Les 27 et 28 novembre dernier, c’était Thanksgiving. Or, comme raconté dans cet article, la gentille société Toyrrid··· octroie les jours fériés français ET américains à tous ses joyeux employés.
J’ai donc profité de deux jours de glandouille complète. Youyouyouyouyou !
Le lundi suivant, suis-je joyeusement retourné au Travail ?
Eh bien non !!!
Parce que je me suis fait lourder.
Rupture conventionnelle. Je suis officiellement au chômage depuis le 1er décembre 2025.
C’est ça, la merdouille dans laquelle je suis et dont je vous parle depuis deux articles. Chef Oink a commencé de m’en parler fin août, on a essayé de trouver d’autres solutions, mais bernique.
Je dois reconnaître que je ne me suis pas fait lourder comme un malpropre (spéciale cacedédi à Collègue DocteurMaboul). J’ai eu du préavis, pour me donner le temps de chercher ailleurs. Ce que j’ai fait, mais manifestement mal, car je n’ai pour l’instant rien trouvé. Je suis parti avec deux mois de salaire alors que le minimum légal pour mon ancienneté était de un mois. Y’a pire.
Pourquoi ce lourdage ?
Petit rappel du sacerdoce de la société Toyrrid···, copié-collé depuis un ancien article :
Nous générons des univers parallèles dans lesquels résident des espèces vivantes et intelligentes qui codent des univers fictifs, dans lesquels se trouvent des intelligences artificielles. Nous récupérons ces IA et leur faisons coder d’autres univers fictifs, mais dans notre univers à nous. Pour finir, nous capturons les espèces vivantes virtuelles de ces univers fictifs et les revendons comme sex-toy esclaves dans l’univers réel, sur support CD-ROM.
J’intervenais au bout de la chaîne de ce processus, en tant que chasseur d’esclaves sexuel·les dans les univers fictifs.
C’était de l’artisanat, de l’expertise. Chevauchant mon autruche géante virtuelle, j’arpentais d’immenses paysages virtuels. Je suivais des pistes pendant plusieurs jours virtuels, je capturais les esclaves à l’aide de mon bola virtuel, sans leur faire mal, toujours dans le respect. À chaque fois je leur laissais une chance virtuelle de s’échapper. Il m’est arrivé d’en relâcher, après avoir décelé une once d’humanité sincère dans leurs yeux virtuels. C’était beau. J’étais le plus talentueux chasseur de ces mondes, possiblement parce que j’étais le seul.
Mon moi virtuel, sur mon autruche volante.
Mais le processus a été optimisé. Les univers fictifs codés par les IA possèdent maintenant un ensemble de règles psycho-sociales immuables qui rend les esclaves sexuel·les consentant·es par construction. Plus besoin de les chasser, il suffit de les appeler avec une corne de brume virtuelle puis de les cueillir.
Mon expertise virtuelle n’étant plus utile, j’ai été lourdé, dans le monde réel.
Pas grand chose à attendre du regard de cette esclave à cueillir.
Le karma
Pour l’instant, je ne vis pas encore aux crochets de la société, car j’ai aussi eu des brouzoufs pour mes jours de congés non pris, ce qui décale les allocations. Mais début janvier, une partie de vos impôts servira à payer mes quignons de pain et mes slips jetables, je suis sûr que vous adorerez ça !
J’étais venu travailler chez Toyrrid··· car l’entreprise et le poste proposé me plaisaient. C’était la première fois de ma vie que ça m’arrivait. Tous mes autres changements professionnels sont survenus pour des raisons bien moins nobles, à savoir :
nécessité d’un déplacement géographique,
fuite d’une ambiance et d’une charge de travail insupportable,
mutation interne qui se faisait toute seule,
ou tout simplement, acceptation du premier truc qui vient.
C’est aussi la première fois de ma vie que je me fais lourder, j’avoue que je n’imaginais pas que ça pouvait m’arriver.
C’est probablement un retour de karma. Pendant des années, j’ai râlé dans ce blog au sujet du concept du Travail. Je n’ai cessé de marteler que toutes mes incarnations professionnelles n’étaient que purement alimentaire. J’ai continuellement et puérilement souhaité que je voudrais être payé à ne rien faire, afin d’avoir le temps d’avancer mes projets personnels.
Voilà, mon souhait a été exaucé. Je suis condamné à revivre sans fin ces deux jours de Thanksgiving. Du temps libre à foison, mais accompagné d’un assortiment de malaises : comment la société va-t-elle me considérer ? Et ma famille ? Risque-je de perdre ma motivation et de ne plus être capable de travailler même si je retrouve quelque chose ? Et si je ne trouve rien pendant longtemps ? Comment je vais faire pour l’argent ?
Mon ARE (allocation d’Aide au Retour à l’Emploi), versée en nature, en dindes de Thanksgiving.
Et la suite ?
Ça fait 20 ans que je fais ce métier (l’informatique en général, pas juste chasser des esclaves sexuel·les virtuel·les, ce qui ne constitue qu’une sous-branche de l’informatique). Je pensais donc que les propositions me pleuvraient dessus. Eh bien non. J’avais des pistes, qui sont toutes tombées à l’eau, plouf.
Actuellement, je :
binge-postule sur LinkedIn et welcometothejungle, en réadaptant à chaque fois le CV,
me suis inscrit sur France Travail et je prends bien garde à faire tout ce qu’on me demande,
tente de trouver des missions de freelance, mais je ne connais rien à ce fabuleux monde,
vais peut-être donner quelques jours de cours dans une école d’ingé, mais c’est pas grand chose.
Tout ça prend du temps. J’ai l’impression d’avoir aussi peu de temps libre pour mes projets que lorsque j’avais un travail. Ou peut-être ais-je du mal à me motiver pour les choses que j’aime, à cause de cet assortiment de malaise qui tourne en continu dans ma tête ?
En prévision d’éventuels jours de disette, et pour tester toutes les pistes possibles, je me permets de mettre un lien vers mon compte Ko-fi. Si vous aimez ce que je fais, que ce soit ce blog, Squarity, les challenges TUR-ROX, ou d’autres choses, vous pouvez m’envoyer des brouzoufs via cette plate-forme.
Cliquez sur l’image pour me balarguer du sorgho
C’est Noël, période où les gens sont plus généreux que d’habitude. Au lieu de faire comme tout le monde et de donner pour le téléthon, pensez à un récipiendaire plus original.
Comme le veux la tradition, je vais raconter ici les événements corporate ayant occurrés durant cette incarnation professionnelle passée. Il n’y en a pas eu beaucoup, mais j’ai déjà un article en gestation.
En route vers de nouvelles et incertaines aventures.
Danielle Birch ne se fait pas lourder, elle utilise les portes pour se faire de l’argent. Cliquez sur l’image pour comprendre.
La barre de progress de ma quête personnelle a dépassé les 50%. Je ne peux pas vous en parler, je ne vous en parlerai pas non plus lorsqu’elle sera terminée. J’espère que vous ne m’en voudrez pas, mais de toutes façons elle est d’un intérêt discutable.
En attendant, voici Big Fat Fine Jazz, sur le site Big Cuties !
L’internet diversifié disparaît progressivement, phagocyté par les réseaux sociaux, qui se font eux-même phagocyter par d’autres réseaux sociaux : TikTok mange Facebook, BlueSky essaie de manger Twitter, WordPress ne se fait pas manger car il n’intéresse plus personne, …
Malgré toutes ces phagocalypses troglosocialiks, le site internet Big Cuties existe toujours, depuis plus de 15 ans. Le contenu y est renouvelé chaque semaine. Des dames s’en vont, d’autres arrivent. Une petite bulle personnelle pour une petite partie de l’humanité qui aime ce genre de prestation spécifique. Merci ! Longue vie à Big Cuties !
Veuillez trouver ci-joint le dernier étron de rétrospective de mon incarnation professionnelle à ConcreteWorld.🌍. Promis, il n’y aura pas d’épisode 3,5/3. Mais celui-là est super long.
Nous terminons avec un feu d’artifice de victoires chamarrées, puisque je vais vous raconter les actions dont je suis le plus fier. Il se trouve que la plupart sont des découvertes de failles de sécurité dans des outils utilisés en interne. C’est amusant, je ne suis pas spécialement fier des tâches effectuées via des directives officielles, mais je le suis des tâches officieuses. Des psychologues du Travail sauront certainement l’expliquer. On s’en fout.
1. Un ATS troué de partout
ATS = Applicant Tracking System. Il s’agit d’un outil pour gérer les offres d’emploi, les personnes qui postulent, les CV, les refus/embauches, etc.
Ce bidule était sous forme d’un site web intégrable dans le site de l’Entreprise, grâce à une configuration DNS ad hoc (oui mon capitaine). Stagiaire SuperCSS et moi étions chargés d’adapter au mieux son design graphique pour que ça colle avec la charte et tout ça.
Comme d’habitude, ce mini-sous-projet « n’était pas censé prendre plus d’une journée ». Comme d’habitude, nous fûmes enlisés dans un gluant marasme de plusieurs semaines, principalement parce que la société fournisseuse était constituée d’un ramassis de tocard·e·s.
Juste pour la marrade, les personnes ayant créés cet outil étaient initialement bourrées à la bière, elles l’ont donc appelé « ATS-ale » (ale signifie « bière » en anglais).
Suite à ma rencontre avec l’outil Pochtronarr, (narrée quelques paragraphes plus loin), je me piquais d’effectuer des mini-audits de sécurité informatique, selon une motivation proportionnelle à la pourritude du machin audité. Ici, elle était grande. Et ça en valait la peine. En quelques heures, j’avais élaboré un joli scénario d’attaque.
J’ai appris le mot « ale » grâce à ce jeu.
Étape 1
Une personne quelconque (que nous appellerons Borgl) se rend sur ATS-ale et postule à une offre d’emploi. Borgl insère du code JavaScript dans l’un des champs du formulaire, car ceux-ci ne sont pas protégés contre les failles XSS.
Étape 2
Un personne en interne consulte l’offre d’emploi. Mettons que ce soit DRHette Bourgeoise-Rappeuse.
Le cookie d’authentification est très facilement trouvable, puisqu’il est dans un paramètre de l’url. Lorsque vous êtes sur ATS-ale, votre barre d’adresse affiche un texte de cette forme :
J’avais fait le test de copier cette adresse et de la coller dans un autre navigateur web. Je m’étais instantanément retrouvé connecté. Les serveurs de ATS-ale considèrent que quelqu’un qui connait le texte secret « zxgrlb123pouet » est forcémement moi, puisque ce texte a été communiqué à moi seul.
C’est normal, c’est comme ça que fonctionnent les cookies d’authentification. En revanche, lorsque c’est fait correctement, ces cookies sont en mode « HTTP-only », c’est à dire que le code JavaScript s’exécutant sur une page ne peut pas y accéder. Dans notre cas, le cookie est dans l’url, il est donc allègrement accessible, en plus de l’ếtre par une foule d’autres manières non souhaitables : screenshot, vidéo, historique de navigation, quelqu’un qui regarde votre écran…
Vous me voyez venir, la faille XSS fait exécuter le code JavaScript de l’étape 1, sur la page web ouverte par DRHette Bourgeoise-Rappeuse. Ce vilain code récupère le cookie et l’envoie à Borgl.
Étape 3
Borgl peut maintenant se connecter à ATS-ale en se faisant passer pour DRHette Bourgeoise-Rappeuse. C’est bien, mais insuffisant. Borgl ne pourra plus se reconnecter lorsque le cookie aura expiré.
Alors, Borgl change simplement le mot de passe du compte. La fonctionnalité est mal faite et ne nécessite pas de retaper l’ancien mot de passe. Borgl a maintenant un accès d’administration permanent à ATS-ale.
Étape 4
Cependant, ce n’est pas très discret car DRHette Bourgeoise-Rappeuse réalisera que son mot de passe ne fonctionne plus. Mais Borgl ayant maintenant les droits pour créer un nouvel utilisateur, Borgl en profite.
Avec un peu de chance, lorsque DRHette Bourgeoise-Rappeuse échouera à se connecter, elle ne fera pas le lien avec un possible incident de sécurité. C’est tout à fait plausible vu la quantité de bugs et de comportements bizarres de ATS-ale. Elle se contentera de rénitialiser son mot de passe et n’ira pas vérifier la liste des utilisateurs.
Et voilà, Borgl a un accès permanent et assez discret à ATS-ale, avec les droits d’administration ! Borgl peut :
publier des offres d’emplois,
consulter, refuser et accepter des candidatures,
envoyer un message à DRHette Bourgeoise-Rappeuse pour l’inviter à prendre un verre parce que cette femme est magnifique,
etc.
Bien joué Borgl !
C’est à la mode de fantasmer sur des femmes géantes. Voici donc une photo de DRHette Bourgeoise-Rappeuse.
Ah t’es sale, ATS-ale !
Je me suis fendu d’un joli mail à Collègue Yoga, le RSSI, pour lui faire part de mes découvertes. J’ai gagné des compliments et de la flatterie d’ego, mais aussi la tâche de suivi des corrections que devaient effectuer Pétaboulard Un-un-unlimited, la société éditrice de ATS-ale.
C’était insupportable. Un tocard m’appelait à répétition pour me demander d’où venait tel bug, si je pouvais tester telle correction, etc. Ledit tocard précisait systématiquement le nom de sa boîte claquée de la fesse. Il est long ce nom ! Quand j’entendais « Peta » dans mon téléphone, je savais que j’allais perdre les 5 prochaines secondes de ma vie à devoir entendre « boulard Un-un-unlimited ».
J’ai appris que Cheffette-DRHette Prout-prout s’était fait engueuler pour son choix d’outil pourri, qu’elle a effectué seule dans son coin, sans demander d’expertise technique et en payant d’avance. Ça m’a bien fait goleri.
Quelques années plus tard, alors que je glandais dans le burlingue open-space, je me mis à fouiner dans un sac plein de bazar qui trainait là depuis plusieurs jours. Je découvrai des mini-colis adressés à diverses entreprises clientes et fournisseuses. Noël étant passé depuis longtemps, j’ignorai ce que ces trucs fichaient encore là. C’était soit des retours, soit des colis non envoyés. De manière prévisible, je fouinai encore plus jusqu’à en dénicher un adressé à Pétaboulard-mon-cul.
Je l’ouvrai sans scrupules. Ces imbéciles ne méritaient aucun cadeau. J’y trouvai de délicieux chocolats que je partageai avec Stagiaire SuperCSS et quelques autres collègue·tte·s, en expliquant bien d’où ils venaient et pourquoi je les avais pris. Ça m’a fait plaisir.
Pour finir, je signalai à Colléguette Sérendipité la présence de sympathiques friandises dans un sac et que ce serait bien, soit de se renseigner pour savoir s’il faut les envoyer, soit d’en faire quelque chose. Ils furent progressivement jetés en pâture dans la salle de pause, ce qui me permit d’en re-profiter un peu. Une consécration heureuse pour ces chocolats.
2. Soirée CTF avec un bouquet de vulnérabilités internes
Nos signatures de mails étaient gérées par un plug-in Outlook fourni par la société MarketoMail. Chaque personne définissait ses propres infos (nom, téléphone, titre de noblesse, …). Le template commun contenait du blabla marketinge, régulièrement mis à jour par Colléguette PositiveAttitude.
Un beau jour, les serveurs de MarketoMail déconnèrent. Ça arrive. Mais leur plug-in était tellement beurkesque que cette déconnade eut pour conséquence qu’il n’était plus du tout possible d’envoyer des mails, même sans signature. Cela éveilla mon radar à pourritude et me donna envie de mini-auditer.
Je récupérai la dll C# du plug-in et inspectai son code source grâce à dotPeek. Je n’avais pas spécialement l’intention de comprendre la déconnade en elle-même. Je comptais simplement explorer et découvrir ce qui était découvrable.
Au démarrage, le plug-in envoyait une requête, avec en paramètres mon adresse mail ainsi qu’un mot secret. Je la renvoyai via une simple commande curl et obtins des détails sur ma signature, dont une url super-secrète et unique, menant à l’interface de modification de mes infos. Jusqu’ici, rien de stupide. Mais dans le code source, le mot secret initial était défini en dur.
Je renvoyai une requête avec l’adresse mail d’un collègue et le même mot. Tagadzim ! Me voilàtai en possession de sa propre url super-secrète unique. Je n’osai tester avec d’autres clients de MarketoMail, mais à mon avis ça aurait fonctionné itou.
Je fis une petite démo de la faille à Collègue Yoga. Je changeai son titre de signature en « éleveur de kangourous ». Nous prévînmes MarketoMail, qui corrigea sa bêtise. Je gardai la dll du plugi-n sous le coude, même si elle ne permettait plus d’exploiter la faille.
Je pris le temps de chercher d’autres vulnérabilités dans d’autres outils. J’en trouvai suffisamment pour imaginer un joli scénario fictif d’intrusion qui allait donner lieu à un sympathique « hackerspace/CTF ».
Entre temps, une stagiaire générique envoya un mail de blabla d’adieu : « Wesh, c’était top-psartek de travailler avec vous tous, hashtag kiffancitude ! » . Je me permis un « répondre à tous » pour énoncer qu’elle était céans une personne fabuleuse et que bonne chance dans la suite de ses aventures magiques. D’autres collègues se moquèrent gentiment de ma flagornerie, c’est de bonne guerre.
Étape du mexicain secret
Quelques mois plus tard, je déclenchais une petite soirée hackerspace avec les collègue·tte·s que mon CTF intéressait. Le scénario est très alambiqué, car il sert surtout à présenter les failles. C’est long et vous risquez de ne rien comprendre. Tant pis, je vous raconte quand même !
L’énoncé initial était présenté sous forme de logs de conversations. La découverte de flags intermédiaires permettaient d’accéder aux logs suivants et ainsi de suite.
Ça commence avec une discussion entre une commanditrice d’intrusion appelée « Rosetta D. Wasp » et un mercenaire pseudonymé « IAmRokMetal ».
IAmRokMetal se fait embaucher par ConcreteWorld.🌍 pour voler des informations. Il repère une machine vulnérable, mais a besoin d’un assistant qui distraierait les employés pendant son attaque. Rosetta fait appel à « rectal_key_hic », un mystérieux mexicain dont personne ne connait le nom ni le visage. (L’histoire aurait fonctionnée avec un espagnol, mais un mexicain est plus rigolo).
rectal_key_hic parvient lui aussi à s’introduire dans ConcreteWorld.🌍. Les deux hackers doivent se parler entre eux pour coordonner leur attaque, mais rectal_key_hic veut conserver son anonymat. Avant de couper toute communication avec Rosetta, il lui a indiqué que c’est à IAmRokMetal de se débrouiller pour mettre en place un canal sécurisé, puis de se manifester avec le mot de code « carré ». C’est un mexicain fan de carrés.
IAmRokMetal découvre la faille du plug-in de signature de mail et modifie celle d’un clampin quelconque, en l’occurrence, moi-même. Il remplace mon numéro de téléphone par 09 16 25 36 49, c’est à dire des carrés. Il ajoute à la fin de mon nom des espaces et des « soft hyphens » (code HTML ­). Un comptage de ces caractères et une petite conversion en ASCII révélaient une url sur pastebin contenant un message secret.
Les personnes effectuant le CTF devait inspecter la dll trouée que je leur fournissais et débloquer des indices qui les menaient à mon mail de répondre-à-tous envoyé plusieurs mois auparavant. La signature contenait les modifications.
rectal_key_hic trouve ce message. Celui-ci indique qu’un papier est caché dans les toilettes, lui-même indiquant un chemin de répertoire dans l’espace de stockage partagé que tout le monde utilise.
La communication est maintenant initiée entre IAmRokMetal et rectal_key_hic. La suite des logs se trouvent dans de simple fichiers texte de ce répertoire.
Étape justifiant la nécessité d’un mexicain
Le premier fichier de log est en clair et en espagnol. Les deux hackers se mettent d’accord sur l’algorithme qui chiffrera la suite de leurs échanges. rectal_key_hic place la clé dans PasswordState, notre gestionnaire de mot de passe officiel.
IAmRokMetal récupère facilement cette clé, mais elle ne fonctionne pas. La discussion entre eux contenait des indices permettant aux personnes du CTF de découvrir un bug.
Et là, attention, lecteurtrice, je vais te révéler un réel bug du réel logiciel PasswordState (mais qui a peut-être été corrigé depuis le temps).
En général, les échanges d’informations entre une machine cliente et une machine serveuse utilisent un standard appelé JSON. Pour enregistrer un nouveau mot de passe, le client (votre navigateur web) enverrait un texte de ce genre :
Le mot de passe est écrit en clair, mais c’est normal. C’est un gestionnaire de mot de passe, il doit pouvoir vous les ressortir tel quel. Avec le HTTPS et tout, c’est sécurisé.
En réalité, PasswordState utilise un format d’échange pas standard et mal fichu, comme ça :
Vous la voyez venir la connerie ? J’ai testé l’enregistrement d’un mot de passe contenant un caractère « ¿ » (point d’interrogation à l’envers). Lorsque j’ai voulu le récupérer, le texte situé après ce point d’interrogation avait disparu ! J’avais perdu un morceau de mon mot de passe.
Or donc, rectal_key_hic avait créé le mot de passe "uno;dos!tres:cuatro¿cinco", mais seul le texte "uno;dos!tres:cuatro" avait été enregistré. C’est pour ça qu’il me fallait un mexicain/espagnol, car leur langue comporte des points d’interrogation à l’envers !
Au passage, on trouvera un commentaire amusant dans le code JavaScript de PasswordState :
// Can't put the normal split("¿") routine here // as it doesn't work. var commandArgs = trigger.getAttribute('commandargument').split( String.fromCharCode(191) );
Finalement, le mot de passe complet est retrouvé. La suite des échanges entre les deux hackers est maintenant chiffrée comme il se doit. Étape suivante !
Étape où le héros meurt à la fin
Dans les locaux de ConcreteWorld.🌍 se trouve un écran géant affichant un dashboard global, via l’application web RealityCheck. Rappelons que le sacerdoce de l’entreprise est de tracer et corriger les incidents qui surviennent dans la réalité.
De temps en temps, l’écran ou l’application plantait. Ça ne posait pas de problème, au redémarrage, la page de RealityCheck se rechargeait automatiquement et l’authentification se faisait à l’aide d’un mot de passe pré-enregistré dans le navigateur. C’est ce qui intéresse IAmRokMetal.
rectal_key_hic invite tous les gens de la boîte au resto, ce qui permet à IAmRokMetal d’agir sur l’écran géant sans se faire voir et de récupérer le mot de passe. IAmRokMetal peut alors se connecter à l’appli RealityCheck et voler beaucoup d’informations : documents internes, accès, autres mots de passe, etc.
La fin du scénario est une apothéose de rire. Voici le dernier log:
IAmRokMetal : Et si on testait ces mots de passe un peu partout ?
rectal_key_hic : Bonne idée.
IAmRokMetal : Argh ! Argle !
rectal_key_hic : Tout va bien ? Que vous arrive-t-il ?
IAmRokMetal : Une personne s’est approchée de moi par derrière, elle est en train de m’étrangler !! Aaaarrgghh !
rectal_key_hic : Mais défendez-vous, au lieu de perdre du temps à écrire « Argh » dans ce fichier et à le chiffrer !
IAmRokMetal : Arghhh ! Arrggghh ! Au secours !
rectal_key_hic : Dites-moi physiquement où vous êtes et je viens vous aider !
IAmRokMetal : Argh ! Trop tard ! Adieuuuuuuu ! blaaaaaaaaaaarghh.
Rosetta D. wasps : Merci pour votre travail. Mon ex-coéquipier IAmRokMetal vient de subir un regrettable incident. Je vais prendre les fichiers et les mots de passe. rectal_key_hic, je vous invite à quitter prestement la société ConcreteWorld.🌍 avant qu’un autre regrettable incident ne survienne.
Révélation finale
Le write-up (la solution du CTF) contenait une ultime blague :
IAmRokMetal est une anagramme de MarketoMail,
Rosetta D. Wasps est une anagramme de PasswordState,
rectal_key_hic est une anagramme de RealityCheck.
Ha ha ha ! Lolilol !
Les collègue·tte·s ont globalement apprécié, même si je sentais une baisse de motivation vers la fin. C’était peut-être un peu long. (Comme cet article, mais je m’en fous c’est mon article).
Résultat d’une recherche avec les termes « Rock Metal Wasp »
3. Pochtronarr
Résumé des failles
Pochtronarr a été, durant plusieurs années, notre « outil de gestion des trucs ». Rappelez-vous, j’avais assisté à un événement corporate convivial organisé par Ploucocratt, la société éditrice. J’avais narré cet événement dans cet article et celui-là.
Je n’ai pas la prétention d’être un super-expert en cybersécurité et pentesting, mais cet outil comportait TOUS les types de failles de sécurité que je connais. Vous vous imaginez comme je me suis éclaté lors de mon mini-audit personnel.
En voici une liste rapide. Je ne vais pas détailler plus, il me faudrait 3 articles volumineux comme celui-ci.
Faille XSS, soupçonnable rien qu’en regardant les urls dégueux d’une de leur vidéo promotionnelle.
Directory Listing, sans même avoir besoin de se créer un compte.
Injection SQL « by design ». Si vous voulez les corriger, vous devez recoder plus de la moitié de la partie front-end et une bonne partie du back-end.
Broken Access Control, permettant à n’importe quel client de ConcreteWorld.🌍 de récupérer très simplement les informations de tous les autres clients.
Mot de passe des utilisateurs chiffrés avec un espèce de double XOR à la con, que je n’ai pas entièrement compris, mais que j’ai cassé avec un oracle. J’ai changé mon mot de passe en « aaaaaaaaaaaaa », puis en « bbbbbbbbbbbbb » et ainsi de suite, jusqu’à avoir toutes les combinaisons de caractère et de positions.
Exécution de code arbitraire par le serveur. La payload devait être écrite en SmallTalk. Ce n’est pas très pratique mais ça permet au moins de lancer des commandes shell.
Ah non, je suis mauvaise langue, il n’y avait pas de Remote File Inclusion !
Il y en avait tellement que certaines failles étaient rendues inintéressantes par d’autres failles. Par exemple, le mot de passe du super-user de la base de données était stocké en clair dans une table quelconque. Mais de toutes façons, les injections SQL étaient effectuées par un user qui avait déjà accès à tout. Ça ne valait même pas la peine d’essayer de devenir super-user.
Je vais quand même vous détailler la plus belle faille. La toute première que j’ai découverte et testée. Elle est assez unique, je ne connais aucun autre outil doté d’un comportement aussi élaboré crétinairement parlant.
Comment j’ai trouvé la faille la plus chabraquée du monde
Je testai le formulaire de déclaration d’un « PRI » (point de réalité intrigatogène) avec un fichier joint. Je cliquai sur le bouton ‘Ajouter’ et sélectionnai un fichier quelconque, par exemple une image « arq.jpg ». Après quelques secondes d’attente, le champ texte correspondant (qui n’était pas directement éditable) se mit automatiquement à jour, avec la valeur:
C:\Program Files\Pochtronarr\uploads\arq.jpg
Je validai le formulaire. Le PRI s’enregistra correctement. Je vérifiai que toutes les informations avaient bien été gardées, y compris mon fichier, que je retéléchargeai. Test validé, je passai à autre chose.
Quelques jours plus tard, Colléguette Mousse, la dame de l’accueil, démissionnait pour une raison quelconque. Elle fut remplacée par Colléguette Sérendipité. Je ne suis plus très sûr de son titre, c’était peut-être « Intérimaire Sérendipité ». Ce n’est pas très important. Le fait est qu’elle avait des fesses magnifiques. Inévitablement, je me rendis dans les toilettes boîtales et me masturbai en pensant à elle.
Colléguette Sérendipité
Un quart d’heure plus tard, une pensée me vint à l’esprit. Le champ texte du formulaire de PRI indiquait bien l’emplacement du fichier joint, mais sur le serveur ! Que se passerait-il si je le changeais ?
Ce champ était verrouillé, mais un bout de JavaScript plus tard, il devenait éditable. Après quelques essais et une petite analyse de ce qu’il se passait sur le serveur, je pouvais décrire le processus (claquay au sol) d’attachement d’un fichier.
Le fichier est envoyé au serveur lorsqu’on le sélectionne dans le formulaire.
Il est enregistré dans l’espace temporaire C:\Program Files\Pochtronarr\uploads.
Le serveur renvoie le chemin complet du fichier uploadé dans cet espace temporaire.
Ce chemin complet est écrit dans un champ du formulaire, que l’on n’est pas censé changer.
Lorsque le formulaire est validé, tous les champs sont envoyés au serveur.
Le serveur prend le fichier à l’endroit indiqué par le champ et l’enregistre sous forme d’objet binaire dans la base de données.
Lorsqu’on redemande le fichier, c’est l’objet en base de données qui est renvoyé.
Et donc, si j’écris un autre chemin dans le champ, je peux récupérer n’importe quel fichier du serveur. Ça s’appelle une vulnérabilité « Local File Inclusion ». Mais celle-ci est particulièrement dégueue, car elle permet en plus de pourrir la base avec des objets binaire énormes juste pour foutre le brin, (par exemple si j’indique C:\pagefile.sys).
En tout cas, je remercie Colléguette Sérendipité pour sa contribution au renforcement de la sécurité du système d’information de ConcreteWorld.🌍 !
Bien évidemment, j’ai organisé un autre hackerspace pour présenter ses failles, à la suite duquel il y eut des discussions entre chefs. L’outil Pochtronarr fut progressivement abandonné, mais j’en garderai un souvenir impérissable et très drôle.
arq.jpg
4. D’autres petites victoires en vrac
*)
Pour les hackerspaces, Apprenti SporExtrême avait installé la plate-forme CTFd. Elle est simple et considérée comme un standard « dans le milieu ». Mais elle ne gère pas les challenges avec des flags intermédiaires, alors j’ai développé une petite extension qui le fait. C’est du python, évidemment.
*)
J’ai aussi réalisé un gros challenge d’OSINT que Collègue Yoga avait beaucoup apprécié. Je le cite: « c’était un kiff ! ». Je ne vais pas décrire ce challenge ici, ce serait trop long. De plus, il était disséminé sur de nombreux sites (copainsdavant, webarchive, …), je ne suis pas sûr que tous les comptes et informations soient restées en place. Data rot…
*)
Un mini-outil de formatage de mail que j’ai dû coder en urgence. J’ai choisi la stack (un bien grand mot) « python-tkInter-pywin32 », ça a beaucoup plu. Les mails formatés étaient des analyses de fausses alertes d’incidents de réalité, qui constituent de simples hallucinations. J’aimais beaucoup l’expression associée : « cet incident n’est que dans notre crâne ». Alors j’ai décidé d’appeler ce mini-outil « Recartonne », qui est un anagramme de « Notre crâne ».
*)
Nous avions aussi besoin d’une application pour gérer les configurations de méta-nommage quantique. Par ailleurs, nous étions en cours d’installation de NextCloud, afin de nous doter d’une gestion de documents moins rustique qu’un énorme NAS où tout le monde fout son bronx dedans. J’ai codé une jolie extension pour piloter un outil de méta-nommage qui ne fonctionnait qu’avec des vieilles requêtes SOAP. Au final, nous avions des IHM sympas et qui s’intégraient bien dans NextCloud. J’étais heureux d’avoir réussi à faire communiquer deux trucs pas spécialement prévus pour et qui œuvraient dans deux domaines vraiment différents. Même si j’ai dû coder en PHP parce que NextCloud. Aux dernières nouvelles, cette application est toujours utilisée ! Youpi !
*)
Mes participations et contributions à la THCON, que j’ai déjà racontées, ainsi que le NorthSec, qui m’a téléporté dans un autre monde le temps d’un week-end même si j’ai pas bougé de chez moi.
Voilà comment on fait des requêtes soap.
5. Une phrase classe et distinguée
Comme dans plein d’autres boîtes, nous avions une offre de stock options. J’y ai souscrit pour la forme, avec une quantité de pognon raisonnable. Ces stocks options offraient la possibilité d’assister à une réunion des actionnaires tous les 6 mois, soit un droit de glandage officiel d’environ une heure. J’ai sauté sur l’occasion.
Durant l’une d’elles, arriva sur la table le sujet d’une subvention étatique pour innovance qui nous avait été récemment accordée. Le fonctionnement et le but de cette subvention mériteraient d’être détaillés, mais je vais vous les résumer en une phrase : pendant que je me masturbais dans les toilettes boîtales, j’étais en partie payé avec l’argent de vos impôts.
L’un des grands argentiers stock-optionniques posa cette magnifique question :
Où en est-on du décaissement de la subvention ?
Moi qui croyais que le mot ‘décaissement’ ne pouvait être utilisé que pour creuser des trous dans le sol (décaisser un terrain), quel ignorant fus-je ! Il est possible de l’employer pour des sommes d’argent récupérables progressivement.
Le grand argentier ayant posé cette question était rasé de près. Mais j’ai bien senti que spirituellement, il avait une petite moustache fine d’homme classe des années 30, un lorgnon, une canne avec un pommeau en diamant, et au moment où il a posé la question, il a spirituellement lissé cette moustache tout en dégustant spirituellement un verre de brandy spiritueux.
Ce sera tout pour cet article, ça suffit amplement et spirituellement !
Le mois prochain c’est Ludum Dare, et ensuite je vous raconte mon pot de départ. Ce sera moins long.
En ce moment, c’est le Spring Challenge chez CodinGame. Le jeu de cette saison est un truc sympa avec des hexagones et des fourmis-robots qui doivent créer un chemin de la base jusqu’à des ressources. Les fourmis ne sont pas représentées visuellement, c’est juste les numéros rouge et bleu, mais ça va bien comme ça.
Pour l’instant, je suis 830ème sur 5000 personnes. Je vais essayer de m’améliorer pour monter encore dans le classement.
Il dure jusqu’à lundi 10h. C’est bientôt fini, mais pas fini !
Je fais un live twitch à chaque fois que je bosse sur mon code. Vous pouvez regarder les replays pendant encore une semaine ou deux, c’est par ici : https://www.twitch.tv/recher_squarity
J’ai toute ma suite d’article corporate sur le feu en ce moment. Ils vont arriver, mais vous n’aurez peut-être rien ce mois-ci (à part ce tout petit article à l’arrache). J’aimerais bien avancer mes gif animées de la road-map de Squarity. Ça fait un an et demi que j’ai rien fait de concret pour ce projet, et c’est mon « projet éternel ». Ça fait pas sérieux. Et faudrait aussi que je fasse des Ludum Dare.
Voilà, gros bisous.
Pour l’image de femme ronde, j’en ai cherché une qui aurait un tatouage de fourmi. C’est pas évident à trouver. En revanche, avec des tatouages de papillons, il y en a à la pelle. En voici donc une. Pif paf !!
Elle s’appelle Sage Montana (à confirmer). La source est une petite vidéo sympa, il vous suffit de cliquer sur l’image pour en profiter.
Voici la deuxième moitié d’article que j’aurais dû écrire le mois précédent, mais c’était l’arrachasse. Cette fois-ci, on va parler de
Quelques collègues
tagadzim !!
Semi-Chef Lula
Un concentré de connaissances, dans énormément de domaines : maths, cartographie, pêche, sculpture (sa passion personnelle), gastronomie, interfaces graphiques, informatique bien sûr, et beaucoup de ses sous-domaines. Mais toutes ces connaissances n’étaient-elle pas un peu trop théorique ?
Ce mec était un paradoxe. Je ne l’ai jamais vu faire d’autres choses qu’écrire et lire de la documentation, ainsi qu’organiser des réunions. C’est bien, mais ça suffit pas pour faire du travail facturable. Et pourtant, il s’était monté une espèce de web-agency et avait eu un tas de clients plus ou moins prestigieux, en France et en Amérique. Je ne sais pas du tout comment il y est arrivé.
Il sortait plein de formules marrantes provenant de mélange d’expressions existantes. Elles ressemblaient à des expressions connues, sauf qu’il était le seul à les employer. J’ai retrouvé, dans ce trait de personnalité, un petit peu de mon défunt collègue Eurod’/Drache-Code/Je-Sais-Tout.
Voici quelques-unes de ses perles :
Ça nous pend comme le nez au milieu de la figure.
Soyons précisément cartésiens.
Ça a été accouché à grand coup de débouche-évier.
Il n’y a pas le moindre bout de morceau d’ersatz de substitut de <indiquez ici ce que vous voulez>.
Faisons un point d’étape.
Faisons une réunion flash-éclair.
Je suis impressionné comme tu tapes du texte à la mitrailleuse lourde.
C’est capillotracté à la tenaille.
C’est parti en vrille comme une volée de moineaux.
Il raisonnait beaucoup en arborescence. Pour lui, tout était un arbre : une documentation avec ses chapitres et sous-chapitres, un projet avec ses tâches et sous-tâches, un organigramme, une vidéo porno avec ses positions et sous-positions, etc.
(C’est faux, les choses dans le monde sont des graphes, seule une partie d’entre elles sont des arbres).
Il était que Ouvrier-codeur au départ, et a très vite été catapulté Semi-Chef de diverses personnes, dont moi. Son problème était de croire qu’on était intelligents et autonomes. Il nous suggérait des choses à faire, qu’il appelait des « départs de branche ». On était censé défricher nous-mêmes l’arborescence sous-jacente à ladite branche. Ça fonctionnait pas toujours. J’agissais dans tous les sens de manière random pour donner l’impression que je travaillais, mais c’était assez bidon.
Une fois, il nous a donné comme départ de branche : « étudier diverses manières de stocker et manipuler des arbres hennaires ». J’ai mis plusieurs jours à comprendre de quoi il parlait : des arbres n-aires !! C’est comme des arbres binaires, avec n branches.
Sa gestion des tâches était un arbre n-aire, dont l’une des tâches était l’étude des arbres n-aires. Gestion-de-tâches-ception !!!
Un à-peu-près arbre hennaire
À cette occasion, j’ai découvert qu’on pouvait stocker ces arbres sous forme d’adjacency list (chaque nœud a une référence vers son parent), et aussi sous forme de nested set (on définit l’arbo avec des valeurs numériques « left » et « right » dans chaque nœud). C’était cool.
Concrètement, on a fait n’importe quoi. On a anarchiquement écrit des docs, on a installé une obscure lib PHP appelée stefano-tree, on l’a cassée, et pour finir on est passé à autre chose. Semi-Chef Lula était pas content et a dit que le sujet « n’avait pas été assez étudié ».
Concrètement du concrètement, on gérait nos arbres comme tout le monde : du json quand l’arbre est petit, des tables en base de données quand l’arbre est grand mais a une structure figée. On n’a pas trouvé, dans le monde réel, de cas où on aurait eu besoin de manipuler de grands arbres ayant une structure pas figée. Hop-là, work complete !
On faisait des réunions sur tout et n’importe quoi. Elles semblaient utiles, car il en sortait des éléments : des prises de décisions, de la documentation, des échanges. Pourtant, le travail n’avançait pas. C’est Stagiaire SuperCSS qui a mis le doigt sur le problème : on redisait très souvent les mêmes choses durant toutes ces réunions.
Semi-Chef Lula et moi discutions parfois jusqu’à 2 heures du matin, du projet POILS_PUBIENS, de l’avenir de la boîte, d’autres choses. En temps normal, j’aurais pas accepté. Mais il était fair-play et m’autorisait à comptabiliser ça dans le fameux total de 1607 heures à travailler sur toute l’année. Or, ça ne me dérange pas de veiller tard. C’était donc tout bénèf’, j’ai grignoté plein de jours de congés de rattrapage ! J’ai beaucoup aimé ces moments de discussion, même si ça faisait rien avancer. On s’était créé un lien assez fort tous les deux.
Au bout d’un moment, je l’ai senti un peu blasé de nous voir nous agiter aléatoirement tous azimuts. Je l’entendais dire « je ne donne plus d’ordres ». Ça n’avait pas trop d’impact, puisque quand il donnait des ordres, c’était rien de plus que des « suggestions de départ de branche ».
Je sentais que Chef NightWish commençait tout doucement à en avoir marre de cette situation. Il me parlait de Semi-Chef Lula en précisant : « t’inquiète pas, il n’ y a pas de soucis entre moi et lui ». Sous-entendu : « il y a un souci entre moi et lui ».
Ce qui a mis fin à cette période a été l’effrayant scandale du « Rapporchyderme ». Nous devions rédiger un petit document décrivant les modalités d’un partenariat entre POILS_PUBIENS et un autre organisme. Au cours de son élaboration, ce rapport a grossi jusqu’à atteindre la taille d’un pachyderme de 50 kilo-tonnes. Même Méga-Chef En-Même-Temps a ressenti le besoin d’intervenir et de demander des documents plus raisonnables pour les prochaines fois.
Suite à cette malheureuse gabegie, Semi-Chef Lula a été dégradé, il semi-cheffait moins de personnes. Je faisais partie des transfugés et suis passé sous les ordres de Semi-Chef Capibara, dont nous parlerons plus tard.
J’ai adoré cette épisode de mon incarnation professionelle. J’ai appris plein de choses, j’ai regagné la plupart de mes heures supplémentaires et j’étais relativement tranquille. Le seul stress que j’avais était de me demander ce que j’étais vraiment censé faire (puisque je n’avais pas d’ordre) et de me demander comment tout cela allait finir. Ça c’est pas trop mal fini, mais après il a fallu que je bosse pour de vrai. Je ne me faisais de toutes façons pas d’illusions sur la pérennité d’un tel modèle de Travail.
Dernière chose et pas des moindres au sujet de Semi-Chef Lula : c’est lui qui a négocié l’une de mes augmentations, pour une somme franchement pas dégueulasse. Tout seul, sans que je lui demande. Il avait probablement pitié de moi et de mon salaire de prolo. Je l’ai grandement remercié, je le remercie encore à nouveau ici. Je suis une grosse chiffe molle pour ce qui est de négocier mon salaire, j’ose jamais rien demander. Il a vu ce point faible et a décidé de m’apporter son aide. Je ne sais pas si il existe beaucoup de Semi-Chef comme ça dans le monde du Travail.
Semi-Chef Lula, sculpteur émérite (entre autres), présentant sa dernière œuvre
Docteur Maboul
Meilleur collègue de tout les temps. J’ai déjà chanté ses louanges. Je vais juste ajouter quelques anecdotes rapides.
Il codait en R. Un langage de programmation de zouzou de chercheurs, orienté data science et autres joyeusetés. Je suppose que ça permet de faire des trucs biens, mais lui codait bourrin. Et vas-y que je te charge 3 Go tout dans la RAM, et vas-y que je mets tous mes bouts de code dans un même fichier, et vas-y que je te lance un process qui tourne pendant plusieurs jours sans avoir aucune idée de quand il va finir. Ha ha, quel humour !!
Il était spécialiste de mettre des éléments « assez rigolos » dans ses Power Points. À ce sujet, Semi-Chef Lula m’a confessé que c’était la seule chose que Docteur Maboul savait faire : « amuser la galerie ». Je me souviens d’une présentation dans laquelle il montrait qu’en France, les recherches Google sur le terme « Intelligence Artificielle » baissaient fortement après 23 heures, alors que les recherches sur le terme « Camembert » augmentaient d’un coup. Il en concluait qu’à la nuit tombée, tous les français s’arrêtaient de réfléchir pour manger du camembert. Sartek.
Spéciale dédicace à mes amis les camemberts
Lorsqu’il auditionnait des stagiaires, il leur demandait de renvoyer un petit texte résumant l’entretien. C’est une pure idée ! Ça oblige le stagiaire à se souvenir de ce qui a été raconté, à rédiger un texte qu’il ne peut pas pomper sur internet, et surtout, ça permet de pas avoir à écrire ce résumé soi-même. Du brillantissime génie.
Oh, aussi, il connait l’une des personnes qui a fondé CodinGame. Re-sartek.
Son super-grade de Docteur fait qu’il coûtait presque rien en salaire, grâce à une espèce de subvention de l’État pour encourager les Docteurs à bosser du vrai Travail. Pour résumer, il était payé avec l’argent de vos impôts. Il n’a donc eu de cesse de répéter qu’il coûtait pas cher au projet POILS_PUBIENS, et que donc les chefs avaient pas à venir l’emmerder.
Plus tard, il a demandé une augmentation, qu’il a eu. Je ne sais pas ce qu’il a avancé comme arguments.
Chef NightWish finit par soupçonner que c’était un glandouilloux. Une conversation téléphonique eut lieu entre eux deux, au cours de laquelle Docteur Maboul monta sur ses grands chevaux et s’énerva taquet. J’aurais aimé y assister, avec un paquet de pop-corn. La rumeur dit que c’est suite à cette réunion que Docteur Maboul abandonna l’espoir d’avoir un avenir dans cette incarnation pro.
Pour finir, il s’est fait lourder pour glanderie aggravée, comme je vous l’ai déjà raconté. Une autre rumeur prétend qu’il a contesté son lourdage et que la procédure est toujours en cours. Mais c’est Chef NightWish qui l’avait lourdé et lui aussi est parti entre temps. Ça complique un peu.
Blague super-privée que je suis le seul à comprendre. Tralal-R ! (la personne dans cette image n’est pas Docteur Maboul).
Autres collègues divers
Je vous mets tout en vrac. J’ai déjà mentionné certains d’entre eux et n’ai plus grand chose à dire à leur sujet, ou bien j’avais moins d’interaction avec eux.
Collègue Aquafootball
Je lui avais lancé un défi : à la pause de midi, on faisait deux Clash of Codes sur CodinGame. À chaque fois qu’il gagnait, je devais aller courir avec lui. J’ai perdu une dizaine de fois en tout. On faisait quelques kilomètres. C’était plutôt cool et ça me faisait faire du sport. Ensuite il y a eu le Covid et tout ce bordel.
Collègue BarryWhite
Nous avons gardé contact. Il m’a donné quelques conseils de jeux vidéos et jeux de société, et c’est un fervent adepte de Squarity. Je ne peux pas trop vous en dire plus, pour conserver son intimité. Si j’ai le courage, je lui donne l’adresse de ce blog claqué du slip.
Traditionnellement, à chaque fin d’incarnation professionnelle, je donne l’adresse de mon blog à au moins une personne avec qui j’ai travaillé. Je l’ais transmis à Colléguette Rosemonde, ce qui valide l’incarnation de ConcreteWorld.🌍. Mais rien n’a encore été fait pour le projet POILS_PUBIENS.
Et hop, le quota de femme ronde de cette article est validé !
Collègue BlackJack
Un type qui codait pas super bien et qui laissait passer des boulettes ici et là. C’était également un actif participant au bordel des fichiers Excel de comptage des heures (voir l’article précédent).
J’ai eu des tas de collègues daubés, lui n’était vraiment pas le pire. Mais à un moment, je me suis demandé ce qu’il foutait là. J’ai découvert que c’est un déglingopathe du blackjack (le jeu de cartes). Il fait des compétitions, il va dans des tournois, il sait compter les cartes à l’avance sans montrer qu’il le fait pour pas se faire choper, etc. En plus de ça, il s’intéresse aux crypto-monnaies : l’actualité, le fonctionnement technique, les smart contracts, tout ça il connait.
Ma question est donc la suivante : sachant que ces deux activités rapportent du fric quand on est expert dedans, et que manifestement il l’est, qu’est-ce qu’il fout là ? Pourquoi il code des pauvres trucs buggés en échange d’un salaire slippé au sol, si à côté il gagne un pognon foutrionique ?
Je ne sais pas. Peut-être qu’il investit tous ses gains du blackjack dans les cryptos, ou l’inverse. Il n’a donc pas de fric immédiat. Dans quelques années, il débarquera dans le burlingue du Méga-Chef, déguisé en canard géant, et chantera « au revoir Méga-Chef, je démissionne ». Mystère.
Chef NightWish
Comme tout Chef qui se respecte, quand on lui disait qu’un truc était fait, il se mettait à rêver et à imaginer que c’était vraiment complet, avec toutes les sous-fonctionnalités possibles et imaginables. Je me suis bien marré quand il a cru que j’avais implémenté dans mon prototype de cosmolo-détecteur la catégorisation automatique des incidents de réalité selon la norme Bogdanov, alors que c’est énorme et que chacun sait que ça prendrait des mois à faire.
Comme tout Chef doté d’un bagage technique qui se respecte, dès qu’il trouvait un truc sur internet ayant un lointain rapport avec notre projet, il nous disait de le récupérer et de l’intégrer. Parce que « c’est plus rapide de réutiliser des choses déjà faites ». Oui mon bon ami. Mais des fois les choses en question ne conviennent pas, ou ne s’intègrent pas, ou bien c’est plus simple de recoder nous-même la petite partie dont on a besoin plutôt que d’intégrer tant bien que mal un gros truc sous prétexte qu’il comporte cette même petite partie au fin fond dudit gros truc, excusez-moi pour cette phrase, elle est trop longue.
C’est lui qui m’a emmené à mon premier CTF ! Celui de la THCON (en 2018, je crois). C’était chouette, j’avais flaggé quelques challenges. Mais j’avais trouvé son attitude pas très motivante.
Il nous a raconté qu’à une époque, il était super fort en CTF. Possiblement, il a eu un réflexe de Chef et s’est mis à rêver qu’il allait cartonner comme avant. Mais il était un peu rouillé, il n’arrivait à rien, ça le déprimait. On était assis autour de notre table, chacun avec notre ordinateur à se prendre la tête. Lui, il regardait dans le vague et répétait : « là, je n’ai plus envie que d’une chose, c’est sortir fumer » (alors qu’il avait arrêté).
Vers la fin du CTF, ça allait mieux. On s’est mis à trois sur un même challenge. Un site web comportant une Local File Inclusion permettant de récupérer tous les fichiers d’un repository git. L’historique de ce repository ne contenait pas le flag, mais le mot de passe admin du site, celui-ci permettant de récupérer le vrai flag. Youpi !!
Rien à voir, mais je lui ai donné du compost. Je sais pas quoi foutre de mon compost parce que j’en ai rien à carrer de mon jardin. J’étais content de m’en débarrasser. Il m’a dit qu’il était super millésimé (depuis le temps qu’il macérait dans le composteur !!). Malheureusement, la seule chose qu’il a réussie à produire avec était des fruits pas mûrs, qui ont à leur tour servi de compost. Je vais certainement pas le juger pour ça.
Il a lancé l’initiative des cours de python que je donnais à des ado·e·s de collèges. Ça c’était une super bonne idée et ça m’a fait vraiment plaisir. Je ne sais pas du tout si j’ai suscité des vocations, mais quelques-unes de ces jeunes personnes étaient motivées. Hashtag-nostalgie, je me suis revu pendant mes années collège où je bidouillais sur Klik’n Play des jeux qui plantaient. Ensuite, paf Covid. Alors j’ai fait l’effort de rédiger quelques supports de cours pour que ces jeunes travaillent autonomement. Si je me souviens bien, j’ai balancés ces cours ici sous forme d’articles.
Et puis un beau jour, Chef NightWish a déclenché une réunion pleinière, comme on en faisait de temps en temps, et il nous a annoncé qu’il partait. Peut-être que les autres collègues-et-colléguettes l’avaient vu venir, mais pas moi. Je sais même plus dans quelle boîte il est allé. Il partait cheffiser bien moins de gens. Il en avait peut-être marre de gérer des crétins qui glandaient et faisaient n’importe quoi pas du tout en accord avec ses rêves.
Préambule (de savon) : l’entreprise qui m’emploie a retravaillé son nom. « ConcreteWorld.🌏 », avec un point, ça faisait bizarre, car on avait parfois l’impression que c’était un point de fin de phrase, alors que c’est un point genre comme ceux des urls. Du coup, elle se nomme maintenant « ConcreteWorld-🌏 », avec un tiret. Je rappelle que le caractère final se prononce « 1F30D ».
L’entreprise a également retravaillé le nom de son gros événement corporate annuel. « le Semencinaire » dont je vous avais narré le déroulement s’intitule maintenant « l’Ovuliaire », par souci d’écriture inclusive.
Les présentations-blablatages
Au programme, point de Corporate Bullshiste ni de jeu de la multi-biscotte. Juste des présentations sous forme de cours magistraux, dans un amphithéâtre avec des tablettes repose-bloc-notes, parfaites pour réaliser des petits dessins.
Initialisation des cours avec la présentation de notre MegaChef. Au fait, ce monsieur a maintenant un nom : MegaChef En-Même-Temps. C’est d’un macronisme totalement assumé.
Explication : un MegaChef a intrinsèquement tendance à pousser ses employés à travailler au taquet. Cependant, ce serait trop frontal de dire « finissez-moi ce projet en deux fois moins de temps que nécessaire », or, comme il y a toujours des tonnes de projet à faire, sa solution à lui consiste à dire « finissez-moi le projet A en un temps normal, et ‘en même temps’ finissez-moi aussi le projet B en un temps normal ». L’incitation à mettre les bouchées doubles est toujours présente, mais un peu plus subtilement. Ça lui apporte également l’avantage de ne pas avoir besoin de prioriser les projets. Ils ont tous la priorité « super-haute, à faire en même temps ».
Cela dit, ce genre d’injonction n’a que peu d’implications sur moi, puisque je ne suis pas directement sous ses ordres. Mes chefs directs ont divers défauts, comme tout le monde, mais les incitations subliminales à travailler n’importe comment n’en font pas trop partie.
Rien de spécial à dire sur la présentation d’initialisation. On passe à celle de Colléguette PositiveAttitude, la nana du marketing.
Elle demande à la cantonnade si nous serions en mesure de citer une phrase d’un livre qui nous aurait marqué. Mon cerveau en trouve deux :
Les rats sont les seuls créatures véritablement underground. (Charles Bukowski, Journal d’un vieux dégueulasse).
La sexualité est un système de hiérarchie sociale. (Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte).
Mais je n’ose me manifester pour les énoncer. Personne d’autres ne moufte, à croire que nous avons tous les mêmes lectures.
Ensuite, elle redemande à la cantonnade une citation d’un film. Des phrases de Fight Club, ainsi que le « Tu te masturbais ? » de American Beauty me viennent à l’esprit. Collègue TuLaBoucles me devance, et sors la phrase à la con de Forrest Gump : « la vie c’est comme une boîte de mon cul sur la commode ».
American Beauty, excellent film.
Colléguette PositiveAttitude nous explique alors que cette petite démonstration est la preuve que nous nous souvenons plus facilement d’images et de sons que de textes. Waouw. Impressionnant.
Sauf que c’est complètement biaisé. N’importe quel charlatan de spectacle de rue sait très bien qu’un public ne réagit jamais à une première harangue, et qu’il faut la répéter. D’où la fameuse technique du « Est-ce que ça va ? Je n’ai pas bien entendu ! EST-CE QUE ÇAAAA VAAAAAA ?? ». De plus, la recherche de souvenir est un mécanisme que le cerveau met un petit temps à déclencher. Il est donc normal que les informations ressortent plus nombreuses à la deuxième sollicitation.
Si elle nous avait demandé d’abord une citation de film, puis une citation de livre, on aurait répondu uniquement aux livres et sa démonstration nounouille se serait vautrée.
Pour finir, elle nous parle de l’infobésité, un concept intéressant même s’il n’est pas spécialement nouveau.
C’est le moment de la récréation, avec bâffrage croissant-confiture-café. Cool.
Collègue Pez s’approche de Collègue TuLaBoucles. Les deux se sont récemment fâchés à cause d’un truc à la con, qui ne mérite même pas d’être raconté ici.
− On se serre la main ou pas ?
− Ben non. Tu peux pas faire comme s’il s’était rien passé.
− OK. Alors tu la boucles.
Et c’est comme ça que Collègue TuLaBoucles s’est appelé « Collègue TuLaBoucles ».
Sur ce, il faut retourner en cours.
Étrangement, aucun power-point n’est doté d’une image ou d’une animation d’engrenages mal foutus et ostensiblement non fonctionnels. Nous avons juste droit à une sorte d’atomium-planète avec des petits machins gravitant autour. Je suis déçu.
C’est pas une gif, mais c’est déjà un atomium.
Chef Nightwish nous autorise à dire « ooooooh, c’est mignooooon » durant sa présentation, car il l’a ponctuée de photos de chats.
Chef Nightwish s’appelle ainsi car c’est un fan du groupe éponyme. Draxxx, le métalleux attitré de feu le magasine 42 détestait Nightwish. C’est assez rigolo. Il semble que ce groupe soit controversé. Bon, supposons que je veuille être un métalleux conventionnel, je devrais dire que j’aime ou que je déteste Nightwish ? Oh on s’en fout. En tout cas, « c’est mignooooon ».
Grâce aux efforts continus d’innovation et de recherche, la technologie évolue progressivement, et les supports de cours ont pu ne pas être exclusivement constitués de powères-pointt. Une petite vidéo sympa nous est dispensée, montrant des collègues répondant à des questions existentielles comme « qu’est-ce qui vous plaît à ConcreteWorld-🌏 », « que voudriez-vous changer ? », etc.
Certains collègues sont interviewés par deux. Ils se répondent l’un l’autre, sur un ton inhabituel et chargé de non-sens. Ça fait très Kaamelott.
Cette journée est tellement fofolle en terme d’innovation post-power-points que nous avons droit à un quizz ! En effet, le compte-rendu de l’Action Bisounours nous a été restitué sous ce formalisme.
Explication : l’Action Bisounours est un badge social-et-sociétal, comme une norme ISO-truc, garantissant qu’une entreprise agit de manière gentillounette avec ses parties prenantes : clients, employés, fournisseurs, etc.
Le quizz comportait des questions telles que : « l’Action Bisounours définit-elle un indice de visibilité de minorité, permettant de savoir, par exemple, si les Noirs seraient plus discriminés ou moins discriminés que les Mormons, les Jeunes ou les Gauchers ? ». La bonne réponse était « Non, bien sûr. Les humains sont tous différents et tous égaux, sauf l’empereur Néron qui était vraiment un superconnard. »
Un smartphone était nécessaire pour participer au quizz, ce que je ne possède pas. On nous avait demandé de prévenir à l’avance si nous étions dans ce cas, afin de mettre en place des smartphones de secours. J’avais prévu de m’en tamponner complet. Malheureusement, le nombre d’inscrits s’affichait publiquement et en temps réel. Collèguette Choucroute, l’une des organisatrices, attendait de pied ferme que celui-ci corresponde au nombre de gens dans l’amphi. J’ai donc demandé un smartphone à l’arrache et je me suis fait gronder. Je suis un Boulet (indice de visibilité de minorité : 42%).
Je m’inscrit sous le pseudo « ‘;drop database », histoire de tenter une injection SQL et d’amuser la galerie. La galerie a été amusée. Youpi.
C’est Mascotte À-Fleurs qui claque le meilleur score. Bravo à lui. Il s’appelle ainsi parce qu’il met parfois un splendide pantalon bizarre avec des fleurs dessus. Son titre de noblesse est ‘Mascotte’ et non pas ‘Collègue’, vous avez compris pourquoi.
Il gagne un cadeau-surprise en différé, qui lui sera offert au prochain goûter corporate. Spoiler Alert : le cadeau-surprise est un bonnet en forme de Bisounours.
Vient ensuite la correction du quizz. Colléguette Choucroute explique chaque bonne réponse en débutant toutes ses phrases par « effectivement ». Il y a du brouhaha. Elle nous rappelle régulièrement à l’ordre comme si nous étions des petits-enfants-bisounours.
La suite de la journée se déroule classiquement. En résumé :
Un autre quizz, sur le sujet « les gens de la Bizness Iounite ‘Protection de la Réalité’ ». Cool.
Réalisation de deux magnifiques dessins grâce à la tablette repose-bloc-notes. Je vous les montrerai dans un prochain article, afin de séparer les catégories blogales « dessin » et « univers fascinant du travail ».
Repas-buffet gratuit le midi, très bon, mais sans alcool.
Discussion à propos de CodinGame avec Collègue Docteur-Maboul, dont l’un des amis est un fondateur du site. Je me garde cette info sous le coude, au cas où.
On nous demande régulièrement de partager sur les rézosocios tel article ou tel nouvelle, pour « transmettre » et pour « que l’on parle de nous ». Je n’ose pas dire suffisamment fort que ça va rajouter de l’infobésité.
Twit ! Twit ? J’ai faim !
La présentation finale
Celle-ci nous est offerte par Viril Virgile, l’entraineur de l’équipe régionale d’aquafootball chilien.
Viril Virgile, dans les vestiaires pro du stade officiel.
Explication : l’aquafootball chilien n’est pas très connu en France, excepté dans notre région. La Chevalerie du Ballon d’Airin (c’est le nom de l’équipe) est parvenue au fil des ans à se forger (ha ha ha) une renommée internationale. La plupart des gens du coin sont des supporters-évangélistes de ce sport. Vous pouvez pas chier dans la rue sans en croiser un.
ConcreteWorld-🌏 étant sponsor officiel, nous avons régulièrement des places gratuites pour aller voir des matchs, en tribune VIP, s’il vous plaît. Ça a l’air tellement important que c’est compté comme avantage social pour les employés.
Personnellement j’en ai rien à foutre de ce sport à la con, rien à foutre de la VIPerie, et rien à foutre que Viril Virgile nous gratifie de sa présence et soit venu décharger en nous sa sagesse d’entraîneur. Le seul truc dont j’ai pas rien à foutre, c’est les mails envoyés régulièrement « à tout le monde » annonçant les places disponibles pour le prochain match. Ça m’agace car ça rajoute de l’infobésité à ma boîte mail boîtale. Je ne dis rien sous peine de passer pour un gros naze qui ne s’intéresse pas « aux valeurs du sport ».
Je reconnais que cette présentation m’a appris des choses, car j’endosse parfois le rôle d’anthropologue toujours prêt à découvrir des modes de vie de catégories socio-professionnelles différentes de la mienne. Je découvre également le personnage de Viril Virgile, et là c’est une expérience bien moins captivante, du fait de son côté « gros ours mal taillé dans un bloc de parpaing lui-même mal taillé dans un bloc de parpaing plus gros ».
Liste de ses gros-oursitudes :
« Bon, je vois qu’il y a des femmes. Désolé, vous vous ennuierez peut-être un peu. » (Du coup, t’aurais dû venir avec une cargaison de cartes-cadeaux Zara et des boules de geisha, pour distraire ces pauvres dames. On n’est plus à un cliché près).
« Et aussi, je vais parfois dire des gros mots. » (Apporte-aussi des écouteurs diffusant en boucle du Vianney, du Katy Perry ou n’importe quelle autre soupe girlie, on n’est plus à deux clichés près).
Son support de présentation en est resté au stade du power-point. Qui plus est, avec des transitions moches en 3D. Certaines diapos sont présentes en double, voire triple exemplaire.
À croire qu’il aime les (répétitions)³, ou alors qu’il se prend pour le Général de Gaulle à l’appel du 18 juin, car il redit parfois trois fois de suite la même phrase.
Certaines diapos montrent des fiches de compte-rendu de match. Il y a des smileys content et pas-content dessiné en gros, pour bien montrer aux joueurs ce qui a été bien et pas bien. On a l’impression d’être chez les super-teubés.
Mini-vidéo les montrant en visite dans une usine locale de lacets de chaussure. L’un d’eux se prend un carton rouge car il s’énerve durant le quizz final. On peut voir en arrière-plan un grand écran affichant la dernière réponse du quizz, à savoir : « les chaussures ». Laissez-moi deviner la question : « que permet de lacer les objets fabriqués dans notre usine ? ».
Pour que les joueurs de l’équipe se sentent impliqués et se comportent correctement avec les journalistes et les gens normaux, Viril Virgile les nomme « Les Chevaliers ». « Tous les membres de l’équipe doivent avoir l’esprit de la ‘chevalerie’ ancré en eux ».
Photo de joueurs se serrant dans les bras durant un match, dans une franche, chevaleresque et virile camaraderie. Je dis : « Oooooh, c’est mignon ». Mais ça ne fait pas rire beaucoup de gens autour de moi. Tant pis.
Une saison sportive d’aquafootball chilien étant jalonnée d’événements et matchs divers, il est utile d’effectuer une analogie avec une autre histoire, en faisant correspondre leurs étapes respectives. Voilà une idée intéressante. L’année dernière, l’histoire choisie était : le tournoi des 5 nations du rugby. Euh… WTF ? C’est quoi l’intérêt de faire une analogie entre la saison sportive d’un sport et la saison sportive d’un autre sport ? En tout cas, ça va pas aider à diminuer l’impression qu’ils sont super-teubés.
Un collègue sort de la salle. Vraisemblablement parce qu’il en a marre ou qu’il veut aller aux toilettes.
Un peu plus tard, une diapo-power-point affiche le texte « homo numericus ». Viril Virgile nous raconte qu’en voyant cela, l’un de ses Chevaliers a rétorqué en riant : « Hurr hurr huuurr, je préfère être numericus que homo. Hurr hurr huuurr. ». L’assemblée rit légèrement. Viril Virgile ajoute : « Bon, il a dit ça comme ça. Mais je suis assez d’accord. Pas de pédés dans mon équipe. » L’assemblée re-rit à nouveau. J’écoutais à moitié, puisque je dessinais. Je n’ai pas su déterminer s’il disait cela sur le ton de l’humour ou pas.
Collègue Machin dit à ses voisins : « Mais pourquoi les gens rient ? C’est pas drôle. On se targue d’être Action-Bisounours-Compliant, et on rigole à des blagues comme ça ? ».
Je passe quelques minutes à réfléchir à la situation, puis je décide que Viril Virgile ne blaguait pas, que de toutes façons sa présentation commence à me gonfler, et que vu qu’une personne est déjà sortie, j’ai bien le droit de faire pareil.
J’embarque mes dessins et je me casse. Je me retrouve seul dans le hall d’entrée à finir de gribouiller. Je suis un peu inquiet quand même. J’ai peur de devoir me justifier par la suite, et de passer pour le gros boulet qui se permet de monter sur ses grands chevaux juste pour se donner un peu de personnalité.
Lorsqu’enfin la présentation se termine et que tout le monde sort, je découvre que je n’ai rien raté de notable. Ça s’est terminé avec des questions de l’assemblée, dont un bon chapelet de questions chiantes par Collègue GrandBlondAvecPasDeChaussureNoire.
Je me sens obligé d’exprimer pourquoi je suis parti. Je suis agréablement surpris car personne ne désapprouve. Certains s’en tamponnent, d’autres me disent qu’ils ont eux aussi hésité à sortir sans oser le faire, et d’autres encore ont relevé ses remarques introductives de merde à propos des femmes et des gros mots.
Potlatch d’échange
Le lieu de l’orgie dînatoire n’est pas très loin du lieu des présentations, ce qui me permet d’y aller tranquillement en vélo. De plus, je pourrais m’alcooliser sans scrupules puisque pour rentrer chez moi, je ne serais dépendant ni d’un véhicule à moteur ni d’une autre personne.
Comme l’année précédente, un potlatch d’échange est organisé. Chacun vient avec un cadeau et repart avec un autre. En revanche, pas de collègue déguisé en Père Noël. Dommage. On a des collègues noirs, j’aurais trouvé ça super classe et tellement Action-Bisounours-Compliant d’avoir un Père Noël noir.
− T’es pas vraiment fringué en père Noël. − Et t’es pas vraiment un Bisounours.
Ma contribution à ce potlatch était Boulonix, le chien-robot qui fait caca. Vous l’aurez deviné, le but de ce cadeau était uniquement de me la péter auprès de mes collègues, qu’ils voient comment je suis trop créatif et ingénieux.
Et ça marche. Les gens défilent pour voir ma création, je performe plusieurs fois de suite la démonstration de la nourriture qu’on met dans la bouche de Boulonix et qui ressort par le trou-du-luc.
Les deux nénettes du Département boîtal « Pollinisation de l’entropie réalitoire » sont admiratives. Je suis très content. Dans mon cerveau un peu bancal, ces deux personnes sont des fantasmes platoniques, comme Colléguette Platona dont je vous ai parlé lors du Semencinaire 2018.
Ce serait un peu impersonnel de les appeler « Platona 2 » et « Platona 3 », alors, comme elles s’occupent de pollinisation et que je suis un mec super drôle, la première s’appelle Colléguette Pauline. La deuxième aurait pu s’appeler Colléguette Paulette, mais ça aurait été du second degré tellement naze que ça en serait devenu du zéro degré. Alors en fait elle s’appelle Colléguette Babiole. C’en est presque poétique.
Je les aime bien ces deux nanas. Nous avons vécu des moments d’amitié intenses, à l’époque où nos burlingues étaient dans la même zone d’open space. Surtout lorsque je sortais des blagues débiles et des jeux de mots dignes de Michel Drucker s’il avait décidé de faire des jeux de mots.
En tant que geek-cliché, j’ai aidé Colléguette Pauline à résoudre les exercices de math de son fils. D’autre part, j’ai ouï dire que Colléguette Babiole faisait un peu de graphisme ou de dessin. Et c’est cool.
Une œuvre (en pixel art CGA) de Colléguette Babiole.
Notre amitié éternelle et légendaire a perdu un peu de son intensité lorsque j’ai déménagé de burlingue-open space. Mais on se croise régulièrement à la machine à café ou aux toilettes. Rappelons que je suis une personne qui se rend énormément souvent aux toilettes.
Et donc, ces deux dames trouvent Boulonix magnifique. Flattage d’ego, flattage d’ego. Elles me font promettre de leur en fabriquer un autre du même genre, pour mettre sur leur burlingue commun. Faudra que je m’occupe de ça à l’occasion.
En revanche, Colléguette Carnea n’accroche pas trop. Lorsque je lui fais la démonstration du cacatage boulonixien, elle a un petit sourire crispé sur un air « qu’est-ce qu’il me veut ce gamin avec son jouet scatologique ? ».
Je papillonne dans divers groupes de discussion, à montrer mon chien et/ou mes dessins (ego, ego, ego). Je retombe sur Collègue Docteur-Maboul. Je découvre que lui aussi connait Bukowski, ça fait plaisir.
Durant notre conversation, le contexte fait qu’il éprouve le besoin d’énoncer une expression de type « Avec des ‘si’, on mettrait Paris en bouteille ». Celle qu’il me sort est éminemment über-classe : « Si mon grand-père avait trois couilles, ce serait un flipper ». J’adore.
Le grand-père de Collègue Docteur-Maboul
Çay parti pour le showe !
L’année dernière, le show avait été assuré pas un magicien, que tout le monde avait trouvé tout pourri, mais que j’avais personnellement bien aimé, (je suis peut-être un peu con-con en terme de magie).
Revirement complet pour cette édition, puisque nous avons droit à un spectacle de cabaret, avec danseuses peu habillées. Excellent !
En apprenant cela, plusieurs personnes se sont posé la question de la pertinence d’un spectacle de type foire-à-la-greluche pour une soirée corporate. La cheffette du département boîtal « Orgies Internes » nous a expliqué que celui-ci avait été conseillé par un organisme partenaire, en qui elle avait entière confiance. Lorsqu’elle s’est renseignée plus conséquemment, elle a découvert la nature exacte de la prestation, mais il était trop tard pour chercher autre chose. Elle a malgré tout réussi à négocier quelques conventionnalisations, notamment le fait de ne pas trop montrer de bouts de seins.
Il faut reconnaître qu’elle a réussi à bien gérer la situation, avec les moyens et les infos qu’elle avait. Mais moi, j’aurais bien voulu les voir les bouts de seins. #BalanceTonCorps .
Et qui était donc l’organisme partenaire nous ayant bayé ce conseil ? La Chevalerie du Ballon d’Airin, bien sûr ! Ah nom de dieu de putain de couille de loup, qu’est-ce qu’on se marre.
Ce spectacle de cabaret avait pour thème « les cabarets de Paris ». Wouuuu !!! Une prise de risque artistique de malade !
Qu’à cela ne tienne, ça me plait beaucoup car il y a des femmes rondes.
Les modèles du spectacle
Je suis à la même table que MégaChef En-Même-Temps, du coup j’essaye de me tenir bien. Mais il part assez vite vers le fond de la salle, pour non-danser à côté de quelques personnes qui dansent.
Colléguette Doctoresse-Chaussure, ma voisine de table, est un peu mal à l’aise à cause de cette profusion de peau nue. Je dois avouer que je n’ai pas spécialement fait attention à elle, trop occupé à baver. Heureusement, Colléguette Platona est venue la voir.
Par contre, un type qui nous a lourdé pendant toute la soirée, c’est le chanteur de cabaret. Il apparaissait le temps d’un numéro pour nous pousser une de ses interprétations, tout en essayant de lancer l’ambiance avec des injonctions nazes : « vous pouvez taper dans vos mains si vous voulez ». Wéééééééé !
Je lui hurle dessus qu’on veut soit du Patrick Sébastien, soit les madames. Je tape des mains comme un orang-outang et passe tout le temps de ses chansons merdiques à faire tourner ma serviette. Entre-temps, je me fais une tâche de vin rouge, ce qui était hautement prévisible.
Pour son dernier numéro, ce super-tocard apparait sapé comme le capitaine de La Croisière S’Amuse. Collègue TuLaBoucles annonce : « Ah, on va avoir droit à du Michel Sardou. ‘♪ Quand je pense à la vieille anglaise ♫’. ». Je comprends pas du tout de quoi il parle, jusqu’à ce que super-tocard commence à chanter. On ne l’appellera plus jamais, celui-là.
Les interprétations musicales de super-tocard (allégorie).
Le show se termine sur une apothéose de plumes et de paillettes. Les dames descendent dans le public pour froufrouter leurs robes sur la tête des gens. C’est trop rigolo. On tape dans nos mains, mais cette fois-ci pour applaudir.
Je discutaille ici et là au fur et à mesure que les gens partent. On embarque chacun un super package-cadeau avec de la bonne bouffe et du pinard dedans. Chouette.
Finalement, je rentre tranquillement en vélo. Comme d’habitude, je me plante de chemin mais je ne fais pas demi-tour pour ne pas me taper la honte nucléaire ultime de recroiser des gens qui vont se rendre compte que je me suis planté de chemin. Je parviens malgré tout à rentrer chez moi, avec mon package de miam-miam et ma tâche de vin rouge.
C’était une super journée, riche en bouffe gratuite et en courbes généreuses. Merci ConcreteWorld-🌏 !
Il y a quelques années de ça, je brillais dans les salons parisiens.
Plus exactement, on se retrouvait à plein dans une coloc de potes et on piachait comme des otaries alcooliques ayant raté la 5ème étape de leur sevrage. C’est des bons souvenirs.
L’un des potes organisait des sortes de potlatch d’échange. Tu viens avec un cadeau, tu repars avec un autre. Les créations personnels étaient encouragées, même si dans les faits, la plupart des potes achetait un truc. Sauf moi, qui suis une otarie alcoolique très très créative.
J’avais fait ça :
La personne qui l’a reçu a décidé de l’appeler Poupi. Bon, chacun ses choix.
Il était très viril, avec sa machoire géante. Mais certaines pièces ne tenaient pas très bien et ses pattes étaient toutes molles. Il était systématiquement affalé. C’était une sorte de chien glandeur.
À présent, je brille dans les salons-événements corporate de ConcreteWorld.🌏, comportant eux aussi des potlatchs d’échange. Il y aura un prochain article relatant le dernier en date, en attendant, je peux déjà vous présenter la création que j’y ai apportée.
Il s’appelle Boulonix. Cette fois-ci, c’est moi qui ai choisi le prénom.
Le corps est une plaque métal d’un lecteur de DVD. Ça a été un peu compliqué à enrouler, mais l’avantage c’est qu’elle a plein de petits trous de vis, dans laquelle j’ai pu passer des fils électriques.
Les pattes sont des boîtes de thé en métal dont j’ai tordu un côté. J’ai percé des trous dedans pour faire passer un fil et l’accrocher au corps. Mais ça ne lui permettait pas de tenir. Les pattes s’écartaient et le chien se couchait par terre. Or, je voulais vraiment faire mieux qu’avec Poupi.
Alors, pour chaque patte, j’ai percé un trou au milieu, j’y ai fait passer un fil que j’ai ensuite accroché de l’autre côté du corps. C’est un peu bancal, il se tient dans une position bizarre, mais au moins il n’est pas vautré tel une otarie alcoolique.
La tête est une boîte en plastique de coriandre, périmée depuis 2015. J’aurais préféré un matériau plus noble, mais comme ça c’était facile de percer des trous dedans (pour les yeux, la bouche, etc.).
Les oreilles sont des cuillères à absinthes avec le manche plié. C’est amusant parce que ça sous-entend que je suis un mec qui boit de l’absinthe, à la Van Gogh peintre maudit. En vrai, c’est bidon. On trouve de l’absinthe un peu partout maintenant, car ils ont retiré le produit qui rend fou et n’ont gardé que l’alcool.
J’ai rempli l’intérieur du corps et de la tête avec du papier bulle, ça aide à donner l’impression que c’est un vrai chien avec des organes, et pas juste un squelette vide.
Il possède bien évidemment un collier à son nom. C’est une médaille de gosse que j’ai trouvé par terre, sur laquelle j’ai collé des bouts de fil. Le collier en lui-même est une lanière de badge corporate, estampillée ConcreteWorld.🌏. Ça a beaucoup fait rire les collègues quand ils ont vu ça.
Son petit manteau vert pour pas qu’il ait froid est également très stylé. C’est une chute d’un chemin de table provenant d’une orgie quelconque.
Je suis particulièrement fier du fait que je n’ai pratiquement pas mis de scotch (un matériau pas noble du tout, même pour de la récup). Tout ne tient que par les fils électriques.
Les seuls bouts de scotch utilisés sont sur l’un des trous de la boîte à coriandre (j’avais percé comme un bourrin, et ça a fait une sorte de fissure dont j’ai voulu limiter la propagation), ainsi que pour refermer le manteau. Je m’y suis autorisé, car le manteau n’est pas le chien en lui-même.
L’élément le plus hautement raffiné, c’est le flexible de douche traversant tout le corps, de la bouche jusqu’au trouduc’. On peut donc donner à manger à Boulonix. Il se nourrit de petites vis et de composants électroniques. Ensuite, on l’incline vers l’arrière et il cacate sa nourriture. Trop bien.
C’est par là que sortent les petites vis.
On notera que le flexible de douche est l’un de mes matériau de prédilection, puisque c’est également ce qui fait la queue de Poupi.
En voyant ce chef-d’œuvre, une Colléguette m’a demandé si elle pouvait en avoir un pour son bureau. Je ne vais pas pouvoir résister à une telle occasion de flatter mon ego. Il est donc fort possible que je fabrique un autre chien dans les mois à venir. Mais ce ne sera pas pour tout de suite, là j’ai envie de coder quelques trucs.
Et pour rester dans le thème, voici Ajay Rochester qui promène son chien.
Les fonds de tiroir de mes anciens écrits continuent d’être raclé à en faire des copeaux, avec cet article provenant d’un résumé de soirée datant de plus de 10 ans. Pas de raison précise pour laquelle j’irais sortir ça maintenant plutôt que pas-maintenant.
Dans le but de rester cohérent avec mes récents récits corporate, quitte à être pas-cohérent avec le sus-mentionné récit corporate gloubiboulguien, les personnages seront précédés de leur titre de noblesse : « Collègue X », « Chef Y », etc. Alors qu’avant j’utilisais les titres neutres « Monsieur », « Madame ».
On n’est plus à ça près. Go !
Je téléphone à Chef Ion car je ne parviens pas à trouver le restaurant de rendez-vous. Celui-ci est dans la rue du Bourg L’Abbé. J’étais dans le passage du Bourg L’Abbé. J’ai jamais pu supporter ces connards qui donnent le même nom à plusieurs trucs d’une même ville.
Bourre l’abbé.
Pour rappel : à Gloubiloulga, j’officie en tant qu’ouvrier-codeur-prestataire missionné ad vitam eternam « en régie ». Par conséquent, je ne connais pratiquement pas mes collègues de boîte. Disons que le peu qu’ils connaissent de moi provient du fameux week-end sus-mentionné.
Tout le monde attend devant l’entrée du restau comme des gentils petits macarons. MégaChef Poulet est là. Un collègue quelconque que je ne connais pas m’aborde et me demande si je suis bien un gloubiboulguien. Je réponds par l’affirmative. Il s’excuse et m’explique que s’il a posé la question, c’est parce que juste avant, un autre collègue a fait une blague et lui a fait croire qu’une nana random qui passait par là faisait partie de la boîte. Ha ha ha. Ambiance complètement fofolle, dites donc.
Nous entrons et investissons la salle spécialement privatisée pour nous (j’adore ce novlanguisme).
Collègue Scofield, membre du CE et principal organisateur de la soirée, nous propose de nous asseoir.
« Asseyez-vous et buvaillons », nous suggère notre collègue.
Certes, il a le pouvoir (voire le devoir) de nous ordonner cela, dans le but de faire progresser la soirée le long de sa timeline. Mais quand même je trouve qu’il aurait pu y mettre un peu plus de tact, préparer le terrain psychologiquement, etc.
Vous l’avez deviné : gros stress général, plus personne n’ose bouger. Qui va s’asseoir où ? Comment être sûr de se retrouver à côté de personnes socialement compatibles et hiérarchiquement équivalentes ? Par quoi commencer ? La banquette ou les chaises ? La table rectangulaire ou la ronde ? En plus, il reste encore des gens dans le vestiaire, ce qui provoque un surcroît d’incertitude dans les variables du système.
Et là, est-ce que tu sais ce qu’il fait, lecteurtrice ? Nan mais est-ce que tu sais ce qu’il fait ? Il amorce le mouvement, et va se poser pil poil au milieu de la banquette ! L’air de rien, comme s’il avait fait ça toute sa vie !
L’heure n’est plus à la réflexion : mouvements désordonnés et anarchiques de tous les Gloubiboulguiens. Je me cacafouille complet et échoue sur une chaise, avec Chef Ion à ma droite et MégaChef Poulet à ma gauche. NOM TE TIEU TE PUTAIN TE PORTEL TE MERTE !!!
Gloubiboulguiens rush
Les entrées arrivent. Tartare de saumon. Après un temps supposé raisonnable, le serveur reprend lesdites entrées. Je manque de me faire piquer ma part que j’avais pas finie, mais je réagis au quart de tour et obtiens le droit de consommer ma dernière bouchée. Un jour, j’organiserai des concours de mangeage lentement.
Soirée sans thème spécifique, ou en tout cas, pas un qui aurait nécessité des danseuses de flamenco. Y’a juste le serveur qui se donne l’air d’être homosexuel jusqu’à l’œsophage, mais en vrai il fait semblant pour attirer les nanas. L’ambiance est chaude et cosy, avec des lumières tamisées et des petites bougies flammotant sur les tables. Colléguette Souricette râle parce qu’elle y voit que d’alle pour dépiauter ses gambas avec son p’tit couteau et sa p’tite fourchette.
Faut vraiment être un kamikaze social pour prendre des gambas dans un restau. Le truc impossible à bouffer. Même si par miracle tu y arrives, tu as les doigts qui puent. Et c’est pas un rince-doigts de 10 centimètres carré qui va régler le problème.
Ces gambas me semblent plus intéressantes.
J’ai deux règles personnelles dans les restau, et je suis admiratif (voir totalement effrayé) par les gens qui parviennent à passer outre.
Règle 1 : simplicité d’ingestion. Pas de machins à dépiauter, décortiquer, découper, éplucher, égoutter, râcler, déconstruire, désencoquiller, entortiller, désentortiller, casser, flamber, tremper, mâchonner indéfiniment, extraire, trier, analyser, dégraisser, rétro-ingéniériser. Quand je tombe sur ce genre de problème, je me tâche systématiquement partout. Je vis cela comme une agression provenant de l’humain ayant fait cette putain de bouffe : il a bâclé son boulot et se marre en s’imaginant comment je vais galérer. Ça fait plusieurs années que je milite pour soit mis en place un système de notation avec des petites icônes sur les menus, indiquant pour chaque plat si c’est simple ou compliqué à manger, et le type de complexité.
Règle 2 : simplicité de prononciation. Parce qu’il faut spécifier oralement ce qu’on souhaite manger, et que je ne veux pas me rendre ridicule en prononçant mal un truc. Les restaurants de bouffe étrangère doivent donc être rigoureusement pré-étudiés. Au fait, saviez-vous qu’une grande partie des noms de pizzas inscrits sur les cartes des restaurants italiens ne sont là que pour contribuer au thème et à la décoration du lieu ? Ils ne correspondent en réalité à aucune recette : Capricciosa, Quattro fromaggi, Prosciutto, Sfincione, … Oui oui, vous avez bien lu, un « S » suivi d’un « F ».
Je choisis une escalope avec du riz.
Colléguette Sarkozette n’est pas parmi nous ce soir, mais j’ai quand même droit à quelques conversations de droite :
« La France c’est un pays où plus personne veut bosser. Tiens, par exemple, quand j’étais en congé maternité, j’essayais de faire les courses à des horaires inhabituels, 10h ou 3h de l’après-midi. Eh bien y’a autant de monde que les soirs et les week-ends. On se demande ce qu’ils foutent tous ces gens. »
« Quand je suis en déplacement, quelle que soit l’heure à laquelle je prends ma voiture, y’a toujours plein de monde sur les routes. Mais ils font quoi, tous ? Ou alors c’est que des commerciaux, comme moi. »
Nous étions en 2008, et la loi interdisant de fumer dans les bars et restaurants sortait à peine de son œuf. Bien que non-fumeur, j’ai eu du mal à m’y faire. Laissez-moi vous narrer cela.
Tel une moule sur une coque de bateau, je m’accroche à une discussion, afin de m’en faire une bouée de sauvetage de contenance sociale. Je regarde intensément les gens, avec mon air « ça m’intéresse trop ce que vous vous racontez, c’est pour ça que je vous écoute sans rien dire ». Ils se trouve que les gens en question sont des fumeurs. Et qu’est-ce qu’ils font ces enculés de leur race, au lieu de s’en griller une tout en continuant de parler ? Ils se carapatent dehors !
Ça aurait fait super bizarre que je les suive, car j’étais pas vraiment intégré dans leur conversation. Tel une moule errante, j’essaye alors de m’incruster ailleurs. Mais toutes leurs variables conversationnelles des discussions voisines sont déjà allouées et initialisées. Les interlocuteurs n’utilisent plus que les références : « il », « elle », « eux », « nous », etc. À ce stade, quand tu fais semblant d’écouter et de tout comprendre, c’est pas crédible.
Je me vois donc finalement affublé du statut de « SDF social ».
Quelques minutes auparavant, Chef Ion s’était amusé à cramer des piques-olives en bois dans la petite bougie tablaire. Je me suis dit que je pourrais effectuer une action du même type. Sans faire exactement pareil, bien sûr, sinon ça se voit trop que tu tentes de combler un leak de contenance sociale par un simple copier-coller d’action.
Parmi les déchets de mon assiette se trouvent des petites feufeuilles séchées de tomate-cerise (pourquoi y’avait-il ça avec mon dessert ? Mystère). C’est certainement brûlable. Je teste, effectivement, ça l’est. Mais trop, en fait. Surpris par une énorme flamme, je fais tout tomber dans la bougie. Rigolo, on se croit dans une mini-banlieue, avec une mini-poubelle illuminant la nuit. Mais maintenant ça sent le cramé, la bougie s’est éteinte, et des cendres de feuilles séchées et de feu ma contenance sociale s’éparpillent un peu partout.
À l’aide d’un dernier bout de pique-olive, Chef Ion transmet la flamme d’une autre bougie vers la mienne, la rallume, et m’achève ainsi d’un grand coup de condescendance.
Putain de loi anti-tabac de merde.
Collègue Poulet-Fils fait des aller-retours aux toilettes, car en plat principal, il a pris un début de gastro.
Voici ma blague de la soirée, qui a fait un bide alors que franchement j’en attendais un peu plus :
« Une gastro c’est un peu comme un buffer overflow. »
Mangeage du dessert. Puis les gens commencent à partir. On se retrouve à une demi-dizaine dans la salle de dancing du sous-sol, sans personne qui y dancing. Chef VisagePâle se prend une bière. Je m’apprête à faire de même, mais réalise qu’elle est à 9 euros. Voilà un dancing accompagné d’un fort sodomising.
On se regarde dans le blanc des vieux, sans se parler puisque la musique hurle du Mylène Farmer. Colléguette EncoreUnPeuVerte_2, fan de cette étrange chanteuse, va dancinguer toute seule.
On sort. Après quelques phrases de convenance, je dit au revoir et pars, dans une direction au hasard, car je ne voulais pas prendre le risque de montrer qu’il m’était nécessaire de réfléchir pour déterminer le chemin me permettant de rentrer chez moi.
Une rue plus tard, je m’aperçois que ce n’est pas la bonne direction. Je ne fais, bien entendu, pas demi-tour, pour ne pas me taper la honte nucléaire ultime en repassant devant les autres. Du coup je me tape une station de métro en plus. Pas grave.
C’était globalement une chouette soirée gloubiboulguienne.
À l’époque, j’avais envoyé ce résumé à des potes. Je me permet de retranscrire la réaction de l’un d’entre eux :
« C’est clair que tu as des raisons de quitter ta boite ! Une soirée d’entreprise où tu payes tes coups, ca existe ?? merte ! »
Le prochain article de blog sera à propos d’un mini-projet de code (ou pas). En espérant que vous apprécierez. Mais sinon osef.
Nous avons récemment eu la chance de consommer un événement corporate, que je vais vous narrer.
Le but était triple :
Le midi, bâffrer gratos.
L’après-midi, réfléchir ensemble et ensemencer des idées pour la boîte.
Le soir, re-bâffrer gratos (best rendement de bâffring gratuit ever !).
Vous l’aurez compris, cet événement était placé sous le signe de la semence.
Et c’est pas vraiment un jeu de mot car les mots ‘semence’ et ‘séminaire’ ont la même racine latine.
Le midi
Rien à voir, mais une coupure de courant était prévue dans les locaux. Ça arrive de temps en temps. J’aime bien, car c’est une excuse pour demander une demi-journée de télé-travail ou pour aller glander en salle de pause.
Par un miracle dont seul le département boîtal « Orgies Internes » a le secret, la coupure de courant n’a pas empêché de dispenser des mini-carrés de pizzas, correctement réchauffés avec tout le respect qui leur était dû. Youpi !
Je passe rapidement sur cette première partie : mangeaillerie et discutailleries de-ci de-là afin de laisser transparaître un minimum de contenance sociale. Vient ensuite le moment de se transférer au lieu événematoire principal.
L’entreprise ConcreteWorld.🌏 fait toujours le choix de placer ces lieux dans des zones un peu isolées, de sorte qu’on n’ait pas d’autres choix que d’y aller en voiture, donc de limiter notre éthylisation. Mais d’autre part, nous sommes encouragés à covoiturer. J’ai donc jeté mon dévolu sur Collèguette Platona, qui a accepté avec plaisir de nous transporter, Collègue Pagne et moi. Ainsi pourrais-je me pochtronner la gueule comme il se doit.
Collègue Pagne s’appelle ainsi car il vient parfois au travail affublé d’un vêtement éponyme, pour manifester son soutien aux Carabanais, les habitants d’une île-village du Sénégal rencontrant de nombreuses difficultés.
Collèguette Platona s’appelle ainsi car elle est l’un de mes fantasmes platoniques.
Je vous explique. Son corps ressemble à ça :
(Elle a juste pas le même costume « imitation pellicule de cheveux »).
Inutile de préciser que cette dame ne m’attire pas physiquement. Mais par ailleurs on s’entend super bien et elle rigole à mes blagues débiles. Dans mes fantasmes, j’imagine donc qu’elle est complètement amoureuse de moi et qu’elle me trouve génial, en revanche on ne fait pas crac-crac. Il ne s’agit là rien de plus que l’un de mes nombreux mécanismes émotionnels d’auto-flattage d’ego.
Rien à dire sur le trajet en voiture. Nous devisons platoniquement de choses et d’autres. Nous arrivons au lieu prévu. Il s’agit d’un classique centre à événements corporates, celui-ci ayant la particularité de proposer des terrains olympiques de pétanques. On n’y jouera pas, mais le détail a son importance.
Je pose mon cadeau dans une hotte. La consigne était de fournir un présent pas cher ou fait soi-même. Ils seraient ensuite tous redistribués randomement. Je vous révélerai plus tard ce que j’ai apporté.
Café et petits gâteaux nous sont jetés en pâture. Je croise Collèguette Punkette. Nous déblaterrons sur le prestataire missionné pour ce semencinaire, que nous croisions de temps en temps dans les couloirs. Punkette pense qu’il n’aime pas les femmes, car il ne les salue pas. Je la rassure : ce monsieur n’est pas du tout mysogine, il ne salue pas les hommes non plus. Ça en a énervé plus d’un.
Personnellement, je m’en tape. Ce qui m’a toujours fait chier avec cette convention sociale du bonjour, c’est qu’absolument rien n’est prévu si tu croises deux fois une même personne dans la même journée. Il n’y a rien à lui dire. Ça me gêne énormément. À chacun de ces moments, je cherche ardemment un moyen de me donner une contenance sociale. Ça se finit en général par un sourire stupide, un onomatopée embarrassant ou une phrase inepte. Bon, c’est pas le sujet, on s’en fout.
L’après-midi
On s’installe à des tables rondes. Contrairement à un événement corporate précédent, je n’aurais pas de faux espoirs concernant l’éventualité de piacher durant les discussions. L’alcool est absent dès le départ.
On commence par des récits corporates de notre MégaChef et des vidéos de futurologues divers.
J’ai pas encore de nom pour MégaChef, promis ça viendra dès que possible.
Ce que je retiens de ces parénèses diverses :
Une vingtaine d’année plus avant, deux courbes représentant je-ne-sais-plus-quoi se sont croisées. C’était le signe d’un changement de paradigme.
Futurologue Quelconque : « il faudra se trouver des emplois complémentaires à l’Intelligence Artificielle, sinon tout le monde sera au chômage ». Alors moi je veux bien, mais si le fameux changement de paradigme sus-mentionné apparaît, est-ce que les notions d’emploi et de travail garderont leur signification actuelle ?
Futurologue Quelconque : « avec le Revenu de Base, dans 50 ans on aura Technopolis et dans un siècle on aura Matrix ». Et alleeeez !! Bien sûr, puisque l’IA va changer tous les humains, ça sert à rien de mettre en place un mécanisme d’investissement générique dans les êtres humains, sous forme de Revenu de Base ! Gros tocard.
Une fois de plus, nous nous voyons présentés un power-point comportant une image d’engrenages. Une fois de plus-plus, elle est buggée. Après les roues qui se chevauchent en tournant et le grand classique des trois roues toutes connectées ensemble, on a eu droit aux flèches de sens de rotation qui sont toutes dans le même sens. S’il vous plaît, chers marketeux et autres power-pointeurs, ne faites pas de slides avec des noms de dieu de bordel de merde de vieille pute borgne d’engrenages. Vous ne savez pas le faire. Vous trouvez inévitablement le moyen d’y claquer une couillardise qui aboutira à un système foireux. Arrêtez de vous faire mal et de nous faire mal. Merci. Merde.
Les gérants du centre à événements corporate ont pris soin de placer sur les tables des dépliants explicatifs et auto-promotionnels, sans oublier l’accessoire principal de tout pétanquistes olympiens : le petit crayon pour noter les points.
J’avais prévu le coup et avais apporté mon propre criterium. Mais c’est bien plus promoteur et respectueux d’utiliser le matériel qu’on nous met à disposition. C’est donc avec ce petit crayon que je réalise mon traditionnel dessin de réunion de le Travail. Vous l’avez déjà vu par ici. Pour pas me faire choper, j’active ma super-compétence de « retourner la feuille lorsque quelqu’un de sérieux passe à côté », acquise durant mes années collèges.
Petite pause bouffe et piache, puis vient l’étape d’ensemençage.
La personne sus-mentionnée missionnée pour cette étape se présente. Il s’agit de Prestataire Impoli, qui exerce le métier « d’Expectorateur Semencial ». Comme je suis un rebelle, je propose qu’on le désigne par « le Corporate Bullshiste ».
Ce monsieur nous explique le concept. Il s’agit de blablater dans notre table-ronde sur un sujet spécifique, pendant qu’un maître de table-ronde prend des notes sur un tableau. Ensuite, les équipes sont tradéridéra-isées, à l’exception du maître, qui reste le gardien de son sujet. Et ainsi de suite jusqu’à ce que toutes les équipes aient fait leur parcours complet. Chacune d’elle a un stylo de couleur différente, ce qui permettra par la suite de différencier quelle équipe a écrit quoi sur quel sujet. Cette technique d’ensemençage est nommée : « jeu de la multi-biscotte ».
Cette analogie entre la création d’idées et l’éjaculation est-elle sexiste ? Ça sous-entendrait que les femmes ne peuvent rien inventer. Pour équilibrer, est-ce que je ne devrais pas ajouter une analogie entre la création d’idées et l’ovulation ?
On peut utiliser le terme générique « gonades » pour désigner à la fois des testicules et des ovaires. Est-ce que l’écriture inclusive a défini un mot pour désigner à la fois l’éjaculation et l’ovulation ? Qu’est-ce qui est le plus sale entre le jeu de la biscotte avec du sperme et le jeu de la biscotte avec des menstruations ?
(On va pas mettre d’image ici).
Mais revenons-en plutôt à notre Corporate Bullshiste, qui ajoute que le « livrable » que nous devons fournir est constitué des notes prises durant nos réflexions successives. Je suis pas sûr qu’utiliser du vocabulaire corporate (le mot « livrable ») soit la meilleure manière pour créer une atmosphère ensemançante-ovulatorielle effervescente d’idées. Mais qui suis-je pour juger ?
Je ne me souviens plus précisément des sujets de table-ronde. Il y en avait un sur la diversité. On en a profité pour sortir des blagues de merde sur les inuits et les gauchers (deux minorités représentées à ConcreteWorld.🌏). À plusieurs reprises, des personnes me regardent d’un air interrogato-condescendant en faisant la remarque qu’il nous faudrait un vrai Système d’Information. Merci, je suis au courant, et je ne suis pas en train d’agir pour, car je travaille avec joie et abnégation sur l’outil Pochtronarr.
Notre Corporate Bullshiste passe entre les tables et tente de nous galvaniser, nous encourageant à noter tout ce qu’on trouve qui ne va pas. Moi ce que je trouve qui ne va pas c’est qu’il passe entre les tables et ça nous inhibe. Tout le monde sait que les éléments observés changent de comportement en présence d’un observateur. Il n’y a pas que les livrables dans la vie, il y a aussi les observables.
Moment de tension à la table-ronde tenue par Collègue Pioupiou-Géant. Celui-ci écrit peu lisiblement. Notre Corporate Bullshiste, qui s’était incrusté, le lui signale, et ajoute que ce sera difficile pour lui de recompiler les remarques si c’est noté aussi porcassement. Pioupiou fait alors l’effort d’écrire un peu mieux, mais ça ne convient toujours pas. Notre Corporate Bullshiste insiste. Pioupiou parvient à garder son flegme habituel en ne le regardant plus, y compris dans les moments où il est obligé de lui parler (laconiquement).
Nous tradéridéra-isons comme des petites toupies dans une arène Beyblade-Burst, et cette partie de jeu de multi-biscotte se termine. Notre Corporate Bullshiste demande à ceux qui ont appris des choses de lever le doigt, certains le font. Puis il demande la même chose à ceux qui n’ont rien appris, ce que d’autres font. Pour finir, il invite les gens qui le souhaitent à énoncer des remarques diverses.
Je me manifeste. L’assemblée pousse alors un cri de satisfaction général et quelques applaudissements naissent. Je suis tout fier et tout gonflé d’ego de voir que le monde me kiffe et s’attend à ce que je clôture cette épreuve par un moment de soulagement trublionesque.
Je signale que mon équipe avait le feutre de couleur jaune et que c’est complètement con comme couleur parce qu’on voit pas ce qui est écrit. On a été obligé, à chaque tour, d’expliquer au maître de table-ronde qu’il ferait mieux d’en prendre une autre et de noter qu’elle correspond au jaune.
Ça a plu. Des personnes sont venues me voir après pour me féliciter de mon intervention. Hasthag ego. J’en profite pour montrer à certains d’entre eux mon dessin terminé, dont je suis également très fier.
Après toutes ces émotions : moment joyeux de réconfort avec apéro, champagne et petits machins à manger. Comme d’habitude dans ce genre de situation, je rentabilise au maximum. Par-dessus le marché, je passe pour un mec bien en demandant à chaque fois qu’on me re-remplisse mon verre de champagne plutôt que d’en prendre un nouveau. Le petit personnel me remercie pour l’économie de vaisselle.
Soirée
Je croise Collègue Pioupiou-Géant, qui m’annonce d’un air blasé qu’il a reçu l’ordre de réécrire au propre tout ce qu’il a noté. Pauvre Pioupiou. Une personne random lui apporte du champagne of greater heal.
Collègue Lucène-Lapin apparaît déguisé en Père Noël, avec sa hotte remplie de nos cadeaux. Il s’assoit sur un fauteuil et chacun vient en prendre un. C’est une technique super classe pour mettre des filles (et aussi des mecs) sur ses genoux.
Je récupère une boîte standard de petits chocolats. J’ai cherché un peu à savoir de qui ça venait, sans trouver. Pas grave, c’est un cadeau qui me satisfait très bien. Le seul petit problème c’est que je ne peux en extraire aucune connerie ni aucun déblaterrage qui aurait trouvé sa place dans cet article.
C’est Collègue Lionel-Astier qui récupère mon cadeau, il en explose de rire. Il s’agit d’un coupe-papier-toilette, accompagné d’un petit mot expliquant au bénéficiaire qu’il peut soit le garder pour sa maison, soit en faire don à ConcreteWorld.🌏. En effet, le papier toilette des toilettes boîtales est parfois extrêmement difficile à couper, surtout lorsque le rouleau n’est pas entamé. Ça m’a valu des moments de rage terrible à blom-blomer fébrilement ce putain de rouleau pour en trouver l’extrémité et arracher péniblement des lambeaux de feuilles destructurés.
Le coupe-papier-toilette
Collègue Lionel-Astier approuve l’idée et annonce que dès demain, ce prestigieux objet sera présent dans les Concrete-Gogues. Je suis heureux, c’est exactement ce que je voulais. C’était un coup risqué, car si le cadeau atterrissait dans les mains d’une personne d’un autre site, ou d’une femme, ou de quelqu’un qui aurait souhaité le garder, je n’aurai pas pu en profiter.
Est-ce que c’est sexiste de vouloir que ce soit un homme qui ait mon cadeau et pas une femme ? Et pour aller plus loin dans la réflexion : est-ce que c’est sexiste de vouloir séparer les toilettes des hommes et des femmes ?
Un collègue quelconque m’explique qu’il a récupéré son propre cadeau, comme ça « il est pas emmerdé et il a pas de mauvaises surprises ». C’est la lose totale. À une époque un peu déprimée de ma vie, je voulais me programmer ma petite descente aux enfers personnelle. J’y aurais certainement intégré des choses comme ça, entre deux étapes plus importantes.
Un magicien, dépêché sur place, passe entre les groupes et nous propose d’amusantes tromperies. Tout le monde est bluffé. Je m’attendais malgré tout à un peu mieux de sa part, il n’a pas fait de boules de feu.
Eeeeet voici la carte que vous aviez choisie !
Le repas se passe très bien. Bonne bouffe, alcool, discussions diverses, magicien qui continue son show.
J’ai compris l’un de ses tours (plus précisément, on me l’a expliqué). Il demande à trois personnes différentes de choisir un truc (un nombre, une couleur, un type d’accélérateur de particules). À chaque fois, il note quelque chose sans nous le montrer, chiffonne la feuille, et demande la réponse. À la fin, il montre toutes les bonnes réponses. En fait il à juste décalé l’écriture de chacune d’elle. Pour amorcer le truc, il avait ajouté une question initiale qui était sous une autre forme : choisir des boîtes d’allumettes dont il a appris les couleurs par cœur ou quelque chose comme ça. Bon, j’explique super mal, on s’en fout, on passe à autre chose. De toutes façons il a pas fait plus de boules de feu qu’avant.
À la fin du repas, les serveurs embarquent vivement nos bouteilles d’alcool. J’avais vu le coup venir et m’étais servi un plein verre juste avant. Mon voisin qui n’a plus soif me propose de terminer le sien. La soirée se suicide alors de façon spectaculaire, en une apothéose de molécule éthylée.
En effet, immédiatement après la fin du repas s’est amorcé un mouvement général de rentrage. J’ai trouvé ça un peu court. On aurait pu continuer de discuter un peu, ou danser sur « Royal Salute » de Brain Damage. Mais non. Go home direct.
Je me retrouve donc en voiture avec Collègue Pagne et surtout avec Colléguette Platona. Je suis aux anges, d’autant plus qu’elle nous avoue qu’elle va avoir besoin de nous pour la distraire, afin qu’elle ne s’endorme pas au volant. Ça ressemble à un début de scénario de film platonique (c’est l’inverse d’un film pornographique).
On discute de tout et de rien, puis on décide d’appeler des gens de la soirée avec la super voiture téléphonique de Platona. À chaque fois que ça décroche, on braille « Bonne annééééééé !!! » et juste après : « Tourne à gauche ! ». Y’a des gens qui ont vraiment cru qu’on leur donnait un conseil de direction voitural. On aurait pu en paumer de cette manière, ça aurait été très amusant. On propose également à certains de se retrouver en boîte de nuit, ce qui a parfois suscité de l’intérêt. Mais on s’est dégonflé et on a avoué que c’était une blague. #je_suis_trop_vieux_pour_ces_conneries.
Puis on rentre platoniquement dans nos maisons respectives.
Tourne à gauche !!
Épilogue
Tout d’abord, je me dois de compenser l’image d’indienne toute maigre que j’ai placée précédemment.
C’est mieux d’y mettre les formes
Le lendemain, debriefing général. J’apprends que notre Corporate Bullshiste a collé, voire dragouillé Colléguette Carnea pendant une bonne partie de la soirée. Ce gars est vraiment un tocard. Je l’imagine bien chez lui, au milieu de la nuit, alors que sa femme dort. Il se lèverait en douce pour se masturber, déguisé en Louis XIV, tout en écoutant du Wagner et en s’imaginant recouvrir le corps de Carnea de tranche de rumsteack Label Rouge, le tout « avec son petit coussin pour s’essuyer les doigts ».
Ça rejoint la notion de semencinaire.
Quelques semaines plus tard, nous recevons le livrable final, c’est à dire un rapport computant l’ensemble de nos remarques (y compris celles notées par Collègue Pioupiou-Géant).
Extrait :
Les supérieurs hiérarchiques doivent porter une attention abnégationelle à la priorisation des tâches de leur ouailles. Il faut réaliser en premier ce qui est facturable.
Oh, Chef Random, le tocard social de mon ancienne boîte, m’avait sorti exactement la même ineptie imprécise lorsque je l’avais interrogé sur l’ordonnancement de mes tâches. Je m’étais alors demandé ce que j’étais censé faire entre : terminer un projet qui sera facturé à la livraison, et claquer de la maintenance qui est facturée en continu chaque année.
Alors évidemment, le chef aurait répondu : « le projet d’abord, on s’en fout des maintenances ». Et l’année suivante, le client de la maintenance n’aurait plus voulu payer, parce qu’on n’aurarait rien fait. Et le chef serait revenu à la charge en me houspillant : « vous avez rien branlé espèce de branquignol, c’est de votre faute si on a perdu ce client ».
Cela dit, dans mon ancienne boîte, ça s’était pas passé comme ça. Chef Random avait répondu : « faites le projet, mais n’oubliez pas les maintenances, c’est important aussi ». Puis quand il a été débouté de son poste comme un malpropre, la réponse officielle de Chef « » à mes demandes de priorisation était : « » (il ne répondait pas), et sa réponse officieuse était « mais c’est des vrais gamins ! Ils sont-y donc pas capables de décider ça tout seul ? ».
J’ai déjà raconté tout ça, mais les souvenirs sont remontés et j’ai éprouvé le besoin de cracher encore un peu de ma bile. Désolé.
Un dernier extrait du livrable final :
Blasonnement parlant, l’image de ConcreteWorld.🌏 est espiègle et raffinée, percutante et disruptive.
Et sinon, il y avait une faute dans le rapport. Chouette. Je vais pouvoir faire le lèche-cul : la signaler de manière innocente, et par là-même prouver que je l’ai lu en entier et que donc je suis impliqué à donf’ de ouf’.
Rien de nouveau par rapport à la version initiale (qui date de plus de 10 ans). Mais j’ai tout de même pris le temps de le recompiler avec gcc sous MingW32, et de documenter le tout de la manière la plus détaillée possible, afin d’offrir à d’autres personnes la possibilité de modifier, mâchonner, recompiler, créer ses propres dessins animés, etc.
J’ai toujours été agacé par les gens qui libèrent leur code source sans y ajouter la documentation nécessaire à son exploitation. « Huuurrrrr duuuurrrrr. Tu fais makefile et ça marche ». J’essaye donc de ne pas faire comme eux.
Après, ça vaut ce que ça vaut. On trouvera facilement des logiciels d’animations infiniment meilleur que ce truc (rien que Scratch, par exemple).
La githubisation de ce projet fait partie de mon grand plan « vidage de fonds de tiroir de tous mes vieux bouts de code ». C’est bientôt terminé, il ne me reste plus qu’un pack de mini-projets. Ensuite je pourrais passer à autre chose. Soyez assurés que vous serez les premiers informés de la suite des événements.
Pour finir cet article, je propose de glisser du domaine des dessins animés vers celui du cinéma, avec cette image du film Dikkenek.
(Tiens, ça me fait penser au catalogue des 3 Belges dans les copains des Tilleuls … Aucun lien, désolé).