en prendre un. C’est une technique super classe pour mettre des filles (et aussi des mecs) sur ses genoux.

Je récupère une boîte standard de petits chocolats. J’ai cherché un peu à savoir de qui ça venait, sans trouver. Pas grave, c’est un cadeau qui me satisfait très bien. Le seul petit problème c’est que je ne peux en extraire aucune connerie ni aucun déblaterrage qui aurait trouvé sa place dans cet article.

C’est Collègue Lionel-Astier qui récupère mon cadeau, il en explose de rire. Il s’agit d’un coupe-papier-toilette, accompagné d’un petit mot expliquant au bénéficiaire qu’il peut soit le garder pour sa maison, soit en faire don à ConcreteWorld.🌏. En effet, le papier toilette des toilettes boîtales est parfois extrêmement difficile à couper, surtout lorsque le rouleau n’est pas entamé. Ça m’a valu des moments de rage terrible à blom-blomer fébrilement ce putain de rouleau pour en trouver l’extrémité et arracher péniblement des lambeaux de feuilles destructurés.

Le coupe-papier-toilette

Collègue Lionel-Astier approuve l’idée et annonce que dès demain, ce prestigieux objet sera présent dans les Concrete-Gogues. Je suis heureux, c’est exactement ce que je voulais. C’était un coup risqué, car si le cadeau atterrissait dans les mains d’une personne d’un autre site, ou d’une femme, ou de quelqu’un qui aurait souhaité le garder, je n’aurai pas pu en profiter.

Est-ce que c’est sexiste de vouloir que ce soit un homme qui ait mon cadeau et pas une femme ? Et pour aller plus loin dans la réflexion : est-ce que c’est sexiste de vouloir séparer les toilettes des hommes et des femmes ?

Un collègue quelconque m’explique qu’il a récupéré son propre cadeau, comme ça « il est pas emmerdé et il a pas de mauvaises surprises ». C’est la lose totale. À une époque un peu déprimée de ma vie, je voulais me programmer ma petite descente aux enfers personnelle. J’y aurais certainement intégré des choses comme ça, entre deux étapes plus importantes.

Un magicien, dépêché sur place, passe entre les groupes et nous propose d’amusantes tromperies. Tout le monde est bluffé. Je m’attendais malgré tout à un peu mieux de sa part, il n’a pas fait de boules de feu.

Eeeeet voici la carte que vous aviez choisie !

Le repas se passe très bien. Bonne bouffe, alcool, discussions diverses, magicien qui continue son show.

J’ai compris l’un de ses tours (plus précisément, on me l’a expliqué). Il demande à trois personnes différentes de choisir un truc (un nombre, une couleur, un type d’accélérateur de particules). À chaque fois, il note quelque chose sans nous le montrer, chiffonne la feuille, et demande la réponse. À la fin, il montre toutes les bonnes réponses. En fait il à juste décalé l’écriture de chacune d’elle. Pour amorcer le truc, il avait ajouté une question initiale qui était sous une autre forme : choisir des boîtes d’allumettes dont il a appris les couleurs par cœur ou quelque chose comme ça. Bon, j’explique super mal, on s’en fout, on passe à autre chose. De toutes façons il a pas fait plus de boules de feu qu’avant.

À la fin du repas, les serveurs embarquent vivement nos bouteilles d’alcool. J’avais vu le coup venir et m’étais servi un plein verre juste avant. Mon voisin qui n’a plus soif me propose de terminer le sien. La soirée se suicide alors de façon spectaculaire, en une apothéose de molécule éthylée.

En effet, immédiatement après la fin du repas s’est amorcé un mouvement général de rentrage. J’ai trouvé ça un peu court. On aurait pu continuer de discuter un peu, ou danser sur « Royal Salute » de Brain Damage. Mais non. Go home direct.

Je me retrouve donc en voiture avec Collègue Pagne et surtout avec Colléguette Platona. Je suis aux anges, d’autant plus qu’elle nous avoue qu’elle va avoir besoin de nous pour la distraire, afin qu’elle ne s’endorme pas au volant. Ça ressemble à un début de scénario de film platonique (c’est l’inverse d’un film pornographique).

On discute de tout et de rien, puis on décide d’appeler des gens de la soirée avec la super voiture téléphonique de Platona. À chaque fois que ça décroche, on braille « Bonne annééééééé !!! » et juste après : « Tourne à gauche ! ». Y’a des gens qui ont vraiment cru qu’on leur donnait un conseil de direction voitural. On aurait pu en paumer de cette manière, ça aurait été très amusant. On propose également à certains de se retrouver en boîte de nuit, ce qui a parfois suscité de l’intérêt. Mais on s’est dégonflé et on a avoué que c’était une blague. #je_suis_trop_vieux_pour_ces_conneries.

Puis on rentre platoniquement dans nos maisons respectives.

Tourne à gauche !!

Épilogue

Tout d’abord, je me dois de compenser l’image d’indienne toute maigre que j’ai placée précédemment.

C’est mieux d’y mettre les formes

Le lendemain, debriefing général. J’apprends que notre Corporate Bullshiste a collé, voire dragouillé Colléguette Carnea pendant une bonne partie de la soirée. Ce gars est vraiment un tocard. Je l’imagine bien chez lui, au milieu de la nuit, alors que sa femme dort. Il se lèverait en douce pour se masturber, déguisé en Louis XIV, tout en écoutant du Wagner et en s’imaginant recouvrir le corps de Carnea de tranche de rumsteack Label Rouge, le tout « avec son petit coussin pour s’essuyer les doigts ».

Ça rejoint la notion de semencinaire.

Quelques semaines plus tard, nous recevons le livrable final, c’est à dire un rapport computant l’ensemble de nos remarques (y compris celles notées par Collègue Pioupiou-Géant).

Extrait :

Les supérieurs hiérarchiques doivent porter une attention abnégationelle à la priorisation des tâches de leur ouailles. Il faut réaliser en premier ce qui est facturable.

Oh, Chef Random, le tocard social de mon ancienne boîte, m’avait sorti exactement la même ineptie imprécise lorsque je l’avais interrogé sur l’ordonnancement de mes tâches. Je m’étais alors demandé ce que j’étais censé faire entre : terminer un projet qui sera facturé à la livraison, et claquer de la maintenance qui est facturée en continu chaque année.

Alors évidemment, le chef aurait répondu : « le projet d’abord, on s’en fout des maintenances ». Et l’année suivante, le client de la maintenance n’aurait plus voulu payer, parce qu’on n’aurarait rien fait. Et le chef serait revenu à la charge en me houspillant : « vous avez rien branlé espèce de branquignol, c’est de votre faute si on a perdu ce client ».

Cela dit, dans mon ancienne boîte, ça s’était pas passé comme ça. Chef Random avait répondu : « faites le projet, mais n’oubliez pas les maintenances, c’est important aussi ». Puis quand il a été débouté de son poste comme un malpropre, la réponse officielle de Chef «  » à mes demandes de priorisation était : «  » (il ne répondait pas), et sa réponse officieuse était « mais c’est des vrais gamins ! Ils sont-y donc pas capables de décider ça tout seul ? ».

J’ai déjà raconté tout ça, mais les souvenirs sont remontés et j’ai éprouvé le besoin de cracher encore un peu de ma bile. Désolé.

Un dernier extrait du livrable final :

Blasonnement parlant, l’image de ConcreteWorld.🌏 est espiègle et raffinée, percutante et disruptive.

Et sinon, il y avait une faute dans le rapport. Chouette. Je vais pouvoir faire le lèche-cul : la signaler de manière innocente, et par là-même prouver que je l’ai lu en entier et que donc je suis impliqué à donf’ de ouf’.

Le Caca de Base Inconditionnel

Cette histoire a été écrite dans le cadre de la Semaine Internationale (voire Intergalactique) du Revenu de Base Inconditionnel. Pour des infos un peu plus sérieuses à ce sujet, allez ici : http://revenudebase.info/

En l’an 2042, suite aux dérèglements climatiques, aux famines et aux dictatures diverses, l’immigration est devenue un fléau. Ils arrivaient de partout : en paquebot, par avion, en creusant des tunnels, en se faisant catapulter, …

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Les chefs de gouvernement des pays développés étaient débordés par les problèmes d’intégration et d’identité nationale. C’est alors qu’ils trouvèrent une solution très simple : puisque tous ces gens étaient interessés par les richesses, il suffisait d’arrêter d’être riche. Ni une ni deux, ils s’employèrent avec application à détruire ce qui avait mis des siècles à se construire : acquis sociaux, entreprises, infrastructures, administrations, lois, … Et pour être sûr d’être vraiment pauvre, ils s’endettèrent encore plus que ce qu’ils n’étaient déjà, à tel point que les banques rachetèrent les États.

L’immigration s’arrêta net. Les peuples étaient tous sur le même pied d’égalité, il était enfin possible d’avancer tous ensemble. Le fait d’avoir été obligé de régresser pour en arriver à cette situation ne semblait être qu’un mal nécessaire. Il n’y avait plus qu’à tout reconstruire petit à petit, sans oublier de rembourser les dettes contractées par les États-banques envers eux-mêmes.

Un État étant avant tout défini par ses citoyens, il fut naturellement décidé de répartir les créances entre tous les humains. Chacun, dès la naissance, se voyait donc attribuer une dette de 100 000 néo-brouzoufs, à rembourser tout au long de sa vie auprès de son État-banque natal.

Malheureusement, le délabrement économique étant ce qu’il est, peu de gens parvenaient à réunir un tel montant. Bien souvent, lorsqu’une personne décédait, sa dette de naissance n’était pas entièrement, voire pas du tout réglée.

Les États-banques eurent alors une idée pour faire prendre conscience de la criticité de la situation actuelle : distribuer chaque mois, à chaque personne, une petite quantité de matière fécale proportionnelle à sa dette restante. Un slogan de circonstance fut concocté : « avoir une représentation concrète de la merde dans laquelle nous sommes tous ».

Le caca alloué était à entreposer dans des frigos individuels. Il était interdit de s’en débarrasser, des vérifications régulières étaient effectuées par des agents spécialisés. Vous n’aviez le droit de jeter votre capital caca uniquement après vous être acquitté de la totalité de votre dette.

Ainsi, les États-banques mirent en place une industrie complexe pour produire, distribuer, conserver et recenser du caca. À la justification de prise de conscience collective s’ajouta la justification de création d’emplois.

C’est là qu’intervient le héros de notre histoire.

Cacapernic était un brillant logisticien né dans le HSBC oriental. Il était passionné d’astrophysique et pouvait prévoir si chacun de ses pets serait bruyant et/ou odoriférant. Contrairement aux héros classiques, il avait bien plus qu’une vision différente du monde qui l’entourait. Il avait une vision d’un monde différent.

Cacapernic consacra sa vie à développer un réseau de résistants ayant pour objectif de voler le caca non encore distribué, en siphonnant des silos de stockage et en détournant des caca-pipe-line. Après 60 ans d’un travail de fourmi, le réseau avait collecté pas moins de 10 millions de milliards de kilotonne d’excréments, réparties dans plusieurs entrepôts clandestins.

Le moment venu, Cacapernic déclencha l’opération « chasse d’eau ». En quelques jours à peine, tout le caca accumulé fut acheminé vers un point unique du globe, pour y former une boule géante. Les résistants, équipés de masque à oxygène et de propulseurs à gaz auto-alimentés, grimpèrent sur la boule et déclenchèrent la mise à feu. Celle-ci s’éleva doucement dans le ciel, et continua sa route jusqu’à dépasser la stratosphère.

Poon, le nouveau satellite de la Terre, était né.

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Les résistants, qui avaient décidés de prendre le nom de « enfants de Christophe Colombin », commencèrent à s’organiser sur leur nouveau monde. Le terreau était fertile et il leur fut aisé de faire pousser des plantes. Celles-ci commencèrent à produire de l’oxygène et à générer une atmosphère respirable, quoi que conservant son odeur douteuse.

La surface de Poon étant relativement uniforme, il n’y avait pas lieu de la découper en pays. Ainsi, les enfants de Christophe Colombin n’eurent pas à se préoccuper de problèmes d’immigration. Ils mirent progressivement en place un Revenu de Base Inconditionnel, à l’aide d’une monnaie fabriquée à partir d’étron séché et découpé en rondelles.

Pendant ce temps, sur la Terre, les seuls habitants restant étaient les hauts fonctionnaires-dirigeants des États-banques, ainsi que les personnes travaillant dans l’industrie cacatière. Ils moururent tous en quelques années car ils étaient incapables de produire des biens de première nécessité.

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Unrelated pic, mais il fallait une femme ronde.

Du berceau jusqu’à …

Cette histoire a été écrite dans le cadre de la Semaine Internationale (voire Intergalactique) du Revenu de Base Inconditionnel. Pour des infos un peu plus sérieuses à ce sujet, allez ici : http://revenudebase.info/

En 2042, après plusieurs épisodes douloureux de crise et de guerre, le Revenu de Base Inconditionnel fut instauré.

Progressivement, chaque État en créa sa propre version. Elles respectaient toutes l’esprit original de l’idée. On lui associait souvent le slogan « du berceau à la tombe », en hommage à l’une de ses anciennes supportrices.

L’humanité devint heureuse, les peuples vivaient dans la dignité et avaient confiance en l’avenir. Les États se portaient à merveille, car le versement de cette allocation était en pratique très simple à effectuer. Pas de conditions à respecter pour y avoir droit, donc pas de fraude possible, pas de contrôle à effectuer, très peu de papier à remplir, aucune lourdeur administrative.

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Sauf que des fraudes apparurent malgré tout.

Lorsqu’une personne âgée décédait, sa famille attendait parfois quelques jours avant de le déclarer, afin de laisser passer le mois suivant et de toucher un dernier montant. Cet argent était ensuite récupéré par la famille via l’héritage.

Petit à petit, la fraude s’organisa. Lorsque quelqu’un mourait, des entreprises de pompes funèbres peu scrupuleuses s’occupait de récupérer le corps et d’organiser une cérémonie la plus discrète possible. Les allocations continuaient d’être versées. Si la famille avait accès aux comptes en banque du défunt, elle s’en servait de temps en temps pour des achats du quotidien, afin de simuler l’activité d’une personne vivante. Le décès pouvait être officiellement déclaré des mois, voire des années plus tard.

Les États finirent par se rendre compte de l’astuce, et réfléchirent à une contre-mesure. Puisque les fraudes se jouaient sur la condition à remplir pour avoir droit au Revenu de Base, à savoir : être vivant, c’est cette condition qu’il fallait contrôler.

Les États imposèrent aux gens de se rendre chaque année dans un « centre de contrôle de présence ». Les formalités étaient réduites au plus simple, tout en interdisant à une personne de se faire passer pour une autre : une signature et quelques mesures biométriques. Passé un certain âge, les contrôles devenaient un peu plus fréquents : tous les 6 mois, puis tous les 2 mois. Des aménagements étaient prévus pour les personnes ayant des difficultés à se déplacer. Un agent assermenté pouvait venir à domicile et constater la « présence » de la personne.

Ces contrôles avaient un coût, et les États durent légèrement augmenter leurs impôts, mais cela ne porta pas préjudice aux peuples, qui continuaient de vivre dans la joie, le bonheur et la confiance en l’avenir.

Les mesures biométriques étaient plus simples que ça

Avec des mesures biométriques plus simples que ça.

* * *

Pendant ce temps, au plus profond de la Forêt-Noire, dans les caves de son sombre manoir, le docteur Otto Von Gestörlebendig finalisait les dernières étapes de son expérience. Il prit une gigantesque seringue étiquetée « produit Ẍ » et en injecta le contenu dans un corps allongé sur une table d’opération.

De son regard torve, il examina un électrocardiogramme. Son rire malsain résonna alors dans toutes les pièces du manoir : « Il semble vivant !! IL SEMBLE VIVANT !! HA HA HA HA HA !! »

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* * *

Monsieur Duprol, sa femme et ses 6 enfants sortirent de la maison de retraite. Ils arboraient la mine triste exigée par les conventions sociales dans ce genre de circonstances.

« De toutes façons, ce n’est pas très difficile de prendre l’air triste, se dit Monsieur Duprol. Quand je pense que lorsque cette vieille carne vomira sa dernière cuillerée de compote, on devra dire adieu à son allocation. 15 néo-brouzoufs par mois qui partent en fumée. C’était pas rien tout de même ».

Alors qu’ils passaient la grille, un petit homme malingre aux cheveux gras et mal peignés vint s’adresser à lui.

— Vous me semblez devoir assister à une fin de vie difficile.

— Qui êtes-vous ?

— Aucune importance. Je peux vous aider. Non pas pour prolonger la vie de votre parent, mais pour donner l’illusion d’une prolongation. Une illusion suffisante, pour… vous savez… les contrôles de présence.

— Monsieur, je ne vous permets pas ! Ma mère est sur le point de mourir, c’est une question de semaines. Et vous osez me parler d’argent ! Filez d’ici, espèce de charognard !

— Charognard, dites-vous ? C’est amusant, car je me définirais justement comme le contraire : une sorte d’agent conservateur. Mais je ne vous dérange pas plus longtemps. J’ai laissé quelques cartes de visite à l’accueil, vous n’aurez qu’à en prendre une la prochaine fois que vous rendrez visite à votre mère.

Quelques jours plus tard, Monsieur Duprol se leva plus tôt que d’habitude. Il vérifia que sa femme et ses enfants dormaient toujours, puis il composa un numéro de téléphone.

— Monsieur « l’agent conservateur ». J’appelle de la part d’un ami dans le besoin. J’aurais voulu savoir comment fonctionne votre méthode de prolongation.

— J’ai mis au point une sorte de médicament. Lorsque vous l’injectez à un défunt, le cœur se remet à battre et le cerveau reprend une activité électrique. N’importe quel médecin établira que la personne est dans le coma, mais bel et bien vivante. Mon médicament est indétectable, il se dissout dans le corps au bout de quelques minutes. Mais l’activité de vie fictive dure 24 heures.

— Est-ce qu’il y a des effets secondaires ?

— Je me permets de rappeler que le produit est à injecter dans un cadavre. Quels effets secondaires peut-on craindre sur la santé d’un mort ?

— Certes, vu sous cet angle… Ça fonctionne jusqu’à combien de mois ?

— En plus de simuler la vie, mon produit ralentit la décomposition du corps. Si vous faites des injections régulières, vous pourrez le faire tenir plus d’une année.

— Ça me semble intéressant. Je vais en acheter pour mon ami dans le besoin qui tient à rester discret.

— Bien sûr, je comprends. Nous livrons à domicile. Vous pouvez aussi venir chercher le produit directement à notre laboratoire, en Forêt-Noire.

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* * *

Les fonctionnaires dans les centres de contrôle de présence s’aperçurent bien vite d’un changement. De plus en plus de personnes arrivaient en fauteuil roulant, accompagnée par un membre de la famille, le plus souvent un fils ou un neveu. La personne accompagnante, l’air éploré et d’une voix solennelle, louait le Revenu de Base, expliquant que sans cela, il lui aurait été impossible de s’occuper de son pauvre parent devenu totalement dépendant.

Lorsque le fonctionnaire demandait d’où provenait cette odeur pestilentielle, la personne accompagnante répondait que le malheureux n’était plus capable de se laver, puis elle éclatait en sanglots.

La nouvelle de l’existence du produit Ẍ parvint aux oreilles des États. Malheureusement, ceux-ci ne savaient comment réagir. Impossible, en effet, de faire la différence entre un honnête grabataire et un « mort prolongé ». On réalisa des tests, des recherches, on tenta de découvrir la formule du produit Ẍ. Rien n’y fit, il était bel et bien indétectable.

Mais, de manière surprenante, cette fraude généralisée ne mis à mal ni l’économie, ni la souveraineté des États. Car il s’agissait d’une fraude limitée, réalisable par tout le monde. Elle n’augmentait donc pas les inégalités entre individus. Les États diminuèrent simplement le montant des allocations, au prorata du maximum fraudable.

Les économistes nommèrent ce phénomène : « malhonnêteté de groupe ». Pour l’expliquer, ils utilisaient l’exemple du restaurant universitaire.

Soit un restaurant universitaire vendant des repas à un prix de départ raisonnable. Les étudiants qui s’y rendent volent des couverts et des assiettes pour leur utilisation personnelle. Le restaurant décide en conséquence d’augmenter les prix. Voyant cela, les étudiants n’ayant encore rien volé souhaitent en avoir pour leur argent, et volent à leur tour. Mais ceux qui ont déjà volé ne recommencent pas, car il n’y aurait aucun intérêt à stocker des dizaines de couverts chez soi. Les prix augmentent à nouveau. Le point d’équilibre est atteint lorsque tous volent dans le restaurant. Si vous ne volez pas, vous n’en avez pas pour votre argent. Vous êtes forcé d’être malhonnête. Mais comme vous n’êtes pas plus malhonnête que les autres (soit parce que c’est techniquement impossible, soit parce que ça n’aurait aucun intérêt), l’équilibre est conservé.

La malhonnêteté de groupe a pour effet d’avantager un acteur économique, qui a contribué, ou pas, à l’apparition du comportement malhonnête. Dans l’exemple, c’est le fournisseur de couverts du restaurant qui est avantagé, au détriment des autres fournisseurs.

Il arrivait parfois que des étudiants volent plusieurs assiettes.

Il arrive parfois que des étudiants volent plusieurs assiettes, mais c’est rare.

* * *

Sur la plus haute terrasse de son manoir entièrement rénové, allongé dans une chaise longue, à côté d’une piscine grande comme un terrain de football, le docteur Otto Von Gestörlebendig savourait sa victoire.

L’entreprise qu’il avait monté affichait des bénéfices records. Ses usines de produit Ẍ, implantées dans le monde entier, tournaient à plein régime. Officiellement, il s’agissait d’un médicament contre les maux de têtes. Dans certains pays, il avait même réussi à le rendre remboursable par les assurances maladie. C’était très amusant de voir un produit permettant de frauder un État être remboursé par l’État lui-même.

Il continuait parfois de travailler dans son laboratoire, juste pour le plaisir. C’est ainsi qu’il découvrit une méthode pour détecter le produit Ẍ dans le corps d’un cadavre. Mais celle-ci ne pouvait être trouvée qu’en connaissant la formule chimique complète. C’est pourquoi, il garda cette information secrète. Aucune autre personne au monde ne savait exactement comment le fabriquer. Dans ses usines, le mélange des composants était réalisé par des robots doseurs qu’il programmait et installait lui-même.

Afin d’être sûr que personne ne trouverait la méthode de détection, il brûla les résultats de ses recherches, et s’interdit de travailler à nouveau dessus. Il avait de toutes façons de quoi s’occuper, entre les cocktails mondains, les parties de golf et les soirées mousses organisées dans des monuments historiques privatisés.

Ça se voit pas, mais là on est tout en haut de l'arc de triomphe.

Ça se voit pas, mais là on est tout en haut de l’arc de triomphe.

* * *

C’était une matinée ordinaire au centre de contrôle de présence de Freudenstadt. La file d’attente s’allongeait un peu, du fait de la quelque dizaine de grabataires attendant patiemment leur tour.

Otto Von Gestörlebendig passa les portes d’un air nonchalant. Il était devenu l’un des hommes les plus riches de la planète, mais il continuait de percevoir son Revenu de Base comme tout un chacun. Afin de se donner bonne conscience et de parfaire son image médiatique, il le reversait intégralement à la Fondation des Seniors Sans Famille. Il déclarait souvent que cette contrainte de devoir se rendre personnellement dans un centre ne le dérangeait absolument pas. Au contraire, cela lui permettait de « garder un contact avec les petites gens », « de ne pas perdre pied », « de conserver un lien avec la réalité », etc.

Au passage, il aperçut Monsieur Duprol, maintenant dans un fauteuil poussé par sa belle-fille. « Le cycle normal de la plus-ou-moins-vie », se dit-il. Il lui sourit.

Alors, des dizaines de jambes, restées immobiles durant des mois, s’animèrent. Les vieillards se levèrent lentement. Ils se dirigèrent, les bras en avant et d’un pas mal assuré, vers le docteur. Des voix caverneuses sortirent de leur bouche édentée : « Papaaaaaaa, papaaaaaa ».

Otto tenta de s’enfuir. Mais plusieurs fauteuils bloquaient la porte de sortie. Il hurla, se débattit, appela au secours. Les autres personnes du centre tentèrent de maîtriser le groupe d’enragés. Lorsqu’elles y parvinrent, il était trop tard. Le docteur Otto Von Gestörlebendig avait été mis en pièce et dévoré.

« En voilà au moins un dont on est maintenant sûr qu’il est mort », ne put s’empêcher de penser le fonctionnaire derrière le guichet.

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* Épilogue *

Otto n’ayant aucune famille, la question de l’héritage fut difficile. Après plusieurs batailles juridiques, les États parvinrent à mettre la main sur une partie de son patrimoine. C’est ainsi qu’ils eurent accès à une usine, et à des robots doseurs du produit Ẍ.

Les ingénieurs les plus talentueux et les savants les plus éminents se mirent alors au travail. Ils découvrirent bien vite la formule chimique secrète ainsi que la méthode de détection du produit. Après des recherches plus approfondies, ils tombèrent sur une autre information importante: l’existence d’un effet secondaire pouvant se déclencher à tout moment. Ils le nommèrent : « bug de réanimation imprévue ». Ils ignoraient s’il existait un antidote. Mais de toutes façons, il était un peu tard pour le chercher. Dans tous les cimetières du monde, des tombes commencèrent à s’ouvrir…

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Il me faut une image avec des boobs, car j'en ai au moins une par article.

Raffarin pète-burne Memorial Day #6

La tradition sur ce blog est de perpétrer une célébration du lundi de Pentecôte, en tant que jour-qui-était-ferié-et-qui-l-est-toujours-mais-qu-on-se-fait-malgré-tout-enculer-d-un-jour-de-congés. Les célébrations des années précédentes sont rangées dans la catégorie idoine.

Pour ceux qui auraient été privés de leur histoire, je rappelle que cet assassinat du temps libre des Français nous a été offert par Jean-Pierre Raffarin. C’est ce mec là :

J'emberlificote le fil de mon microoooooo !!

Chui un rebel, j’emberlificote le fil de mon microoooooo !!

J’ai déjà déblatéré sur ce monsieur. Il mériterait qu’on lui déblatère dessus à l’infini, mais ce n’est pas ce que j’ai envie de faire aujourd’hui.

Rappelez-vous, l’année dernière, je vous avais présenté l’Initiative Citoyenne Européenne (ICE) pour le Revenu de Base Inconditionnel. J’en avais également parlé dans le blog de Sam & Max (http:// sametmax.com/comment-le-revenu-de-base-inconditionnel-pourrait-maximiser-le-bonheur/).

C’est maintenant l’occasion de faire un point sur le résultat de cette ICE. Comme on pouvait s’y attendre, elle n’aboutira pas, puisque seulement 285 042 signatures ont été récoltées dans toute l’Europe, sur les un million requis. Zut alors (http:// revenudebase.info/2014/01/15/fin-initiative-europeenne-mouvement/).

Lance Armstrong, après s’être vautré sur la Lune avec son vélo dopé à l’assistance électrique, nous avait gratifié de sa fameuse citation : « c’est un faux-pas pour moi, mais faut pas se formaliser pour l’humanité ». Je propose un détournement de cette phrase, pour vous annoncer : « c’est un échec pour l’ICE, mais pas pour l’idée du Revenu de Base en elle-même ».

Le fait d’avoir eu une action concrète à mener (obtenir le plus de signatures possible) a encouragé de nombreuses personnes, dont moi, à faire circuler l’idée. Celle-ci avance dans l’esprit des gens, et se répand dans le monde en sautant joyeusement de cerveau en cerveau. Sans me vanter, je peux revendiquer la paternité directe ou indirecte d’au moins 4 signatures parmi les 285 042.

La barre de progress des signatures a freezé.

La barre de progress de l’ICE a freezé.

Je suis persuadé que le Revenu de Base est un mode d’organisation sociale qui optimiserait le bonheur et la productivité des humains. J’entends par là : productivité au sens large, aussi bien concernant les choses utiles (échanges, éducation, écologie, …) que les futiles (casquettes à grosse tête). À noter que je reconnait sans aucune réticence que les casquettes à grosse tête ont également leur place dans ce monde.

Ce dont je suis moins persuadé, c’est si l’idée du Revenu de Base est suffisamment simple et limpide pour que la plupart des gens finissent par accepter que ce serait bénéfique. Le meilleur moyen de s’en assurer est d’en parler autour de soi, aux gens qu’on connait / qu’on connait pas. Ce que j’ai tenté de faire.

Je m’en vais donc vous présenter ici mes expériences personnelles de « faiseur de ciruler les idées ». Autant vous prévenir, les résultats ont variés et il est grandement possible de se débrouiller mieux que moi. Mais on fait avec ce qu’on a. Or sur ce blog, on a moi et pas grand monde d’autre.

Comment amener le sujet du Revenu de Base ?

Si vous êtes assez bon en blablatage, vous devriez être capable de le faire émerger au détour d’une conversation classique. Vous avez certainement remarqué que les gens se lamentent souvent, levant de grands yeux mouillés de basset sur la misère de l’univers, tout en ânonnant « qu’il n’y a plus de travail », « qu’il n’y a plus d’argent nul part », « que c’est la crise », et autre lieux-communs à l’emporte-pièce. C’est l’occasion pour vous de proposer une solution à ces problèmes, et d’embringuer sur le Revenu de Base.

N’étant pas un grand expert en relations sociales, je ne parviens pas à saisir toutes les occasions qui se présentent. Mais j’ai une autre technique. Celle-ci n’est pas utilisable par tout le monde, vous devez être muni d’un conjoint ou d’une conjointe (avec ou sans nichons).

 Moi c'est avec.

Moi c’est avec.

Première étape : parlez du Revenu de Base à votre conjoint(e). Décrivez-lui en détail les raisons pour lesquelles vous pensez que ça fonctionnerait. Si vous n’êtes pas assez convaincant, ce n’est pas grave du tout. L’important est qu’il/elle réalise à quelle point cette idée est importante pour vous. Surtout n’hésitez pas à être bien lourd, et à ramener régulièrement le sujet sur le tapis.

Seconde étape : allez à un machin social quelconque, accompagné de votre conjoint(e). Déroulez des conversations comme normalement. Si le machin social est agrémenté de drogues douces (alcool, marijuana, …), n’hésitez pas à en consommer, ça ne peut qu’aider. À un moment, quelqu’un va inévitablement sortir l’un des lieux-communs emporte-piecé sus-mentionné. Là, votre conjoint(e) devrait dire : « argh, il va encore nous bassiner avec le Revenu de Base, fuyez ! »

Si personne ne fuit, vous avez le champ libre et vous pouvez prendre la parole.

Comment présenter des arguments convaincants ?

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Comme très peu de gens connaissent le Revenu de Base, vous êtes de toutes façons obligé de le décrire en quelques phrases. Là, personnellement, je ne me prends pas la tête. Je ressors le même blabla à chaque fois. Ça ressemble à quelque chose de ce genre :

Le Revenu de Base consiste à donner la même somme d’argent, tous les mois, à toutes les personnes d’un pays ou d’une région. Il continue d’être perçu même lorsqu’on commence à travailler, quel que soit le salaire et le contrat de travail. La somme donnée est calculée au plus juste, mais permet de vivre « dignement », c’est à dire : pouvoir s’acheter de quoi bouffer, de quoi se loger et éventuellement quelques biens culturels de base.

Ensuite, il vous reste encore un peu de temps de parole pour adapter les arguments à votre auditoire. Là, pas de recette miracle, mais j’ai quelques exemples qui ont à peu près fonctionné.

Si vous parlez à des retraités pas trop vieux :

Le Revenu de Base n’est pas une incitation à la paresse. La plupart des gens ne se mettent pas à glander même si on leur en donne la possibilité matérielle. Par exemple, toi, ami retraité, l’État te paye, et pourtant, tu continues de t’occuper de ton jardin / de garder tes petits-enfants / de bricoler / de faire des gâteaux / de coudre des bonnets / de prendre des cours d’informatique.

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Si vous parlez à des personnes divorcées :

Le Revenu de Base est versé à une personne, et pas à un foyer. Il est mis sur un compte en banque au choix, que l’on peut changer à tout moment. Parfois, certains couples ne se sentent plus bien ensemble. Dans notre système actuel, si l’une des personnes veut partir, elle ne le peut pas toujours, à cause de la maison, du revenu assuré par le travail de l’autre, etc. Avec le Revenu de Base, on peut « s’enfuir du couple » tout en gardant un minimum vital.

Si vous parlez à de jeunes parents salariés :

Élever un enfant, c’est pas juste une aventure formidable. C’est aussi du putain de travail. Le Revenu de Base des enfants peut être directement alloué aux parents, ce qui est une forme de reconnaissance du travail d’éducation. Le montant du Revenu de Base est moins élevé pour les enfants de moins de 18 ans, mais la reconnaissance est là malgré tout.

Si vous parlez à des gens qui pensent que si on n’est pas forcés à travailler, la plupart ne vont plus rien glander et « toute l’économie sera par terre » :

L’économie est déjà plus ou moins par terre. De plus, les gens ne sont déjà pas forcés de travailler, avec le RSA, l’allocation chômage et tout un tas d’autres aides conditionnelles. Y’a juste que ce serait plus simple de donner la même chose à tout le monde plutôt que d’enquêter sur la vie de chacun afin de déterminer qui mérite les aides que l’État daigne octroyer.

Si vous parlez à un lapin :

Skouik skouik ! Cronch Cronch. Zig-zig la lapine ! Zig-zig la lapine ! Zig-zig-zig-zig-zig !

Mon auditoire est-il souvent conquis ?

Honnêtement, non.

C'est pas du gâteau. Est-ce du nichon ?

C’est pas du gâteau. Est-ce du nichon ?

Les gens me laissent présenter mon idée et m’écoutent. Mais très souvent, ils ont des contre-arguments auxquels je ne sais pas répondre. Ou si je sais y répondre, c’est trop tard, ou pas de la bonne manière. Je fini par m’embrouiller dans mes explications et mes contre-contre-argumentations, et très souvent je me fais rembarrer. Mais ce n’est pas si grave.

Est-ce que ça vous est déjà arrivé d’avoir un avis sur quelque chose, puis quelqu’un arrive, vous explique pourquoi votre avis est mauvais, et alors vous avez répondu « Mince, c’est vrai, je me suis trompé. Tu as raison » ? Ça ne vous est jamais arrivé ? C’est normal. Personne ne fait ça. Personne n’avoue immédiatement qu’il avait tort, quel que soit le sujet. Le professeur Ploum, éminent blogologue, en parle dans cet article (http:// ploum.net/le-cout-de-la-conviction/).

Et donc, la plupart de vos tentatives de faire accepter l’idée du Revenu de Base sont vouées à au moins un premier échec. Il semblerait que ce soit valable pour beaucoup d’idées : politiques, économiques ou autres. Mais c’est un détail auquel vous ne devriez pas vous attacher. Votre but n’est pas de faire accepter une idée, mais de la répandre. Vous n’avez aucun contrôle sur ce qui peut arriver ensuite.

Comme auraient dit Maxime le Forestier et Nicolas le Jardinier, si tous deux avaient réellement existé : « je suis la graine que je place dans votre cerveau, mais je ne suis qu’une graine. »

Dans quelques semaines, une autre personne viendra parler du Revenu de Base à ces mêmes personnes avec qui vous étiez. Et celles-ci se diront : « Ah oui, un type bourré et sa copine avec des nichons m’ont raconté la même chose durant un machin social quelconque ». La petite graine sera arrosée. Il faudra l’arroser encore et encore, mais ça vaudra le coup, car elle deviendra un arbre gigantesque qui fera pousser d’autres graines.

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Concrètement, que serait-il possible de faire de plus ?

En parler autour de soi, c’est toujours ça de pris. Mais j’aimerais bien faire plus. J’ai quelques idées. Certaines productives, d’autres non. Certaines réalistes, d’autres non. Les voici en vrac :

  • Continuer de faire des articles dans mon blog. C’est fun, mais pas très rentable, vu tout ce que j’ai déjà écrit. La plupart des gens qui connaissent mon blog connaissent déjà le Revenu de Base. Le sujet mériterait d’être approfondi dans beaucoup de directions, mais d’autres font cela beaucoup mieux que moi. J’en profite pour vous rereconseiller la lecture assidue de ce site (http:// revenudebase.info/).
  • Écrire des articles pour d’autres endroits de l’internet. C’est fun et rentable, car je touche des personnes qui n’en ont peut-être jamais entendu parler. Mais il me semble avoir épuisé ce filon. J’ai blablaté dans feu le magazine 42, et chez Sam & Max. Il n’y a pas d’autres sites dans lesquels j’aurais un tant soit peu de pignon sur rue, pour me permettre d’y dumper une grande diatribe.
  • Lire le livre « La théorie relative de la monnaie », essayer de le comprendre, et le vulgariser. Pas forcément très rentable, mais possiblement fun. Je me suis promis de le faire un jour où j’aurais le temps. Mais pour avoir du temps, il faudrait que le Revenu de Base soit mis en place. Mince alors.
  • Aller dans une place fréquentée, monter sur une boîte à savon et haranguer la foule. Ce serait sûrement rentable, puisque je toucherais beaucoup de gens rencontrés aléatoirement. Mais je ne sais pas exactement comment m’y prendre pour des actions de ce genre. Je n’ai pas envie de distribuer des tracts car personne ne les lit, et c’est juste du gaspillage.

Y’a-t-il ici des harangueurs de foule qui auraient des conseils à me donner ?

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L’histoire de ce roi mort de n’avoir pas pu te rencontrer

Cette histoire a été écrite dans le cadre de la Semaine Internationale (voire Intergalactique) du Revenu de Base Inconditionnel. Comme déjà dit dans cet article, ainsi que sur le blog de Sam&Max, je vous invite à signer l’Initiative Citoyenne Européenne, pour obliger nos amis politiciens à réfléchir à cette idée.

Cette histoire ne contient pas vraiment de morale et elle ne vous fera pas forcément réfléchir. Mais j’avais envie de l’écrire.

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Alors voilà, ce serait l’histoire d’un roi, gentil et cool. Y’aurait qu’à l’appeler Henri 4.1. Il serait roi de la Patatonie et il gouvernerait avec l’aide de son ami de toujours, qu’on appellerait Conseiller_Générique.

Aujourd’hui, Henri 4.1 est malheureux, son bon peuple est pauvre et crie un petit peu famine. Alors il convoque son ami pour une séance de brainstorming royal.

− Tous les Patatoniens devraient pouvoir manger de la poule au pot le dimanche.

− J’ai bien une idée, Sire, mais je risquerais de me faire traiter de filou générique. On pourrait annoncer au peuple ce que vous venez de dire, puis juste après on supprimerait les dimanches. Ainsi les Patatoniens travailleraient plus, et vous auriez tenu votre promesse.

− Je vous en prie mon bon Conseiller_Générique, tout ceci est sérieux. Ce qu’il faudrait faire, c’est donner des poules au pot à ceux qui n’ont pas les moyens. Nous sommes déjà en mesure de déterminer, pour chacun de mes sujets, s’il est pauvre ou pas. Il suffit de fixer un seuil à partir duquel on a droit à une poule au pot par semaine.

− Mais le bon peuple ne risque-t-il pas de se rendre pauvre exprès, afin d’avoir à manger gratuitement et sans rien faire ?

− Vous avez raison. Il ne faut en donner qu’à ceux qui le méritent vraiment. Ce n’est pas le tout d’être pauvre, il faut aussi montrer que si on était riche, on serait capable de faire preuve de la même solidarité dont le royaume fait preuve actuellement.

− Ce sera un peu plus compliqué à évaluer. Nous aurons besoin de psychologues, et de lois décrivant le plus précisément possible la notion de mérite. Sans oublier des meta-psychologues, qui évalueront le mérite des psychologues.

− Mon bon Conseiller_Générique, je vous fais toute confiance pour mettre cette structure administrative en place.

poule au pot square home news

Quelques mois plus tard, Conseiller_Générique et Henri 4.1 se réunirent à nouveau.

− La situation est mitigée, Sire.

− Eh bien, le bon peuple ne mange-t-il donc pas à sa faim ?

− Plus ou moins, Sire. Mais l’abondance de poule au pot a eu d’autres impacts sur leur comportement. Certains récupèrent les plumes pour en faire des cure-dents, d’autres utilisent la peau pour confectionner des gants de toilette, et j’ai même pu acquérir cette tête séchée montée en pince à sucre.

− Ce sont là des activités économiques annexes. C’est plutôt positif, n’est-ce pas ?

− Les cure-dents se brisent en laissant des morceaux dans la mâchoire, lorsqu’on se lave on finit recouvert d’une pellicule de graisse, et j’ai des hauts-le-cœur quand je regarde mes sucres en face. D’autre part, nous recyclons les abats de poule pour en faire une sorte de farine, afin de nourrir les nouvelles poules. Or, il semblerait que ce ne soit pas très bon pour leur santé. Mais nous n’avons pas d’autres choix, nous manquons d’agriculteurs.

− Pour les agriculteurs, aucun souci. Nous instaurerons des primes au replantage d’épis de blé, cela devrait relancer l’attrait pour cette profession.

− J’ai bien peur que le problème soit plus global, et lié à notre choix culinaire initial. Le seul intérêt qu’il puisse y avoir dans une poule, c’est son aspect comestible. Tout le reste n’est que de piètre qualité. On dit que dans le cochon, tout est bon. C’est sûrement vrai. Mais dans la poule, seule la viande est bonne.

− Vous voulez dire que nous aurions dû établir une loi stipulant que tout Patatonien puisse manger du cochon au pot le dimanche ?

− Peut-être. Il est de toutes façons difficile de revenir en arrière. Nous n’avons plus d’éleveurs de cochons, ils se sont tous reconvertis.

− Voilà une solution simple : nous allons interdire le commerce des poules au pot et de leur produits dérivés. Le gouvernement en donne au peuple, il les mange. Tout autre échange ou transformation concernant cette denrée sera considéré comme clandestin, et passible d’une lourde amende. Allons mon bon ami ! Légiférons ! Légiférons !

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Quelques mois plus tard, c’est un Conseiller_Générique totalement paniqué qui revient parler à Henri 4.1.

− Sire, les végétariens et les personnes n’aimant pas la poule au pot ont formé une délégation, et désireraient s’entretenir avec vous de l’injustice de vos nouvelles lois. Ils n’ont que faire de ce qu’on leur donne gratuitement, et leur seul moyen de s’en débarrasser est de le jeter directement aux ordures, ce qui constitue un gaspillage désastreux, sans compter l’odeur. Le point positif, c’est qu’une nouvelle confrérie vient de voir le jour. Ils se proclament « les poulophiles de l’amour », et proposent leur aide pour résoudre cette crise.

− Nous pouvons rajouter quelques lois supplémentaires. Mettons en place des dérogations, en autorisant le commerce de poules au pot à ceux qui en ont réellement besoin.

− Fort bien, Sire. Mais comment déterminer exactement la notion de « besoin » ?

− Eh bien, engageons d’autres psychologues et d’autres juristes ! Au point où nous en sommes !

− Je vous sens un petit peu fatigué, Sire.

− Excusez-moi mon bon Conseiller_Générique, je m’emporte. Pouvez-vous me laissez maintenant ? Je dois préparer le discours pour le Grand Festin Annuel de Finition des Restes.

Au fil des mois, il fallut encore apporter des ajustements à la loi. Les nouveaux-nés âgés de 3 mois à un an devaient obligatoirement être nourris avec de la poule au pot mixée, afin de diminuer les chances qu’ils n’aiment pas ce plat dans le futur. Les sujets qui justifiaient d’une bonne résistance stomacale avaient le droit de demander 2 poules au pot périmées au lieu d’une comestible. On leva de nouveaux impôts pour financer la recherche en amélioration de farine d’abats. Le proxénétisme poulophile fut encadré de manière stricte, tout en restant le plus respectueux possible des orientations affectives de chacun.

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2 poules pour le prix d’une ! Et elles sont pas périmées !

C’est là que « tu » aurais pu intervenir.

« Tu », c’est toi. La personne à cause de qui le roi est mort de ne pas l’avoir rencontré.

Mais au fait, qui es « tu » ?

Tu es un sujet générique du royaume. On va dire que tu exerces le métier d’éleveur. Tu n’es pas sûr de pouvoir conserver ton emploi, car la ferme d’élevage poulier intensif dans laquelle tu travailles risque de tomber en faillite, du fait de la pression fiscale. L’État a besoin d’argent pour payer les meta-fonctionnaires-psychologues-juristes. D’autre part, les importations de poules étrangères, certes un peu plus chères, mais de bien meilleure qualité, ont continué de mettre la ferme à mal. Heureusement, la nouvelle législation réglemente très précisément les importations.

Mais tout cela n’est pas très important. L’important c’est ta passion pour le bricolage, en particulier, la menuiserie.

Tu aimes concevoir des meubles beaux, solides et simples à monter. Tu pousses le détail jusqu’à rédiger des petits manuels que même un crétin poulonital comprendrait. Tu aimerais bien monter ta petite entreprise de meubles, et pourquoi pas, répandre ta renommée dans d’autres pays. Mais tu peux difficilement te consacrer pleinement à cette activité, la ferme poulière a besoin de ton travail pour survivre.

Henri 4.1 ne t’a pas rencontré, et il ne connait pas ton talent.

Un jour, il voulut consulter les textes relatifs à l’impôt sportif de solidarité aux choléstéroleux. Ceux-ci se trouvaient sur la plus haute étagère de l’armoire législative de référence, un meuble de 40 mètres de haut et 100 mètres de large, contenant toutes les lois du royaume, correctement datées et versionnées.

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Une armoire de sauvegarde annexe. (Celle de référence est beaucoup plus grande).

Il prit une échelle et partit à l’assaut de ce monolithe brinquebalant. Arrivé en haut, il s’appuya sur la dernière étagère pour souffler un peu. Celle-ci ne tenait pas bien, et céda. L’armoire entière s’écroula dans un tonnerre de bois et de papier, ensevelissant le pauvre roi.

Les planches étaient fixées par des tenons en os de poulet agglomérés.

Quant à Conseiller_Générique, il mourut d’une blennorragie aviaire. Mais tu as moins de regret à avoir par rapport à lui. Même si tu l’avais rencontré, il serait mort pareil.

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